IV. Translations, érections, etc
Ce soot encore les fausses déerétales qui ont attribué au pape seul le droit de transférer les évèques d'un siège é l'autre. Toutefois Je concile de Sardique et les autres, <im ont défendu si sévèremeni les translations , n'ont fait au^ cune exception en faveur du pape : et quand, dans ces cas très rares, on a fait quelque translation pour Tutilité évidente de rËgiise , elle s*est faite par Tautorilé du méiropoUtain et du concile de la province '. Nous en avons un eseifiple illustre en la personne d'Ëuphrone de Colonie, que saint Basile ^ transféra au siège de Nicopolis. Loin que Je pape autorirât les translations , rËglise romaine a été la plus fidèle à observer les canons «qui les défendaient; nous ne trouvons, pendant 900 ans, aucun évèque transféré au siège de Rome : Formose fut le premier , et ce fut un des prétextes de le déteri*er après sa mort ^. Mais depuis que Ion a suivi les fausses déerétales^ les Lranslaiions ont été fréquentes en Ck^cident, où elles étaient inconnues; elles papes ne les ont condamnées que lorsqu'elles étaient faites sans leur autorité , comme nons voyons dans les lettres d'Innocent UI.
Il en et^t de même de Téreclien des nouveaux évéchés: suivant les fausses décrétâtes elle appartient au pape seul,
» Cypr. Bpist. 89. — Nist. VU, n. 8. — * Episi. 2. Evar. 79, 1. — Sieut vit, Cailisti ep. 1, lo. 5. conc. 931. — Conc. Sar, 'Can. 1,2.— » Ua%iu Bpist. 193. — BisL XVII, n. 38. LIV, n. 12. 27, — 4 I»u. Ce«/a, n. 43 £^^ I, 60, &1, etc.
suivant Tancieiine discipline c'était au coucile de la y^o^ vince, et il y en a un canoo exprès dans les conciles d'Afrique '. Etcertiiinement, à uc considérer que le progrès de la religion et Tulilité des fidèles, il était bien plus raisonnable de s'en rapporter aux évèques du pays pour juger des villes qui avaient besoin de nouveaux évèc(ues et pour choisir les sujets propres, que d'en renvoyer le jugenient au pape, si éloigné et si peu à portée de s'en bien iiirstruûre. On a beau nommer des commissaires et faire des informations de la commodité et incommodité , ces procédures ne valent jamais l'inspeclion oculaire el la connaissaace qu'on prend par soi-même*. Aussi, quand saint Augustin fit ériger le siège de Fulasse, il n'envoya point à Rome, il ne s'adressa qu'au primat de Numidie; et si le pape en entendit parler, ce ne fut qu'à Toccasion des fautes personnelles de l'évêque Antoine; mais il ne @e plaigail peint que l'érection de cet évéché eût été faite sans sa participation ^. Saint Rémi n'eut point non plus recours au pape pour ériger l'évèché de Laon^; mais il le fit, diit Hincmar, de l'autorité du concile d'Afrique, c'est-à-^ire du canoù qee j'ai cité. C'est que les décrétâtes qui donaent droit au pape n'étaient pas encore fabriquées.
Quant à l'union ou à l'extinction des évéchès, je ne vois antre fondement de les attribuer au pape seul que quelques autorités de saint Crrégoire rapportées par Gîfatien ^ ; mais il ne prenait pas garde que saint. Gnrégoire n'en usait ainsi qaedans la partie méridionale d'Italie, dont Rome était la métropole , ou dans la Skile et tes autres îles qui dé-» pendaient particulièrement du SaintrSiége.
Dans les premiers siècles, les métropoles étaient races à
« Evisi. 1. Clem. io. 1. conc. yl. Cod.. Eccl. A/r. Can, 93. — » AuG. Episl. 219, al. 61. — Jlisl. XXXIV, n. 34. — 3 Hist. XXX, n. 45. — ♦ Hincmar, Opus. 33. 16. - * 16. «. 1. 48, 49. - HisL XXXV, n. 17, 19.
proportion du nombre des évèchés , afin que les conciles fussent nombreux , car la principale fonction des métropolitains étart d*y présider; mais depuis que les papes ont été en^possession de faire des érections , ils ont créé, principalemervt en Italie, grand nombre de métropoles sans nécessité , seulement pour honorer certaines villes ' . Le concile de Nicée, qui sans doute avait droit d'atlribuer aux églises de nouvelles prérogatives, dit simplement que Ton conservera leurs privilèges suivant l'ancienne coutume ; ce qui montre que la distinction des métropoles et des églises patriarcales était déjà confirmée par une longue possession. Les papes depuis le onzième siècle n'ont pas seulement fait des métropolitains, mais encore des patriarches et des primats, le tout sur le fondement des fausses décrétâtes * , savoir : de la première lettre attribuée à saint Clément , de la seconde et de la troisième du pape Ânaclet^, où il est dit que les apôtres et leurs successeurs établirenPt des patriarches et des primats dans les villes où suivant le gouvernement temporel étaient les principaux magistrats, et où les païens avaient des archiflamines, nom barbare qui ne se trouve que dans ces décrétiiles. Or, vous avez vu que dans les premiers siècles on ne connaissait pas même le titre d*archevéque ; on disait Tévèque de Rome ou d'Alexandrie, comme de la moindre ville; et dans leurs lettres ils se traitaient de frères avec une égalité parfaite , comme on voit par les inscriptions des lettres de saint Cyprien. A mesure que la charité s'est refroidie, les titres et les cérémonies ont augmenté^. L'évéque d'Alexandrie fut le premier, comme Ton croit, qui prit le nom d'archevêque ; l'évéque d'Antioche prit celui de patriarche, et le nom de primat fut particulier à l'Afrique. Mais l'auteur des fausses décrétâtes n'en savait pas tant , et il ne
» Can, 6. — » Clem. Epist. 1. dist. 80, 1 —5 Anacl. Ep. 2,4. Ep. 3, 3. ditt. 99; 1. — 4 Conc, glos. Arh,
SUR L'HISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE. l«r
fait aucune mention du titre d'exarque, si fameux e» Asie.
Ce fut néanmoins sur la foi de cet auteur que Grégoire VII établit ou plutôt confirma la primatie de Lyon *, puisqu'il rapporte dans sa bulle les paroles de la décrétale d'Ânaclet ; c'est sur ce même fondement que d'autres papes ont prétendu ériger tant d'autres prima ties en France, en Espagne et ailleurs, les supposant anciennes par erreur de fait, comme je lai montré de chacune en particulier. Ces érections étant contraires à l'ancienne possession ont produit de grandes contestations; vous avez vu avec quelle vigueur les évéques de France rejetèrent la primalie que Jean VIII • avait donnée à Ansgise, archevêque de Sens; vous avez vu comme ils ont résisté depuis à la primatie de Lyon , qu'une longue possession a enfin établie; et comme les évoques d'Espagne se sont opposés à celles de Tolède et de Brague , qui n'ont jamais été bien autorisées '. Aussi ne faut-il pas s'imaginer .qu'une bulle donnée sans connaissance de cause, comme celle de Calliste II pour la pri^ Oiatie de Vienne, suffise pour changer tout d'un coup Tancien état des églis<î§ malgré les parties intéressées. V. Appellations^
Une deg plus grandes plaies que les fausses décrétales aient faites à la discipline de l'Église , c'est d'avoir étendu à l'infini les appellations au pape. Il paraît que le faussaire avait cet article fort à cœur, par le soin qu'il a pris de répandre, par tout son ouvrage, la maxime que non-seulement tout évêque, mais tout prêtre et en général toute personne qui se voit vexée , peut en toute occasion appeler directement au pape. Il fait parler sur ce sujet jusques à neuf papes, Anaclet, les deux Sixtes, premier et second, Fabien, Corneille, Victor, Zéphyrin, Marcel et Jules*.
« Jïw^LXII, 61. — * Hist. LU, n. 33. — ^ //is/. LXIV, n. 30. — 4 ANACL. Ep. 1, 2. q. 3, 8.— SiXT. I, Ep. 2. — SiXT. lï. Ep. 1, 2.—
Mais saint Cyprien ' , qui vivait du temps de saint Fabien et de saint Corneille, ne s'est pas seulement opposé aux appellations , il a encore montré les raisons solides de nV pas déférer ; et du temps de saint Augustin Téglise d^4friquene les recevait point encore , comme il paraît par ia lettre dti concile tenu en il% au pape Célestin. Enfin , ju&ques au neuvième siècle on voit peu d'exemples cie ces appellations en vertu du concile de Sardique , si ce n'est comme j'ai dit de la part desévèques des grands sièges, qui n'avaient point d'autre supérieur que le pape.
Mais depuis que les fausses décrétales furent connues., on ne vit plus qu'appellations par toute léglise latine. Hincmar ' , mieux instruit que les autres de l'ancienne cb^pliiie, s'opposa vigoureusement à celte nouveauté, '
soutenant que ce remède ne devait être accorde tout *a plus qu'aux évêques , mais non aux prêtres. Vous avez vu ensuite les plaintes d'ives de Chartres et de saint Bernard * contre cet abus, qui de leur temps était déjà monté au |
comble. Ils montrèrent que celte liberté d'appeler au pape en toutes matières et en tout état de cause énerNait entièrement la discipline; que les /nauyais prêtres et les autres pécheurs indociles avaient par là un moyen sûr pour éluder la correction, ou du moins pour la différer; .que le pape était souvent mal informé, et obligé de rétracter . les jugements qu'il avait donnés par surprise.; enfin , que les-évéques, rebutés de la longueur des procédures, de la dépense et de la fatigue des voyages et de tant d'autres dèfficultés, perdaient courage et souffraient les désordres cpa'ils ne pouvaient empocher. Les papes se trouvèrent. ««tx~mèmes incommodés de cette liberté d'appeler en toute
Fab. Ep. 3. — Corn. Ep. 3. — Vict. Ep. 1. — Zeptivr. Ep. 2. — Mhac. Ep. 2. dut. 17, c. 1. — JuL. Epist. 2. — Cont, Or. 1, 3,4.
» Cypr. Episl. 39, 136. lo. 2, conc. 674. — //ts^ LI, n. 36.-7 » îl.Nr-.MAK. Op. 47, t'i. 2, q. 7f.8. — ''' IvEs , Ep. 13'), 210. — Bbrn. -Cw^sùl. III, 2. — JJisL LX^VI, n. 33. LXIX, n. 58.
SUR L'HISTOIRE KCCLÉSrASTlQLK. lAQ
pecaftion, qui retardait souvent l'exécution de leur» ordre» ; et de là vint laclause « nonobstant l'appel , » qui passa en Btyle dan» leurs bulles.
Si saint Bernard s'élevait avec tant de vigueur contre cet abus en supposant la nécessité des appellationsv que D*eût-il point dit s'il eût su que l'osage en était nowveau et fondé sur des pièces fausses ! Combien aurait-il parlé plus fortement contre la multitude d'aâaires dont le pape était accablé 1 11 savait que, selon les maximes de rÉvangile, un évéque et un successeur des- apéires devait être dégagé des affaires temporelles pour vaquer à la prièfpe» e^ à rinsiruction des peuples; mais lautorité de la coutume le retenait, et, faute de connaître assez Fantiquité ei de aif^ voir comment les papes étaient tombés dans cet embartasd'affairesv il n'osait trancher le mot, et conseillerai Eugène* de revenir à la simplicité des premiers siècleâ.
Cependant la description que ce 'saint docteur nwis» a laissée de la cour de Rome nous fait voir combience'notir ' veau droit dea fausses décrélales avait nui au Saint-Siège, sous prétexte détendre son autorité; car saint Bernanl nous représente le consistoire des cardinaux comme un parlement ou un tribunal souveraio,. occupé à juger des prœès depuis le matin jusqu'au smr, et le pape, qui y présidait, tellement accablé d'affaires qu'à peine avait-il un moment pour respirer; la cour de Rome, pleine d'a^ vecats, de solliciteurs, de plaideurs passionnés, artiâeieuxi, intéressés, ne cherchant qu'à se surprendre l un l'autne* et s'enriehir aux dépens d'autrui. Nous en prenons la^ viéme idée par l'histoire des papes di* douzième et en* treizième siècle, et par leur» lettres, par lieu lièrement ceUc» df innocent HI, où nous voyons un si prodigieux détail des afeires de toute la chrétienté.. Ce^ lettres seules étaieni «ne terrible occupa! ion; car, encore qne le pape ne les composât pas Uii-mcme, il fallait au ii.oins qu'il s'on t(*
iU QUATRIÈME DISCOURS
Tendre œmple et qu'il prit connaissance des affaires les. plus importantes. Et comment un pape si occupé pouvait- 'il trouver du temps pour la prière, pour Tétude des saintes Écritures, pour la prédication et les autres devoirs essentiels de l'épiscopat? Je ne parle point encore des soins que lui donnait son état comme prince temporel ; j'y viendrai ensuite.