II
gogaesS où les Jui£s s'assemblaient pour prier, lire TÉcriture sainte et Tentendre eipHquer par les scribes oa docteurs. Souvent aussi il prêchait au bord de la mer * ou à lar campagne, selon roccasion ; il n*y avait aucune de ses paroles qui ne fût une instruction importante. Il parkrit comme ayant autorité, non pas comme 1^ scribes et le» pharisiens ; et toutefois il parlait simplement et familièrement pour pouvoir être entendu des simples. Quelquefois il se servait exprès de paraboles et d'énigmes* pour n'être pas entendu de ceux qui e» étaient indignes par la mauvaise disposition de leur cœur. Voici le sommaire de sa doctrine; il dit qu'il est le Messie ou le Christ, attendu eC souhaité par les Pères et prédit par Moïse et par les prophètes * ; et qa*i\ est venu, non pour abolir la loi *, mais pour l'accomplir 6 ; que Ta vie éternelle consiste à connatCre un seul vrai Dieu et Jésus-Christ qu'il a envoyé. R nous apprend que Dieu est xm esprit ', et qu'il doit être »loré en esprit et en vérité '. Il nous découvre de plus que Die» est Père, Fils et Saint-Esprit; car il dit qu'il est le FtJs unique de Dieu ' ; qu'il ne dit rien et ne lait rien de tui— même, mais qu'il reçoit tout de son père, qui kiî montre tout ce qu'il sait **, et lai donne tout ce qu'il a ; enffn^qiie hii et son père ne font qu'un ; d'oà il s'ensnit qu'il est Dieu comme son père, et qu'il est lé même Dieu que son pêne. H dit aussi à ses apôtres qu'il leur enverra rJSsprit consolateur qui procède du père. Et il ajoute: «Il prendra du mien pour vous Kensei^er, pareeque tout ce qui est au père est à mi»i ' ^ » Ce qui fait voir que le Saint-£i<prit procède du Père et du Fils, et que tous les trois ne sent qu'un ; et il le déclare manifestement, quand il ordonne à
ï Matth. IV, 26. — » Matth. XIT, 13. — 3 Matth. XIII, 23. — ♦ JoAN. V, 46. VIII , 5«. — s Matth. V, 17. — Jo*i». XVII , a. —
« JOAN. IX, 14. — 7 JOAIf . III, le: — 8 JOAN. V, 19, CtC. — 9 JoAlf.
X, 30. — «o JoAN. XV, 26. — " JoAN. XVI, U.
GRAKD CATÉCHISME HISTORIQUE. M 5
ses 'apôtres de bapliser tout le monde « an nom diu (Rène^ et du FilS) et du Saint-Esprit ^, » montrant encore que tous les trois sontégaux, ipuisqu'il veut que tous les hommes soient consacrés à Dieu au nom de oes trois personnes. Jésus-Christ étant Dieu, il s'ensuit qu'il est Dieutet homme tout ensemble. Aussi reconnaît-il que le ¥èm 'est plus grand que lui, et qu'il est venu, non pour faire m propre volonté *, mais la volonté de «ceâiii qui l'a envoyé'' ; ce qm ne kii peut convenir que comme homme. Et 11 montre clairement qu'il est E^eu et homme lorsqu'il d»t : « Persomie ne monte au ciel que celui qui est descendu du cieM : le fils de l'homme qui est au del. »
LEçofvXXXIll. — De l'amour de Dieu et du procham.
Jésus-Christ nous montre que sa venue est la preuve de l'amour que Dieu nous porte ^ ; « car, dit-il, Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse poani, mais qu'il ait la me éternelle. » Il est donc bien juste de l'aimer. Aussi déclaretr*ï\^ que notre unique affaire et la seule chose nécessaire est de nous attacher à Dieu ^ ; q.u>e teote la M de Dieu et tout ce qu'il nous enseigne dans ses saintes Écritures se rapporte à ces deux commandements^ : k Tu aimeras le Seigneur ton Sien de tout ton cœur, de tonte ton anae, de tout ton esprit, de toute ta force. » Voilà le plus grand et le premier commandement. Le second lui est semblable : « Tu aimeras ion prochain comme toi-môme. » Or tout iiomme est notre prochain, même mu étranger et un infi- Jâéle^. iUmantaiusiie (prochain, nous le traiteroiis> comme mous voulons que l'oo nous traite moas^mémes, et nous ^elnploiero1iB laméme œesurepour inique pournous <<>. Nous
» MaStH. XKVin ,19. — 2 Jdak. XIV,. 28. — 3 .Joan. YI, 31. -^
♦ JOAN. III, 13. — s JoAN. III, 16. — 6 Luc, X , 45. — 7 MaTTH.
KXII,-36.— « Mabc, XU, 39. — 9 Luc, X,ao. — 'o Matih. XVII, 11, 12.
lui pardonnerons ses foutes comme nous voulons que Ton nous pardonne les nôtres ) nous ne reprendrons point ses défauts tandis que nous en aurons de pareils ou de pitis grands; nous ne le jugerons point, comme nous ne vouions point qu'il nous juge ^ ; en un mot, nous ne ferons à personne ce que nous ne voudrions point qu'un autre nous fît> . Aussi il enseigne qu'il ne suffit pas de pratiquer la loi extérieurement et à la lettre, comme faisaient les Jui£3 charnels. Ce n'est pas assez de ne pas tuer, il faut combattre même la colère, qui produit les haines, les querelles et les meurtres ^. Ce n'est pas assez d'aimer nos amis, il ne faut haïr personne et aimer même ceux qui nous haïssent et nous persécutent. Il ne suffît pas de ne pas commettre d'adultère *; il ne faut pas même regarder une femme avec un mauvais désir, et le mariage doit être réduit à sa pre* mière institution, d'une seule femme avec un seul homme, qui ne doivent se séparer qu'à la mort s. Il ne faut pas se contenter de ne pas prendre injustement le bien d'autrui ; il ne faut pas même se faire justice à la rigueur, il faut céder et relâcher de ses intérêts, perdre ou souffrir quelque chose, plutôt que de blesser la charité ; n'avoir aucune inquiétude pour la nourriture, le vêtement et les autres nécessités de la vie; s'abandonner à la Providence, et chercher avant toutes choses le royaume de Dieu et la vertu.
Leçon XXXIV . Des conseils de la grâce et de la prière.
Pour accomplir la loi plus facilement et arriver à la perfection dont les hommes sont capables, Jésus-Christ nous a donné des conseils, outre le commandement 6. Il conseille à ceux qui voudront se mettre en sûreté contre l'avarice de vendre tout leur bien , le donner aux pauvres' et le suivre lui-même dans la pauvreté dont il nous a
» Luc, VI, 31. — » Matth. X, 20. — 3 Matth. V, 43. — * Matth. XIX, 4. — * Matth. V, 38. — g Matth. XXX, 23.
donné Texemple; et il leur promet un trésor dans le ciel *. Pour s'assurer contre Tincontinence , il conseille de re« noncer au mariage et de vivre dans la continence parfaite, ajoutant néanmoins que tous n'en sont pas capables, mais seulement ceux à qui il est donné par sa grâce ^ Il nous enseigne que par nous-mêmes nous ne pouvons pratiquer ni ses commandements ni ses conseils. « Sans moi , dit-il , vous ne pouvez rien faire, comme une branche ne ()eut porter de fruit si elle ne demeure sur Tarbre ^. » Et ailleurs : « Je suis la voie , la vérité et la vie. » Et ailleurs* : « Je suis la porte ; si quelqu'un entre par moi il sera sauvé.» Et ailleurs il dit^ : « Qu'il donne une eau qui rejaillit jusqu'à la vie éternelle, et que qui croit en lui deviendra une source d'eau vive; » ce qu'il entendait de l'Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui ®. Toutes ces figures signifient que, pour accomplir la loi de Dieu et nous sauver nous avons besoin du secours de sa grâce , qui est le don du Saint-Esprit. Mais la grâce ne dépend pas de nous; « L'Esprit souffle ou il veut^, » dit Jésus. Et ailleurs : « Personne ne peut venir à moi si le Père qui m'a envoyé ne l'attire*. » Il est donc bien nécessaire de prier pour demander à Dieu cette grâce , sans laquelle nous ne pouvons rien faire. Aussi n'y a-t-il rien que Jésus nous ait plus recommandé que la prière '. Il dit « qu'il faut toujours prier, sans jamais se rebuter ; » il dit : a Demandez et vous recevrez ; cherchez et vous trouverez ; frappez, et on vous ouvrira *®. » Ses disciples lui demandèrent un jour qu'il leur apprît à prier ; il leur donna ce modèle de prière ** : Notre Père qui êtes dans les cieux, que votre nom soit sanctifié, que votre règne vienne; que votre volonté soit faite en la terre comme au ciel ; donnez-
« MaTTH. XXX, 11. — » JOAN. IV. 51. — 3 JOAN. X, 9. — 4 JOAN. IV, 14. — 5 JoAN. VII, 38.-6 JoAN. III, 8. — 7 JoAN. IV, 44. —
8 Luc, XVIII.— 9 Matth. Vn, 7. — 'o Luc, XI. — " Matth. VI, 9.
51i GRAJND CATÉCHISME HfSTOiOQUE.
Doos aujourd'hui notre pain quotidien ; remettez -nous nos dettes comme nous remettons à ceux qui nous doivisnt; et ne- nous induisez point en tentation , mais délivrez-noos^ du msHTvais «. Ainsi soit-il. » Nous Taf^peUms TOraison dominicale, c*est-è-dire Toraison du Seigneur. Lbçon XXXV. — De Vétat des fidèles dans la vie présenie, Jésus-Christ, nous découvrant la perfection où Dieu noué appelle en cette vie , nous montre aussi quelle en sera la récompense *. Nous ne devons pas borner nos es> pérances sur la terre , eomme faisaient les Joifs charnels ; nous ne devons pas amasser ici-bas des trésors périssables, mais thésauriser dans le c\el\ « Hiftlbiettr aux ridies, parcequ'ils ont leur consolation ; malheur à ceux (fut rient et à ceux qui sont honorés des hommes *, EfToicez-vous, ditil \ d*entrér par la porte étroite; car il y a deux portes et deux voies : « une voie large, qui mène à la perditton et où marche le plus grand nombre ; et une étroite, qui mène à la vie et que peu de gens trouvent. » Poursuivre Jésu»- Christ dans cette voie étroite, Il faut renoncer à font el porter sa croix ^. Tous ceux qui nous voudraient séparer de l«i et nous servir de scandale , c'estrà^Kre de pierre eo notre chemin, nous tes devons haïr quels quMtiB soient*, amis, parents, père, mère, mari ou femme. H faut « coth per notre main droile si elle nous scandalise , et arracher noire ceil droit '^ , » c'est-à-dire nous priver avecviolawe de œ qui nous est le plus cher; en&n nous devons « nous haïr nous-mêmes ' , » c'est-à-dtre nous défiaire de notre*
* On dit aujoariThoi pluBaoxttfniriément diLtnoL Mais M. Fleary dit du mouvait. On la déjà vu dans cette paftie,,tepon XVlIIy eipartiell^ leçon X/I; et on le verra encore dans la Uçoa XVI , même partie, o& Ml Ffeury propose lear dismc sens, du mauvais o» du maL
{Note de Véditeur.)
^ Matth. V, 19.— 3 Hic. yi, u. XIH, 24.— 4 Matth. XII, 16. — ^ Luc. XIV, 33 et 31. — c Mattu. X, ». «- 7 Matth. V, 1».'^ « Maotii. XVI, 24.-^ Jo»N. XIl^ 25.
amour-propre ; aussi Jésus-Cbrist a t-il déclaré que son royaume n'était point de ce monde. U prédit à ses disciples qu'il serak rejeté par les Jmis, livré aux Gentils pour être fooeaé , moqué et cnioifié , «t qu'il ressusciterait ie ixotstème jour ^. Il les avtertit qu'ils ne seraient pas mieiix traités que lui ^ ; qu'ils seraient poursuivis , traînés devant Ifis juges et condamnés icomme des criminels ; que l'on croirait rendre service â Dieu de les Caire mourir* Hais c ne craignez point, ajoute-nt-U^, ceux qui ne peuvent que tuer le corps; craignez celui qui, après avoir tué, peut encore envoyer âe corps et l^âroe dans l'enfer; v«Mlà celui qu'il faut craindre. Qui persévérera jusqu'à la fia sera sauvé* Quiconque me renoncera devant les haoaines, je le jrenoDoerai devant mon Pêne, et^uicon<|ee me confessera, je le confesserai et le reconnaîtrai. »
Leçon XXXVI. — De la vie du ^iècU futiur. Jésus-Christ prédit aussi à ses disciples que Jérusalem wrAftt ruinée * 4e leur temps par la guerre la plus cruelle (pjà eàt été jusqu'alors; que le teteaple aérait détruit, en sorte qu'il n'y resterait pas pienne sur pierre; que l'Évangile fierait prêché par toute Ja terre ; .«qu'ensuite le nnonde iBène fiairait., et qu'il viendrait alors comme roi juger itous \eè hommes ^ Mais il ne leur dit point le temps de Ja Gm du monde <et de soa second av^aient, et mèJa ce 4|a'iil leur en dit »vec les prédictions de la ruipe de Jér«-« «atem. C'est donc à la vie future que Jésus Christ nous a MidonBé de porter nos espérances ' ; il a confirmé la foi ^ 2'imaiortajilé de l'ame et de la résurrection; et a fariné la touche auK sadducéens. « Qui se bait en oe m^nde, dit-il^ m conserve pour la vie éternelle. Telle est la volonté de jtton Pève jqui m'a «envoyé., que quiconque voit te Fils et
» JOAN. XYIII, 39. — Matth. XV, 21. — > Matth. X, 24, etc. — 3 Lbc, Kil, 9. — * Matth. XXII. ^ » >Utt». xxy. — « Mmth.
5t0 GRAND CATÉCHISME HISTORIQUE,
croit en lui ait la vie éternelle , et je le ressusciterai au dernier jour >. » Et ailleurs : « L'heure vient où tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront la voix du Fils de Dieu et marcheront : ceux qui ont bien fait, à la résurrection de la vie ; ceux qui ont mal fait , à la résurrection da jugement. » Tel sera donc le dernier état des hommes ; d'un côté, a la vie éternelle, le repos, la joie, le banquet, les noces, le royaume, le ciel, le paradis; » car J^us- Christ lui donne tous ces noms pour s'accommoder aux idées de bonheur que nous avons en cette vie ; d'un autre côté sera « Tenfer , le feu éternel , la géhenne , les ténèbres extérieures , la mort éternelle ; là seront les pleurs et les grincements de dents ; le ver qui les ronge ne mourra point , » c'est-à dire le remords et le reproche de la conscience. Or, « la vie éternelle consiste, comme il nous l'enseigne , à voir Dieu , être avec Jésus-Christ , et voir la gloire qu'il avait avant la création du monde à être tous un en Jésus-Christ, et par lui être unis à Dieu d'une charité parfaite *. Voilà le sommaire de la doctrine de Jésus-Christ. Leçon XXXVII. — Des ennemis de Jésus-ChrisL Jésus-Christ , préchant cette doctrine et la soutenant par ses vertus et par ses miracles , devint odieux au monde , c'est-à-dire aux hommes corrompus, à qui il montrait la vérité qui les condamnait ' ; ils aimaient mieux les ténèbres que la lumière , parceque leurs œuvres étaient mauvaises; ils jugeaient de lui selon les apparences, et le méprisaient comme un Galiléen de Nazareth, fils d'un charpentier. Les Juifs charnels le voyant si pauvre, si simple , si humble et si doux , ne pouvaient croire qu'il fût ce grand roi , fils de David , qui devait venir les délivrer de leurs ennemis et soumettre toutes les nations à son empire. Ceux qui le haïssaient le plus étaient les scribes ou doc-
' JOAW. XI, 25. VI, 40. V, 18. — » JOAM. XVII, 3, 5, 91, 34. — 3 JOAN. III, 19. VII, 24.
tours, les pharisiens, les sacrificateurs et les sénateurs qui gouvernaient le peuple ^ Ils étaient envieux de sa gloire et irrités des reproches qu'il leur faisait. Les docteurs ne pouvaient souffrir qu'il montrât au peuple leur Ignorance et le mépris qii*ils faisaient de la loi de Dieu * pour établir des traditions humaines. Il faisait connaître r hypocrisie des pharisiens , leur orgueil et leur avarice. Ils le haïssaient tous', parcequ'il prédisait la ruine du temple et de la ville , qu'ils regardaient comme un lieu où la vraie religion était attachée et qui ne devait jamais être détruit. Cependant ils n'avaient rien à lui reprocher, et il leur dit publiquement * : « Qui de vous me reprendra de péché V » quoique sa vie fût exposée à la vue de tout le monde. Ils ne laissèrent pas de le calomnier de ce qu'il guérissait des malades le jour du sabbat , et de ce qu'il disait qu'il était Fils de Dieu , venu du ciel , quoiqu'il ne leur parlât qu'au nom de Dieu et qu'il ne cherchât que la gloire de Dieu, quoique les miracles qu'il faisait, et dont on n'avait jamais vu de semblables ' , fussent une preuve infaillible de la vérité de ses paroles et de l'accomplissement des prophéties qui leur promettaient le Christ. Ses ennemis , ayant résolu de le faire mourir , ne purent exécuter leur dessein que quand son heure fut venue® , c'està-dire dans le temps où il avait résolu de souffrir. Jusque là il se cacha plusieurs fois ; et un jour comme ils pensaient le prendre , il se rendit invisible et passa au milieu d'eux ^ D'ailleurs ils se pressèrent de le perdre , voyant que ses miracles le faisaient suivre de tout le monde, et que venant à Jérusalem pour la Pâque®, on lui avait fait une entrée magnifique ; car le peuple vint en foule au-devant de lui, portant des branches de palmiers en signe de joie, et
» Matth. XXIII. — » Matth. XXIV, 16. — 3 ^c/. VI, 1. —
4 JOAN. VIII, 46. — 4 JOAN. IV, 24. — « JOA^. VII ,81.-7 Luc, IV, 30. — 8 JoAN. VI, 19.
522 GRAND CATÉCHISME HISTORIQUXL
criant : « Uosanna! c'est-à-dire sauvez^nons, fils de ûbk Vid ; béni soit cehii qui Vient au aom du Se^neur. » C'était le reconnaître pabliquement pour le Messie. Ses ennenûs ne le purent souffrir; ils tinrent conseA; ils résolureflt de le prendre par artifice, et gagnèrent indas Iscariot^, im des douze apôtres , qui promit de leur livrer son mattre pour trente sicles d'ai^ent, e'est-èrdire environ quinze écus de notre monnaie.
LiçoN XXXYin. ^ De la cène de Jésm^hrisi. Le temps de la Pâque étant venn, Jésus vint souper avec ses disciples au lieu qu'ils avaient préparé par, son ordre , pour y manger l'agneau Mivant la ooulume^ Dans ce sooper, que l'on appelle aussi la Cène, il se leva de table et leur lava les pieds à toas pour leur mon^r Fesemple de se servir les uns les aubes, et pour achever de les purifier. Pois il se remit à table; et comme ils mangeaient , il prit du pain, rendit grâces à Dîea, bénit lejf>aiB, le rompit et le distribuai ses disciples, disant: « Preaez et mangez, ceci estmen corps q» sera livré pour vous; faites Ceci en mémoire de moi''. » Tout de même, après le souper , il prit le calice , c'est-à-<dire 4a coupe eà il buvait , avec du vin , et ayant œnfta grâces , le b^it et le lear donna , disant : « Buvez tous de ceci , carc^est mon sang, le sang de la nouvetle àHianœ , q«i sera répands ponr vous et pour plusieuis en rénnssion empêchés; faites «ceci, toutes les fois que vous en boirez, en mémoiie de moi. » Ce fui ainsi que Jésos instiUia le saint sacremeiit <de son corps et de »n sang^ que nous appelons l'Bojteristie. Il avait dit a«xJ«if8*«i|u*il était le pain vivant descendu du ciel ; que qui mangerait ce pain vivrait éter* neliement, et que l'on ne pouvait avoir la véritable vie sans manger sa chair et boire son sang. Car ma chair,
' Matth. XXKVI,14. — ^ AMicXiH. — 3 Mattil JCXV,a, «. — 1 Cor. XI, 13. — 4 JoAN. VI, 42, 10, etc.
GRAIfD CATÉCHISME HISTORIQUE. 523
" dlsail-il , est vraiment viande et mon sang est vraiment ^ breuvage; qui mange ma chair et boit mon sang demeure ' en moi et moi en lui. » Les Juifs avaient été choqués de ^' ce discours, le prenant grossièrement, comme si Jésus eût voulu mettre soa corps en pièces et le leur donner avec ^ soa sang, sous leur foroae naturelle , pour servir de nour- ' riture à leurs corps. Jésus avertit ses disciples que cest paroles avaient uu sens plus relevé * , et c*est ce mystère qu'il accomplit le jour de la cène , leur dpnnant véritable* ' ment son corps et son sang , mais sous une forme étrao* ' gère , sous les apparences du pain et du vin , et pour ôtre
la oonrritUFe de leurs aoM». Après la cène , Jésus parla longtemps à ses ap6tres qu'il ne devait plus voir jusqu'à sa mort '. Il leur prédit qu'ils l'abandonneraient tous , et à Pierre ea particulier qu'il le renierait trois fois. Et pour les consoler dans la tristesse où ils étaient de sa perte , il promit de leur envoyer dans peu le Saint-Esprit, qui leur ferait enteadre tout ce qu'il leur avait enseigné; il leur necomoianda surtout de s'aimer les uns les autres. Il sortit misuite avec eux hors de la ville, et alla au mont des Olives, dans un jardin où il avait accoutumé de prier. Leçon XXXIX. ^Dela Passion de Jésus-Christ. Jésufr-Gbrist étant au jardin des Olives se présenta ce qu'il aJlait soufirir » et laissant agir la nature il fut saisi d'une peur et d'une tristesse extrême. Il tomba sur le visage, suant des gouttes de sang dont la terre fut trempée. Il pria son Père par trois fois de détourner de lui ce calice, c'est-à-dire ses souffrances '; et à chaque fois il ajouta : « Néanmoins que votre volonté soit faite , et noa ^s la mienne. » Cependant Judas amena dans le jardin «ae grande troupe de gens armés , envoyés par les sacrificateurs el les sénaleuES ^ Ils prirent Jésus, le lièrent et
» joAN. VI , 64. — > joAif . xiii, S". XIV, XV, xvin. — 3 ltc,
XXII , 44. — ♦ Matt». XXVI, 47, etc.
le menèrent chez Caïphe , souverain pontiFe. Mais Jésus fit voir, par plusieurs miracles , quils ne l'eussent pas pris s'il ne Teût voulu. Tous ses disciples Tabandonnèrent et s'enfuirent. Il ne répondit rien à plusieurs faux témoins que Ton produisit contre lui ni aux questions du pontife , sinon lorsqu*iI l'interrogea juridiquement s'il était le Christ Fils du Dieu vivant. Alors il déclara hautement qu'il Tétait, ce qu'ils reçurent comme un blasphème ; ils dirent que Jésus était digne de mort , et Tabandonnèrent à des valets insolents qui le maltraitèrent le reste de la nuit S lui donnant des soufflets et lui faisant deviner qui l'avait frappé. Le lendemain ils le menèrent à Ponce-Pilate , gouverneur de Judée pour l'empereur Tibère, lui disant que c'était un homme séditieux qui révoltait tout le pays, qui se disait roi et défendait de payer les tributs à l'empereur, quoiqu'il eût enseigné tout le contraire. Jésus garda aussi le silence devant Pilate, qui, ne trouvant point de preuves contre lui , chercha divers moyens pour éviter de le juger. Ayant appris qu'il était Galiléen > , il le renvoya à Hérode Antipas , fils du vieux Hérode , qui était tétrarque de Galilée , et qui avait grande curiosité de le voir, espérant qu'il ferait quelque miracle en sa présence. Mais Jésus n'y dit pas une parole et y fut traité d'insensé. Pilate voulut encore, pour sauver Jésus, se servir de la coutume de délivrer un prisonnier à la fête de Pâque ; mais les Juifs aimèrent mieux qu'il délivrât Barrabas ^ qui était un voleur et un meurtrier. Enfin, voulant les contenter sans faire mourir Jésus , il le fit fouetter, puis l'abandonna à ses soldats , qui lui mirent sur la tête une couronne d'épines , le couvrirent d'un vieux manteau de pourpre et lui donnèrent un roseau à la main au lieu de sceptre. En cet équipage ils venaient le saluer roi par dérision , lui donnaient des soufflets et lui crachaient au visage.
' Matth. XXVII. — » Luc, XXIII. — 3 JoAW . XIX.
GRAND CATÉCHISME HISTORIQUE. 52â
Leçon XL. — Delà croix et de la mort de Jésm-ChrisL Pilate fit paraître Jésus devant les Juifs avec la couronne d'épines et le manteau de pourpre ' ; mais, bien loin d'en avoiiF pitié , ils demandèrent par de grands cris qu'il fût crucifié, menaçant même Pilate de la disgrâce de l'empereur, s'il laissait vivre un homme qui se disait roi. Pilate consentit enfin qu'on le fît mourir, et lava ses mains, protestant qu'il était innocent de sa mort. Mais tout le peuple répondit > : a Que sou sang, » c'est-à-dire la vengeance de sa mort, a tombe sur nous et sur nos enfants. » ' Jésus fut donc mené , chargé de sa croix , pour être exécuté à mort avec deux voleurs ^ en un lieu nommé Golgo- Um ou Calvaire, qui était comme une voirie hors la ville de Jérusalem. Le supplice de la croix était le plus infâme qui fût alors en usage. On n'y condamnait que les esclaves et d'autres misérables, encore pour les plus grands crimes, comme le vol ou l'assassinat. Jésus fut crucifié entre deux voleurs; il eut les pieds et les mains percés; les soldats partagèrent ses habits et tirèrent au sort à qui aurait sa tunique. Il pria Dieu ^ pour ceux qui le faisaient mourir. Les pontifes et les sénateurs venaient lui faire des reproches et lui dire qu'il descendît de la croix et qu'il se Bauvâts'il était le Christ, le roi d'Israël et le Fils de Dieu, comme il disait. On lui offrit du fiel et du vinaigre comme il avait soif. Tout cela avait été prédit par David et par Isaïe; et quand toutes les Écritures furent accomplies, Jésus dit * : « Tout est consommé, » et rendit l'esprit, étant encore plein de force, après avoir été six heures à la croix. Alors le soleil fut obscurci, la terre trembla , les tombeaux s'ouvrirent, plusieurs ijiiorts ressuscitèrent. Le voile qui séparait le sanctuaire d'avec le reste du temple
« JoAN. XIX, 4, 11. — Matth. XXVir, 24. — » Luc, XXIII, 32.
— 3 jo AN, XIX , aa. — < JoAN. XIX , 30. — p». xxi , lxviii. —
Is. LUI.
526 GHAND €ATÊcmSll£ mSTORKitTï:.
se déchira pour montrer que les mystères de Tancieiuie loi étaient découverts, et que lésus-Christ ^ , par sa mort, avait ouvert aux hommes le ciel, qui leur était fermé jusque-ià , et dont le sanctuaire était la figare. Jésus mourut un vendredi , qui cette anaée^là était la veille de la Pâque , et il mourut à Vheure que l'on immolait fagneau^ dont le sacrifice n'était que la figure de sa mort, aussi bien que tous les autres sacrifices de la loi , et tous ceux que Ton avait oiferts à IMeu depuis le commencement et monde. Pour voir s'il était mort, un soldat lui perça le côté d'une lance , et il en sortit du sang €ft de l'eau. Son corps fut descendu de la croix et enseveïi par Mcodème et Joseph d|Ârimathie , qui étaient de ses disciples. !ls Vetùbaumèrent suivant la coutume des Juifs , et le mirent danS' un sépulcre tout neuf que Joseph avait fait faire , et qnf était près du Calvaire. Mais ce sacré corps ^, tout mort qu'il était, ne souffrit aucune corruption ; ce fut toujours le Saint du Seigneur et le corps du Fih de Dieu '. Les^ pontifes et les pharisiens se ressouvenant qu*il avait ptx^mis^ de ressusciter , mirent des gardes au tombeau et en sceK lèrent la porte.
Leçon XLÏ. -^ Delà résurrection et de Tascemion de Jésxi^hrist,
Jésus^Ihrist demeura dans la sépulture tout le samedi. Le dimanche, qm était le troisième jour depuis sa mort,, avant que le soleil parût , il y eut un grand tremblement de lerre , et Jésus ressuscha plein de gloire ^. On mge descendit du ciel , ôta la pierre qui fermait le sépulcre et s'assit dessus ; son regard était comme un éclair et se& habits bîancs comme la neige. Les gardes forait «i épouvantés, qu'ils demeurèrent comme morts, et de saintes femmes, qui venaient pour embaumer de nouveau le corps
' loAlf. XIX, 86. — Bxod. XM,'6 — » Aôt.^, Si. — 3 Matth. XVIII, 61. — ♦ Matth. XXI, XXVIII. — JoAN. XV.
GRANP CATÉCHISME HISTORIQUE. 527
de Jésus, furent bien surprises de voir le sépulcre ouvert, et de trouver range qui leur dit : « Vous diercbez Jésus qw a été crueîôé ; il est ressuscité, il n*est plus id. Allez dire à ses disciples et à Pierre qu'ils se rendent en Galilée ; vous le verrez là, coomie il vous Ta dit. » Les apôtres se firent pas grand cas du rapport de ces femmes, et ils ne voulurent point croire qu'il fût ressuscité qu'après l'avoir vu et touché de leurs noains, lui avoir parlé et mangé avec lui. Il leur apparut plusieurs fois en divers lieux ^, pendant quarante jours^ et se fit voir une fois à plus de cinq cents personnes tout ensemble. Saint Pierre fut un des premiers à qui il se montra ; et un jour, ai présence de quelques autres apôtres, il lui demanda par trois fois : « Pierre, m'aimes-tu *? «et lui ordonna de prendre la conduite de son troupeau. Pendant tout ce temps, il donna plusieurs instructions à ses disciples, il leur ouvrit l'esprit pour entendre les Écritures. Il leur dit en soufflant sur eux' : «c Recevez le Saint-Esprit ; ceux dont vous remettrez le& péchés, ilB leur seront remis ; et ceux dont V0U6 les retiendrez, ils leur sentit retenus. » Et encore : a l'ai reçu toute puissance au ciel et en terre ; allez par tout le monde prêcher l'Évangile; non plus aux Juifs seuleaaent, mais aux Samaritains et aux Gentils ; instruisez toutes les naiioas et les baptisez au nom du Père, et dn Fiifi, et du Saint-Esprit, leur enseignant de garder tout ce que je veus ai ordonné. Qui croira et sera baptisé sera sauvé ; qui ne croira pas sera eendamné. Ceux qui croiront feront toute» sortes de mirades, et je suis avec vous jusqu'à la fin du monde. » Enfin il leur commanda de demeurer à Jérusalem jusqu'à oe qu'ils reçussent d'en haut la vertu du Saint-Esprit^, les assurant que ce serait dans
» Act. I, 3. — 1 Cor. XV, 6. — » Joan. XXI, 17. ^ « Jqan. XX, " ât. — Matth. XXVIÏÎ, T8. —Marc, XV, 16. — AcU I, 8. — * Luc, XIV,49. — -4c/. 1,9.
peu de jours. La dernière fois qu'il leur apparut ce fut sur le moDt des Olives, où, après leur avoir parlé, il éleva les mains, leur donna sa bénédiction et monta au ciel en leur présence. Un nuage le déroba à leurs yeux, et deux anges, en forme d*hommes vêtus de blanc, leur dirent qu'il viendrait un jour de la même manière qu'ils l'avaient vu monter au ciel. Ils revinrent à Jérusalem remplis de joie, et passèrent en prières les dix jours suivants. Jésus- Christ prit alors possession de son royaume, où il est assis à la droite de Dieu le Père Tout-Puissant. II demeurera en cet état jusqu'à ce qu'il vienne juger les vivants et les morts, et qu'après ce jugement tout lui soit parfaitement soumis, et les desseins de Dieu accomplis entièrement*. Leçon XLII. -^ De la descente du Saint-Esprit. Après l'ascension de Jésus-Christ, les disciples étant assemblés au nombre d'environ six-vingts *, saint Pierre leur proposa de choisir un d'entre eux pour remplir la place de Judas, qui, après avoir trahi Jésus-Christ, s'était pendu de désespoir. Le sort tomba sur Matthias, et il fut compté avec les onze apôtres ', pour être témoin comme eux de la résurrection de Jésus-Christ. Le jour de la Pentecôte étant venu, ils étaient tous ensemble assis dans un même lieu. Tout d'un coup il vint du ciel un grand bruit, comme d'un vent impétueux qui remplit toute la maison, et il leur parut comme des langues de feu séparées, qui s'arrêtaient sur chacun d'eux. Alors ils furent tous remplis du Saint-Esprit et commencèrent à parler diverses langues, publiant les grandeurs de Dieu. La Pentecôte était le cinquantième jour d'après la Pâque , le jour auquel la loi avait été donnée dans le désert, et l'une des trois grandes fêtes marquées par la même loi. Il était venu des Juifs de tous les pays du monde à Jérusalem, pour célébrer cette fête, et le bruit qui marqua la descente du
« 1 Cor. 16. — » Act. 1, 13. — 3 Act. II.
Saint-Esprit en attira une grande multitude. Ils furent extrêmement surpris d'entendre parler chacun leur langue naturelle aux disciples, que Ton connaissait pour être tous de Galilée^. Alors saint Pierre parut avec les onze autres apôtres, et rendit raison au peuple de cette merveille, leur expliquant les prophéties et leur déclarant que Jésus, qu'ils avaient crucifié, était ressuscité et avait envoyé le Saint-Esprit suivant sa promesse, et que c'était lui qui était le Seigneur et le Christ. Plusieurs furent touchés de ces discours et lui demandèrent ce qu'ils devaient faire, a Faites pénitence , leur dit-il , et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ , pour avoir la rémission de ses péchés, et vous recevrez le don du Saint- Esprit. » Il y en eut environ trois mille de baptisés cette fois, et une autre fois cinq mille, à l'occasion d'un boiteux que saint Pierre guérit dans le temple *, Ainsi fut publiée la loi nouvelle , le même jour où l'on célébrait la mémoire de la publication de l'ancienne et où l'on offrait à Dieu les préonices des fruits. Les apôtres et les autres qui reçurent le Saint-Esprit se trouvèrent tout changés, ils furent remplis de l'amour de Dieu; en sorte qu'ils étaient prêts à accomplir tous ses commandements , non-seulement sans peine, mais avec plaisir; ils entendirent parfaitement les saintes Écritures et les paroles de Jésus-Christ, et virent que son régne était tout céleste et tout spirituel'. Enfin ils sentirent un courage et une force merveilleuse pour mépriser également tous les biens et tous les maux de cette vie, même la mort, et rendre hardiment témoignage à la vérité, malgré toutes les puissances humaines.
Leçon XLIIL — De VÉglise de Jérusalem, Il y eut en peu de temps à Jérusalem une grande multitude de Juifs qui crurent en Jésus-Christ*. Ils vivaient
« jicf. II, 14. — » Act. m, 8. — » Act. IV, 38. — 4 Ad. IV, 31. II. 34
o30 GRAND CATÉCHISME HiSTORiQUE.
dans une uDkm parfaites et n'avaient qu'un cœur et qu'une- âme; aussi Jésus-^Ibrist avait dit que tout le monde connaîtrait ceux qui seraient ses disciples ^ par Tamour qu'iis auraient les uns pour les autres. Ils s'appliquaient aux instructions des apôtres et les suivaient exactement et constamment ; ils allaient tous les jours au temple et y fatsaient ensemble leurs prières ; ils s'assemblaient aussi dans les maisons pour rompre le pain et communier, c'est-à-dire recevoir le précieux corps de Jésus-Christ, et prenaient ensuite leur nourriture avec joie et simplicité de cosor. Gomme ils savaient que Jérusalem allait bientôt périr, et que d'ailleurs ils ne prétendaient aucun établissement sur la terre et n'aspiraient qu'au royaume céleste de Jésus-Christ, ils méprisaient les biens temporels. Ils mettaient tout en commun, et ceux qui avaient des héritages les vendaient et en apportaient le prix aux pieds des apôtres, qui distribuaient à chacun ce dont il avait besoin ; en sorte qu'il n'y avait point de pauvre parmi eux 3. Tout le peuple les aimait et les honorait; mais les autres n'osaient se joindre à eux par la crainte des Juifs. Cette première Église de Jérusalem est la plus parfaite qui ait jamais été sur la terre, et tous les religieux et les autres qui ont voulu pratiquer fidèlement l'Évangile l'ont regardée comme le modèle le plus excellât*. Le nombre des fidèles croissant, les apôtres jugèrent à propos d'établir des officiers pour les soulager ', qu ils nommèrent diacres, c'est-à-dire ministres. Ils en choi^ent sept, de l'avis de toute l'Église assemblée, et leur donnèrent la charge de servir aux tables : premièrement à la table sacrée, c'est-à-dire à la distribution de la sainte eucharistie; puis à la table commune, c'est-à-dire de prendre soin de tout ce qui était nécessaire pour la nourriture
' JoAN. III, 31. — a AcL II, 41, 46.-3 Ad, V, 13. — * AuG., Serm. 49. — 80. De vita eomm. — * Act, VI.
GBAND CATÉCHISME HISTOBIQCJE. 521
des fidèles et généralemeatde lotis les biens temporels de FÊglise. Les apôtres» s'étant déchargés de ces fonctions, ne s'appliquaient plus qu'à roraison ei au ministère de la parole, et toutefois ils permetiaieat encore aux diacres de prêcher et de baptiser.
Leçon XLIV. — De ia penécutian des Juifs , et de ki conversion des Samariknms.
Les Juifs charnels et iatéressés oe pouvaient goûter la doctrine de l'Évangile, surtout les sadducéens^ qui >ne croyaient ni la résurrection ni l'immortalité de Vàme, et dont le parti était le plus puissant, car même le grand pontife en était. Dès que les apôtres commencèrent à prêcher, les plus puissants d'entre les Juife leur défendirent avec menaces de parier de Jésus-Cbrist ' ; ensuite ils les firent mettre en prison, d'où «n ange les délivra , et les Juifs, les ayant repris, les firent fouetter. Les apôtres se réjouissaient de cet honneur, de souffirir des affronts pour le nom de Jésus-Christ et leur disaient hardiment : « Juges vous-mêmes s'il est juste devant Dieu de vous obéir plutôt qu'à lui. Car nous ne pouvons nous empêcher de dire ce que nous avons vu et entendu , que ce Jésus <^ vous avez crucifié est ressuscité, et que c'est en son nom que nous faisons des miracles. » Saint Etienne, le premier des sept diacres ', faisait de grands miracles et reprochait hardiment aux Juifs leur endurcissamient, leur faisant voir que la religion n'était point attachée à leur temple ni à leur ville. Ils le condamnèrent comme ayant parlé contre le lieu saint et le lapidèrent. Ce fut donc le premier mar*iyr, c'est-à-dire le premier qui mourut pour le témoi*^ gnage de l'Évangile, car martyr signifie témoin. Il s'éleva à cette occasion une grande persécuticm ccmtre l'Église de Jérusalem ^, en sorte que tous les disciples furent dispersés dans la Judée et la Samarie, hors les apôtres. Celui
' Act. XXIII, 8.— » AcU lY, 17. — 3 ^c*. VI,6. — 4 ^c<. VIII, 3.
bZ2 GRAND CATÉ€n»ISME HISTORIQUE,
qui était le plus échauffé contre eux était un jeune homme nommé Saul, de la secte des pharisiens, et fort savant. Il entrait dans les maisons, et (rainait par force les hommes et les femmes en prison. Il ne respirait que les menaces et le sang^ et se fit donner commission par le grand-prélre pour les aller chercher jusqu'à fi^suanas. Gomme il en était proche, il vit en plein midi une lumière extraordinaire qui Taveugla et le fit tomber par terre ; et il entendit une voix qui lui dit : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu? Je suis Jésus; c'est en vain que tu me résistes. Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? » dit Saul. Le Seigneur l'adressa à un saint homme nommé Ananias, qui le baptisa et lui rendit la vue. Saul commença aussitôt à prêcher TÉvangile avec grand zèle ; il est connu sous le nom de Paul, qu*il prit depuis, et compté entre les apôtres du premier ordre, ayant été appelé et instruit par Jésus-Christ même*. Cependant le diacre saint Philippe vint à Samarie, où plusieurs se convertirent et reçurent le baptême. Les apôtres qui étaient demeurés a Jérusalem l'ayant appris, leur envoyèrent saint Pierre et saint Jean pour les confirmer et les perfectionner dans la foi. Ils prièrent sur eux et leur imposèrent les mains, et ces nouveaux fidèles reçurent le Saint-Esprit, c'est-à-dire une grâce plus abondante, et le don des miracles. Entre ceux qui avaient été baptisés à Samarie, il y avait un magicien nommé Simon, qui, voyant que les apôtres donnaient le Saint-Esprit par l'imposition de leurs mains, leur offrit de l'argent pour avoir la même puissance. Saint Pierre lui dit : « Que (on argent périsse avec toi', puisque tu crois que le don de Dieu se puisse acheter, 9 et l'exhorta à faire pénitence. On a toujours depuis appelé simonie le crime de ceux qui trafiquent des choses spirituelles.
» ^cl. XI. — > GaL I, 22. — Ad, VIII, 5. — 3 ^^Z. VIII, ».
GRAND CATÉCRIINkIE HISTORIQUE. 533
Leçon XLV. — De la conversion des Gentils. Quelque temps après, les Gentils commencèrent aussi à entrer dans l'Église '. Il y avait un capitaine romain, noDimé Corneillei qui, tout Gentil qu'il était, ne laissait pas de connaître qu'il n'y avait qu'un Dieu, de le craindre et le servir, le priant sans cesse et faisant de grandes aumônes. Un ange lui vint dire de la part de Dieu que ses prières avaient été exaucées, et qu'il envoyât quérir Pierre pour savoir ce qu'il avait à faire. Saint Pierre de son côté eut une vision qui lui apprit qu'il n'y a aucune créature immonde ni impure, el l'Esprit de Dieu lui dit d'aller avec ceux que Corneille avait envoyés. Tout cela était nécessaire pour vaincre l'horreur que saint Pierre, comme tous les autres Juifs, avait des Gentils, et le faire résoudre à converser avec eux. Quand il fut venu chez Corneille, il le trouva avec plusieurs de ses parents et de ses amis, qu'il avait assemblés; et comme il eut commencé à les instruire, ils reçurent le Saint-Esprit et publièrent les louanges de Dieu en diverses langues; de sortie que saint Pierre leur fit aussitôt donner le baptême de Teau , voyant qu'ils avaient déjà reçu celui de la grâce'. Les apôtres et les autres fidèles furent d'abord scandalisés, quand ils i|yprirent que saint Pierre était entré chez les incirconcis et avait mangé avec eux. Bfais quand il leur eut raconté comment la chose s'était passée, ils demeurèrent satisfaits et dirent avec étonnement : a Quoi donc ? Dieu a donné même aux Gentils la pénitence pour entrer dans la vie ! » L'expérience leur fit alors comprendre le mystère de la vocation des Gentils, qui était marqué dans toutes les Écritures, et c'est saint Paul qui l'a le mieux expliqué ; aussi a-t-il été principalement l'apôtre des Gentils^. Il nous apprend que les vrais Israélites et les enfants de Dieu ne sont pas seulement les
» Act. X. — » Ad, XI. — » Rom, IX, 7, etc.
â34 GRANl) GATÉCBIME HISTORIQUE.
enfants d*Âbraham sékm la ehair, mais les enfants de la promesse et les imitateura de sa foi ; ceux que Dieu choisit par sa pure nisérieordc, et qu'il appdte non-seulemeot d*eatre les Jai&, mais encore d'entre les Gentils. D'où il s'ensuit que la ciiconcision n'est plus rien, puisque l'ai- Hance de Dieu n'est phis attachée à une certaine race et se communiqtje à foules les neliens par la régénération ^intuelie. La vocation des G«ntHs fiait que ceux qui iv'é* talent point le peaple de Dieu deviennast son peuple, et ceux qui étaient ao» peuple s^t rejetés la plupart pour leur incrédulité. Leur péché est le salut des Gentils *, qui sont appelés à leur place et iaeorparés au véritable Israël. Car le peu*de Juîfs qui obI erti l'Évangile et sont sauvés par leur foi sont la racine et la souche qui porte toole l'Église, et sur laquelle les Genlils sont insérés et entés >, comme des branches d'olivier sauvage sur Telivier franc. Cependant les Jiuls endurcis ont été rejetés jusqu'à ce que tous ceux que Dieu a résohi de sauver d'entre les (ientils soient entrés dans l'Église. Car Dieu sauvera les restes des Juife ' à la fift ctes aiéeles. Les Gentils ayant eonmieBcé d'entiev dans l'Église, les af»6(res se dispersèrent par tûul le mondes suivaAl Ferdre qu'ils en avaient leçu de Jésu»-Christ «. Ua s'adiysaient toujours aux Juifs les premiers, dans les lieux où ils en trouvaient, et à leur refus Us se totimaient vera les Gentils. Lbçon XLVl. — De ia fondation et de la suhordi$uUi(m
dn ɧli$e9.
Avant de se séparer, les apôtres composèrent le Symtx)ie,. c'estàKiire le signe auquel on coanallrait les Gdèles, pour les distinguer des Juifs et des knposteurs, qui commençaient dès lors à corrompre la doctrine de Jésus- Christ. Ce Symbole contient le sommaire de toute la de^ trme chrétienne en cette sorte : c Je cm» en Dieu le Père
* -»«>». XI, l. « JioM. Xh 17.^ î iZMi.SI» HL— * AcU Xin, 44.
tout-puis6ant, créateur du ciel et de la terre. Et ea iésos- Christ soR Fils unique , notre Seigneur. Qui a été conçu do Saiot-Eâprit, est né de la Vierge Marie, a souffert &obs Ponce Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli ; il est descendu aux enfers ; le Ir^sième jour il est ressuscité des morts. Il est monté au c»el, il esi assis è la droite de Dieu le Père tout-puissaat. De là fl viendra juger les vivants et les morts. Je crois au Sdini-Esprit, la sainte Église catholique, la communion des saints, ia rémission des péchés, la résurrection de la chair, la vie étemelle. Ainsi soit-il. t La plupart des apôtres prôciiérent dans des pays fort éloignés de nous ', au Levant et au Midi. Saint Jacques, fils d'AIphée, deneuia à Jérusaleai, dont il fut Té- Téque et le pasteur particulier. Saint lean prêcha dans i' Asie-Mineure, prindpaleaient à Éphèse, oà il demeura et vécut jusqu'à une extrême vieillesse. Saint ^nl prêcln en Syrie, en Asie, en Macédoine et en Grèce. Saint Luc, qui raccompagnait, a décrit ses voyages dans le livre des Actes, jusqu'à son arrivée à Rome ; mais ce fut saint Pierre qui fonda les priacipales Églises. Il demeura ^'abord à Jérusalem, oà rËglise se formait svr le fondement de la syi»gogoe des Israélites ; pois il établit son siège à Antioche, qui était la capitale de la Syrie et de tout rOrient; et ce fut en cette vlHe qoe Ton commença à nommer chrétiens les disciples de Jésus-Christ*. Saint Pierre alla ensuite à Kome et y établit «m siiége pour y demeurer. 11 envoya son disciple saint Marc fonder l'Église d'Alexandrie, qui était la capitale de TËgypte^ des pays voisins, et la seconde ville dn monde. Ainsi saint Pierre fonda les ÉgHses des trois premières villes de Tempire romain ; Rome, Alexandrie et Antioche. De Rome il envoya ensuite de ses disciples fonder des Églises dans toute ritalie et la Sicile, et les papes ses successeurs continué-
« BusKB. III, HisL eccl. — » Act. XI, 26.
o36 GRAND CATÉCHISME HISTORIQUE,
rent d*y envoyer des hommes apostoliques. Ils en envoyèrent aussi en Afrique, en Espagne et en Gaule, qui est la France, jusqu'à ce que TËvangile fût prêché partout. Les apôtres, en fondant les Églises, établirent dans les villes des évéques S des prêtres et des diacres. On a nommé évêque, c'est-à-dire inspecteur ou intendant, celui qui est établi, suivant Tinstitution de Jésus-Christ, pour être le chef d'une Église particulière et y avoir toute la puissance spirituelle. On a nommé simplement prêtres, c'est-à-dire anciens, ceux qui, par la môme institution, sont établis pour soulager les évêques dans leurs fonctions les plus saintes; et diacres, c'est-à-dire ministres, ceux qui doivent servir aux œuvres extérieures*. On a donné le nom général de clercs à tous les ministres de l'Église, pour marquer qu'ils étaient la portion choisie de Dieu, et que Dieu était leur part et leur héritage >, comme il était dit des lévites dans l'ancienne loi. Tous les laïques, c'està-dire le peuple fidèle, obéissaient aux prêtres et aux diacres ; les prêtres et les diacres obéissaient à leur évéque, et les évêques obéissaient aux apôtres. Et comme saint Pierre était le chef de tous les apôtres, établi par Jésus-Christ même son successeur, l'évéque de Rome, que nous appelons aujourd'hui le pape, a toujours été regardé comme le premier de tous les évêques, ayant de droit divin sur les autres une primauté de juridiction, et étant chef visible de l'Église et le vicaire de Jésus-Christ, qui en est le chef principal, mais invisible.
Leçon XLVII. — De la tradition et de Vécriture des conciles.
Les apôtres n'enseignèrent la plupart que de vive voix, à rimitation de leur divin maître, car Jésus-Christ n'avait rien écrit ; mais ils avaient grand soin de former des dis-
« Aet. XIV, 82. — TiT. 1,9. — » Num, XVin, 20—3 Deut. X, 8. XVIII, X.—JSpi$t. 8, Ignat.
€iples qui pussent perpétuer la doctrine. « Ce que vous avez appris de moi, dit saint Paul à Timothée i, confiez-le à des hommes fidèles, qui soient capables d'en instruire d'autres. » Et c'est ce que Ton appelle tradition, ce sacré dépôt de doctrine qui a passé de Jésus-Christ aux apôtres, des apôtres aux premiers évoques, de ceux-là à leurs successeurs, et ainsi de siècle en siècle jusques à ceux qui enseignent aujourd'hui *. Le premier qui écrivit fut l'apôtre saint Matthieu, qui composa son Évangile pour les Juifs convertis. Saint Marc, disciple de saint Pierre, en fit peu de temps aprè& comme l'abrégé. Saint Luc, disciple de saint Paul, écrivit ensuite pour opposer la vérité aux fables que débitaient plusieurs faux apôtres. Enfin saint Jean écrivit son Évangile plus de soixante ans après la résurrection de Jésus-Christ, pour confondre des hérétiques qui niaient sa divinité. Il avait écrit l'Apocalypse auparavant; et pour les Épitres de saint Paul et des autres apôtres, ce sont des lettres qu'ils ont écrites à diverses Églises ou à quelques particuliers en différentes occasions. Il n'y a que six apôtres dont nous ayons des écrits : saint Pierre, saint Paul, saint Jean, saint Jacques, saint Matthieu, saint Jude. Nous n'avons rien des sept autres. Tous ces écrits des apôtres et des évangélistes ne- sont pas leurs pensées propres; ils leur ont été dictés par le Saint-Esprit, comme ceux de Moïse et des prophètes ' ; c'est pourquoi la foi nous oblige à croire fermement tout ce qu'ils contiennent. Mais comme les apôtres ont enseigné beaucoup plus qu'ils n'ont écrit, le reste de leur doctrine s'est conservé par la tradition seule, et les chrétiens ont toujours regardé comme traditions apostoliques les points de doctrine ou de discipline qu'ils ont trouvés universellement reçus dans toutes les Églises, sans que l'on en connût le commencement, princi[)alcment ceux dont l'Église a fait des décisions. Les
» ri*». II, 2. — > EusEB. III. — HisU 23. — 3 2 Petr. I, 2.
538 GRAlfD CATÉCHISME HISTORIQUE,
plus solennelles sont eelles des conciles, et les apôtres même nous en ont laissé Texemple ^ Car lorsque les Gentils commencèrent à se convertir en grand nombre, il j eut des Juifs fidèles qui Toolaient les obliger à se faire circoncire et à observer tout lo reste des cérémonies de la lof de Mofee. Les apétres s'assembtèrent à Jérusalem avec les prêtres pour décider cette question. Saint Pierre j parla le premier, saint Pamt et sarot Barnabe furent omis, et saint Jacques rapporta les passages de l'Écriture qui prouvent que toutes les nations doivent un jour cherdM^ le Seigneur. Enfin ils formèrent leur décision et la eon* durent en ces termes : « H a semblé bon au Saint-Esprit et à nous de ne voos imposer aucune autre charge que ces points nécessaires : que vous vous absteniez des viandes immolées aux idoles, du sang des animaux suffoqués et de la fornication. » A Tcxemple de cette assemblée des apôtres, on en a tenu de temps en temps dans l'Église pour vider les questions de doctrine ou de discipline qui se sont présentées, et on lésa appelées conciles ou synodes. Les évéques y ont toujours été les juges, et le Saint-Esprit y a présidé toutes les fois qu'ils ont été légitimement assemblés. Leurs décisions ont élé reçues par tous tes fidèles avec respect, et ceux qui ne s'y sont pas soumis ont été retranchés de l'Église comme hérétiques, c*estr^Hiire attachés opiniâtrement à des erreurs.
Lbçon XLYIIL — D0 fci ruine de Jérusalem. Environ quarante ans après Paseension de Jésus-Christ, Jérusalem fut ruinée comme il l'avait prédite Les Juifs se révoltèrent contre les Romains, sous prétexte qu'ils étaient le peuple de Dieu, qui ne devait pas être sujet des Gentils, n y en eut grand nombre de massacrés en divers lieux, et enfin Jérusalem fut assiégée et prise après un long siège par Titus, fils de Tempereur Yespasien. Il n'y eut jamais
» Jiee. XV. — » EU8EB. iir. — ffUt. 6, e, 7, etc.
GRAND CATÉCHISME HISTOBIQUE. 039
de guerre plus cruelle. La famine fut si horrible pendant ce siège qu'il y eut unemôrequi maiigea son propre enfant. Il périt dans ce siège seul onze cent mille personnes. Le temple fut brûlé et la ville entièrement ruinée. Ainsi Dieu ^t éclater sa juste fureur sur celte malheureuse ville, qui avait fait mourir tant de prophètes, et enfin Jésus^hrist son roi et son Dieu. Les Juifs qui ne Pavaient pas voulu reconnaître pour leur libérateur devrôrent esclaves des Romains, furent chassés de leur pays et dispersés par tout le monde, et entrèrent en cet état de servitude et de mépris où ils vivent depuis seise cents ans * ; car ils n'ont jamais pu rentrer dans la possession de leur terre ni régner en aucun pays du monde. On vit alors l'accomplissement de ]a prophétie du patriarche Jacob, qui avait prédit si longtemps auparavant que le sceptre ne sortirait point deJuda jusques à ce que vint celui qui était l'attente des nations', -car en môme temps que le royaume spirituel de Jésus-* Christ s'établissait et s'étendait sur toutes les nations du monde, le royaume temporel des Juifs fut anéanti, sans qu'ils aient été réunis depuis en corps d'état, comme ils avaient toujours été jusqu'alors. Il parut bien aussi que la vraie religion n'était attachée ni à un certain lieu ni à une certaine race, puisque Dieu détruisit la ville et la nation qu'il avait choisie, après qu'elle ont subsisté assez long* temps, pour être un exemple sensible de sa conduite sur les hommes et pour fournir des docteurs à tout le reste de la terre. Enfin la loi cérémoniaie et la loi politique des Jui& furent eotièreoient abolies; car le temj^le étant ruiné il ne pouvait plus y avoir de sacrifices; toutes les autres <^é«K>nie8 ne regardaient qm l'aociçone alliance, dont
•de Jériuialem, Tan 70 de Tère chrétienne Tulgoire.
{XoU de réditeur.) » Gen. XXIV, 10.
le temps était passé; et la loi politiqueet judiciaire n'avait été donnée que pour les Israélites habitants de la terre promise. De toute l'ancienne loi les chrétiens ne doivent donc plus observer que ce qui règle les mœurs, et c'est ce qui est praticable en tous les temps et en tous les lieux, n'étant que la loi étemelle de la nature.
Leçon XLIX. — Delà vie des apâtres.
Les apôtres souffrirent des peines incroyables dans la prédication de TËvangile; ils étaient toujours en voyage et vivaient pauvrement, ou du travail de leurs mains, oa des aumônes des Gdèles *; ils souffraient de grandes fatigues, la faim, la soif, la veille, le froid, le chaud, les tempêtes^ les rencontres des voleurs et les autres incommodités des voyages, 'sans compter les jeûnes et les mortifications volontaires qu'ils s'imposaient souvent pour réduire leur corps en servitude • et montrer l'exemple aux fidèles; ils étaient méprisés des Gentils comme Juifs, et haïs des Juifs comme annonçant une nouvelle doctrine. Ceux qui se convertissaient leur donnaient beaucoup d'occupation ', pour instruire, catéchiser, exhorter en public et en particulier, baptiser et donner les autres sacrements, établir de? prêtres et des diacres et donner les règlements aux nouvelles Eglises. Ils repassaient aux lieux où ils avaient fait des chrétiens, ou leur envoyaient des disciples et leur écrivaient des lettres pour les confirmer dans la foi et corriger les abus qui se glissaient. Ceux qui rejetaient^jj^ur doctrinç ( et c'était toujours le plus grand nombre ) les chargeaient de calomnies; ils traitaient leurs miracles d'enchantements, les appelaient * imposteurs et séditieux, qui troublaient l'État en renversant les religions établies et amenant des nouveautés et des coutumes étrangères. On les menait devant les juges, on les mettait en prison
» Il Cor. XI, 23, etc. — » 1 Cor. IX, 27. — 3 Act. XX, 20. — * Act. XVI, 20.
et dans les fers S ^^ ^^ fouettait publiquement; quelque* fois le peuple les poursuivait à coups de pierres. EnQn il leur arriva tout ce que Jésus-Christ leur avait prédit, et ils se trouvèrent haïs de tout le monde à cause de son nom ; mais ils sentirent aussi le courage et la fermeté qu'il leur avait promis et qu'il leur avait donnés lorsqu'ils reçurent le Saint-Esprit. Loin de succomber à tant de maux, plus ils souffraient, plus ils sentaient de consolation et de joie *, sachant bien qu'après le combat la couronne de justice les attendait dans le ciel, et ne comptant pour rien les souffrances de cette vie en comparaison de la future. Enfin ils souffrirent tous le martyre par divers supplices et donnèrent constamment leur vie pour témoignage des vérités qu'ils prêchaient, particulièrement de la résurrection dé Jésus-Christ. Saint Pierre fut crucifié ; saint Paul eut la tête tranchée, tous deux à Rome en même jour, sous l'empereur Néron, le plus méchant de tous les hommes et le premier des empereurs qui persécuta les chrétiens.
Leçon L. — Des persécutions, L'Église continua d'être persécutée pendant trois cents ans ' et il y eut une multitude innombrable de martyrs. Les chrétiens ne faisaient mal à personne *, vivant la plupart du travail de lelirs mains dans une grande humilité et une grande modestie. Au contraire, ils faisaient beaucoup de bien, et par leurs grandes aumônes, et par la guérison des malades et les autres miracles qui étaient encore fréquents. Cependant tout le monde les baissait ^ et le seul nom de chrétien passait pour un crime. On disait qu'ils n'avaient point de Dieu, parcequ'ils n'avaient point d'idoles et n'adoraient qu'en esprit; on regardait comme de grandes
1 Matth. X, 22. — * 2 Cor. I, 6. — 2 Tim. IV, 8. — Rom. VIII, 18. — ' C. Alex. 3. — Padag. 10. — 4 Contl, aj>., c. 4, 2, ult. — ^ Tertul. Apolog., c. 3.
542 GRAim CATÉCHISME HiSTORIQtJE.
impiétés tout ce qu'ils disaient contre Tidûlâtrie et contre les superstitions auxquelles on était accootamé. Ils neprenaient point de part aux spectacles et aux divertissements publics* , fuyaient le jeu et la débauche, jeûnaient souvent, ne portaient ni habits précieux ni ornements. Tout cela les feisait passer pour des esprits mal faits et mélancoliques; et quand ils parlaient de la résurrection et de l'autre vie, oô ils attendaient d'être heureux, on les croyait tout-à-fart insensés; joint que Ton imputait à tous les chrétiens de grandes abominations que commettaient plusieurs hérétiques. On voulait donc les exterminer ' ; on les bannissait, on les mettait en prison, on confisquait leurs biens, on les envoyait travailler aux mines enchaînés, on les condamnait à mort; et comme les empereurs et les magistrats virent que, bien loin de craindre la mort, Us la recevaient avec joie, parcequ'eTIe leur ouvrait la vie éternelle », ils employaient contre eux tous les phis cruels supplices et en inventaient de nouveaux. Ils faisaient étendre les martyrs sur des chevalets ou pendre avec des poids aux pieds ^; et en cet état on les battait de verges, on leur déchirait la chair avec des peignes de fer et on leur brûlait les côtés avec des flambeaux. Quelquefois on les faisait brûler à petit feu ; on les rôtissait sur des grils on dans des poêles de fer, ou on fes attachait à des lits ou à des sièges de fer tout rouges. Il y eh avait à qui on écorchait te visage ou tout le corps, à qui Ton coupait les pieds et les mains, que Ton sciait en deux, à qui Ton arrachait les yeux, les dents ou les ongles, à qui l'on tirait les entrailles étant tout vivants. D'autres ont été déchirés par des chiens, des ours, des Kons et d*autres bêtes cruelles; d'autres exposés an soleil frottés de miel pour être piqués par les mouches; d'autres arrosés d'faiuile bouillante ou de
• Tbrt., c. 36. ^ > Baron, an. 110, i». 22, etc. — ^ Ctpr., Serm^ a4 mort. — 4 Galon. De crue, mari.
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p plomb foDdu, et tout cela sovveat à plusieurs fois et à I plusieurs reprises. Âpr^ les avoir loegtemps tourmentés f OD les reofermait dans des prisons obscures et infectées» ( semées de clous ou de v^rre cassé. La plupart ont eu enfin I la tête tranchée.
LiiçoN LI. -^ Des «on/èasMirs et des martyrs. Ceux qui demeuraient en vie après avoir souffert la persécution étaient nomoftés confesseurs, pour marquer qu'ils avaient eu le courage 4e confesser le nom de Jésus-Christ devant les juges, et on leur rendait toute leur vie de grands honneurs dans l'Église. Ceux qui aiouraient étaient appelés martyrs ^ et on las honorait encore plus. Les reliques de leitrs corps étai»>t conservées soigneusement; on les em-* baumait et on les enveloppait d'étoffes précieuses,- on recueillait jusqu'aux gouttes de leur sang. Le jour de Imir mort on s'assemblait pour en célébrer la mémoire et pour honorer leur naissance, c'esl-à^-dire leur entrée à la vie étemelle. On faisait de ces jours des fêtes semblables aux dimanches pour s'assembler auprès de leurs tombeaux, r^nercier Dieu de la force qu'il a donnée à ses saints, les prier de continuer à prier pour nous, comme ils faisaient quand ils étaient sur la terre, e% s'exciter à imiter leurs vertus en lisant leurs actes et les histoires de leurs souffrances. On les représentait ' «nèuie par des peintures dans les égUses pour l'instruction <ie ceux qui ne les pouvaient pas lire. Dieu faisait souvent des miracles aux tombeaux des martyr&,'et souvent aussi il en faisait à leur martyre, en sorte que plusieurs des aâsis.tants se convertissaient, et quelquefois les bourreaux et les Ingids même. Ainsi, plus on faisait mourir de chrétiens, plus ils mulLipliaient Mais quoiqu'ils fussent en si grand nombre qu'ils pouvaient feire de grandes armées ^ ils n'usèrent jamais d'aucune
* Eu«EB.«. Hîst. 1. — » Prud. pet, Stepk. 9 et 11. — Grbo. II, ep. — 3 Tertul. Ap, 36, etc. •
^i« GAAID CATÉCHISME HiSTORlQUi:.