‹ Œuvres de l'abbé FleuryChapitre 49 sur 88 · XI. Chute de la pénitence · texte numérisé non relu

XI. Chute de la pénitence

De toutes les suites des croisades, la plus importante à la religion a été la cessation des pénitences canoniques. Je dis la cessation et non pas l'abrogation , car elles n'ont jamais été abolies expressément par constitution d'aucun pape ni d'aucun concile ; jamais, que je sache, on n'a délibéré sur ce point; jamais on n'a dit : Nous avons examiné soigneusement les raisons de cette ancienne discipline et les effets qu'elle a produits tant qu'elle a été pratiquée; nous en avons trouvé les inconvénients plus grands que l'utilité, et, tout bien considéré, nous avons jugé plus à propos de laisser désormais les pénitences à la discrétion des confesseurs. Je n'ai rien vu de semblable dans toute la suite de l'histoire. Les pénitences canoniques sont tombées insensiblement par la faiblesse des évoques et la dureté des pécheurs, par négligence, par ignorance; mais elles ont reçu le coup mortel, pour ainsi dire, par l'indulgence de la croisade.

Je sais que ce n'était pas l'intention du pape Urbain et du concile de Clermont * ; ils croyaient au contraire faire deux, biens à la fois : délivrer les lieux saints et faciliter la pénitence à une infinilé de pécheurs qui ne l'auraient jamais faite autrement. C'est ce que dit expressément saint Bernard ', c'est ce que dit le pape Innocent III ', et

« Siêt. LXIX, n. 14. — » Ep. 366, al. 322. — 3 Innoc III, XVI, ep. 28.

ils relèvent pathétiquement la bonté de Dieu , qui, dans ieur temps, a donné aux hommes cette occasion de se con* vertir et ce nouveau moyen de satisfaire à sa justice. Mais il est à craindre qu'on n*eût pas assez considéré les solides raisons des anciens canons qui avaient réglé le temps et les exercices de la pénitence. Les saints qui les avaient établis n'avaient pas seulement en vue de punir les pécheurs; ils cherchaient principalement à s'assurer de leur conversion, et voulaient encore les précautionner contre les re* chutes. Ou commençait donc par les séparer du reste des fidèles, et on les tenait enfermés pendant tout le temps de leur pénitence, excepté lorsqu'ils devaient assister dans l'église aux prières communes et aux instructions. Ainsi on éloignait les occasions de pécher, et le recueillement de cette retraite donnait aux pénitents le loisir et la commodité de faire de sérieuses réflexions sur Ténormité du péché, la rigueur delà justice de Dieu, les peines éternelles et les autres vérités terribles que les prêtres qui prenaient soin d'eux ne manquaient pas de leur représenter pour exciter en eux l'esprit de componction. Ensuite on les connaissait^ on les encourageait et on les affermissait peu à peu dans la résolution de renoncer pour toujours au péché et ntener une vie nouvel fe.

Ce ne fut que dans le huitième siècle que Ton introduisit les pèlerinages pour tenir lieu de satisfaction ^ et ils commencèrent à ruiner la pénitence par les distractions et les occasions de rechutes. Encore ces pèlerinages particuliers étaient-ils bien moins dangereux que les croisades. Un pénitent, marchant seul ou avec un autre pénitent, pouvait observer une certaine règle , jeûner ou du moins vivre sobrement, avoir des heures de recueillement ou de silence, chanter des psaumes, s'occuper de bonnes pensées, avoir des conversations édifiantes; mais toutes ces prati-

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