‹ Œuvres de l'abbé FleuryChapitre 31 sur 88 · VI. Extemion de V autorité du pape · texte numérisé non relu

VI. Extemion de V autorité du pape

Je vois bien qu'en étendant à l'infini l'autorité du pape on croyait lui procurer un grand avantage et faire valoir sa primauté. Il fallait donc ignorer absolument l'histoire de l'Église, ou supposer que les plus grands papes, comme saint Léon et saint Grégoire, avaient négligé leurs droits et laissé avilir leur dignité; car il est bien certain, dans le fait, qu'ils n'ont jamais exercé cette autorité marquée dans les décrétales d'Isidore. Mais approfondissons un peu : ' ces saints papes n avaient-ils point de bonnes raisons pour en user ainsi? n'avaient-ils point des pensées plus hautes et une connaissance plus parfaite de la religion que Grégoire VII et Innocent III? Les hommes vulgaires ne cherdient que leur intérêt particulier ; les philosophes , qui \ portent plus loin leurs pensées, voient par la seule raison ^ naturelle qu'en toute société l'intérêt de chaque particu- . lier, même de celui qui gouverne, doit céder à l'intérêt de la société entière. Or il n'est pas permis de penser que lésus-Christ ait établi son Église sur des maximes moins >pitres que celles des philosophes païens; aussi n'a-t-il proposé à ceux qui gouverneraient fidèlement son troupeau aucun avantage en cette vie, mais seulement la récompense éternelle proportionnée à leur charité.

avouons donc de bonne foi que les papes des cinq ou 9ix ^premiers siècles avaient raison de considérer l'utilité de l'Église universelle préférablement à ce qui pouvait partiitre avantageux à leur personne ou leur siège ; avouons

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encore que l'utililé de TËglise demandait que toutes les affaires fiiâaent jugées sur les lieux par ceux qui le pouvaient avec plus de connaissance cl de facilité; que les évéques, surtout leur chef, fussent détournés le moins qu'il était possible de leurs fonctions spirituelles et essentielles , et que chacun d'eux demeurât fixe dans Téglisc où Dieu Tavait mis, appliqué continuellement à instruire et à sanctifier son peuple. Peut-on comparer à des biens si solides le triste avantage de rendre le pape terrible par toute la terre, et de faire venir à Rome de tous côtés les évéques et les clercs, soit par la Cfainte des censures, soit par l'espérance des grâces?

Je sais que cette foule de prélats et d'autres étrangers que divers intérêts attiraient à Rome y apportait de grandes richesses, et que son peuple s'engraissait aux dépens de tous les autres ; mais j'ai honte de faire mention d'un tel avantage lorsqu'il s'agit de la religion. Le pape était-il donc établi à Rome pour Tenrichir ou pour la sanctifier >? et saint Grégoire ne faisait-il pas mieux le devoir de pèro commun lorsqu'il répandait si abondamment par ses aumônes dans toutes les provinces les revenus immenses de l'Église romaine? Or ces papes qui enrichissaient Rome ne la sanctifiaient pas ; il semble ihéme qu'ils désespéraient de le pouvoir faire, suivant l'affreuse peinture que nous a faite saint Bernard ^ du peuple romain de son temps. C'était pourtant le premier devoir d'un pape, comme leur évéque, de travailler à leur conversion ; et il y était plus obligé qu'à juger tant de procès entre des étrangers.

Le décret de Gratien ^ acheva d'affermir et d'étendfe l'autorilé des fausses décrélales que l'on y trouve semées partout ; car pendant plus de trois siècles on ne connaissait point d'autres canons que ceux de ce recueil , on n'en

" Hist. XXXV, n. 19.— » ÎY-Cotuid, 2, etc.— 3 Hist. LXX, n. 28. — 1. q. 1. 16.

suivait point d'autres dans les écoles et dans les tribunaux. Gratien avait même enchéri sur ces décréta les pour étendre Tautorité du pape, soutenant qu'il B*était point soumis aux canons ; ce qu'il dit de son chef et sans en apporter aucune preuve d'autorité. Ainsi se forma dans l'église la^ tine une idée confuse que la puissance dti pape était sans bornes. Ce principe une fois posé , on en a tiré plusieurs conséquences au delà des articles exprimés formellement dans les fausses décrétâtes, et les nouveaux théologiens n'ont pas assez distingué ces opinions d'avec l'essentiel de la foi catholique toucl)ant la primauté du pape et les règles de l'ancienne discipline.

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