‹ Œuvres de l'abbé FleuryChapitre 75 sur 88 · V. Ancienne métliade d'enseigner la religion depuis · texte numérisé non relu

V. Ancienne métliade d'enseigner la religion depuis

Vorigine du monde.

En effet , pendant les premiers deux mille ans , la vraie religion se conserva sans écriture par la seule tradition , et cette tradition n'était autre chose que lo soin religieux qu'avaient les pères de raconter à leurs enfants les merveilles de Dieu, qu'ils avaient vues de leurs yeux ou apprises par le récit de leurs pères, et que ces enfants également pieux et fidèles avaient soin à leur tour de raconter à leurs enfants. Ainsi Adam avait instruit ce grand nombre d'enfants dont il commença à peupler la terre ; il leur avait dit souvent, l'ayant appris de Dieu même , comment le monde fut créé , comment lui et sa femme furent formés ; il leur avait raconté le bonheur de leur premier état, leur péché, leur peine. Ainsi Noé avait enseigné à ses enfants tout ce qui s'était passé de mémorable avant le déluge, et ses trois fils répandirent par toute la terre la mémoire de ce fameux événement. Qui peut douter qu'Abraham < n'ait pris grand soin de raconter à Isaac tout ce que Dieu avait fait avant lui pour le genre humain , et les grâces particulières que lui-même en avait reçues , puisque l'Écriture marque expressément son zélé pour l'instruction de sa famille? Et qui peut douter que les autres patriarches no l'aient imité?

» Gen. XV, IIÏ, 18.

Moïse, inspiré de Dieu, recueillit et écrivit toutes ces anciennes traditions dans le livre de la Genèse et dans les livres suivants , après avoir raconté fort au long les grands miracles que Dieu avait faits pour tirer son peuple de la servitude d'Egypte ; il recommande à tous les Israélites * qui les avaient vus comme lui de les raconter à leurs en • fants , et répète souvent de la part de Dieu ce commandement , comme aussi celpi de lire , relire et méditer continuellement sa loi , c'est-à-dire tout ce qu'il leur donnait par écrit. Josué, Samuel ^ et les autres prophètes écrivirent de temps en temps les miracles , les prédictions et toutes les autres choses qui servaient à la religion ; ce qui fut continué sans interruption jusqu'à la captivité de Babylone. Au retour , Dieu suscita le savant Esdras pour recueillir avec soin tous les livres précédents et y ajouter l'histoire du rétablissement. Enfin, après un assez long intervalle , où il ne s'était rien passé de mémorable pour la religion , on écrivit l'histoire de Judas Macchabée et de ses frères, qui l'avaient défendue si vaillamment contre les infidèles acharnés à la détruire et à faire périr les livres sacrés, et cette histoire nous mène fort proche du temps du Messie. Cependant l'écriture ne nuisait pas à la tradition , elle ne servait qu'à la rendre plus certaine , et les fidèles n'avaient pas moins de soin que dansjçs pré* miers lemp» de raconter à leurs enfants et à leurs pelitsenfants ce qu'ils avaient appris de leurs pères et de leurs aïeux , et de leur recomoMinder de le faire passer à leur postérité. Ce devoir est marqué dans tous les livres de morale, el particulièrement dans les psaumes'. Il est donc vrai que pendant tout l' Ancien-Testament la religion s'est conservée par les narrations et par les histoires.

» Ex. Xir, 26. — » Deul. IV, 10. VI, 7. Xt, 19. — 3 Prov. 1 , 8. IV, l. — Eccl. III, 1, ce. — Ps. XLIII, 1. LXXVII, 3, c c.

442 GRAND CATÉCRISIfE BISTORiQUE.

Vf. La même méthode continuée dans t Église dkpuis JésHS^Chrht.

La pubiieatroit de la nouvelle alHanee n'a nen ebangé à cette méthode. On a seulement ajouté à Ffiistoire des anciennes merveilles celle des noaveWes encore pïus grandes : ta naissance et la vie Ôe Jésus-Christ, ses dîseoars , ses miracles, sa résurrection', l'étaWissement de son Église, ef Dieu a fait écrire ces prodigss nouveaux comme les anciens, par ceox qui en étalent témoins oculaires. Le sermon de saint Etienne* , et ta plupart de cenx desapô- «res que TÉcriture nous rapporte , font voir que leurs (fîsputes contre les Juifs et tes instraetiohs qu'ils donnaient arax païens étaient toujours fiondées sur ta déduction des Êtits. Il fallait faire souvennr tes Juifs ée ce que Dieu avail fait pour leurs pères et de ce qn'itlèar^avaitpromis pour leur en montrer Taceomplissement , et il fertlaK enseigner aux infidèles que Dieu avait créé te nvande, quil îe gouvernait par sa Providence , et qu'il avait envoyé un homme extraordinaire pour le jnger.

Nous voyons la méme'eondurle dans les siècles suivants. Entre les ouvrages des Pères , mm avons grand nombre d'instructions pour ceux qui se voûtaient faire chrétiens ; elles sont la plupart fondées sw tes faits ; e* le corps do discours- est d'ordinaire une narration de toot ce que Dieu a fait pour le genre bumaitt depuis Forigine du oKmde jusqu'à la publication de rÉvangile. Rien n'est plus clair que ce que saint Augustin en a écrit dans fe livre De la traie Religion » et dans celui qu'il a composé exprès de la manière dont on devait catéchiser * tes ignorants. Il parie toujours de narration ; il suppose toujours que l'instruction doit se faire en racontant des faits ^ et les étendant plus ou moins selon leur importance et ta capacité du disciple;

^ Ace. Vir 10. 37. XIII, 27. XVII. 22. - > J)e verâ rellg,, 7, n. 13. — * Decatech. rudibus.

GRAND CATtemSME HISTORIQUE. 4U

et le modèle de catécht^ine qu*il donne lui*inème à la fia de ce traité est un abrégé de toute rbistoire de la religion, mêlé de diverses réflexions. Il en donne encore un sem* blable dans Tépltre à Volasien, coromeoçant à la vocation d'Abraham et finissant à son temps. 11 est vrai qu'en tons ces ouvrages saint Augustin ne parle que de l'instruction des personnes raisonnables , qui , ayant passé une partie de leur vie hors de TÊglise, demandaient à être instruites de la religion chrétienne. Il ne parle point des enfants bap» Usés , et ni dans ce Père ai dans aucun autre nous ne voyous point de catéchisme peureux. Cela vient de ce que ceux qui étaient baptisés en enfaoee étaient enfants de chrétiens qui avaient été eux-mêmes bien instruits avant d'être baptisés, et qui ensuite avaient grand soin d'instruire leurs enfants chez eux et de les mener à l'église, où ils assistaient aux catéchismes de ceux qui demandaient le baptême. Ainsi rhistotre de la religion et toute la doctrine chrétienne leur était tant de fois répétée, et en public et en particulier, qu'ils ne pouvaient manquer de la bien savoir, pour peu qu'ils y eussent d'affection.

Il ne faut pas douter néanmoins que l'instrucUon des enflants baptisés n'ait toujours commencé d'une autre manière que celle des catéchymènès plus âgés. Avant de donner le Symbole é ces derniers et de leur expliquer les mystères, il fallait les pn^arer par plusieurs discours pour s'assurer de leur conversion , et pour leur inspirer la sou** mission qui est due à l'autorité de TÉgUse , en sorte qu'ils fussent prêts à recevoir sans examen toutes les vérités qu'elle leur proposerait à croire. Lm en£ants baptisés n'avaient pas besoin de ces préparations , ils avaient déjà la foi ; ils avaient la docilité^ non--seulement par la erédU'^ lité naturelle à leur âge, qui n'eût produit tout au plus qu'une foi humaine, mais par la grâce du baptême, qui leur avait imprimé dans l'esprit l'autorité de Dieu et de

4i4 GRAND CATÉCHISME HISTORIQUE.

son Église. Ainsi on leur enseignait d'abord le Symbole , comme nous faisons encore ; mais on était bien plus soigneux que nous ne le sommes de leur expliquer et de fortJ6er leur foi par toutes les instructions que j*ai marquées et dans les maisons et à Téglise.

Il est à croire que cette mauière d'instruire a duré tant que l'ancienne discipline de l'Église s'est conservée , c'està-dire jusque vers le neuvième siècle, puisque l'on voit durer jusque-là l'usage de catéchiser et d'examiner plusieurs fois pendant le carême ceux que l'on devait baptiser à Pâques. J'en trouve dans le septième siècle deux exemples remarquables : un sermon de saint Gai * aux infidèles d'Allemagne , vers l'an 620 , et im de saint Vilfrid aux Anglais de Sussex , l'an 680. Enfin , lorsqu'on commença à ne baptiser presque plus que des enfants, ces instructions publiques dégénérèrent en formalités , et la misère des temps ayant introduit une grande ignorance , même dans le clergé, l'instruction effective fut fort négligée. On ne le voit que trop par les plaintes qu'en font les évéques ' au concile de Troflé, l'an 909. Depuis un siècle on était réduit à ordonner en plusieurs conciles que les évoques et les prêtres enseigneraient aux peuples du moins le Symbole et l'Oraison dominicale ^ Par là ils marquaient tout le catéchisme. Expliquer ou donner le Symbole selon les anciens, c'est catéchiser, parceque le Symbole est l'abrégé de toute la doctrine. En effet ces conciles veulent que Ton envoie les enfants aux écoles pour recevoir cette instruction , ce qui serait inutile s'il ne s'agissait que de retenir par cœur ce peu de paroles, et ils veulent que les fidèles apprennent le Symbole et l'Oraison , au moins en leur langue vulgaire, afin qu'ils Tentendent, et en sorte qu'ils puissent l'enseigner aux autres. Depuis ce temps-là,

' Acta S. Ben. 2, 244. 5, 700, c. 39. — » C. 13, 9. Conc. 562. — ' Capit. an. S01,t;. 6. Conc. MogwiL an. 813. — Can. 45.

c'est-à-dire environ depuis le dixième siècle, on s'est réduit à cette manière d'instruction, et l'on a cru que, pourvu que les chrétiens entendissent médiocrement le Symbole , ils pouvaient se passer pour la plupart de la connaissance des faits que les anciens étaient si soigneux de. leur raconter. Cependant, quand nous n'aurions pas Tautoriié de l'Écriture et les exemples dotant de siècles, il serait aisé de voir que la narration et la déduction des faits est, généralement parlant, la meilleure manière d'enseigner la religion.

VII. Combien il est utile de joindre les faits à la doctrine dans les catéchismes ; combien cela est facile.

On peut, à la vérité, prouver par des raisons convaincantes qu'il y a un Dieu créateur de toutes choses, qui les conserve et les gouverne par sa Providence, que la nature humaine est corrompue, que l'ame est immortelle et qu'elle ne peut trouver de bonheur en cette vie. Leâ Pères l'ont fait quelquefois et le devaient, ayant à convertir les hommes en âge de raison , et souvent des hérétiques ou des philosophes. C'est, de cette espèce de catéchisme que saint Grégoire de Nysse nous a donné un excellent modèle. Mais les enfants et la plupart des hommes grossiers et peu attentifs ne sont point capables d'entendre et de suivre ces raisonnements. Ceux même qui raisonnent le mieux ne peuvent arriver à ce qui est au-dessus de la raison, comme la Trinité, l'incarnalion , la prédestination, en un mot les mystères, dont toutefois la connaissance est nécessaire pour nous faire voir ce que nous devons à Dieu. C'est pourquoi Dieu , qui nous connaît parfaitement , a fondé la doctrine de sa religion sur des preuves dont tous les hommes fussent capables, cestr-à-diresur des faits, et sur des faits évidents , illustres , sensibles , tels que sont la création du monde, le péché du premier homme, le déluge , la vocation d'Abraham, la sortie d'Egypte.

446 GJRARD CATECBISME HISTORIQUE.

Afin que la vérité de ces faits ne pût être révoquée en doute par ceux qui ne lea auraient pas vus , Dieu a de temps en temps rendu témoignage à ceoi qui les racontaient par d*autres faits extraordinaires , c'est-à-dire par des miracles , tels que c«ux de Moïse et des prophètes , et enfin de Jésos-Cbrist et de ses disciples, en sorte que, pour croire à ceux que Dieu a envoyés, il n'a été besoin que de ce raisonnement si facile : Il fout bien que ce soit Dieu qui nous parle par ces hommes, puisqo'en son nom ils ressuscitent des morts * et font d'autres merveilles que lui seul peut faire. C'est ainsi que l'aveugle-né raisonnait sur les miracles de Jésus^brist et faisait le même raisonnement que Nicodème, docteur en Israël.

Cette manière d^instruire n'est pas seulement Ja plus sûre et la plus proportionnée à toutes sortes d'esprits, c'est encore la plus facile et la plus agréable *. Tout le monde peut entendre et retenir nœ histoire où la suite des faits engage insensiblement et où l'inHighiation se trouve prise ; et quoique plusieurs se plaignent de leur mémoire , elle est toutefois moins rare que le jugement; de là vient la curiosité pour les nouvelles, l'amour des romans et des fables ; surtout ce sont les enfants qui en sont les plus avides, parceque tout a pour eux l'agrément de la nouveauté ; et comme d'ailleurs les personnes âgées aiment naturellement à raconter les faits dont elles ont la mémoire pleine, rien ne serait si facile que d'instruire les enfants, dans la religion , n les pères et les mères en étaient bien instruits et s'ils voulaient s'appliquer à raconter les merveilles de Dieu comme ils le faisaient autrefois.

Ceux qui ont composé nos catéchismes modernes ont bien vu cette utilité des faits pour arrêter l'imagination des enfants et pour leur rendre les instructions agréables , et plusieurs ont établi pour règle de leur méthode de finir

' JoAx. IX, S. ^ » ibid, m, a.

GRkVdù €AT£GiliSIAI!: HfSlX>RliQ<U£. 447

chacpte leçon par «ne bifitoire ; aiaie comiie ils n'ont pas trouvé dans l'Ëcritttre etutans k» lÂvreS'de grande autorité des histoires courtes qui s'ajjnwtaseeDt teui0ursà<leurs leçons, i^ en oni^ptris où ils omt {mi , «t souvent ils les «nt tirées de ia fleor éôs exemples dxi Fédagogiie ebrétieo , ou de quelques Vies des fiaiots peu «orreotes , en sarte que la plupart de ces histoires «on tiennent des viaions ou <âes jaûrjKîles pea centains , ou même peu viaiseoiblables. On opoit qwe tout est ^n pour les enlirats ; mais ils deviendront hommes, tet ces premières impressions peiMi>eifet les rendre trop orédiileB ou leur donner éû inéfins pour imi «ce squ^ils ^ont appris dans refifanoe, sans distinguer le solide. De plus^ le catéchisme se fait en piâ>lic H À la ifoeie 4es autels ; c'est la parole* de Dieu , où il n'est peraus de nen mêler qui m puisse «e aoiUeair devant les hommes les plus savants et les mieux sensés., fit^qm «ne aatt digne <de la majesté de la religioiL

Vin. UUiHé des /i^fesftM représentenf les faits: le discours Qefmiemt n^m fdépetd |mwi.

Un <4iutre mo^mi pour «tvppléer à la sécheresse ides -ca* téchismes, hien plss &ppffOQb«tf de j'^noiemAe iméthode, sont les abrégés ^ Tilistaime sainte , de TÂncien et du JV'ouyeau-TestameBt., acoùn^iagaéS'de «figures; Tinvention «n est excellente ; èe& liofflges sont (très propres à Irapper rimagœatifin des enlants«it à ifixer leur mémoire^ietic'est lïcrslnffe ;des ignoraots; mais il serait à fdésieer que cens <qui ont liait «es abîmés, au moins oeux dont jUû connaissance, y eussent <»beervé plus de .^oix(et plus de «oélihode. Ils ont hien mis plus an kaig ies histoires de laOenèseque des ittttres fi wtes hiatfriques; ils en vOnt -mis pîkisieitrs iqui ne servent 'de i»en à ir<es8entiel de la 'religion, twmme la punitifi& •d'jàdoniheaec et dlàgag , èa révolte de Zamri et d .autres aamblables^ «t ils en lont omis d'imporlantes , «omme les promesses dn Messie {faites à DMtvdd» ia tm des

H» GKAKO CATÉCmaiK HISTOEIQCE.

prophètes; surtootilBeparAl««q-'ibaienlpriss«nde Savoir la s«ite et h rapport de tous ces fa.ls et ven- Ulemenl, c'est ce qo. les entols entendent teph« ^ „«is c'est pourtant à qooi Ion doit to^rs »»**- «nto telims mnpiis de ligures sont d'un trop g™"dp« ^iSà l'Sge desp«mes, qui ont le plus de besoin r^tirn^ et "disconrs, qui .'est Eût que pour «p^ ks figares. n'est plos si dair quand dles sont "4s Opeodart elles mont p«<> d'une s. grande ut.l.te ^f«^Xoirlesn«Ure*cec.téchisn« afinqu^

^servir U»t ensemble de catéchisme elde fig«r«Hte fSLsainte; «aisj. lesy aiioi.«es4e tel esorle^a nen dépend aucunement et que les figures ont plus besoin du discours que le discours des figures.

IX. Motifs 91N- «Il fait eRtreprtnàn « catéektsme. Dessem gu'ow f 'f e$t pnfi»*-

Je sais bien que l'on a composé les catédusmes sans MrraUoos , par le désir de se réduire au plus nécessaire. S«dé sur uTcomaisaaw» que Fo. awH de l'ignorance crame de la plupart des diréliens, de leur peu d'applicalion. de leur incapacité, on a cru qu'ils pooniient ignorer les nous des patriarches et des prophètes, l'alliance avec Abraham. U servitude d'^ypte «» * mbyloiie, pourvu qu'ils sussent qu'en Dieu il y a trois persomies, que la seconde s'est faite homme, qu'il y a sept sacrements, et le reste. Cependant on n'a pu éviter de mifer beancoop de faite à la doctrine ; on ne pent expliquer le premier article du Symbole SMB parler de la crértion, ni le baptême sans parlw du péché de notre premier père, ni le commencement d« Décalogue sans pvler de Moêe, de l'occasion et de la manière dont la loi lui fut donée. On ne peut sVseo^iter de racoMer asez en détaO la naissance de J«s«6-Christ, ses principanx miracles, sa Passion, sa Ré- ^«rrectioa , son Âsceasion , quand oe ae serait que pour

rendre raison des fêles par lesquelles on honore ces mystèrefS, qui est une des instructions dont le peuple a plus de besoin. Or, ces faits seraient bien plus intelligibles et plus agréables s'ils étaient contés de suite dans leur ordre naturel et avec une étendue raisonnable, qu'ils ne sont quand on ne les dit que par occasion suivant Tordre des parties du catéchisme, quand on ne les dit qu'en passant et comme à regret, craignant d'y perdre du temps.

C'est ce qui mérite d'être fort considéré , car je crains que les catéchismes les plus courts ne contiennent plusieurs choses moins nécessaires que ces narrations. 11 n'y en a guère qui ne disent rien au delà de ce qui est précisément de la foi, et ce surplus est tiré, pour l'ordinaire, ou des opinions de l'école,* ou des méditations des spirituels; il n'y en a point qui ne soit rempli de termes de scolastiques qui demandent une grande explication pour pouvoir être entendus du peuple : Vertus infuses, vertus théologales, cardinales, culte de latrie, de dulie, d'hyperdulié ; mais quand on pourrait, sans connaissance des faits, savoir les vérités les plus absolument nécessaires au salut, ne fautil pas songer à rendre les chrétiens capables de profiter des livres de piété, des sermons, de l'Écriture même, s'ils peuvent y arriver? ne faut-il pas qu'ils entendent autant qu'il est possible ce qui se lit publiquement et ce qui se chante à la messe et aux autres offices, et ce qui est signifié par les saintes cérémonies de l'Église? Or, que peuvent y entendre ceux qui n'ont jamais ouï parler, ni de patriarches , ni de prophètes , ni d'Abraham , ni d'Israël , ni de Moïse, ni de David, ni de Jérusalem, ni du temple, ni des sacrifices anciens, ou qui en ont ouï parler si confusément qu'ils n'en ont aucune idée claire?

Voilà les motifs qui m'ont fait entreprendre ce catéchisme , dont le but est de soutenir par la connaissance dos faits Texplication du Symbole et des autres parties de

4M GBâMD CATÉCHiftHE fllSTORD^Ë.

la doctrine cbrétiemae. L'^tpéiMBoe a déjà fait voir que ceUe méthode «'est pas iBoUie , et qm ce qui m'en a (^ bien espérer 4*atord , est qu'^elie approciie de celle que Dieu même bous js lenseignée dans la suite de ses saintes ÉcriUires. Les premiers livres ei tes pkis anciens ne so«l la plupart que 4es histoires; les préceptes de morale vien^ nent apcès, pms lesltvit» des prophètes, mêlés d'exhorta^ tiens et de prédictions ; partout I*ordre des temps est suivie Il en est de même dans le Nouveau-Testament ; d'abord est rhistotre dans ,les ËvangUes et les Actes des apdti^ puis les inslrueliions et les .exhortations dans leurs épilr$is« et eote les prédictions dmss TApocalypse, en sorte que r<Mxlre des JËonittfres renferme toute la suite des desseins de IMeu. Le iwesûer lièvre commence par la création 4» mande^ let le dernier finit fMir Tespérance du dernier avènement 4e iésus<^hriBt.

BitiousJieSfChiétienséUientenCiOrecapables, comme dans ks premiers temps, de lice TËcriture ctde l'entendre, il ne leur faudrait point d'autre instruction , puisque ce serait DÂeu même *qui Jes instruimt, parlant par ses prophètes^ Mais il n'est f ne tnop .évident que tontes sortes de ^eos ne sont pas en état 4le lire utilement TËcrRure ; la plupart sont arrêtés à loutes ks pages par les manières de parler et par les locutions hébraïques que Ton ne peut éviter dans les meilleures traductions, ou par les mœurs des anciens Orientaux, si différentes des nôtres. Quoique chacun des livxessoit court, tous ensemble font un assez gros volume, et le communies chrétiensont peu de loisir pour lire, peu d'application ou peu de mémoire. De plus, quoique toute l'Écriture soit très utile pour notre «alut, toutes ses parties ne sont pas nécessaires à Ions ; les livrtes purement historiques, «ont plus nécessaires que Job., le Cantique et les prophètes ; le Nouveau-Testamentplusque:i'A«ioien, quoi* que Ton ne poisse bien entendre l'un sains l'autre. Dans la

ORAlfD CATÉCHISME HISTORIQUE. 451

Oetièse et dans les autres livres d'histoire, il y a bien des ftitts qui ne nous importent pas autant qu'à ceux pour qui ils ont été premièrement écrits, comme les origines des nations et les généalogies ; dans la Id, nous avons bien plu» de besoin des préceptes de morale que des cérémonies qui sont abolies. Or, il est impossible de démêler d'abord tout cela si Von n'est averti par quelqu'un qui ait bien lu rÊcritiire.

L'obscurité de l'Écriture est encore un obstacle consi*^ dérable ; car sans parler de ce qui « été écrit obscurément tout exprès pour exercer notre foi et notre soumission et pour exciter notre attention^ ce qui était écrit le plus clai*rement est devenu obscur en plusieurs endroits par des causes fort naturelles, par l'imperfection des traductions qui ne peuvent jamais atteindre à la forcé des expressions originales, par la diflérence dei mœurs, par la longueur du temps, qui a fait perdre la tradition de mille circonstances de lieux et de personnes. On ne peut lever ce» difficultés que par une longue étude et une grande application , qui doit être le partage des prêtres et des pasteurs; c'est à eux d'étudier continuellement la loi de Dieu, pour l'expliquer en public et en particulier au peuple^ qei a droit de la chercher dans leur bouche. Mais avant d'en venir au détail de chaque livre et de chaque passage^ Il est nécessaire de leur montrer en abrégé le sommaire de la doctrine que contiennent ces livres divins, pour les conduire dans la lecture qu'ils en pourraient faire ensuite, leur marquant ce qu'ils doivent principalement y chercher, ce qu'ils doi-> vent lire d'abord et où il fout le plus s'arrêter* Or, j'espère que ce catéchisme pourra servir à celte sorte d'ins^ traction.

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