‹ Œuvres de l'abbé FleuryChapitre 33 sur 88 · VIII. Moins de changements en Orient · texte numérisé non relu

VIII. Moins de changements en Orient

Or le pape Innocent III ne pouvait s'adresser plus mal qu'à un empereur grec pour débiter ces maximes inconnues à l'antiquité. Les princes latins, ignorants pour la plupart jusqu'à ne sayoir pas lire, croyaient sur ces matières tout ce que leur 'disaient les clercs dont ils prenaient conseil ; et ces clercs avaient tous étudié aux mêmes écoles et puisé dans la même source , qui était le décret de Gralien. Chez les Grecs tous les honnêtes gens étudiaient, les laïques comme les clercs, et ils s'instruisaient dans les livres originaux, l'Écriture, les Pères, les anciens canons; mais ils ne connaissaient point les fausses décxétales fabriquées en Occident et écrites en latin. Aussi avaient-ils conservé l'ancienne discipline sur tous les points que j'ai marqués. Vous avez vu que tous leurs évoques et les patriarches même étaient jugés et souvent déposés dans des conciles, qu'on ne demandait point au pape la pernîission de les assembler, et qu'on n'appelait point à lui de leurs jugements. On ne s'adressait point à lui pour les translations d'évèques ni les érections d'évêchés; on suivait les canons compris dans l'ancien code de l'église grecque. Je

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fie dis pas que cette église fût exemple d'abus ; j'en ai marqué plusieurs en diverses occasions, et je sais que les patriarches de Constantinoplc s'étaient attribué une autofité excessive par la faveur des empereurs, qui avaient même beaucoup empiété sur la puissance ecclésiastique ; mais entin on gardait toujours à l'extérieur les anciennes formalités, on connaissait. et on respectait les canons.

Vous direz peut-être : Il ne faut pas s'étonner que les Orecs ne s'adressassent pas au pape, soit pour les appel* kitions, soit pour le reste, puisque, dès le temps de Photius, ils ne le reconnaissaient plus pour chef de l'Église. Mais s'y adressaient-ils auparavant? Et, dans le temps où ils étaient le plus unis avec TÉglise romaine, observaientils rien de ce que j'appelle nouvelle discipline? Ils n'avaient garde de le faire, puisque les Latins même ne le faisaient pas, et que cette discipline était encore inconnue à toute l'Église. Au reste, ne vous y trompez pas, le schisme des Orecs n*est pas si ancien qu'on le croit communément. Je le montrerai dans un autre discours,- mais en attendant je vous avertis qu'il n'a guère été formé avant la prise de Constantinople par les Latins. D'ailleurs je ne vois point que, dans les disputes que nous avons eues avec les Grecs depuis le temps de Léon IX et de Michel Cerularius, nous leur ayons reproché qu'ils tenaient dos conciles sans la permission du pape et le reste des articles dont il s'agit, et je ne vois pas non plus que Grégoire VII et ses successeurs aient cité à Rome les évèques grecs , et les aient •traités comme ils traitaient les Latins; ils savaient bleu qu'ils n'auraient pas obéi.

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