‹ Œuvres de l'abbé FleuryChapitre 77 sur 88 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

CONTENANT EN ABRÉGÉ l'hISTOIRE SAINTE.

Leçon I. — De la création. Dieu a créé le ciel et la terre , toutes les choses que nous voyons et toutes celles que nous ne voyons pas , en un mot tout le monde. Il l'a créé de rien, sans matière, par lui-même, sans aide et sans instruments, par sa simple parole et par sa pure volonté, sans autre motif que sa gloire. Il ne Ta pas fait tout à la fois comme par nécessité, mais en six jours, et en tel ordre qu'il lui a plu. Le premier jour il fit la lumière , le second il fit le ciel , le troisième jour il sépara le ciel de la terre, et fit sortir de la terre les herbes, les arbres et toutes les plantes; le quatrième jour il fit le soleil, la lune et les étoiles ; le cinquième jour il fit les poissons et les oiseaux ; le sixième il fit sortir de la terre toutes les autres bêles , puis il fit l'homme séparément pour commander à tout le reste. Le septième jour Dieu se reposa ayant achevé son ouvrage , c'est-à-dire qu'il cessa de produire des créatures nouvelles. Quand Dieu fît l'homme, il tint conseil en lui-même et dit : « Faisons l'homme à notre image et à notre res-

%70 GRAND CATÉCfifSME HISTOMQUEU

semblaQoe^ » Alors ii forma le corps avec de U terre, puis il lui inspira un souffle de vie, c'est-^-dire qu'il c-réa tout exprès une ame spirituelle et immortelle pour Tunir a œ corps* C'est cette ame raisonnable qui est limage de Dieu , paroequ*elleest un esprit comme lui , capable comme lui de connaître et de vouloir, et capable de connaître Dieu même et de Taiimer; car Dieu est un esprit inôni, fécond en lui-même par sa connaissance et par son amour. Dieu ayant fait Thomme fit aussi la femme pour être sa compagne*, et il la fit d'une des côtes de Thomme, afin que riiomm^ et la femme s'aidassent parfaitement et fus» sent unis comme s'ils n'avaient qu'un corps. Ce fut alors que Dieu inslitua le mariage'; car il bénit l'homme et la femme et leur dit de croître et de multiplier, de remplir la terre , s'en rendre les maîtres et commander à tous les animaux, les poissons et les oiseaux, et il leur donna pour nourriture les fruits des arbres qt toutes les plantes. Le premier homme fut nommé Adam , et la première femme Eve, Dieu les mit dans le Paradis terrestre, qui était un jardin délicieux planté de toutes sortes de beaux arbres et arrosé de quatre fleuves. Us étaient tout nus sans en avoir de honte, parcequ'ils ne voyaient rien en eux qui ne fût , l'ouvrage de Dieu, et par conséquent très bon. Ils ne manquaient de rien et ne souffraient aucune incommodité, n'étaient point sujets aux maladies et ne devaient point mourir, pourvu qu'ils ne mangeassent point du fruit d'un arbre que Dieu leur avait défendu ; c'était la seule marque d'obéissance qu'il leur demandait. Ils conversaient avec Dieu * et vivaient heureux. Dieu avait aussi créé de purs esprits, qui sont les anges, d'une nature plus excellente <|ne r homme.

« AnGUST.» Tracl. 20 in Joan. — Gen. I, 26, n. 7. — * Ce». 11. 18. — « Gen. I, 28, — 4 Ps. VIII, 6.

Leçon IL — Du péché des anges et des hommes. Il y eut des anged qui ne demeurèrent pas dans la vérité et la grâce > où Dieu les avait créés , mais qui se ré» voilèrent contre lui. Il ne leur pardonna point, mais il les envoya dans l'enfer, où ils sont privés éternellement de la vue âe Dieu * et tourmentés d'un feu étemel. Ce sont les démons ou les anges du diable qui s'oecupent continuel* lement à tenter les hommes, d'où vient qu'on donne aussi à leur chef le nom de Satan '. Un de ces malins esprits, envieux du bonheur dont Adam et Eve jouissaient dans le Paradis terrestre, prit le corps d'un serpent*, s'approcha , d*Ëve et lui dit : « Pourquoi Dieu ne vous a t4t pas permis de manger des fruits de tous les arbres de ce jardin? — ]l nous les a tous permis , dit la femme , hors le fraît de Tarbre qui est au milieu du jardin , qu'il nous a défendu de toucher sous peine de la vie. — Vous n'en mourrez point, dit le serpent ; mais Dieu sait que sitôt que vous en aurez mangé vous ouvrirez les yeux et vous serez semblables à lui , connaissant le bien et le mal. » La femme se laissa tenter par la beauté de l'arbre et du fruit; elle en prit , en mangea et en donna à son mari , qui en mangea comme elle. Aussitôt ils ouvrirent les yeux et eurent honte de leur nudité, sentant une révolte en leur propre corps, qui n'était plus soumis à leur esprit comme devant. Ils firent des ceintures de feuilles de figuier pour se couvrir ; puis, entendant la voix de Dieu qui se montrait » eux sous une forme sensible , ils se cachèrent ; et comme* ils virent leur péché découvert, ils voulurent s'excuser,, l'homme sur la femme et La femme sur le serpent. Alors- Dieu maudit le serpent , c'est-à-dire le démon , qui s'en était servi pour tromper la femme, et déclara qu'il mettait une inimitié éternehe entre eux, et que de la femme vimdraît celui qui écraserait la tête du serpent, c'est-à-dîre

» JOAN. YHl, 44. -* » 2 Petr. II, 4. — 3 ^^^^^ xX. - * G.n, IIK

le Sauveur du monde , qui devait venir un jour détruire la puissance du démon, et naître d*une femme sans coopération de l'homme; car 'Dieu le promit dès lors pour consoler Adam dans sa misère. Cependant il condamna la femme à accoucher avec douleur et à être sujette à son mari, et il condamna Thomme à labourer la terre, âTmanger son pain à la sueur de son visage et à travailler toute sa vie, jusqu'à ce qu'il retournât à la terre d*où il était tiré. Ensuite il les chassa du Paradis et mit un chérubin armé d'un glaive de feu pour en garder l'entrée. Adam , par son péché, fut dépouillé de la sainteté et de la justice originelle en laquelle il avait été créé; il devint sujet à la colère de Dieu et captif du démon, à qui il s'était soumis. Il perdit tous les avantages du corps et de l'ame qu'il avait auparavant; il fut exposé aux incommodités des saisons, aux bêtes cruelles ou venimeuses, à la faim, à la pauvreté, aux maladies et à la mort. Il tomba dans l'ignorance, il demeura plein de concupiscence, c'est-à-dire de l'amour de lui-même, qui le détourna de Dieu et le livra aux désirs des plaisirs sensibles et à toutes les autres passions, comme la colère, l'envie, la tristesse et lacrainte, et le rendit capable de faire toute sorte de mal , incapable de faire aucun bien ^, et destiné, après la mort, à une autre mort éternelle, c'est-à-dire aux tourments de l'enfer.

Leçon III. — De la corruption du genre humain, et du déluge.

Adam n'eut des enfants qu'après son péché, et la femme ayant péché comme lui, leurs enfants naquirent dans la corruption, sujets aux mêmes misères et chargés du péché

I Dans quelques éditions , on a ajouté ici uliU au salut; mais cela parait venir d*ane main étrangère ; car cela né se trouve point dans la traduction latine faite. par M. Fleury même, où on lit simplemMt comme ici : Omuis mali, nullius vero boni capofem.

(Note de Véditeur,)

GRAND CATÉCHISME HISTOBIQUEv 473

qu'ils tiraient de leur origine. Il a passé à tous leurs descendants, et tous les hommes naissent tachés de ce péché, que nous appelons origitiel, et qui les rend ennemis de Dieu, incapables de faire aucun bien et dignes de Tcnfer. Les premiers enfants d'Adam et d'Eve furent Caïn ' et Abel. Caïn tua son frère par envie. Dieu lui reprocha son crime, disant que le sang de son frère criait vengeance contre lui, et il se jugea lui-même digne de mort; mais Dieu défendit de le tuer, pour ne pas multiplier les meurtres. Les descendants de Caïn furent méchants; mais Adam eut un fils nommé Seth *, dont les enfants conservèrent la piété et la connaissance de Dieu. Cette race s'étant mêlée avec Tautre par des alliances criminelles se corrompit comme elle ; tous les hommes s'écartèrent du chemin de la raison, et leur malice fut si grande que Dieu résolut de les faire tous périr, comme s'il se fût repenti de les avoir créés. Il n'y eut que Noé, descendu de Seth, qui trouva grâce devant Dieu. Dieu l'avertit du dessein qu'il avait de purger toute la terre par un déluge universel, et lui commanda de bâtir une arche, c'esl-à-dire un vaisseau carré et couvert, de la forme d'un grand coffre, capable de contenir une couple de chaque espèce de bêtes et d'oiseaux, et de quoi les nourrir durant une année. Pendant que Noé bâtissait l'arche, il exhortait les hommes à faire pénitence' et les menaçait du déluge, ce qui dura plus de cent ans; mais ils ne voulurent point le croire. Le temps étant venu. Dieu fit entrer Noé dans l'arche avec sa femme, ses trois fils et leurs femmes, et toutes sortes d'animaux terrestres et d'oiseaux; puis il ouvrit les réservoirs du ciel et fit tomber une pluie épouvantable pendant quarante jours et quarante nuits; il fit aussi déborder les abîmes de la mer, en sorte que la terre fut inondée et que l'eau surpassa de vingt pieds les plus hautes montagnes. Tous les hommes

T Gen. IV. — > Gen, VI. — 3 1 Petr III. 20. — Gen. VIII.

el tous les animaux furent noyés, il n'y eut que Noé et sa famille de sauvés, c^est^à-dire huit personnes seulement. L'arche était une figure de TÉglise *■ où se sauve un petit nombre d'élus, tandis que tous les autres périssent dans leups péchés.

Leçon IV. -^ D$ la loi de nature.

Noé sortit de l'arche, par l'ordre de Dieu, un an après qu'il y fut entré*; et en sortant il lui offrit un sacrifice pour le remercier de l'avoir sauvé avec tant de bonté. Dieu eut agréable le sacrifice de Noé ; il lui promit qu'il n'enverrait plus de déluge sur la terre, et que les saisons reprendraient leur cours ordinaire. Il lui donna sa bénédiction et à ses enfants, pour les faire multiplier et leur soumettre tous les animaux. Même il leur permit d'en tuer pour les manger '; mais il défendit expressément de tuer les hommes. « Quiconque, dit il, répandra le sang humain, son sang sera répandu ; car l'homme est fait à l'image de Dieu. » Les trois fils de Noé étaient Sem, Cbam et iaphet, qui repeuplèrent le monde *. Ainsi tous les hommes sont frères et obligés de s'aimer. Mais ta nature devint beaucoup plus faible depuis le déluge. Au lieu que les hommes \ ivai&it près de mille ans, leur âge se réduisait petit à petit à cent ou à deux cents ans, et ils devinrent encore plus méchants que devant. Il fallut partager les biens et les terres, parcequ'ils ne pouvaient s'accorder à ea jouir ensemble ; de là vinrent les pillages, les guerres, les servitudes. Chacun ne cherchait qu'à se donner du plaisir, boire, manger et satisfaire tous ses de^rs, sans r^le et sans mesure, et pour les contenter plus librement, mépriser l'autorilé des pères et des anciens, et même s'assujettir ses frères et ses ^aux, ou par force ou par artifice. Au lieu d'honorer lo vrai Dieu, ils adoraient des créatures, soit les hommes les plus puissants, soit les astres ou d'autres

' IPetr. IIJ, 20. — » Gen. VU. — 3 Gen.'IX, 6. — * Gr». X.

choses visibles. Ainsi commença l^idolâtrie. En tout cela iU faisaient contre leur conscience et contre la lumière de la raison, qui dit à tous les hommes qu'ils ne doivent rien adorer qui leur soit égal ou moindre qu'eux, mais seule* ment leur Créateur ; qu'ils doivent honorer leurs pères et leurs mères; qu'ils doîveat garder l'institution du mariagO) ne se point nuire les uns aux autres, ni en leur personne^ ni en leurs biens, ni en leur réputation ; dire toujours la vérité et modérer leurs désirs. La raison dicte tout cela aux hommes qui la veulent écouter, et c'est ce qui s^p** pelle la loi de nature. Il y eut toujours des saintaqui l'observèrent, comme Job, Melchisedech et quelques autres marqués dans TËcriture, sans ceux que nous ne connaissons pas. Job était un prince fort riche et fort vertueux ; Dieu t^rmit que le démon lui ôtât tous ses biens, seis enfants, sa santé, et le réduisit à la dernière misèrel" pour donner un grand exemple de patience.

LaçoN V. — Du patriarche Abraham, Gomme le monde se corrompit toujours de plus en plus, la vraie religion, c'est-à-dire la connaissance de Dieu et l'observation de la loi de nature, ne restait plus qu'en quelque peu de saints personnages, principalement de la postérité de Sem et de la branche d'Héber' ; mais Tidolâtrie gagnait même cette famille, quand Dieu y choisit un homme avec qui il fît une alliance particulière, afin de s'en servir pour conserver sur la terre la connaissance de la vérité et la pratique de la vertu. Ce fut Abraham >. Dieu lui commanda de quitter ses parents et le lieu de sa naissance, de passer l'Ëuphrate et de venir dans la terre de Chanaan, et lui promit de faire sortir de lui un grand peuple, dont la multitude serait aussi innombrable que les étoiles du ciel et le sable de la mer. a En ta race', ajouta-t-il, seront bénites toutes les nations de la terre. »

1 Jos. XXIV. — » Gen. XII. - 3 Gen. XV, 16. — Ps. CIV, 14.

Ce qui signifiait que de sa postérité devait naîlre le Sauveur du genre humain, ce fils de la femme qui écraserait la tète du serpent. Abraham crut aux promesses de Dieu et obéit à ses ordres; aussi Dieu lui tint compte de sa foi, le protégea en toutes occasions, le combla de biens et fit avec lui une alliance solennelle, et lui réitéra plusieurs fois les mêmes promesses : que de lui viendrait un grand peuple qui posséderait la terre de Chanaan *, et que par lui la bénédiction et la grâce se répandraient sur toute la terre. Dieu lui ordonna la circoncision pour marque de son alliance, parceque cette alliance était attachée au sang et à la génération. Enfin, après que la foi d'Abraham eut été longtemps exercée, lorsqu'il avait déjà cent ans, et que sa femme Sara était aussi hors de Tâge d'avoir des enfants et naturellement stérile «, Dieu lui donna un fife qu'il nomma Isaac, et sur qui Dieu lui déclara que tomberait l'effet de ses promesses, et non pas sur Ismaël, qu'Abraham avait déjà eu d'une autre femme. Quand Isaac fut devenu grand, pour éprouver davantage la foi d'Abraham, Dieu lui commanda de sacrifier ce cher fils». 11 obéit sans réplique, et jl avait déjà le bras étendu pour l'égorger quand éteit^Se 7^ ^® '^ P"""* de Dieu, lui déclarant qu'il ses Dmm °^ ^^^^ obéissance* et lui renouvelant toutes roi de Sal^^^i ^"^^ d'Abraham Vivait Melchisedech, seulemeolTû-r^L? '''' ^^ °^ *^ ^'^ "^ '* famille; mais

qu'Abraham rive^',^*'"'^"^'""^ ^" ^'^" ^^ *^^"'' '' il avait défait ^^ ^^^^ victorieux d'une guerre où

au-devant h * ^"^^"^ "^^s» cet homme extraordinaire vint pain et dii vTn rT ^ ^"^»^*'0"^ «* ^ff"* PO^ l"i du qai devait être 1 ^^^ ^^^ **" Sauveur du monde

nattre de lui, SCand qu'Abraham *, quoiqu'il dût

Leçon VI. — Des autres patriarches.

7 Isaac imita la foi et la vertu de son père, et Dieu lui

Y renouvela les mêmes promesses &. II vécut paisiblement

^ dans une noble simplicité. Il eut deux fils jumeaux, Ësaii

^ et Jacob, dont Dieu choisit le dernier et le prit en affection,

L laissant Ësaii dans la malédiction générale des enfanta

^ d'Adam ^ ; aussi fut-il méchant et impie. Jacob, au con-

, traire, fut fidèle à Dieu et vertueux, laborieux ', doux et

patient. Son père Isaac lui donna sa bénédiction, à laquelle

les promesses de Dieu étaient attachées. Il voulait la donner

à Ésaii , mais Jacob usa d'artifice pour se l'attirer, et Isaac,

quoiqu'il eût été surpris, la confirma après s'en être aperçu,

voyant que tel était l'ordre de Dieu. Jacob ayant reçu cette

bénédiction, si importante, se maria et eut douze fils, qui

sont les douze patriarches ^ savoir : Ruben, Siméon, Lévi,

Juda, Issachar, Zabulon, Dan, Nephthali, Gad, Aser, Joseph

et Benjamin. On appelle aussi patriarches tous les anciens

Pères et tous les saints qui vécurent sous la loi de nature,

comme Adam, Abel, Seth, Hénoc, Noé, Sem. Abraham.

Dieu fit encore à Jacob les mêmes promesses qu'il avait

faites à son père et à son aïeul, et le nomma Israël \

Joseph hii était plus cher que tous ses autres enfants; ils

en furent envieux et le vendirent à des marchands qui le

menèrent en Egypte <^, où Dieu prit soin de lui, et par une

aventure merveilleuse le fit devenir favori du roi, qui lui

donna tout son royaume à gouverner 7. Ses frères furent

contraints par la famine de venir en Egypte chercher des

vivres *, et Joseph, après les avoir mis en peine quelque

temps, se fit connaître à eux, leur pardonna leur crime

et les fit venir en Egypte avec leur père et toute leur

famille 9, qui était de soixante-dix personnes. Jacob en

' Gen. XXVI, 27. — » Rom. IX, 11. — » Gen, XXVII. — ♦ Gen. XXVIII, 21. - ^ Gen. XXXII, 28. — « Gen. XXXIII. — 7 Gen. XXXIX. - 8 Gen. XLIII. — 9 Gen. XLVI.

Dieu " .-ot***^^*^** »« *^^ •<** -rtoos.**^ ils y - '-J'^Sde *^::;u.«2 î^^.^ .^5af ^

et résolue " ^ ^-^. :5^

avait faite avec Abraham i, Tsaac et Jacob. Cette servitude était une image de la servitude du péché, où tout le genre humain gémissait sous la puissance du démon, et qui ne devait finir que quand Dieuenverrait le Sauveurdu monde *. Cependant, pour délivrer les Israélites, il se servit de Moïse, un grand personnage de ia tribu de Lévi, qui avait été nourri en Egypte par les soins de la fille du roi et instruit dans toutes sortes de sciences, puis s'était retiré dans TÂrabie déserte. Là Dieu lui apparut sur le montHoreb', dans un buisson qui brûlait sans se consumer, et pour se faire connaître plus qu'il ne Pavait encore été, il lui dit : a Je suis celui qui est, » parcequ'en effet il n'y a que Dieu qui soit. A proprement parler, toutes les créatures n'ont qu*an être emprunté et ne le tiennent que de lui. Moïse fit ce qu'il put pour ne £e point charger de cette importante commission de délivrer le peuple; mais enfin Dieu le vdulut et le renvoya en Egypte avec le pouvoir de faire de grands miracles.

Leçon VHL — - De la Pâque.

Moïse, accompagné de son frère Aaron, vint trouver Pharaon * ( c'était le nom des rois d'Egypte ) et lui commanda, de ia part de Dieu, de laisser aller son peuple. Pharaon le refusa avec mépris, et Moïse fit plusieurs miracles terribles pour l'y contraindre ^ Premièrement il frappa de sa verge Teau du fleuve, et elle devint du sang <^. U fit venir une multitude innombrable de grenouilles par tout le pays et jusque dans le palais .du roi'', qui promit alors de laisser aller les Israélites; mais sitôt que Moïse eut ôté les grenouilles, il se dédit. Moïse fit donc venir à diverses fois des mouches, des cousins, des sauterelles et d'autres insectes qui incommodèrent terriblement les Égyptiens, et à chaque plaie Pharaon promettait d'obéir

« Bxod. 11, 24. — » Bxod. 21. — AeL VII, 22. — 3 Exod. III. — 4 Exod,y, — * jBxorf. VII, 20. — « Jfxorf. VIII, 6. — 7 Bxod, VIIJ, 17.

pour être délivré, mais il n*exécutait rien ^ Moïse fît encore venir une peste sur les animaux, des ulcères sur les hommes, une grêle épouvantable ', et enfîn des ténèbres très épaisses pendant trois jours ^. Tout cela ne servit de rien et Pharaon demeura toujours endurci, Dieu le permettant ainsi pour faire éclater sa puissance par tant de miracles^. Â la fin, quand Dieu voulut délivrer son peuple, il leur commanda de prendre un agneau dans chaque famille, à un certain jour, de le sacrifier vers le soir, le faire rôtir et le manger la nuit, après avoir marqué de son sang la porte de chaque maison. Il voulut que ce souper et ce sacrifice fût nommé la Pâque, c'est-à-dire le passage, et que les Israélites le renouvelassent tous les ans en mémoire de leur délivrance'. La même nuit qu'ils firent la Pâque, Dieu envoya un ange qui fit mourir tous les premiers-nés des Égyptiens, depuis le fils de Pharaon jusqu'aux fils de la plus misérable esclave. Mais l'ange ne toucha point aux maisons marquées du sang de Tagneau. Tout cela était mystérieux. L'agneau signifiait le Sauveur, qui devait être un jour immolé pour le salut des hommes, dont le sang devait sauver ceux à qui il serait appliqué en particulier et dont la chair devait être la nourriture des fidèles. Cette dernière plaie de la mort des premiersnés épouvanta tellement les Égyptiens qu'à l'heure même, et sans attendre qu'il fût jour, ils pressèrent les Israélites de sortir et les mirent hors de l'Egypte chargés de biens.

Leçon IX. — Du voyage dans le désert.

Pharaon ^ s'opiniâtra jusqu'à la fin à résister à Dieu.

Sitôt qu'il eut congédié les Israélites il s'en repentit, et les

poursuivit avec une armée. Il les joignit sur le bord de la

mer Rouge ', et ils croyaient être perdus, quand Dieu fit

' Bxod. IX. — « Bzod. X, 11. — 3 jiom, IX, 17. — ♦ Exod, XII. — 5 ZIxod. Xir, 29.-6 Exod. XIV, 6. — 7 Exod. XIV, 21.

ouvrir la mer. en sorte que l'eau se relira des deux côtés, s'arrêta comme un mur à droite et à gauche, et laissa un grand espace au milieu, où les Israélites passèrent à pied sec. Les Égyptiens voulurent les suivre, mais Dieu fit rejoindre la mer qui les noya tous avec Pharaon. Ainsi Dieu (ira son peuple d'Egypte avec hauteur et par la force de son bras, c'est-à-dire par sa toute-puissance, montrant qu'il est le maître de (outes les créatures et qu'il punit sévèrement les hommes qui osent lui résister. Pendant le voyage il Ht paraître principalement sa providence et sa bonté sur les Israélites *; il les mena par un grand désert, afin d'éprouver leur fidélité, de les exercer à la patience «, et leur faire voir qu'ils ne pouvaient subsister que par ses grâces s. Ils furent toujours conduits par un nuage qui leur faisait ombre le jour contre l'ardeur du soleil et se changeait la nuit en un feu pour les éclairer. Dieu leur donna pour nourriture la manne ^ ; c'était une espèce de rosée qui tombait du ciel les matins en abondance, et qui s'épaississait, en sorte que l'on en faisait des pains suffisants pour chaque jour, et d'un goût fort agréable. Il leur donna par deux fois une très grande quantité de cailles ^. Quand ils manquèrent d'eau, Moïse en fît sortir d'un rocher en le frappant de sa verge ^. Leurs habits ne s'usèrent point ^ pendant quarante ans que dura ce voyage. Enfin Dieu les conduisit avec autant d'afifection qu'un père * qui porte son enfant entre ses bras. Toutefois, ils furent si ingrats qu'ils murmurèrent contre Dieu ; ils regrettèrent souvent l'Egypte et les viandes grossières dont ils étaient nourris ; ils voulurent y retourner, et s'emportèrent plusieurs fois contre Moïse, jusqu'à le vouloir tuer. Ce voyage était l'image de la vie présente, où Dieu nous exerce par diverses tentations

ï Exod. Xlir, 17. — * Dent. VIII, 2. — 3 Exod. XIII, 21. — JVum. XI, 7. — * Exod. XVI, 15. — Num. IX, 7, 51. — & Exod. XVII, 6. — G xium. XXII. — 7 Veut. VIIF, 4. — » Deul. I, 31. II. 31

.81 GRAND CATÉCfllÇlkIE HISTORIQUE.

et souffre avec une patience merveilleuse nos ingratitudes et nos désobéissances, ne laissant pas de nous faire du bien continuellement.

Leçon X. — De$ dix commandements.

Au commencement du voyage, et le troisième mois après la sortie d'Egypte, les Israélites arrivèrent au mont Sinaï'S où Dieu les fit séjourner pour leur donner sa ioîc Mo&e les fit laver et purifier, et leur défendit d'approcher la montagne. Le jour venu, qui était le cinquantième après la Pâque, ils virent le haut de la montagne tout en feu et couvert d'un nuage épais d'où sortaient des éclairs et des tonnerres épouvantables. Ils entendaient aussi un son de trompettes et un grand bruit ; mais ils ne voyaient personne. Alors une voix terrible sortant de ce nuage, prononça ces paroles * : c Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t'ai tiré de la terre d'Egypte, de la maison de servitude. 4. Tu n'auras point de dieux étrangers devant moi. Tu ne te feras point d'idole , ni aucune figure de ce qui est au ciel, sur la terre ou dans les eaux, pour les servir. Car je suis un Dieu puissant et jaloux , qui recherche les péchés des pères sur les enfants, jusqu'à la troisième et à la quatrième génération de ceux qui me haïssent, et qui fais du bien à l'infini à ceux qui m'aiment et qui gardent mes commandements. %. Tu ne prendras point le nom do Seigneur ton Dieu en vain ; car Dieu ne laissera point impuni celui qui aura pris son nom en vain. 3. Souviens- toi de sanctifier le jour du sabbat. Tu travailleras pendant six jours ; le septième est le sabbat, c'est-à-dire le repos du Seigneur; tu ne feras aucun travail ce jour-là, ni toi, ni tes serviteurs ou tes bétes , ni l'étranger qui demeure avec toi ; car Dieu a fait le ciel et la terre en six jours, et s'est reposé le septième; c'est pourquoi il l'a béni et sanctifié. 4. Honore ton père et ta mère, afin que tu vives

' Bxod. XIX, — a Bxod, XII.

limgtemps dans la terre que le Seigneur ton Dieu te don* nera. 5. Tu ne tueras point. 6. Tu ne œmmettras point d*aduUère. 7. Tu ne déroberas point. 8. Tu ne porteras point faux témoignage contre ton prochain. 9. Tu ne désireras point la femme de ton prochain. 40. Tu ne désireras point sa maison, son esclave, son bœuf, son âne, ni tout ce qui lui appartient. » Dieu prononça ces dix commandements devant tout le peuple, et de plus il les écri* vit sur deux tables de pierre, et les donna à Moïse qui était sur la montagne dans le nuage. Ces commandements n étaient pas nouveaux ; ils étaient tous de la loi naturelle, hors la détermin^tion du jour du sabbat. Dieu voulût les renouveler alors et les donner par écrit, parôeque Tignorance et la malice des hommes les avaient presque abolis.

Leçon XI. — De l'alliance que Dieu fit avec les Israélites, Dieu donna à Moïse beaucoup d'autres lois très sages pour régler les affaires temporelles, juger les différends et punir les crimes; il y joignit plusieurs préceptes pour les mœurs ' et quelques cérémonies pour la religion. Outre le sabbat, il ordonna trois grandes fêtes, où tous les Israélites seraient obligés de se présenter devant lui* : la Pâ* que, où ils immoleraient un agneau et mangeraient des azymes', c'est-à dire des pains sans levain, en mémoire de ta sortie d'Egypte; la Pentecôte, c'est-à-dire le cinquantième jour après la Pàque, qui était le jour qu'ils avaient reçu la loi, et où ils offriraient les prémices des fruits; la troisiè:rie fête était la fête des Tabernacles, en mémoire du voyage dans le désert. Moïse, ayant écrit toutes ces lois par ordre de Dieu, les lut au peuple * avec les promesses que Dieu faisait de les mettre en possession de la terie de Chanaan et de les combler de biens,

» Exod. XI, XII, Xlir. — » Exod, XXIf , 12. — 3 Levii. XXIII. — 4 Bxod. XXIV, 7, 8.

s'ils observaient ses commandements ; le peuple le promit, et Moïse prit du sang des victimes qu'il avait immolées et en arrosa le peuple disant : « C'est ici le sang de Talliance que Dieu a faite avec vous. » Ainsi fut confirmée et renouvelée solennellement 1 alliance que Dieu avait faite avec Abraham , qui était la Ggure d'une alliance plus parfaite, comme le sang de ces viclimes représentait le sang du Sauveur. Moïse retourna ensuite sur la montagne , où il demeura quarante jours en conférence avec Dieu S et y reçut l'ordre de faire faire l'arche d'alliance et le tabernacle. Cette arche était un coffre de bois précieux, revêtu d'or en dedans et en dehors, et couvert de deux 'chérubins ; les deux tables de la loi y furent gardéeâ. Le tabernacle était une tente magnifique pour mettre à couvert l'arche, avec un chandelier d'or à sept branches, une table pour les pains de proposition et un petit autel pour offrir des parfums; la table et l'autel étaient revêtus d'or>. Devant la porte, du tabernacle fut rois l'autel des sacrifices qui devaient être offerts par Aaron et ses enfants ; car Moïse reçut ordre de Dieu de leur faire faire des habits particuliers et des ornements précieux , et de les consacrer sacrificateurs, à la charge que cette fonction serait attachée à cette famille d'Aaron. Tout le reste de la tribu de Lévi ' fut aussi consacré à Dieu, pour aider les sacrificateurs dans leurs fonctions. Le tabernacle était comme un temple portatif, pour être le signe de l'alliance de Dieu et marquer sa présence au milieu de son peuple dans tout ce voyage. Il était unique, aussi bien que Tautel des sacrifices et le pontife, pour marquer qu'il n'y a qu'un Dieu, qu'une Église et une vraie religion.

Leçon Xll. — Des infidélités du peuple dam le désert.

Tandis que Moïse était sur la montagne en conférence avec Dieu, les Israélites, s'ennuyant de ne le plus voir,

' Exod. XXX, XXXI, etc. — » Exod. XXXIII. — 3 Xum. III.

firent un veau d'or *, Tadorèrent et lui offrirent des sacrifices, nonobstant les promesses qu'ils venaient de faire. Dieu voulait les exterminer; mais Moïse l'apaisa, et quand il fut descendu il brisa l'idole et fil mourir vingt-lroîs mille de ces idolâtres. Puiâ il retourna ' sur la montagne, y demeura encore quarante jours sans boire ni manger, et en descendit avec les deux tablés de la loi , ayant le visage si éclatant de lumière qu'il était obligé de le couvrir d'un voile quand il parlait aux Israélites. Alors Dieu, voulant dompter ce peuple dur et rebelle, les chargea de plusieurs préceptes difficiles. H ne leur permit de sacrifier que certaines espèces d'animaux, et avec certaines cérémonies». II leur défendit de manger plusieurs sortes de viandes * ; il leur ordonna de se laver et de se purifier en plusieurs rencontres * ; et surtout de fuir le commerce des infidèles, particulièrement des peuples maudits « descendus de Chanaan, avec qui il leur défendit de faire des mariages ni aucune sorte d'alliance. Toutes ces lois^ ne laissaient pas d'être d'ailleurs très utiles pour les mœurs, pour la santé et pour d'autres raisons importantes. Moïse ^ les reçut de Dieu à plusieurs fois pendant tout le voyage; mais cependant le peuple se mutinait de temps en temps. Comme ils étaient près d'entrer dans la terre promise, sur un faux rapport de ceux que Moïse avait envoyés hi reconnaître, la terreur les prit et ils voulurent lapider Moïse et se faire un autre chef pour retourner en Egypte. Dieu voulait encore les faire tous périr ; mais Moïse intercéda pour eux et obtint miséricorde. Toutefois Dieu les condamna à demeurer dans le désert jusques au bout de quarante ans, et décla.ra qu'il n'y aurait que leurs enfants qui entreraient dans la terre promise , et que pour ceux

ï Exod. XXIII. — a Exod. XXXIV, 28. etc. — ^ j^^i i^ jj^ ju^ IV, etc. — ♦ LevU. XII, XV. - ^ Num. XIV. — ^ Exod. XXX, X, 15, 16. - 7 DeuL VII, 3. — « Num. XIV.

qui étaient sortis d'Egypte ils moarraient tous, à la ré~ serve de deux hommes seulement ^, Josué et Caleb , qui lui avaient été fidèles. 11 y eut encore une grande révolte de trois des principaux du peuple, Coré, Dathan et Âbi-> ron ; Dathan et Âbiron furent abîmés dans la terre, qui s'ouvrit sous leurs pieds et les engloutit tout vivants, avec toute leur famille ; Coré fut dévoré par un feu miraculeux, voulant offrir de Tencens comme les sacrificateurs, et il y eut près de quinze mille rebelles qui périrent en cette occasion. Une autre fois, pour punir leurs murmures. Dieu leur envoya des serpents brûlants ^ qui en firent mourir un grand nombre ; mais Dieu sauva tous ceux qui purent regarder un serpent d'airain que Moïse fit par son ordre. Enfin ils se débauchèrent avec les filles des Madianites ', qui leur firent adorer leurs idoles, et pour punition il en fut tué vingt-quatre mille. C'est ainsi que ce peuple ingrat reconnaissait les bienfaits de Dieu et observait l'alliance qu'il avait jurée.

Leçon XUI. — Des derniers discours de Moïse. Moïse * conduisit le peuple jusqu'à la terre promise ; mais il n'y entra point et la vit » seulement de loin. Avant de mourir il fit au peuple de grandes exhortations, et leur fit renouveler l'alliance qu'ils avaient fait« au sortir d'Egypte. Il leur représenta que Dieu les avait pris pour son peuple bien-aimé^' entre les nations de la terre, qui toutes lui appartiennent comme à leur Créateur; qu'il avait fait ce choix non pour leur mérite, mais par sa pure bonté, et en considération des promesses qu'il avait faites à leurs pères ; qu'il allait les faire entrer dans la terre de Chanaan, terre où coulaient le lait et le miel, c'est à-dire fertile et délicieuse; qu'il les y ferait multiplier et les protégerait et leur donnerait l'avantage sur tous leurs

' -Yww. XVI, 8. — * y^um. XXI, 9.-3 iv«m. XXV. - * Demi. T, II, ctc, — i Deitt. XII, 6,-6 Oeui. IX, 4, etc.

GBAND CATÉCHISME HISTORIQUE. 487

,, eDoemii, et que pour tant de bienfaits il ne leur deman-

. dait que de Taimer. Il est vrai qu'il leur demandait leur

j amour tout entier. « Tu aimeras S dit-il, le Seigneur ton

y Dieu de tout ton cœur, de toute ton ame , de toutes tes

p forces ; tu observeras tous ses commandements et toutes

^ les cérémonies de sa loi^ » A ces exhortations Moïse

ajouta de terribles menaces contre le peuple s*il était infidèle à Dieu. H leur dénonça de sa part la stérilité, la famine, de cruelles maladies, les guerres, le pillage, la captivité, et qu'ils seraient enfin chassés de la terre promise et dispersés par tout le monde. Moïse fit encore au peuple une promesse bien plus sublime. Il prédit que Dieu > leur donnerait après lui un prophète d'entre leurs frères, semblable à lui, c'est-à«-dire le Sauveur du monde, qui devait être législateur comme Monse et faire encore de plus grands miracles, en apportant aux hommes une nouvelle alliance et un nouveau testament plus parfait que l'ancien. Il devait naître entre les Israélites, comme il avait déjà été révélé à Âk>raham et à Jacob, et il devait apporter aux hommes les ordres de Dieu, non plus d'une manière terrible, en leur parlant du haut d'une montagne, au milieu des flammes et des tonnerres, mais en conversant familièrement parmi eux , avec douceur et humanité. Pour montrer la différence des deux législateurs, Moïse mourut sans entrer dans la terre promise, parcequc la loi ^ qu'il avait donnée n'ame«ait rien à la perfection. Et le peuple fut mis en possession par Josué, dont le nom est le même que Jésus ^, et signifie Sauveur.

Leçon XIV. — De Vétahlissemmt du peuple dans la

terre promise.

Dieu fit encore de grands miracles pour mettre les Israé-

» Dettt. VI, 5. — » Levit. XXVII. — D««/. XXVII. — 3 DeuL XV, 115, 117. — AcL VII, 37. — * Deul. XXXIV. — 5 Heb, VII, 19.

490 GRAND CATÉGHISBIE HISTORIQUE.

nommait à sa mode, et y mêlait les grands rois, les invenleurs des arts et les autres hommes fameux de chaque pays; ils en racontaient mille fables extravagantes; ils se figuraient leurs dieux comme des hommes immort^, leur donnaient des femmes qu'ils ncœimaieDt déesses, et des enfants qu'ils appelaient dieux ou deminlieux, et leur attribuaient toutes les passions des hommes et tous leurs vices. Ils ne se contentaient pas de les imaginer, ils voulaient les avoir près d'eux ; ils faisaient des statues de bois, de (Pierre, de bronze ou d'autres métaux, à qui ils donnaient les noms de leurs dieux, prétendant qu'ils y habitaient eu effet ; ils adressaient leurs prières et leurs adorations à ces idoles ; ils leur dressaient des temples et des autels, leur faisaient des sacrifices et des fêtes magnifiques. Le démon les abusait ainsi pour se faire adoror sous ces noms et pour leur faire commettre toutes sortes de crimes , sous prétexte de religion ^ ; car leurs fêtes n'étaient que jeux et dissolutions. On honorait Bacchus en buvant avec excès ; il y avait des lieux où les femmes s'abandonnaient publiquement en l'honneur de Vénus', d'autres où les pères sacrifiaient et brûlaient leurs propres enfants pour apaiser les dieux infernaux. Il y avait mille imposteurs qui se vantaient d'être les prophètes de ces dieux et de prédire l'avenir, ou deviner les choses cachées'; les uns par l'astrologie, les autres par l'observation du vol ou du chant des oiseaux ou par les entrailles des victimes. On croyait des jours heureux, d'autres malheureux ; on observait les songe?, tout était plein de superstitions ridicules ; cependant la corruption des mœurs était universelle, tous les vices régnaient sur la terre, et quoique la lumière de la raison et la loi de nature restât dans le cœur des hommes ^, elle était si peu suivie qu'elle

' Sup. XIV, 22, 23. ^ > BaruCh. IV, 48. — 3 HCROO. I. — * Jiom. 1 , 32. II, 15.

s. ne servait qu*à les rendre coupables d^agir contre leur

t conscience. Il était réservé au Sauveur de tirer le genre

humain de celte misère.

V Leçon XVI. — De David et du Messie.

\ Après que les Israélites eurent été longtemps gouvernée

f par des juges, ils voulurent avoir des rois. Le premier fut

r Saiil S de la tribu de Benjamin, qui fut bientôt réprouvé

r pour ses péchés. Le second fut David *, de la tribu de Juda,

que Dieu trouva selon son cœur, et qu'il fit sacrer avec de rbuile sainte par le prophète Samuel. Il fut longtemps persécuté par Saiil, et étant devenu roi il soutint de gran* des guerres contre les infidèles ; mais enfin Dieu le délivra de lous Ses travaux, le mit au-dessus de tous ses ennemis et le combla de richesses et de gloire'; aussi fut-il fort fidèle à le servir. Toute son application était de méditer la loi de Dieu, la mettre en pratique et la faire observer à ses sujets ; c'est à quoi il employait sa puissance. Comme il avait l'esprit très beau et entendait parfaitement la poésie et la musique, il composa un grand nombre de can* tiques pour louer Dieu et enseigner la vertu, et ce sont les psaumes que nous chantons encore tous les jours. Jérusalem, qui avait été autrefois la demeure de Melchisedech, fut aussi celle de David. Il y fît bâtir un palais sur la montagne de Sion ^, où il fît apporter Tarche d'alliance. Il voulait y bâtir un temple magnifique pour la placer et faire les sacrifices ; car depuis que le peuple était entré dans la terre promise, il n'y avait point encore eu de lieu fixe pour le service divin. Mais Dieu déclara à David que cet honneur de bâtir le temple était réservé à son fils, et lui promit en même temps que sa postérité régnerait éter* nellement sur le peuple fidèle. C'est donc un renouvellement d'alliance que Dieu fit avec ce saint roi. Car il promit

» l Reg. X. — » 2 Reg. XVI. ^ 3 Aet, XIII, 2. — P«. C. — 4 1 Rêg. VII.

49) GRAND CATÉCHISUE HISTORIQUE,

de donner un repos étemel à son peuple > et de prendre Jérusalem pour sa demeure , c'est-à-dire pour le lieu où il voulait que son nom fût honoré et sa présence au milieu de son peuple particulièrement reconnue. Ainsi cette sainte cité devint l'image de l'Église, qui est rassemblée des fidèles, et du ciel, qui est le séjour des bienheureux. Dieu découvrit en même temps à David de plus hauts mystères. Il lui révéla que le Sauveur des hommes* serait de sa race, qu'il serait roi, qu'il régnerait non-seulement sur la maison d'Israël, mais encore sur toutes les nations de la terre, et que son règne n'aurait point de fin ; qu'il serait pontife, non selon l'ordre d'Âaron ', mais selon l'ordre de Melchisedech , plus ancien que la loi écrite *, qu'il serait fils de Dieu *, et Dieu lui-même. Tout cela fut révélé à David. Mais il lui fut aussi révélé que le Sauveur, avant d'arriver à sa gloire, souffrirait de grandes afflictions, dont celles de David n'étaient qu'une légère peinture. Depuis ce temps les Israélites nommèrent le Sauveur qu'ils attendaient Messie ou Christ s, c'est-à-dire oint ou sacré avec l'huile sainte dont on avait accoutumé de sacrer les rois et les sacrificateurs. Ils l'appelaient aussi le fils de David.

Leçon XVIl. — De Salùinon et de sa sagesse. Entre les enfants de David , Salomon fut choisi de Dieu pour régner après lui et pour être l'image du Messie dans sa gloire ® ; car il régna toujours en paix. Ce fut lui qui bâtit le temple, dont son père lui avait laissé le dessin ei tous les préparatifs. C'était un superbe bâtiment tout revêtu d'or en dedans, et divisé en deux parties'', dont la plus secrète était le sanctuaire , où reposait l'arche d'alliance sous les chérubins. Le souverain pontife était le seul à qui l'entrée en fût permise, encore n'y entrait-il qu'une seule

' Ps. CXXXr. — a Ps. LXXI. — 3 p,. x. — 4 Ps. 7. Xm', 8. — » Ps. XXr, LXVITI. — 6 2 Par. XXVIII, 5. — 7 1 Jiej. 0, etc.

GRAND CATÉCHISME HISTORIQUK. 4^3

fois rannéc, y portant le sang des victimes. Aussi ce sanctuaire était la figure du ciel , qui était fermé pour les hommes jusqu'à ce que le Christ^ y entrât couvert de son sang. Devant le temple était Tautel pour les holocaustes et les autres sacrifices, dans une grande cour environnée de galeries, avec plusieurs salles et divers appartements, pour toutes les fonctions des sacrificateurs et des lévites. Il ny avait que ce seul temple dans toute la terre d'Israël , et il n'était permis de sacrifier que sur ce seul autel, pour rendre plus sensible l'unité de Dieu et de son Église. Salomon vécut dans l'état le plus heureux que Ton puisse s'imaginer sur la terre. Il commandait à plusieurs nations étrangères, outre le peuple de Dieu ; il avait des richesses immenses, une prodigieuse quantité d'or et d'argent, et jouissait de tous les plaisirs de la vie. Mais ce qui était bien plus excellent que tous les trésors et que les plaisirs sensibles, c'est la sagesse que Dieu lui avait donnée^ , et qui le mettait au-dessus de tous les hommes. Nous la voyons encore dans ses écrits, où il enseigne la sagesse véritable', qui est de bien régler nos mœurs. On y voit la. description de la sagesse de Dieu, source de celle des créatures. Elle dit qu'elle était en Dieu au commencement, avant qu'il formât ni la terre, ni la mer, ni les cieux, ni les abîmes; qu'elle assistait à la production de tous ses ouvrages et faisait tout avec lui en se jouant. Elle ajoute que ses délices sont d'être avec les hommes, et les invite tous à s'appro^ cher d'elle, à s'enrichir de ses trésors et à se rassasier à son festin, c'est-à-dire se remplir de sa doctrine, où se trouve la vie et le salut. C'est ^insi que la sagesse parle dans les proverbes ou sentences morales de Salomon. Il a composé un cantique où il représente l'affection de Dieu envers son Église, sous l'image de l'amour le plus fort qui soit entre les hommes, qui est celui d'un époux et d'une

« Heb. IX, 11. - » 3 Reg. 12, IV, IX, X. - 3 Pro^WHI, 21, etc.

épouse ^ Mais il profita si mai des dons de Dieu qu'il s'égara daas sa vieillesse , pour s'être trop abandonDé aux plaiâirs, particulièrement des femmes. 11 en aima un nombre excessif, même d'étrangères, qui rengagèrent dans l'idolâtrie , tant sa faiblesse fut grande. Dieu le permit ainsi pour nous montrer, par la chute d'un homme si sage, le danger qu'il y a dans le plaisir et dans la prospérité temporelle , et pour nous convaincre de ce que Salomon a dit lui-même ' , que «tout n'est que misère et vanité sous le soleil. »

Leçon XVIJI. — Du schisme des dix tribtts , ou de Samarie.

Pour punition des péchés de Salomon ^, son royaume fut divisé après sa mort. Il n'y a que la tribu de Juda et celle de Benjamin qui obéirent à son fils Roboam ; les dix autres reconnurent pour leur roi Jéroboam, de la tribu d'Éphraun. Ce rebelle craignit que les Israélites ne retournassent à l'obéissance de leur roi légitime s'ils continuaient d'aller faire leurs prières et leurs sacrifices à Jérusalem. Pour les en détourner «, il changea la religion; comme ils aimaient les idoles , il mit deux veaux d'or en deux endroits de son royaume; il éleva plusieurs autels, fit des sacrificateurs qui n'étaient point de la tribu de Lévi , institua une fête - de son invention , gardant toutefois au reste la loi de Dieu. Tous les rois qui succédèrent à Jéroboam entretinrent cette fausse religion , et ce schisme dura toujours depuis. Oo appelle schisme la division des Églises , quand une partie du peuple de Dieu ae sépare de l'Église universelle ^ , qui seule est la véritable. Or, le siège de la vraie Église était à Jérusalem , parcequ'on y adorait Dieu dans le temple que David et Salomon avaient bâti par son ordre, parceque l'on y observait la loi qu'il avait donnée à Moïse, et que

» 3Reg, 21. — > Bccl. I, 6. — 3 JReg. XIII. — * 3 Reç. XIII, 26. - 5 aPar.XHÏ,9.

GRAND CATÉCHISME fflSTORTQUE. 495

le service s'y faisait par les lévites et les prêtres, enfants d'Aaron , qu'il avait choisis. Cette Église avait subsisté depuis le commencement du monde; car Moïse avait recueilli la tradition de la croyance d'Abraham , Abraham celle de Noé, Noé celle d'Hénoch et des autres saints plus anciens que le déluge, jusqu'à Adam. L'Église qui servait Dieu sous la loi de Moïse est souvent nommée synagogue, d'un nom qui signifie aussi assemblée. Le royaume des dix tribus fut nommé le royaume d'Israël , ou d'Éphraïm , ou de Samarie , à cause de la ville qui en fut depuis la capitale, et le royaume qui demeura à la race de David fut nommé le royaume de Juda ; mais il contenait deux autres tribus, Benjamin et Lévi; car les sacriBcateurs et les lévites, étant privés de leurs fonctions par Jéroboam, quittèrent son royaume et se réunirent tous à Juda , et danslesaulres tribus plusieurs demeurèrent fidèles à Dieu et continuèrent à le venir adorera Jérusalem. Le royaume de Juda ne fut pas toutefois exempt de vices et d'impiété; plusieurs rois, descendus de David, ne suivirent point ses exemples; plusieurs furent idolâtres, vicieux, injustes, cruels. Même entre les Juife qui pratiquaient extérieurement la loi de Dieu , la plupart ne lui obéissaient que par crainte ot pour les biens temporels; il y en avait peu qui le servissent par aflection.

Leçon XIX. — Des prophètes.

Ce fut depuis le schisme des dix tribus que Dieu envoya le plus de prophètes pour consoler les vrais fidèles et ramener de leur égarement les rebelles et les pécheurs. On appelait prophètes ceux que Dieu inspirait, les remplissant de son saint esprit pour leur découvrir les choses cachées, ou même l'avenir , et déclarer ses volontés par leur bouche. Tels avaient été Moïse, Samuel, David, Salomon et plusieurs autres. Mais on nommait particulièrement prophètes ceux qui se séparaient des autres hommes pour

mener une vie plus parfaite ' , comme une espèce de religieux. Ils étaient remarquables par leur pauvreté, leurs jeûnes fréquents , leurs habits de sacs ou de peaux , leur vie pénitente et retirée. Leur occupation était la prière, la méditation de la loi de Dieu et Tinstruction du peuple. Les plus illustres furent Ëlie et Elisée, tous deux dans le royaume d'Israël * , où le besoin était plus grand. Ëlie fit cesser la pluie pendant trois ans et demi pour punir Tido-* latrie du roi Àchab' ; et pour confondre les sacrificateurs des idoles devant tout le peuple, il fit tomber le feu du ciel sur un sacrifice qu'il avait préparé à Dieu. Il ressuscita un enfant mort et fît plusieurs autres miracles. Enfin il fut enlevé au ciel dans un chariot de feu, et est encore vivant aussi bien qu'Hénoch*. Elisée, son disciple, lui succéda; il fit aussi de très grands miracles qui lui attiraient le respect des rois, même infidèles, et un mort ressuscita ^ pour avoir touché ses os. Toutefois, la plupart de ces saints prophètes, furent maltraités et persécutés par les princes ' à qui ils reprochaient leurs crimes , et quelques uns furent cruellement mis à mort. Il y avait aussi de faux prophètes, c'est-à-dire des imposteurs qui se disaient faussement inspirés de Dieu , qui flattaient les rois et les peuples en leur prédisant des choses agréables, et démentant impudemment les vrais prophètes. L'évériemeni faisait voir par qui le Saint-Esprit avait parlé , et , pour les connaître , les prophéties étaient écrites et soigneusement gardées.

Leçon XX. — Des prophéties.

Il y a plusieurs de ces prophètes dont nous avons les écrits : Isale, Jérémie, Ézéchiel, Daniel et quelques autres que l'on appelle Jes petits prophètes , parceque leurs li-

« Mœurs des Israël. 21. — » 3 Reg. XXH. — 3 3 Reg. X\IU, 29. — ♦ Heg, II, 21. — 5 4 jip„ xill, 21. — 6 Act. VH, 62. — ffeb. XI, 37.

)i vres sont courts. Ces écrits contiennent les discours qu'ils l faisaient au peuple pour leur reprocher leurs crimes et I pour les exhorter à en faire pénitence, à quitter les idoles, , à se convertir à Dieu*. Pour donner plus d'horreur de

ridolâlrie, ils la comparent souvent à un adultère, et la ^ synagogue à une femme infidèle à son mari, qui l'aurait

quitté pour des amants étrangers. Aux exhortations sont mêlées plusieurs prédictions, et c'est ce que proprement on appelle prophéties. Ils prédirent que le royaume de Samarie serait ruiné ^, et qu'Israël emmené captif cesserait d'être le peuple de Dieu; qu'il ne reviendrait plus, sinon quelques uns avec Juda et sous un même chef; que le royaume de Juda serait aussi détruit ^ par les rois de Babylone, Jérusalem ruinée, le temple brûlé et le peuple emmené en captivité; que Rabylone serait prise ellemême par les Mèdes et les Perses *, sous la conduite de Cyrus, et qu'il délivrerait le peuple après une captivité de soixante et dix ans; que le temple serait rebâti et Jérusalem rétablie ^; que le peuple de Dieu devait jouir encore de son héritage , et , après une furieuse persécution , être délivré de tous ses ennemis et acquérir beaucoup de gloire. Mais entre ces prophéties qui regardaient les choses temporelles, il y en avait d'autres qui allaient bien plus loin et qui étaient bien plus importantes, puisqu'elles concernaient les biens spirituels et la vie future. En parlant du retour de la captivité, les prophètes ont marqué distinctement toutes les circonstances de la venue du Messie, do ses souffrances, de son règne et de la vocatiou des Gentfls ^, c'est-à-dire des nations infidèles. Ils ont dit que Dieu ferait avec son peuple une nouvelle alliance qui ferait oublier celle de la sortie d'Egypte , qu'il graverait

» Osée, I. — Jerbm. II. — Ezech. XY. — » Osés, 1, 10, 11. — i Jerem. XXXIV, etc. — ♦ Is. XïII, XL. — Jbbem. L. — * Jersh. XXV, 2. — c j£REM. XXX, 3, 32, etc.

Page 1