X. Méthode pour employer utikmeni te catéchisme
Pourquoi on m donne un petit et tm grand. Après avoir rendu eompte du desêein que je me suis pro-
posé, je crois devoir expliquer la méthode dont je voudrais me servir pour le réduire en pratique. Je ne prétends pas que ce catéchisme doive être regardé comme un livre fait simplement pour être lu , ou même pour être appris par cœur ; ce doit être plutôt un modèle d'instruction que le prêtre ou tout autre qui enseigne, puisse suivre selon son talent, sans s'y attacher scrupuleusement, changeant et diversifiant suivant les personnes et les occasions. Autre doit être Tinstruction des enfants, autre celle des personnes raisonnables, mais ignorantes de la religion ; à des gens polis et éclairés d'ailleurs il faut parler autrement qu'à des ouvriers et des paysans. Ne pouvant marquer toutes ces différences dans ce modèle, je me suis contenté d'y marquer la principale et donner deux catéchismes, un plus petit pour les enfants, qui pourra servir aux hommes les moins instruits , et un plus grand pour les personnes plus éclairées et plus capables. Le premier catéchisme ne sera pas nécessaire à ceux qui seront en état d'entendre d'abord le second ; mais ceux qui se serviront du premier doivent ensuite étudier l'autre, puisqu'encore qu'il aille un peu au delà de ce qui est absolument nécessaire ^ je ne crois toutefois y avoir rien mis qui ne soit fort utile à tous les chrétiens.
Au reste , afin que le grand catéchisme pût être seul une instruction suffisante, je n'ai pu éviter d'y comprendre tout ce que contient le petit, et je n'ai pas craint que cette répétition fût inutile. Ceux qui commencent à apprendre ne sont jamais si attentifs qu'il suffise de leur dire les choses une fois ; on est bien heureux s'ils la retiennent à la troisième ou à la quatrième répétition, et je crois que Cest la cause des fréquentes redites que nous trouvons dans l'Écriture, particulièrement dans la loi. Dieu, parlant par Moïse, ne se contente pas de proposer ses volontés une fois à son peuple, il les leur redit plusieurs fois, en différentes occa-
sions, et les fait écrire comme il les avait dites, particulièrement celles qui étaient les plus importantes , comme la défense de i*idolâtrie. Ainsi je crois qu'il sera bon qu*un enfant, qui aura d'abord appris de son père ou de sa mère les paroles du Symbole , avec quelque légère explication , apprenne Thistoire du petit catéchisme avec les questions et les réponses de chaque leçon, qu'il renvoie dans Texplication des dogmes ce qu'il doit le plus retenir, et qu'il passe ensuite au grand catéchisme, où il verra encore les mêmes faits et les mêmes dogmes , mais avec plus d'étendue. A force d'entendre dire ces mêmes vérités en tant de manières différentes, peut-être enfin lui demeureront-elles dans l'es* prit , peut-être y prendra-t-il goût et s'aifectionnera-t-il à s'instruire plus à fond tout le reste de sa vie par la lecture de l'Écriture sainte et des autres livres spirituels , par les sermons et les entretiens familiers. Je sais qu'il peut y avoir plusieurs degrés de capacité entre ceux à qui le petit catéchisme est nécessaire et ceux qui peuvent d'abord se servir du grand ; c'est au catéchiste à s'accommoder à ces différences avec jugement et discrétion. Il doit étendre ou resserrer les narrations selon la portée de ses disciples , leur éclaircir ce qu'ils trouveront obscur, satisfaire à leurs difficultés , enfin , ne point quitter chaque sujet qu'ils ne l'entendent autant qu'ils en sont capables.
XI. Comment on doit enseigner la partie historique et la partie dogmatique.
Il est évident par là que le catéchiste doit en savoir beaucoup plus que ce qui est écrit ici. Il doit avoir bien lu l'Écriture sainte^ particulièrement les livres historiques; il doit , pour bien faire , avoir vu dans les sources tout ce que j'ai tiré des auteurs ecclésiastiques marqués dans les marges. Je n'ai dit dans chaque leçon que ce que je crois nécessaire ; mais afin que le disciple puisse retenir ce peu que jV ai mis, il lui en faut dire bien davantage. Donc,
4â4 GRAND CATlt:CilJSME HISTORIQUE.
dans la perde historique, il faudra étendre les narration«, y ajoutant les ctrconstonees que j'ai retranchées, du moins celles que Ton jugera le plus utiles , et je crois que le plun souvent il n'y aura qu'à lire en ces endroits le texte da l'Écriture. Dans la partie dogmatique, on pourra s'étendre par des raisonnemeoU , des comparaisons, des exemple» , toujours bien sensibles et bien proportionnés à Tauditeur,. Mais, en l'une et en l'autre partie, il faut bien prendre garde à ne rien ajouter qui ne soit exactement vrai et d'ur.e autorité incontestable. Gardez-vous de mêler aux vérités de TËcriture les opinions qui partagent l'école tou* chant les circonstances de la création du monde, les anges, l'état d'innocence ; de vouloir déterminer le temps qu'Adam pasgadans le paradis terrestre, Tôge^d'Abe), et comment Caïn mourut. Ne vous arrêtez pas aux questions que les disciples pourraient faire sur ces circonstances et sur d'autres plus inutiles. Accoutumez de bonne heure les enfants à borner leur curiosité, naturellement infinie, et à se con^ tenter de ce que Dieu a voulu que nous sachions. En expliquant ce qui regarde JésusXhrtst. on doit se déâer de certaines méditations qui ajoutent aux histoires plusieufs circonstances inventées sous prétexte de vraisemblance; comme des discours de la sainte Vierge avec son fils ou avec les anges ^ qu'elle était présente à l'ascension , que les apôtres assistèrent à sa mort, et mille autres particularités semblables dont l'Écriture ne dit rien. Tout de même :>ur les dogmes ', on ne doit pas mêler les opinipns probables avec les décisions de foi. Vous trouverez assez de choses nécessaires à dire avant que de parler de la qualité des peines du purgatoire, de l'âge auquel nous devons ressusciter , et d'autres artieles semblables , sur lesqueb l'Église n'a rien prononcé , et dont plusieurs s'embarras** sent, tandis qu'ils en ignorent d'essentiels à la religion.
» CoHciL Trid, sess. 25, Init.
GKAIVD CATÉCHISME HISTORIQUE. 455
Xff. Ce qu'on doit principalement enseigner touchant les pratiques de religion.
Ilserart âf désirer que Ton usât à proportion de la mémo relenoe et de la même sobriélé diems tes pralîqnes de religion que l'ow enseigne, et que l'on se contentât de celles ^e Tusage piïbiic de PÉglise a acrforisées, sans y enr ajoater de plos nouvelles ou moins générales. Ainsi, pour la prière ^ matin , je me voudrais régler sur Foffice de Prime , et pour celle du soir sur les Complies, afin de ne proposer an peuple que des prières qui en fussent tirées ou composées dans (e même esprit. En un moi, il me semble i!^e le plus str serait de se servir, autant que possible, des prières qai se trouvent dans le Bréviaire, le Missel, le Rituel ou le Pontifical. II y en a à choisir pour tontes sortes de sujets : et on ne peut pas trop s'appliquer à conserver Tuniformilé et à retrancher la démangeaison des dévotions fianvelles et singulières. J'ajoute le chapelet , principalement en faveur de ceux qui ne savent pas lire.
Quelqu'un croira peut-être que je verni ici blâmer Tosage des formules, comme sont les actes de contrition, d'adoration , d'offrande , de remercfmeut et les autres. Mais au contraire, je prétends: les établir avec bien plus d'autorité, car tous ces actes se trouvent dans les prières ecclésiastiqties ; il n'y a qu'à les y savoir reconnaître. Le Symbole tout entier n'est qu'un acte de foi, ou, si l'on veut, ce sont autant d'actes que d^articles. Le Confileor ne conlient-il pas l'acte de contrition? Quand je frappe ma poitrine, pour me punir moi-même , répétant jusqu'à trois fois que j'ai Offensé Dieu par ma faute, sans y chercher d'excuse, et implorant le secours de tons les saints, et dans le ciel et sur la terre, n'est-ce pas témoigner que j'ai regret de mes péchés? Que si quelqu'un n'est pas content de cette formule de contrition, il en trouvera suffisamment dans le Jlftserere, dans les six autres psaumes que l'Église a consacrés à la
pénitence, et dans les oraisons qui suivent les Litanies des saints. Qu*est-ce que le Gloria Patri^ sinon un acte d'adoration? et le Deo grattas, sinon un acte de remerciaient? Il faut être bien grossier pour ne pas reconnaître ces actes , s*iis ne sont intitulés et s'ils ne contfennent formellement le mot de remerciment , d'offrande , d'adoration. Presque tous les versets des psaumes sont autant d'excellents modèles de tous les actes de religion les plus parfaits, et c'est par cette raison que TËglise les a choisis entre toutes les parties de l'Écriture pour jes mettre continuellement à la bouche, « afin, dit saint Athanase >. de former nos sentiments et nos affections sur ces excellents modèles. » Les oraisons qui terminent toutes les parties de l'office sont encore de très-belles formules de toutes sortes d'affections. On y est si accoutumé qu'il semble à plusieurs qu'elles ne signiBent plus rien , et c'est peut-être ce qui a f^it composer ces formules modernes pour rendre sensibles les mêmes actes par d'autres paroles. Mais il est à craindre ^ue Ton ne s'y appuie trop, que plusieurs ne croient avoir fait un acte de contrition quand ils ont prononcé bien distinctement , quoique froidement : « Mon Dieu ! j'ai grand regret de vous avoir offensé , » et le reste , et qu'il n'y en ait d'assez simples pour croire qu'ils auraient perdu la contrition s'il avaient oublié leur formule. L'importance est de toucher les cœurs. Quand les sentiments y seront bien imprimés , les paroles ne manqueront pas , et quand elles nous manqueraient, Dieu ne nous entendrait pas moins. Lorsque le catéchiste se trouvera obligé de descendre dans le détail de ce que l'on doit faire en se levant et en se couchant et dans les autres actions ordinaires de la vie, il doit bien prendre garde à le faire avec une telle discrétion qu'il ne donne pas occasion aux gens simples et grossiers de devenir scrupuleux ou superstitieux, qu'ils ne
* Athanas. Ep. ad MarcelHn.
GRAND CATÉCHISxME HISTORIQUE. 457
croient pas avoir fait un grand péché s'ils ont manqué à dire certaines paroles en s'éveillant , ou qu'ils ne croient avoir tout fait quand ils ont satisfait à Textérieur. S'ils ont de la piété , ils n'y manqueront pas ; mais il n'y en a que trop qui le font par coutume , sans véritable religion. XIII. Manière d'enseigner quant au style. Voilà les choses que Ton doit enseigner ; venons à la manière et premièrement au style. J'ai déjà marqué l'inconvénient du style scolastique des catéchismes , et il est plus grand qu'on ne pense. Ce n'est pas croire que de savoir par cœur certaines paroles sans en entendre le sens ; ce n'est pas de la bouche que l'on croit, c'est du cœur, et la bouche ne fait que professer au dehors ce que le cœur croit. Encore que la foi soit une connaissance obscure, parceque nous croyons ce qui n'est ni proposé à nos sens ni clair à notre raison , c'est toutefois une connaissance, et une connaissance certaine. Quand je dis qu'il y a un seul Dieu , Père, Fils et Saint-Esprit , je crois distinctement que chacun de ces (rois n'est point l'autre et que tous trois sont le même Dieu. Je ne comprends pas comment cela est, mais je sais certainement qu'il est, et c'est assez pour la foi. Mais on ne peut dire que je crois ce mystère si je n'en ai aucune idée, si j'ai seulement ma mémoire chaînée d'un son de paroles qui me soient aussi inconnues que celles d'une langue étrangère. Or tel est le langage scolastique a l'égard de tous ceux qui ne l'ont pas étudié. Il y a des catéchismes où, pour définition de Dieu, on dit que a c*est un acte pur, sans aucun mélange de puissance. » A quiconque entend la langue de Técole, cela signifie que Dieu ne peut être que ce qu'il est et po&sède actuellement toutes les perfections possibles ; mais à ceux qui ne savent que le français ces mots pourraient faire imaginer que Dieu n'a point de pouvoir. Les mots à'essence et de subsistance signifient toute autre chose au
paroles. Je suppose qu'un enfant, sitôt qu'il a su parler^ a appris par cœur le Symbole, et, si Ton veut, quelqu'un des catéchismes ordinaires, le plus clair. Quand après cela, pendant un long temps, comme de six mois, on lui aura parlé de la création du monde, de la Providence de Dieu, de ses miracles, de ses bienfaits, des terribles effets de sa justice et de tout le reste que je raconte dans la première partie , la seconde sera bien préparée , et les dogmes seront beaucoup moins difiQciles. Il doit naturellement rester de tous ces faits l'idée d'un Dieu tout-puissant, bon, juste et sage. Il ne sera pas nécessaire de demander combien il y a de Dieux. Il ne viendra pas dans l'esprit qu'il puisse y en avoir plusieurs , vu principalement que ni les hérétiques qui nous environnent, ni les infidèles les plus proches de nous, qui sont les juifs et les mahométants, ne prêchent que l'unité de Dieu.
Dans la même suite d'histoire , on aura souvent parlé du Messie , fils de Dieu , longtemps promis et attendu ; on aura raconté sa venue, sa vie, ses miracles, sa doctrine, sa passion; on aura parlé plusieurs fois du Saint-Esprit, à l'occasion des prophètes et des apôtres. Après tous ces faits bien expliqués, il ne sera pas difficile de faire'entendre que Dieu est Père, Fils et Saint-Esprit, Jésus-Christ est vrai Dieu et vrai homme, et que toutefois ce ne sont pas deux, mais un seul Jésus-Christ. Il ne sera pas nécessaire de parler, si Ton ne veut, de subsistance ni d'union hypostatique. Tout de même dans les sacrements, je crois qu'absolument parlant, on pourrait se passer des mots de matière, déforme, de substance et d'accidents dont l'Église en effet ne se sert point dans son office public. Il suffirait de décrire exactement comment les sacrements sont administrés, et d'observer soigneusement quelles actions exlé* rieures et quelles paroles y sont les plus nécessaires. Que 8i> après avoir instruit longtemps et avoir essayé tous les-
moyens que la charité peut suggérer, on trouve des hommes si grossiers qu'ils ne puissent entendre les vérités nécessaires au salut, je ne sais si ou ne doit point les regarder comme des imbéciles et les abandonner à la miséricorde de Dieu, se contentant de prier pour eux, sans se tourmenter à leur faire apprendre par cœur des paroles qui ne les sauveront pas toutes seules.
XV. Concision xUile dans Vinsiruction. Être simple sans bassesse.
Outre les mots, il faut encore prendre garde aux phrases. Ceux qui écrivent dans leur cabinet ne manquent guère de donner à ce qu'ils composent un tour de période , principalement s'ils ont accoutumé d'écrire en latin. Mais nous ne parlons point ainsi ; notre style naturel est tout coupé, et celui des enfants bien plus que des autres. Ils ne peuvent embrasser à la fois plusieurs idées ni en connaître les rapport^. Ainsi quand on fait dire à un enfant « que le chrétien est celui qui , étant baptisé , fait profession de la doctrine chrétienne, il est embarrassé du mot étant, qui suspend le sens et lie la période ; il dirait plutôt séparément : « Un chrétien est un homme qui est baptisé et qui fait profession de la doctrine chrétienne. » Encore ces mots de profession et de doctrine sont bien grands pour des enfants. De là vient que, n'entendant point ce qu'ils apprennent, ils ne le disent point naturellement, comme quand ils parlent d'eux-mêmes, mais le récitent avec précipitation, comme pour s'en décharger, et élèvent la voix en finissant. J'ai suivi en cette remarque le génie de la langue française, et on en peut faire de semblables en chaque langue.
Le catéchiste doit prendre sur lui toute la peine, se faire petit avec les enfants et avec les simples, étudier leur langage , et entrer dans leurs idées pour s'y accommoder autant qu'il sera possible ; mais il ne faut pas
462 GAAND CATÉCHfM£ HISTORlOtlIU
donner dans la bassesse. Poof »e faire entendre des en* ftints, il n*e9t pas nécessaire de parler eomme leur» nourrices ni de bégayer avec eux ; pour s'accommoder au petit peuple , il n'est pas besoin de faire comme hil de» solécismes , d'user de ses quolibets et de ses prorerbes* Il faut toujours conserver la majesté de la religion et attrrer du respect à la parole de Dieu. Il n'y a qu'à bien étudier rÉcritore sainte, on y trouvera les moyens d'être simple, non-seulement sans bassesse, mais avec grande dignité. XVI. Manière de »ê servir du petit catéchisme.
On «'étonnera peut^tre du discours suivi que j'ai mis ù chacune des leçons du petit catéchisme, avant les questions et les réponses. La méthode historique m^ a en^ gagé ; car une histoire s'entend bien mieux contée de suite que coupée par des interrogations ; outre qu'il pourrait sembler étrange d'interroger un enfant avant de loi avoir rien appris , et de lui faire dire toute la doctrine comme d'il instruisait le maître qui Finterroge ; il semblerait plus riaturel que l'enfant qui ne sait rien fit des questions pour s'instruire. Je sais bien que l'ignorance des enfants va jusqu'à ne savoir pas qu'il y ait quelque chose à appren- ' are, et que, bien qu'ils fassent souvent des questions, ils les font sans ordre et sans choix. C'est pourquoi le plus raisonnable, à mon avis, est qu'un père ou un maître prenne un enfant quand il le trouve en état d'entendre, qu'il lui raconte une histoire ou lui explique un mystère, et qu'ensuite il l'iuterroge pour voir ce qu'il a retenu et pour le redresser s'il a mal entendu quelque chose, ou s'il ne s'est pas attaché au plus essentiel
J'ai fait les réponses les plus courtes que j'ai pu pour fatiguer moins les enfants et pour imiter mieux la natui^; t3&r ils ne parlent pas longtemps de suite. J'ai mieux aimé les interroger à plusieurs fois, et je désire que l'on en use «Itifci autant que l'on potirra^ quoique quelquefois, pour
GRAKO CATIÊCttlSME HiSTORIt^UE. 4«3
écrire moios, (j'aie fait des réponses un peu longues, j'ai aussi évité de tes faire trop souvent répondre par out et par fion., de peur qu^ils ne soieoit pas attentifs à ce qu'ils ailSraoesktifiiu oient. Ënin, je aie suis eflEorcé de les iaCerroger 4e telle sorte cpi'ils ae puissent répondre autre chose «pue œ que j'ai mis , ou qu'ils n'y changeassent que les fnapoles, et j'en ai fait quelques expériences sur des enfants 4e bon esprit. J'aurais soubaité q«ie l'on eût pu enseigner oe •catéchisme sans le faire apprendre par cœur , ou q^e l'on n'eûx fait apprendre au fulus que les questions et les réponses , après avoir pluaieiirs lois «récité ou fait ijre le discours et l'avoir bien expli4|iié. Mais il en coûterait trop «w maître, ei les enfants ont la mémoire si facile que c'est pl«»-4ôt fait de leur laisser appi^endre tout, même Je 4^ cours sitivi. le voudra 4u Kioins bc ies point assuieUir à redire les mêmes mots qu'ils auraient «ppris. J -aiii^erais mieu}: 4|u'ils les cUswBgeassent, sans changer le sens, puis^ qive «oe serait une [trevtve Assurée qu'ils auraient CQHoptris ta chose, au Lieu qu'il y a sujet d'en douter quand ils dirent les jxiémes paroles. Au reste, je prétends que km^ téchiste se>donne toute la liberté nécessaire pour augmenter ou retrancher dans les c^uestioDS aussi bien que dans le discours, pourvu qu'ilobserve les règles que j'ai marquées, et qu'il ne dise lim que de conforme à cette doctrioe ^ui a été soigneusemeol eKaminée.
XYLI. Manière de se servir du gr^md eaiéchisme, 'Qqant au grand catéchisme, j'en ai ^retranché les questions et les réponses , panoeque les permîmes plus raison* nables et ;plu8 âgées ne s'y assujettiraient pas v^olontiers «t n'en ont pas .taut l)esoin; ils sont fd!ocdinaire pkis attentifs que les .enfants; ils ont l'esprit «plus suivi et voient mieux l'utilité de ce qu'ils apprei^ikent.; iiUuffira4c.le leur fake lire ou le line <en leur présence, ^et leur expliquer c^ qui m sera pas assez clair pour eux. S'ils peuvent Lire 1^
sainte Écriture, il sera bon de leur indiquer les lieux d*ou la leçon est tirée et ceux qui y ont le plus de rapport; on pourra leur choisir quelques endroits des Pères les plus I)ropres à leur édification , leur faire lire quelques actes des martyrs et quelques vies des saints, les plus certaines et les mieux écrites. Dans Texplication des sacrements , la lecture du Rituel et du Pontifical sera fort utile ; enfin il faut, autant qu'il est possible, faire voir au disciple la doctrine dans les sources où nous Tavons prise , afin de le rendre capable d'enseigner à son tour les autres. XVIII. Les meilleurs catéchistes seraient les pères de famille.
Car les meilleurs catéchistes seraient les pères de famille, si chacun était bien instruit et soigneux d'instruire ses enfants et ses domestiques ; ils feraient beaucoup plus de bien que ne peuvent faire les prêtres et les pasteurs. Nous ne parlons aux enfants qu*à Tégliâe, à certains jours, pendant peu de temps. Les enfants y sont plusieurs ensemble , extrêmement dissipés par la compagnie , par les divers objets qui les frappent de tous côtés et qui ne leur sont pas familiers; de là vient la peine que Ton a à les rendre attentifs, les interruptions et les réprimandes qui emportent la moitié du temps destiné au catéchisme. Pendant que vous êtes tourné d'un côté , l'autre se dérange; si vous vous appliquez à un enfant, dix autres badinent : c'est toujours à recommencer. Au contraire, dans la maison, les enfants sont plus recueillis , parcequ'ils sont plus libres. S'ils n'ont pas cette crainte, qui les rend quelquefois immobiles à l'église, leurs pensées sont plus tranquilles; ils ne voient rien qui leur soit nouveau. Un père qui n'en a que deux ou trois accoutumés à le respecter n'a pas de peine à les tenir dans le devoir ; il les a tous les jours auprès de lui, il peut prendre le temps où ils sont plus dociles ; il connaît la portée de leur esprit, leur génie,
GRAIfD CATÉCHISME HISTORIQUE. 465
leurs inclinations; il peut les instruire tout à loisir et y don* ner tout le temps nécessaire , et ce temps doit être long; car , comme les enfants ne peuvent s*appliquer beaucoup j
de suite, il faut y revenir souvent, et continuer Tinstruction pendant plusieurs années , avançant à mesure que leur esprit et leurs mœurs se forment. Ce que je dis des ^
pères doit s*entendre des mères à proportion , principalement à regard des filles, et je ne dis rien ici que je n'aie vu et que je ne sache par expérience.
Je connais un homme, entre autres, qui est passablement instruit de sa religion, sans avoir jamais appris par cœur les catéchismes ordinaires, sans avoir eu pendant Tenfance d'autre maître que son père. Dès l'âge de trois ans, ce bon homme le prenait sur ses genoux, le soir, après s'être retiré, lui contait familièrement , tantôt le sacrifice d'Abraham , tantôt l'histoire de Joseph , ou quelque autre semblable ; il les lui faisait voir en même temps dans un livre de figures , et c'était un divertissement dans la famille de répéter ces histoires. A six ou sept ans, quand cet enfant commença à savoir un peu de latin , son père lui faisait lire l'Évangile et les livres les plus faciles de l'Ancien- Testament, ayant soin de lui expliquer les difficultés. 11 lui est resté toute sa vie un grand respect et une grande affection pour l'Écriture sainte et pour tout ce qui regarde la religion.
Je sais bien qu'il y a peu de pères et de mères qui veuillent prendre cette peine ; on trouve plus commode de mettre les filles en pension chez des religieuses et les garçons au collège, ou de payer des maîtres et des maîtresses ; mais il est difficile que des étrangers fassent par charité ou par intérêt ce que des pères et des mères feraient par l'amour que Dieu leur donne naturellement pour leurs enfants, s'ils savaient le bien appliquer. Quelque occupé qu^soit un père , il a peu d'affaires aussi pressantes que* lï. 30
4M GBAHD CATÉCHISME HISTORIQUE.
ceUe-ci, «t ses enfants gagneraient beaiicoap â, pour leur laisser une meifleore édocation, îl leur laissait moins d'argent. On ne voit que trop de pères qai ne savent à -qaok s'occuper après avoir rois leurs enfants hors de chez e«x, el qui ne les éloignent qoe poor n'en point avoir rembarras ei se donner plus librement à leurs plaisirs; il ae faut pas s étonner si ces enfants ont peu d'amitié et ■lème peu de respect pour leurs parents, et c'est un grand boabeur quand ils deviennent honnêtes gens et bons chrétiens; au contraire, on voit ordinairement réussir ceux dont les pères sont vertueux, capables, et soigneux de les bien instruire. XIX. Le eatêthi^e doit parler au cœur par les choses
qu'il dit et par la manière dont il les dit. Tout le catéchisme se rapporte à Tamour de Dieu, c Racontez , dit saint Augustin «, de telle sorte que Vauditeor croie en écoulant, qu'il espère en cro}'ant, et qu'il aime en espérant » Or l'amour de Dieu, l'espérance ou la 4aainte ne s'inspirent pas d'oidinaire en disant seulement t{ull feut aimer, craindre ou espérer, quoique l'on le répète plusieurs fois, principalement si on le dit d'une manière sèche et désagréable ; il fiaiut dire des choses qui inspirent effectivement l'amour ou la crainte, soit que vous les nommiez ou non, puisqu'il importe bien plus aux dis* -ciples de les avoir que de les connaître. La crainte de Dieu entrera dans les esprits si l'on sait bien représenter la création , les miracles do désert et les autres faits qui montrent sa grandeur et sa toute^Hiissance ; si l'on raconte bien le déluge, l'embrasement de Sodome, les plaies d'Egypte, la captivité de Babylone et les autres effets de sa Justice, la seule déduction de ces faits rendra Dieu terrible, mémo sans dire qu'il le soit; an contraire, on le fera voir aimable par les biens qu'il a feits à Abraham,
G^AVD CATÉCHISME HISTORIQUE. 467
pi»r }fr sout qu'il a ett âti peuple daii& le désert , par sa
^ Méliié' à accomplir ses provesses , par la prospéf Ué de
^ Bavià et de Sakmon, .par le retomr de BabykMne, mah
■■ bien plus, sans cfmaparaisoo, par riDtarnatioa de son FHs,
>- par la vie et la Passion de Jésus-Cbrisi. Après avoir ra-
" conté fidèlemeat tout cela , quand mêsne vous ne diries
point à MUS auditeurs qu'ils doivent aimer fiieit^ \h Fai-
meroDt on ils seroDt iiieensiJïles. Mais taat qu'il» i^e sau-
F<»t point tOQs ces faits , ou qu'ib n'en aurottt ouï parler
que légèrement el eanlusémeot, en sorte que l'impres^ioQ
e» sera C»tbl«, quoique l'on s'écbauffé en leur disait qu'il
iwt aioster Dieu, quoiqu'on fceur fa^e apprendre par comr
divers motifs d'amour, quoiqu'ils en firononeent de& actes,
il est âr craindre qu'ils ne d^neurent aussi froids qu'aopa-
ravant.
La manière d'enseigner y fait encore* Si le catéetele parle des mystères de la religion sèdaueroent et fraideafieiLi^ eoiRine de choses indifiérentes , s'il marque de Tennui ou du dégoût, s'il s'impatiente et se met en colère ; s'il se familiarise trop, s'il lui écha|^ quelqiie parole ou queiqae geste indigne du personnage qu'il fait , il ne faut pas attendre grand fruit de soo iastruetioa. Les enfants, avaat d^entendre la langue de leur pays , eateadent ee langage naturel et comimun à tons les iKMUiiies , qui consiste dans les^ mouvements des yeux , du visage et de tout le corps , dans le too ou le mouvement de la vois, et qui sans parole exprime toutes les passions. Aiiasi ils voient fort bien si l'on agit sérieusement on si Ton se joue, si on ks flatte, ^ en les menace, si on est tranquille ov. passionné. Ils reçoivent mieux l'impression des mouvements que des paroles. Si vous voulex donc leur inspirer la crainte et l'amour de Dieu, il feut que vous leur paraissiez pénétré de ces sentiments, et pour le paraître il le faut être en effet. Quand ils vous verront raconter les merveiUes de Dieu
avec un profond respect, montrant naturellement par vos gestes que vous êtes saisi d'admiration et de crainte, ils suivront vos mouvements. Il en sera de même de l'espérance, si vous leur paraissez frappé de Tattente du royaume de Jésus-Christ; si, levant les yeux et les mains au ciel, vous soupirez après cetle bienheureuse éternité; si vous représentez dignement la gloire des corps ressuscites , et la joie du paradis. Il en sera de même de Tamour, si vous savez bien peindre les souffrances du Sauveur, si vous les décrivez avec tendresse, si vous êtes pénétré jusqu'à verser des larmes. Or, tout cela viendra de soi-même si vous êtes bien touché des vérités de la religion, et vous le serez si vous êtes homme d'oraison.
XX. Le catéchiste doit être un h4)mme de jprière. C'est par ce conseil que je finis l'instruction de quiconque voudra se servir de ce catéchisme. On ne peut bien écrire une méthode qui doit varier infiniment selon les sujets et les occasions ; mais il est assuré que l'on fera bien si Ton a une véritable charité pour Dieu et pour le prochain ; et c'est par la prière qu'elle s'acquiert et se fortifie. Prions donc sans cesse, et de toutes nos forces, que Dieu envoie de dignes ouvriers dans sa moisson, qu'il leur donne des lumières nécessaires pour instruire les simples, la charité et toutes les vertus qui doivent soutenir ces instructions. Puisque nous sommes appelés à une fonction si noble, prions que nous ne la déshonorions pas par notre négligence à nous en acquitter et par notre vie peu édifiante. Demandons un zèle ardent qui nous fournisse mille saintes inventions pour attirer les petits et les grands, les simples et les sages, et qui nous fasse être toujours prêts à donner des instructions à ceux qui voudront les recevoir. Demandons une patience invincible pour supporter les défauts et la fatigue de l'instruction ; enfin une humilité solide qui nous persuade sincèrement que nous
y commeltons une infinité de fautes et que nous ne faisons que gâter l'œuvre de Dieu. Nous devons aussi beaucoup prier pour ceux que nous instruisons , demander à Dieu qu'il nous fournisse les occasions et nous ouvre les portes, qu'il donne à ceux qui nous écoutent la docilité, l'intelligence, l'affection, la persévérance. On peut se servir 1res utilement à cette fin des prières que l'Église a instituées pour les catéchumènes, et que nous avons encore dans le rituel au commencement de la cérémonie du baptême. Voilà ce que j'avais à dire sur le dessein et l'usage de ce catéchisme.