I. L Eglise gallicane a conservé mieux que les aulres
lancienne discipline.
L'Église gallicane s'est mieux défendne que les autres du relûchement de la discipline introduit depuis quatre
' On compte cinq éditions de ce discours, qui toutes présentent des leçons diverses. Chaque parti ayant voulu se faire ime autorité de cet ouvrage, il s'en est suivi de nombreuses altérations de texte. Nous
SUR LES LIBERTÉS DE L*ÉGUSE GALLICANE. 383 OU cinq ceuts ans , et a rj^isté avec plus de force aux entreprises de la cour de Rome. La théolc^te a été enseignée plus purement dans l'université de Paris que partout ailleurs; les Italiens même y venaient étudier, et la principale ressource de rËglise contre le grand schisme d'Avignon s'est trouvée dans cette école. Les rois de France depuis Clovis ont été chrétiens catholiques , et plusieurs très zélés pour la religion ; leur puissance , qui est la plus ancienne et la plus ferme de la chrétienté, les a mis en état de mieux prot^er l'Église.
Depuis que les empereurs ont perdu l'Italie et que les papes y ont acquis un état temporel , qui en a fait la meilleure partie , il n'y est point resté de souverain capable de résister à leurs prétentions, et l'intérêt commun de s'avancer à la cour de Rome a fait embrasser à tous les Italiens les intérêts de cette cour. La dignité des cardinaux y efface celle des évêques , qui sont en très grand nombre et pauvres pour la plupart; les réguliers y ont le dessus sur le clergé séculier. Il n y a que les Vénitiens qui se soient mieux défendus des nouveautés.
En Espagne , depuis l'invasion des Maures , les chrétiens ont été longtemps faibles, obligés d'implorer le secours des autres, et de recourir aux papes pour avoir des croisades et des indulgences, afin d'encourager leurs troupes. Ce n'est que depuis deux cents ans que leur puissance est rétablie et réunie, et c'est alors qu'ils ont reçu l'inquisition et se sont soumis à la plupart des usages modernes.
avons adopté l'édition de 1*163, publiée dans la collection des Opuscules. Cette 'édition est celle dont le texte nous semble le plus en harmoniQ avec les opinions connues de l'auteur. Toutefois, il nous a paru utile de recueillir les variantes de toutes les autres éditions, et entre autres de celle donnée dans les derniers temps par Adrien Lcclere, sur le manuscrit autographe de l'auteur. Au moyen de ces variantes, notre édition ofTro le tableau de toutes les altérations successives qu'on a fait subir à ce discours} en d'autres termes, notre édition ks renferme toutes.
{Noie de V éditeur,)
L'Angleterre, avant le schisme d*Henri VIII, était soumise au pape , même pour le temporel ; le Denier saint Pierre y était établi dès le temps des premiers Anglais, et Jean-sans-Terre avait achevé de se rendre sujet du pape en lui faisant hommage de son royaume. Il n'y a point de pays où Ton se soit tant plaint des exactions de la cour de Rome.
En Allemagne , les empereurs ont résisté aux entreprises des papes par d'autres entreprises et par une conduite outrée et mal soutenue. Leur puissance est tombée dans les derniers temps ; les ecclésiastiques ont mêlé à leur vraie autorité le faste et la domination séculière; la doctrine et les fonctions ecclésiastiques ont été presque abandonnées à des réguliers dépendants particulièrement du pape ; et depuis Luther, les catholiques , voulant relever l'autorité du pape , se sont souvent jetés dans les excès contraires. Il en est de même à proportion de la Pologne; le christianisme n'y a commencé que vers le temps où les papes s'accoutumaient à pousser le plus loin leurs prétentions.
II. Maximes des uUramontains rejelées par ï Eglise gallicane.
Les maximes des uUramontains que nous rejetons en France sont les suivantes :
4<> La puissance temporelle est sous-ordonnée à la spirituelle, en sorte que les rois et les souverains sont soumis, au moins indirectement, au jugement de l'Église, en ce qui regarde leur souveraineté , et peuvent en être privés s'ils s'en rendent indignes.
2« Toute l'autorité ecclésiastique réside principalement dans le pape qui en est la source, en sorte que lui seul tient immédiatement son pouvoir de Dieu ; les évêqnes le tiennent de lui et ne sont que ses vicaires ; c'est lui qui donne Tautorité aux conciles, même universels; lui seul a
SUR LES LIBERTÉS DE L'ÉGLISE GALLICANE. 385 droit de décider les questions de foi , et tous les fidèles doivent se soumettre aveuglément à ses décisions, parcequ'elles sont infaillibles; il peut lui seul faire telles lois ecclésiastiques qu'il lui platt, et dispenser, même sans cause, de toutes celles qui sont faites; il peut disposer absolument de tous les biens ecclésiastiques; il ne rend compte qu'à Dieu de sa conduite ; il juge tous les autres, et n'est jugé de personne.
De cette maxime jointe à la première, les ultramontains concluent que le pape peut aussi disposer des couronnes , et que toute puissance temporelle ou spirituelle se rapporte à lui seul.