‹ Œuvres de l'abbé FleuryChapitre 57 sur 88 · VII. Multiplieation d*ordres religieux · texte numérisé non relu

VII. Multiplieation d*ordres religieux

Le même concile de Latraa ^ en 1 215, défendit d'inyenier de nouvelles religions, c*e9t-à-dire de nouyeaux ordres on congr^Uoos, de peur, dit le canon, que leur trop grande diversité' n'apporte de la confusion dans rËgiise. Mais quiconque voudra entrer en religion embrassera une de celles qui sont approuvées. Cette défense était très sage, et conforme à Tesprit de la plus pure antiquité. Saint Basile, dans ses r^les, demande s'il est à propos d'avoir en un même lieu deux communautés religieuses, et il répond qpelion *. Il ne s agissait pas de deux ordres différents, mais seulement de deux maisons du même institut, et saint Basile rend deux raisons de sa réponse négative : la première, qu*il est difficile de trouver un bon supérieur, et encore plus d'en trouver deux ; la seconde, que la multiplication des monastères est une source de division. D'abord ce ne sera qu'une émulation louable à qui pratiquera mieux la r^e; ensuite l'émulation se tournera en jalousie, en mépris, en aversion ; on cherchera à se décrier et se nuire l'un à l'autre ; telle est la cor* ruption de la nature. Les païens même ont pris pour fondement de la politique que la république fût une autant qu'il serait possible, et qu'on éloignât d'entre les citoyens toute semence de division. Combien doit-on plus travailler à en préserver TÉglise de Jésus-Christ , fondée sur l'union des cœurs et la charité parfaite! c'est un seul corps dont il est le chef ^ , et dont les membres doivent avoir une entière correspondance , et compatir en tout les uns aux autres.

Or les divers ordres religieux sont autant de corps et comme autant de petites églises dans l'Église universelle. Il est moralement impossible qu'un ordre estime autant ua

* Can. 13, — Ne nimia extra 9, extra de relig, dom. — * Reg./nt,^ n. 36. — 3 Plat., Repub. 5, 418, C?r. ,

SUR L'HISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE. 3i:i

autre iastitut que le sien» et que l'amour-propre ne pousse pas cliaque religieux à préférer rinstilut qu'il a choisi, à souhaiter à sa communauté plus de richesses et de réputation qu'à toute autre, et se dédommager ainsi de ce que la nature souffre à ne posséder rien en propre. Je laisse à chaque religieux à s'examiner de bonne foi sur ce sujet. S'il n'y avait qu'une simple émulation de vertu, verrait-on des procès sur la préséance et les honneurs, et des disputes si vives pour savoir de quel ordre était un tel saint ou l'auteur d'un tel livre de piété?

Le coDciie de Latran avait donc très sagement défendu d'instituer de nouvelles religions; mais son décret a été si mal observé, qu'il s'en est beaucoup plus établi depuis que dans tous les siècles précédents ^ On s'en plaignit dès le concile de Lyon, tenu soixante ans après; on y réitéra la défense, et on supprima quelques nouveaux ordres ; mais la multiplication n'a paslajssé de continuer et d'augmenter toujours depuis.

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