II
sa loi dans leur bœur, qu'il les instruirait lui-même ^, qu'il répandrait son esprit sur toutes sortes de personnes et leur donnerait le don de prophétie; que son serviteur (c'est le Messie)', porterait les péchés du peuple, et n'ayant fait lui-même aucun péché, serait méprisé comme le dernier des hommes , et mené coonme un agneau à la boucherie, pour le salut des autres; que le Messie, fils de David, serait l'espérance des Gentils *; qu'ils viendraient en foule adorer Dieu à Jérusalem *, et s'instruire de sa loi; que la gloire du second temple serait beaucoup plus grande que celle du premier; enfin que le bonheur du peuple de Dieu serait au-dessus de tout ce que l'œil a vu , ce qae l'oreille a entendu et ce qui est tombé dans l'esprit de l'homme^. Ils ont prédit de plus toutes les particularités remarquables de la naissance , de la vie et de la mort du Sauveur*. Ces prophéties étaient obscures, parceque les prédictions spirituelles sont mêlées avec les temporelles, qui en étaient la figure , et que les deux états du Messie, ses humiliations et ses souffrances, et d'ailleurs sa puissance et sa gloire , sont aussi décrites ensemble. Leçon XXL — Delà captivité de Babylone. Tout ce que les prophètes avaient prédit arriva. Après que Dieu eut loi^temps souffert les crimes des rois d'Israël et de leurs sujets \ qu'il les eut souvent exhortés à pénitence par la voix de ses serviteurs et souvent même châ* tiés, sans qu'ils voulussent se convertir; enfin il fit éclafer sur eux sa juste colère , et les abandonna à leurs ennemis. Samarie fut prise, le royaume détruit , et le peuple emmené captif et dispersé dans les pays éloignés^. A leur place les rois d'Assyrie envoyèrent des colonies d'autres peuples, que l'on appela depuis Samaritains. Les rois
« Joël II, 28. — » I». LUI, 4, 7. — 3 is. XLU, 4, etc. — * Matth. XIÏ, ai, — à is. ij^ 3 j^Q^ II, 20. — « Is. XLIV, 4. — : 4 Beç, XXII, 7. — 8 4 j^gg, XXII, 24.
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subsistèrent encore plus d*un siècle après la ruine d'Israël ; mais ils ne profitèrent point de ce terrible exemple. Dieu les livra à Nabucbodonosor >, roi de Babylone, qui ruina Jérusalem, brûla le temple, emporta les vases sacrés, el emmena le peuple en captivité , laissant la terre d'Israël presque déserte. La religion ne laissa pas de subsister , quoique le temple fût détruit et que les sacrifices eussent cessé. Les Juifs observaient la loi de Moïse et les traditions de leurs pères au milieu de Tidolâlrie et des vices de toutes sortes qui régnaient à Babylone. Cette grande ville pleine de superstitions, de magie, de divinations et de dé* bauches', était Timage du monde corrompu et de la société des méchants^ qui pendant cette vie sont toujours plus puissants et en plus grand nombre que les serviteurs de Dieu, les persécutent et les oppriment. Nabucbodonosor était le plus grand roi qui fût alors, orgueilleux et cruel. 11 fit faire une statue d'or d'une grandeur énorme , et commanda à tout le monde de Tadorer. Trois jeunes hommes considérables entre les Juifs ' refusèrent généreusement de lui obéir, et il les fit jeter dans une fournaise ardente; mais ils y demeurèrent sains et entiers, chantant les louanges de Dieu* Alors le roi , étonné de ce miracle, reconnut la puissance de Dieu, et commanda à tous ses sujets de Thonorer. Il y eut encore d'autres rencontres où ce roi et ses successeurs , admirant la sagesse de Daniel et les miracles que Dieu fit en sa faveur, rendirent de semblables témoignages à la vérité, qui commençait ainsi à se faire connaître chez les infidèles. Daniel était un des captifs de la race des rois de Juda, qui, dans la cour de Babylone et dans les plus grands emplois du royaume où il fut élevé par son mérite , mena toiyours une vie très pure et très sainte «. Dieu lui révéla plusieurs secrets de l'avenir. 11 prédit distinctement la suite des empires , jus*
« 4 Reg. XXV. — » Baruch. VI. — » Dak. III. — ♦ Dam. VIII.
500 GRAND CATÉCHISUE HISTORIQUE.
qu*à la venue du Messie , marqua le temps où il devait venir, qu*il serait mis à mort par sop peuple, et qu'alors Jérusalem et le peuple juif seraient détruits à jamais.
Leçox XXII. — Du rétablissement des Juifs après la captivité.
Après que la captivité eut duré soixante et dix ans, Cyrus, roi de Perse, prit Babylone, mit les Juifs en liberté, et leur permit de retourner en leur pays et de rebâtir le temple de Jérusalem ■. lis revinrent sous la conduite de Zorobabel , chef de la tribu de Juda , et le sacrificateur Esdras, très savant dans la loi de Dieu, instruisit le peuple et recueillit les livres sacrés. Les Samaritains et les autres ennemis du peuple de Dieu retardèrent quelque temps le rétablissement de la sainte cité. Les Samaritains étaient ces peuples ramassés que les rois d'Assyrie avaient envoyés à la place des Israélites. Ils prétendaient servir le vrai Dieu et gardaient la loi de Moue ; mais ils adoraient aussi des idoles au commencement. Enfin, Jérusalem fut rebâtie'; Néhémias acheva de relever ses murailles , la terre fut repeuplée et cultivée, et les Juifs vécurent en paix sous les rois de Perse, avec une liberté entière pour l'exercice de leur religion. Ils n'eurent plus de prophètes, mais les ancieanés prophéties qu'ils voyaient s'accomplir de jour en jour leur suffisaient. Jamais ils ne furent plus fidèles à Dieu, et ils ne tombèrent plus dans l'idolâtrie, à laquelle ils étaient auparavant si enclins. Au contraire, ils attiraient les infidèles à la connaissance du vrai Dieu, principalement dans les pays où ils étaient mêlés avec eux ; car il y en eut plusieurs qui demeurèrent à Babylone et par tout l'empire de Perse. Leur religion les foisait remarquer en tous lieux, et les plus sages d'entre les Gentils admiraient leur loi et prenaient plaisir a s'en instruire. La puissance des
« 2 EsD. r. — » 2 EsD. III, 27.
c Perses fut ruinée ( comme Daniel l'avait prédit ) par les
I Grecs sous la conduite d'Âlexandre-le-Grand, roi de Ma-
cédoine S mais il ne changea rien à l'état des Juifs. Son empire fut partagé entre ses capitaines , et de là vinrent les Ptolomées, rois d'Egypte, dont la capitale était Alexandrie , et les Séleucides , rois de Syrie , qui résidèrent à Ântioche. Les Juifs souffrirent assez souvent de leurs divisions et de leurs guerres; mais cependant ils s'étendirent dans tout l'empire des Macédoniens, et dans la Grèce même, où ils commencèrent aussi à répandre la connaissance du vrai Dieu ; car c'était à ce dessein qu'il les avait dispersés entre les Gentils ^
Leçon XXIIL — De la persécution d'Antiochus et des Macchabées.
Anliochus, l'illustre roi de Syrie, voulut forcer les Juifs à se conformer aux mœurs et aux superstitions des Grecs et à renoncer à leurs lois et à leur religion. Il surprit Jérusalem , profana le temple et fit cesser les sacrifices ^ ; il fit mourir beaucoup de Juifs, qui aimèrent mieux perdre la vie que de violer la loi de Dieu. Entre autres, il y eut sept frères * à qui il fît souffrir en sa présence des tourments horribles, et que leur propre mère encourageait par l'espérance de la résurrection bienheureuse '. Judas Macchabée et ses frères prirent les armes pour la défense de leur liberté et de la religion , qui était encore alors attachée à ce peuple et à celte terre s. Quelques Juifs des plus zélés se joignirent à eux, et, malgré leur petit nombre, le secours de Dieu les rendit victorieux '. Ils reprirent Jérusalem, purifièrent le temple, rétablirent les sacrifices et affranchirent entièrement le peuple du joug des nalions^ infidèles. Simon , l'un de ces frères , fut reconnu chef du
I 1 Mac, I. — » ToB. XIII. — 3 1 Mac. 32, etc. - ♦ 1 Mac. Vin. — 5 1 Mac. III. — 6 2 Mae, VIII. — 7 1 Mac. IV, 42, etc.
peuple et souverain pontife * ; car ils étaient de la race sacerdotale, descendus d*Aaron ; «mais on ne lui donna la souveraine puissance qu'en attendant la venue du prophète fidèle, c'est-à-dire du Christ, fils de David *« Les descendants de Simon prirent le titre de rois ; mais leur puissance ne fut pas de longne durée; car les Romains, déjà maîtres d'une grande partie du monde, conquirent rOrient sous la conduite de Pompée et ruinèrent en même temps les rois de Syrie et les rois des Juifs. Tontefois Hérode trouva moyen d'usurper le royaume de Judée par la faveur de Juies-^César et ensuite d'Auguste, et régna sous la protection des Romains. Il était étranger d*ù^ rigine, mais juif de religion, au moins il en faisait profession; car, au fond, c'était un impie qui n'avait d'autre loi que son. ambition et sa politique, cruel et dénaturé jusqu'à faire mourir sa femme et plusieurs de ses enfants. Leçon XXIV. — De Vétat où était le monde à la vemie
dix Messie.
L'idolâtrie régnait toujours par tout le monde ; mais la Grèce était pleine de philosophes qui commençaient à la décrédiler entre les gens d'esprit ; ils voyaient bien l'absurdité des fables dont les poètes entretenaient les pen* pies et qui étalent tout le fondement de leur religion. Ife connaissaient que le monde était gouverné par un Weu bien différent de ceux que le vulgaire adorait, ma/s ih n'osaient en parler ouvertement ni rien entreprendre contre les religions étabnes ; ils se contentaient de les mé-* priser entre eux , les regardant comme des inventions de politique , propres à amuser les ignorants ; au dehors ild ne laissaient pas de se conformer au peuple et d observer les mêmes cérémonies, et, désespérant de connaître la vé* rite, ils s'abandonnaient sans réserve à leurs passions et aux plaisirs les plus infâmes'. Le vrai Dieu n'était plus
• i Mac. XrV, 27. — * » 1 Mac. XIV, 41. — • Sph. IV, W-
1 adoré que par les Juifs ; les Samaritains se vantaient aussi
H de le servir et avaient quitté les idoles ', mais ils étaient
f toujours séparés des Juirs avec une haine mortelle de part
I' et d'autre. Ils ne reconnaissaient que les livres de Moïse,
'i rejetant tous les autres prophètes, et prétendaient que
i Dieu devait être adoré sur la montagne de Garizîm ', où
î ils avaient bâti un temple. La religion s'affaiblissait même
I chez les Juifs. H y avait deux sectes , les pharisiens et lesv
! sadducéens ^ ; les sadducéens ne croyaient ni la résurrec-
tion ni l'immortalité de l'ame, ni qu'il y eût des anges ou des esprits, et faisaient Dieu même corporel. Une grande partie des sacri6cateurs et des principaux de la nation suivaient cette hérésie si impie et si grossière ; les pharisiens soutenaient la bonne doctrine , croyaient les choses spirituelles , la résurrection et la vie du siècle futur. Ils faisaient profession d'observer la loi fort exactement, mais ils y mêlaient quantité de superstitions indignes de la vraie religion, et souvent anéantissaient les commandements de Dieu * pour établir leurs traditions humaines ; car ils avaient beauc<)up d'autorité sur le peuple, faisant paraître un grand extérieur de piété ^, mais ce n'était qu'hypocrisie en la plupart; dans le fond ils étaient pleins cd'avarice, de vanité et de toutes sortes de vices.
Leçon XXV. — Comment le Messie était attendu des Juifs.
Les Juifs étaient fiers et superbes «. Comme enfants d'Abraham, ils croyaient être saints par nature et destinés à commander à toutes lea autres nations, qu'ils méprisaient infiniment, les tenant pour maudites et immondes; ainsi il leur était insupportable d'obéir aux Romains et à Bérode , esclave des Romains, Ils étaient toujours prêts à se révolter et n'attendaient que la venue du Messie pour se-
« Jos. IV, 9. — » Jo». IV, 10. — 3 Aet. XXIIT,8. — * Matt. XV,6. — * Luc, XVI, U. — JOAN. VIII, 7. — 6 JoAN. VIII, 33.
Mo GRAND CATÉCHISME HISTORIQUE.
avaient annoacé cette grande nouTelle, que le Sauveur *
venait de naître à Bethléem.
Leçon XXYII. -^ D» V$nfanee de ^éius^hnsL Le flls de Dieu fut droonds huit jourg après sa nais- «aooe^ suivant la loi, et il fut nommé Jésue, comme Tange avait dit, parcequll venait de délivrer son peuple de leurs péchés *'; car Jésus signiBo Sauveur. Au bout de quarante jours, Marie alla se présenter au temple de Jérusalem, suivant la Id de la purification des femmes après leur» ooudies, à laquelle toutefois elle n'était point obligée ; et pour satisfaire à une autre loi qui ordonnait d'offrir à Dieu tous les premiers-nés , elle y présenta son fils. Alors un saint vieillard, nommé ^méoii , et Anne, sainte veuve et propfaétesse ', rendirent témoignage qu'il était le Sauveur que Ton attendait. Les premiers Gentils qui l'adorèrent furent les Mages. C'est ainsi que l'on nommait en Perse ceux qui s'appliquaient aux sciences et à la religion. Ceuxci vinrent d'Orient , conduits par une étoile miraculeuse , et demandèrent où était le m des Juifs nouvellement né ; l'ayant trouvé, ils l'adorèreiit et hii offrirent de l'or, de la myrrhe et de l'encens. Hérode fut alarmé de leur venue , et, craignant que ce roi no le dépossédât on jour, Il fit mourir tous les enfants de Bethléem; et ce sont ceux que rÉglise honore sous le nom des saints Innocents. Cependant saint Joseph, averti par un ange, emmena Jésus et Marie en Egypte et n'en reviot qu'après ha mort du vieil Hérode. A son retour il demeura à Nazareth , où Jésus croissait et se fortifiait, étant plein de sagesse et de grâce K A l'âge de douze ans, il alla, suintant 1(b coutume, â Jérusalem pour la fête de Pâque, avec son père et sa mère (car Joseph passait pour son père) ; ils le perdirent , et au bout de trds jours le trouvèrent dans le temple, assis au
■ Sca. IS. — » Luci II, 81. — Ma«t. I, î. — » Luc, II. — Matth. II.— 4 Luc,. n,. 40.
GBAin) CATÉCHISME HISTORIQUE. &07
milieu des docteurs , disputant avee eux et étotinaiit itou» les auditeurs par ses réponses. 11 revint avec Joseph et Marie à Nazareth, et vivait soumis à eux, avançant en ea« gesse, en âge et en grâce devant Bieu et devant les boni» mes. Il travaillait avec saint Joseph à son métier de char pentier; et il demeura ainsi caché jusqu^à Tâge de ^trente ans, passant toute sa jeunesse dans I humilité , la p»u<* vreté et le travail , pour nous en donner Texempla* Lbçon XXVIII. — De saint Jean-BapH$te, La quinzième année du règne de l'empereur Tibère, Ponce-Pilate étant gouverneur de Judée pour les Romains, il parut un grand prophète, Jean ^, fils de Zacharie, sacri* ficateur, et d'Elisabeth, parente de la sainte Vierge Marier Il était né par miracle, sa mère étant stérile , et après avoir été promis è son père par un ange '. Il passa toute sa vie dans la solitude, avec une austérité plus grande que celle des anciens prophètes. Sa nourriture était des saute>* relies et du miel sauvage; son habit était un cilice fait de poil de chameau. Il parut dans le désert qui est au long du Jourdain, exhortant tout le monde à faire pénitence, parceque le royaume des cieux approchait. Comme les Juifs n'avaient point vu de prophète depuis.le retour de la captivité, c'est-à-dire depuis cinq cents ans, ils venaient en foule le voir et l'entendre ♦. Il déclara qu'il était le précurseur du Messie, promis par les prophètes, pour avertir les hommes de sa venue et pour les préparer à le recevoir. Ceux qui témoignaient se vouloir convertir, saint Jean les baptisait dans le Jourdain, c'est-à-dire qu'il les y faisait baigner et se laver, comme les Juifs avaient accoutumé de faire en diverses rencontres pour se purifier suivant la loi. Les Juifs, admirant sa sainteté, voulaient le reconnaître pour le Messie ^ ; mais il déclara sincè-
» Luc, III. — • Loc, I. - 3 MATtiC III. — ♦ MA-rru. III, 6. -.