VII. Immunités des clercs
Outre ce qui regarde le pape ', Gratien a mis dans son décret de nouvelles maximes touchant Timmiimté des.deres, qu'il soutient ne pouvoir être jtfgés par les laêques en aucun cas ; et, pour le prouver, il rapporte plusieurs articles lies fausses décréta les, et la prétendue loi de Tbéodose adoptée par Chariemagnepour étendre exeessivemeni la jnrtdicfion (!es évèques '. Il y joint un lîtticle tronqaé d'iïiie Novelie de Jostinien ^, qui dans son entier dît tout le contraire. Cepemiant cette constitution ainsi altérée fut le principal fondement de saint Thomas de Cantorbéry pow résister au roi d'Anglelerre avec celte fermeté qui lui attira la persécution et enfin le martyre. La maxime était fousse dans le fond , mais elle passait peur vrsde chea les plus habiles canoniales.
Ces exemples montrent bien sensiblement l'importanœ de la critique, que ]es scolastiques spéculatifs et paresseux méprisent comme un amusement puéril et une vaine curiosité. Apprendre diverses langues jusqu'à les savoir exactement, peser chaque mot pour en savoir la signification
^ IT, 4. 1, 36, 37. — a Hisl. XLVT, n. 8. — Capiful, VI, n. 366. al. 281. II, 1, 9, 45. §2.-3 i^ov. 83, 3. — Hist. LXXI, n. 6.
propre et même l'étymologie , observer la différence des ^ylesen chaque langue selon les lemps et leâ lieux , chercher les histoires de chaque nation et ne s'arrêter qu'aux originales, les lire avec réflexion, principalement sur les mœurs, y jcindre Tétude de la géographie et de la chronologie, voilà les fondements de la critique. Je con-viens que c'est un long et pénible travail , mais il est nécessaire pour s'assurer de la vérité des faits. On ne la trouvera jamais par le seul raisonnement, et cependant de ces faits dépend souvent la conduite de .la vie. Vous venez de voir en quels inconvénients on est tombé pour avoir cru en des pièces fausses. On s'est accoutumé de plus à recevoir sans choix toutes sortes de narrations, faute de principes pour les distinguer ; et de là sont venus' tant de légendes fabuleuses, tant de faux miracles , tant de visions et de relations frivoles, comme nous voyons entre autres dans les dialogues du moine Césiaire.
Les maximes rapportées par Gratien ' touchant l'immu- Dite des clercs sont le fondementderla réponse que le pape Iimoc^t HM At à l'empereur de Constanlinople au commenGement de son pontificat, et âoal est tirée. une décrétale célèbre. En -cetite lettre , le pape donne des explications forcées au passage de saint Pierre ' allégué par Tempereur pour montrer que tous les chrétiens sans exception doivent être boumis à la pussance temporelle. « L'apô^ Xre, dàt-'i\j ipailait ain« pour exciter les fidèles à l'humilité. » Le voi est souverain, mais seulement de ceirx qui neçoive&t de lui les choses temporelles, c'esl-à-dire des laïques ; comme si r>Ëgliee n'avait pas aussi reçu son temporel de la puissance séculière. Le pape continue que le prince n'a pas reçu la puissance du glaive sur tous les méchants, mais seulement sur ceux qui, usant du glaive,
« ffisL LXXV, n. 14 Gfst. — » Jss. n. 63. c. Solitar. 6. de Majom, etc. — ^ 1 Fetr. 11, 13.
sont soumis à sa juridiction. Par où il entend encore les seuls laïques, pour procurer aux clercs criminels l'exemption des peines temporelles, c'est-à-dire l'impunité. U ajoute que personne ne doit juger le serviteur d'autrui, supposant que les clercs ne sont pas serviteurs du prince. Enfin il rapporte l'allégorie des deux grands luminaires que Dieu a placés dans le ciel a pour signifier, dit-il, les deux grandes dignités, la pontificale et la royale; » comme si, dans une dispute sérieuse, il était permis d'avancer pour principe une allégorie arbitraire que l'on n'a qu'à nier pour la réfuter. C'est ainsi que l'on éludait les autorités de l'Écriture les plus formelles, pour soutenir les préjugés tirés des fausses décrétales.