‹ Œuvres de l'abbé FleuryChapitre 37 sur 88 · DISCOURS V · texte numérisé non relu

DISCOURS V

CUANGBBIfiNTS QUE l' INSTITUTION DES UNIVERSITES ET DES COL- LBGKS APPOUTE DANS LA SCIENCE ET nÂNS LES MOKUftS.

Écoles de Paris et de Bologne. — Utilité de» univetsités. — Collèges. — Cou» d'études. — Grammaires. — Rhétorique et poétique. ■— Hiatoire. — Logique. — Morale. — Mœurs des étudiants. — Théologie positive. — Abus des allégories. — Tradition. — Réputation des scolastiques. «^ Leur méthode. — Leur st^rle. •-> Canonistes. — Plan de meilleures études.

I. Ecoles de Pmris et de Balogne, Un des moyens dont Dieu ^st servi pendant les derniers temps pour conserver la sainte doctrine dans son

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Égliise a été l'institution des universités, qui ne fwirent ce nom qu'au commencement du treizième siècle, quoique quelques-imes fussent déjà presque formées sous le simple nom d'écoles * . J'ai marqué dans le troisième discours la suo- «cession des écoles latiaes jusqu'à la fm du dixiènne siècle: <^lle de Reims était alors la plus fameuse; elle continua de l'être pendant tout le siècle suivant, et saint Brtmo en fut le principal ornement. On y peut rapporter Soscelin de Compiègne et les deux illustres frères Anselme et Raoul de Laon , puisqu'ils enseignaient dans la province «de Reims.

L'école de Paris était célèbre dès la fin du dixième siè- •cle % comme on voit daus la vie de saint Abbon de»Fteury, qui y vint étudier; et peut-être le séjour de nœ«ois, qui en firent alors leur capitale, ne contribua pas peu À y attirer de bons maîtres ^. La réputation de celle école augmenta considérablement au commencement du douzième siècle sous Guillaume de Chnmpeaux et «ous ses disciples, qui enseignèrent à Saiot-Yictor. En même iemp^ Pierre Abeilard vint à Paris, et y enseigna «voc un grand éclat les iiumanités :et ia philosophie d'Aristote *; Albéric de Reims y enseignait aussi, et fut ie plus fameuK dtailec- <ticien , quoique attaché â ^ia secte des nominwix , dont Roscelin fut l'auteur. Mais la gnande lumière de l'école de Panis fut l'évèque Pierre Lombard, si connu par «on livre

. des Sentences , qu'il composa vers le milieu du douzième siècle *. On le regarda comme le corps de ihéoiogie \e plus parfait, et on le choisit pour être enseigné publiquement, par préférence à tant d'autres recueils semblables

compeeés vers le même t^nps par Hildebert, archevêque de Tours, par le cardinal Rîd)ert Pullus, l'abbé Ropert et Hugues de Saint-Victor *.

ï nVisc. n. Ja. — 2 Hist. LVII, n, 31. — ^ Jïi^/.XXTI, n. 25. ^ 4 Hisl. LXVI, n. 22. — '-> Hist. LXX, n. 34. — « ijjUi,

Ainsi, entre plusieurs compilations des canons, la plus universellement approuvée fut celle du moine Gratien , composée dans le même temps à Bologne en Italie ; et son ouvrage semble avoir rendu plus fameuse cette école , qui rétait déjà par l'étude des lois romaines renouvelée vingt ans auparavant ; car il parait qu'on allait loin les étudier en Lombardie par l'exemple d'Arnoul, évéque de Lisieux >; et en 4220 le pape Honorius témoignait dans une bulle que l'étude des bonnes lettres avait rendu la ville de Bologne célèbre par tout le monde '. Remarquez encore que le Maître des Sentences était sorti de Navarre, et qu'avant lui Lanfranc , archevêque de Cantorbéry, était venu de Pavie, ce qui nous découvre en Lombardie une suite de théologie comme do jurisprudence >. Aussi les deux plus anciennes universités que je connaisse sont celles de Paris et de Bologne ; et on les nomma universités d'études pour montrer qu'elles les renfermaient toutes, et qu'en une même' ville on enseignait tous les arts libéraux et toutes les sciences, qu'il fallait auparavant aller apprendre en divers lieux.

IL Utilité des universités.

Cette institution fut très utile à l'Église. Les docteurs, assurés de trouver dans une certaine ville de l'occupation avec la récompense de leurs travaux , venaient volontiers s'y établir, et les étudiants, assurés aussi d'y trouver de bons maîtres avec toutes les commodités de la vie, s'y rendaient en foulo de toutes parts, même des pays éloignés; ainsi on venuit à Paris d'Angleterre, d'Allemagne et de tout le Nord , d'Italie , d'Espagne. L'émulation faisait étudier à l'envi les maîtres et les disciples; et le plus grand bien c'est que la doctrine se conservait mieux dans sa pureté, puisque entre plusieurs docteurs enseignant à

' mst. LXX, n. 18. — » SpieU, t. II, 336.-3 jy^,/. LXXVUI»

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la vue les uns des autres, la moindre nouveauté était bientôt relevée. On conservait aussi plus facilement l'uniformité, soit pour le fond de la doctrine, soit pour la manière d'enseigner. Tant d'écoliers de divers pays y répandaient ce qu'ils avaient puisé dans les mêmes sources, et, devenus maîtres à leur tour, enseignaient chacun chez eux ce qu'ils avaient appris à Paris.

La police des universités était un moyen pour affermir la tradition de la saine doctrine; il ne dépendait plus, comme auparavant , de chaque particulier d'enseigner quand il s'en croyait capable ; il fallait être reçu maître es arts ou docteur dans les facultés supérieures , et ces titres ne s'accordaient que par degrés, après des examens rigoureux et de longues épreuves , pour répondre au public de la capacité des maîtres. Tout le corps en était garant, et avait droit de corriger celui d'entre eux qui s'écartait de son devoir. Suivant le règlement donné en 1215 * par le cardinal légat Robert de Courçon pour enseigner les arts à Paris, il fallait être âgé de vingt et un ans et les avoir étudiés au moins six ans; pour enseigner la théologie, il fallait l'avoir étudiée huit ans et en avoir trente-cinq.

Les frères prêcheurs « , ayant été agrégés à l'université de Paris dès le commencement de leur institut, observaient l'ordre suivant pour la promotion de leurs docteurs en théologie : celui qui était nommé bachelier par le général de l'ordre ou par le chapitre commençait par expliquer la matière des Sentences dans l'école de quelque docteur, ce qu'il faisait pendant une année, à la fin de laquelle le prieur du couvent, avec les docteurs qui professaient actuellement , présentait ce bachelier au chancelier de Té- :glise de Paris, et ils assuraient avec serment qu'ils le ju- .geaient digne d'obtenir la liberté , c'est-à-dire la permis-

» IIUL. XXXVII, n. 39. — » Echard. fifwm. S. Thtvind. S30.

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sion d'enseigner comme docteur. Après quelques examens publics et quelques autres formalités, le bachelier était reçu docteur, et continuait la seconde année d'expliquer le livre des Sentences dans son école, car chaque docteur avait la sienne. La troisième année, le nouveau docteur tenait encore son école, mais il avait sous lui un bachelier qui expliquait les Sentences, et qu'il présentait à la fia de l'année pour la licence, comme on l'avait présenté litinnéme. Tout le cours du doctorat s'achevait en ces tcois années, sans préjudice des actes qif il fallait soutenir de temps en temps; mais ce qu'il y avait de bon. est que personne n'était reçu qu'après avoir enseigné publiquemtmtL Au reste, les leçons ne se faisaient pas en dictant des éeriks ; mais le professeur, après s'èlre préparé, les prononçait de suite comme des sermons, et les écoliers en écrivaient ce qu'ils pouvaient. Or il est à croire que les frères prêcheurs suivirent Tordre qu'ils avaient trouvé établi dans l'Université.

m. Coilége&.

L'institution des collège», qui comnaencèrent vers le milifiu dtt treizième siècle, fut un bon moyen peur maintenir la police de l'Université et contenir dans le devoir les écoies qui y étaient renfermées *. Les religieux furent les ppettiers qui fondèrent de ces maisons pour loger eosem- Ue leurs confrères étudiants et les séparer du commerce d«s séculiers. Ainsi, outre les frères prôeheurs et les frères loineura, dont les premières maisons , à Paris, sont les collèges de tout l'ordre, on y fonda pour les ntoines ceux ' des^ Bernardins^ de Clugny et de Marmoutier». Celui de Seirbettoe fut un des premiers, et ensuite la plupart des é-iiêque» en ibndèreut po«ur les pauvres étudiants de leurs diQcèses>; peu? 14 ils s'acquittaient en quelque manière de l^QbHga^on d^instruire et de former leur clergé, qui est

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tin de \ems prwKSifMMax <ievoirs , vu qu'ils ne iKnivaient -espérer 4e leur donner t^ez eiiK d'aussi bous maîtres que dans les écoles pubKques.

Or la discipline des oolléges tendait non-seulement à l'instruGlioB des éooli«rs qu'on y entretenait et q«e nous appelons boursiers, mais à régler leurs mœurs et leB former à la vie cléricale. Ils vivaient en commun, célébraient Foifice divin, avaient leurs heures réglées d'étude ^ de divertissement, et plumenrs pédagogues ou régcflits veillaient sur eux poar les oonduire et les contenir dm^ leur devoir : c'étaient comme de petits séminaires* Enân <;ette institution et tout le reste de la police des universilés fut si généralement approuvé, que tous Jes pays du rit îatin suivirent l'exemple de la Franoe et de ritalfe, et depuis le treizième siècle on vit paraître de jour en jour de nouvelles univeralés,

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