I-^XVI, n. 47. -. 4 Hist, Albiç
que le pape faisait prêcher contre lui ; et, pour remonter plus haut, quand Tcmpereur Henri IV > demanda si humblement au pape Grégoire VII l'absolution des censures, jusqu'à demeurer trois jours à sa porte nu-pieds et jeû> nant jusqii*au soir, c'est qu'il craignait de perdre sa couronne s'il demeurait excommunié pendant l'année entière. Aussi l'un et l'autre de ces princes ne fut pas meilleur après l'absolution que devant. Ces pénitences forcées n'étaient pas durables; la honte que l'on y joignit, loin de produire une confusion salutaire, ne faisait qu'aigrir le pécheur, et lui faire chercher la vengeance de l'affront qu'il avait reçu. « Car, comme dit saint Chrysostome 3,. celui qui est insulté en devient plus audacieux ; il perd le respect et méprise celui qui l'insulte. »
Pour rendre les pénitences plus sensibles, on y joignait des amendes pécuniaires, que l'on exigeait avant que de donner l'absolution, et, pourvu qu'elles fussent payées, on passait facilement le reste de la pénitence s. Vous avez vu comme saint Hugues de Lincoln réprima ces abus. Ainsi les pénitences et les absolutions devinrent des affaires temporelles jà l'égard deç particuliers aussi bien que des princes. Il ne fut plus question de s'assurer par de longues épreuves de la conversion du cœur, qui était le but des pénitences canoniques, mais de prendre des sûretéspour la. restitution des biens usurpés et des dommages causés , ou pour le paiement de l'amende ; et comme le pénitent, principalement si c'était un prince, était pressé de faire cesser les effets de l'excommunication ou de l'interdit, il commençait par se faire absoudre, en promettant par serment de satisfaire à l'Église dans un certain terme, sous peine d'être excommunié de nouveau. L'exécution manquait souvent, çt alors c'était à recommencer; car le
« Htsl. LXir, n. 37, 39, 40. — » ffom. 2 in TU. 1, 7. — 3 ffigt^ LXXIV, n. 46. LXXVI, n. 44.
i!14 QUATRIÈME I^ISCOURS
pécheur non converti ne se mettait pas en peine de satisfaire quand il avait obtenu par Tabaolulion ne qu'il désirait, qui était de rentrer dans ses droits ou d'être délivré de la crainte de les perdre ; vous en avez déjà vu des exemples, et vous en verrez beaucoup dan^ la suite ' . En même temps s'introduisit Tusage de donner Tabsolutioii , même dans la pénitence secrète, aussitôt après la confession et la satisfaction imposée et acceptée : au lieu que dans rantiquité on ne la donnait qu'à la fin, ou du moins après qu'une grande partie de la pénitence était accomplie. Ce changement fut foudé sur les raisonnements âes docteurs scblastiques : que Ton ne devait pas refuser Tabsoliition extérieure à celui que l'on devait croire l'avoir déjà reçue de Dieu intérieurement, en vertu de la contrition qu'il paraissait avoir dans le cœur; et qu'étant en état de grâce il ferait plus utilement les œuvres satisfacloires. Mms il fallait considérer qu'un homme est bien plus excité à agir par l'espérance d'obtenir ce qu'il desirn que par la reconnaissance de l'avoir fcçu, ou far la fidélité à la "promesse qu'il a faite pour l'obtenir. Le malade observa mieux le régime qui lui est prescrit pour recouvrer la saalé qae pour la conserver quand il crnt «èlve guéri *. lOa voit ^pem de créanciers qui voulussent donner quittance par avaaoe sur la promesse que ferait le débiteur, ménie avec sei^ ment, de payer à oertain terme.
D'ailleurs les pénitences, c'est-à-dire les œuvres satifr^ faototres, s'éloignaient de plus en phis de la sévérité des andeiis canons, que Von ne proposait plus aux confesseurs que commandes exemples pour les diriger, et non des^rè- ^ps pour les oMiger, supposant feosBement que la nattwe était affaiblie, et que les corps n'avaient phis la même fonoe pour supporter îles jeânes «t les autres austérités. Qod* ques docteurs allaient jusqu'à dire que c'était judaïser que
• MoRis, Panil. X, 24, n. 8, etc. — » MoRls,25, u. 7, 8, etc.
SLR L'IUSSOUlË £CeUi;SiA&IlQU£. 21^
s'attacher à la lettre des aacienâ canoiia. Oo éiendit à tous lespcétres- le droit qu'avaiesi toujours- eu les évéques de mitiger les péuilepces^ soit eu adoucissaat les œuvres pénales,, soit ea abrégeaiii le leoips ^ ; eafin oa établit la. maxime générale que les péniteBces étaient arbitraires. £t oouune dès lors le nombre des confesseurs, tant séculiers que réguiûfrSy était tco|^ grand, il ne faut pas s'étonner si cette estimation n'a pas toajottrs été assez prudente, et si les pénitences sont devenues légères, même pour les plu& grands péchés.
XYI. Indulgences.
lï est vrai, que la muitilude des indulgences et la lacililé de les gagner étaient ua grand obstacle au lèle des confesseurs les plus éclairés. U était difficile de persuader des jeûnes et des disciplines à u» pécheur qui pouvait les cacheter par une légère attmôna au la visite d'une église. Car les évéques du douzième et du tre^ième siècle accordaient des indulgences à tontes sortes d'œuvres pies , camme le bâtiment d'une église, Ventrelien d'un hépiiail; enfin éeloutoutvragepuUi«;, un pont, une chaussée, le paifé d BU grand chemin ^ Ces iadid^nees, à la véritté, n'étaient que d'une partie de la pénkeaea; mais si l'as enjoignait plusieurs ,. en pouvait la iracbeler tout entiète. Ce sont ces indulgences que la quatrième eoncila de La* tHMb appelle: indiscrètes et superflues, qui rendent méprianbles les chefs de l'Église et énervent la satisfaction de la. pénitence. Potrr en réprimer l'ebus, il ordonne que, pour ta dédicace d'unie église, l'iadvlgence ne soit pas de pkis d'une unnée,. quand vaèam il s'y trouverait plusieurs évéques, car chacun prétendait donner la sienne.
^iilaume, évêqiie de Paris dans le même siècle , noas explique les motifs de ces indulgencee. Celui qui a le pou-
» GuiLL. Paris, de Pœnil. 17, t. 1, p. 592. G. — * Can. 62. — ffisi. LXII, 1». 6i.
voir d'imposer des satisfactions pénales peut aussi les augmenter ou les diminuer », selon qu'il trouve expédient pour l'honneur de Dieu, le salut des âmes, Tutilité publique ou particulière. Or il est manifeste qu'il revient plus d'honneur à Dieu et d'utilité aux âmes de la construction d'une église où il soit continuellement servi par des prières et des sacrifices, que par les plus grands tourments des œuvres pénales ; il est donc du devoir de l'évèque de les convertir en ces plus grands biens. Et ensuite il est vraisemblable |
que les saints, qui ont tant de crédit auprès de Dieu, obtiennent de lui de très amples indulgences pour ceux qui tes honorent, en faisant du bien aux églises où l'on révère |
leur mémoire. Quant aux indulgences qui s'accordent pour la construction ou la réparation des ponts ou des chemins, c'est que ces ouvrages servent aux pèlerins et aux autres qui voyagent pour des causes pieuses, sans compter l'ulî- Hté commune de tous les fidèles. I
Ces raisons, si elles étaient solides, auraient dû toucher '
les saints évèques des premiers siècles, qui avaient établi l
les pénitences canoniques; mais ils portaient leur vue plus loin. Ils comprenaient que Dieu est infiniment {Jus |
honoré par la pureté des mœurs et la vertu des chrétiens I
ipie par la construction et l'ornement des églises maté- |
rielles, le chant, les cérémonies et tout le culte extérieur, !
qui n'est que l'écorce de la religion, dont l'ame et Tessen- |
iiel est la vertu. Or, comme les chrétiens pour la plupart ne sont pas assez heureux pour conserver l'innocence bap- |
tismale^ ces sages pasteurs, instruits par les apôtres, av-alent étudié tous les moyens possibles de relever les |)écheurs et de les préserver des rechutes, et n'avaient point trouvé de meilleurs remèdes que de les engager à âe punir volontairement eox-mémes en leurs propres persimnes par des jeûnes, des veilles, la retraite, le silence.
SUR L'HISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE. il7
le retranchement de tous les plaisirs; d'affermir leurs i>onnes résolutions par la prière et la méditation des vérités étemelles; enfin, de continuer ces exercices pendant longtemps, pour s'assurer de la solidité des conversions. On a beau argumenter et subtiliser, ces pratiques tendaient plus directement au sakit des âmes, et par conséquent à la gloire de Dieu, que des aumônes pour le bâtiment et la décoration d'une église. Un pécheur véritablement pénitent, touché de l'horreur de son péché et de la peine éternelle qu*il a méritée, trouve trop légères toutes les p^nes temporelles. Celui qui s'estime heureux d'en être quitte à bon marché n'est pas converti ; il cherche seulement à apaiser ses remords et à sauver les apparences. Enfin croyons-en l'expérience : jamais les chrétiens n'ont été plus saints que lorsque les pénitences canoniques ont été le plus en vigueur ; jamais ils n'ont été plus corrompus que depuis qu'elles sont abolies.
Prenons un exemple plus sensible : que diriez-vous d'un prince qui, par une fausse clémence, offrirait à tous les criminels des moyens faciles pour éviter le supplice; des amendes modiques , de légères taxes pour contribuer aux dépenses de ses bâtiments ou à l'entretien de ses troupes ; une visite à son palais, quelques paroles de satisfaction ; €nfin, pour l'abolition de toutes sortes de crimes, quelques années de service dans ses armées? A votre avis, l'état de ce prince serait-il bien gouverné? y verrait-on régner ^'innocence des mœurs, la bonne foi dans le commerce, la sûreté des chemins, la tranquillité publique? N'y verrait-on pas au contraire un débordement général dé tous ies vices; une licence effrénée, et toutes les plus funestes suites de l'impunité? L'application est facile.
Il en faut donc revenir â la maxime de saint Paul, que tout ce qui est permis n'eH pas toujours expédient. Car «e prince qui ferait grâce à tous les coupables userait
^IS €i:«QCJ£ttE MSCOVRS
saasdoiilede son droit, puisque je le suppose souverain; ■ Biais H en userait indiscFètiameiit. li en est de même de& induigeiices. Aucun catho)iq«e ne doute que l*Êgltse n'en puisse aooerder, qu'elle ne le doive en- certmns cas, qu*etle ne l'ait toujours lait; mais c'est à ses miaistres à dîspeii» ser sagement ces grâces, et n'en pa» foire une prSfusiûD imitiJe ou même pernicieuse. Au reste, je réserve à un aulre discours à parler phjs amplement de rindulgence de la croisade.
Je coMclus celui-ci en vous faisant remarquer ce que je pense avoir prouvé : que les changements arrivés dans I» discipline de l'Église depuis cinq ou six cents ans n'ont .point été introduits par l'autorité des évèques et des conciles pour corriger les pratiques anciennes, omis par négligence, par ignorance, par erreur, fondée sur des piéces^ fausses comme les décrétâtes d'Isidore, et par tes mauvais raisonnements des docteurs scolastiques. I^u veuille que BOUS profitions de la grac« qu'il nous a faite de naître dan& un siècle plus éclairé, et quie, st nous ne pouvons ramener l'ancienne discipline, nous sachions au moins l'estimer, la révérer et la regretter !