‹ Œuvres de l'abbé FleuryChapitre 81 sur 88 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

CONTENANT JSN ABBGOé LA DOGTftlNB^IHRéTIfiNNE.

Leçon I. — De la foi.

Toute la doctrine chrétienne se rapporte à quatre parties principales : le Symbole des aptoes , rOraison dominicale , lesCommandemeois de Dieu et les Sacrements. Le Symbole se rapporte à la foi, TOraison à Tespérance, les Commandements à la cbarilé , et les Sacrements à tous les trois ; car toute la vie cbrétieooe consiste en ces trois vertus, que Ton appelle théologales ou divines, parcequ'elles se rapportootdirectâBent à Dieu et viennent immédiatement de lui; nous ne pouvons les acquérir par BOUre- itxvéA , et elles ne aoot infuses , c'est-à-dire répaodaies en aos âmes, que par sa p«re grâce. Par la loi nous croyons Cemeuent tout oe ^iue Dieu a révélé à sob Église, quoiqu'il nous parflâsse obscur et que nous ne le comprenions pas ; car bous sommes assurés que Dieu se se peut tromper, {puisqu'il est infiniment sage, ni vouloir noua tromper, puisqu'il est infiniment bon; et nous voyons qu'il a fait quantité 4e choses, même dans la nature, que nous ne pouvons comprendre* liious connaissons ce qu'il a révélé par rËcriture sainle et par la tradition, et nous sommes assurés que c'est sa parole par l'autorité de rËglise catholique , c'os^à-dire de eetta assen^lée des fidèles qui a subsisté depuis l'origine 4a monde» à la fade de toutes les nations, adoKMt le Créateur du ciel et de la terre , dans l'errance 4u Rédempteur à venir ou dans la foi du Ré» dompteur déjà venu; où nous coonaâssons la suite noa interrompue des patriarches , 4es prophètes et des pontifes, tant de l'ancienne loi que 4e la nouvelle, depuis le premier homme jusqu'à nous. Kous appelons tradition la parole de

pureté Irouvèrent plus sûr de se séparer du monde et de vivre en solitude * . On les appela moines, c'est-à-dire seuls ou .solitaires. Les plus parfaits furent en Egypte; où saint Antoine commença à les faire vivre en communauté et à rendre plus fréquente cette manière de vie, dont quelques particuliers avaient conservé la tradition depuis le commencement de TÉglise ; car il y avait toujours eu quelques chrétiens à qui le désir d*une plus grande perfection faisait pratiquer une vie austère et retirée, à l'exemple de saint Jean-Baptiste et des prophètes. Les moines vivaient dans de grands déserts, où ils bâtissaient, pour se loger, de pauvres cellules, et ils y passaient le jour à travailler, faisant des nattes, des paniers et d'autres ouvrages faciles, et méditant TËcriture sainte *. Ils jeûnaient tous les jours, ne prenant de nourriture que vers le soir, et ne vivant la plupart que de pain et d'eau. Us s'assemblaient pour prier le soir et la nuit. Ils dormaient peu, gardaient un grand silence et s'exerçaient continuellement à toutes sortes de vertus'. Leur travail suffisait non seulement pour les nourrir mais encore pour fournir à de grandes aumônes. Ils obéissaient parfaitement à leurs supérieurs, quoiqu'il y en eût quelquefois plusieurs milliers sous un même abbé, car en peu de temps ils multiplièrent extrêmement. Il y eut des femmes qui embrassèrent aussi cette mainière de vie. Dès le commencement du christianisme il y avait toujours eu grand nombre de vierges et de veuves qui se consacraient à Dieu ; et quand TËglise fut en liberté, il se forma de grandes communautés de religieuses, et dans les villes et dans les solitudes. Il y a eu plusieurs saints qui ont fait des règles de la vie monastique pour les hommes et pour les femmes; mais celle qui a été la plus suivie en Occident est celle de saint Benoît, qui vivait en Italie au commencement du sixième siècle.

^ Mœurs chréL, 21. — « 1 Cas. ffisl. — 3 Auo. De mor. eeeles. 692. II. 35

d48 GRAND CATÉCHISBIE HISTORIQUE,

qui n'ont point été connus dès ie oommencement et lus ' publiquement dans ies églises , et on les a nommés apocryphes , soit qu'ils soient faux ou suspects.

Leçon IL — De Vespérance et delà charité. L'espérance fait que nous nous confions en Dieu , que nous n'attendons que de lui les biens soit temporels soit spirituels, que nous recourons à lui dans toutes nos peines intérieures et extérieures, que nous attendons avec une assurance très ferme les biens qu'il nous promet, c'est-à* dire sa grâce en cette vie et la vie éternelle ensuite , pour récompense des bonnes œuvres que nous aurons faites par sa grâce. L'espérance est fondée sur la foi ; car nous croyons que Dieu est tout-puissant, qu'il est infiniment bon, qu il est véritable et fidèle en ses promesses ; toute sa conduite sur les hommes, depuis la création du monde, en est une preuve manifeste. Nous croyons d'ailleurs que Jésus^hrist a des mérites infinis, et qu'ils nous sont appliqués par le baptême et par les autres sacrements, si nous les recevons dignement; d'où il suit que nous avons lieu d'espérer sa grâce pour effacer nos péchés et pour faire les bonnes œuvres. L'effet de cette grâce et le principe des bonnes œuvres est la charité , c'estr-à-dire l'amour de Dieu sur toutes choses ; qui fait que nous prenons plaisir à accomplir sa loi et à nous conformer à sa volonté. Et quand ce plaisir l'emporte sur le plaisir de faire notre volonté et de suivre nos passions , nous sommes heureux autant qu'on PQut l'être en cette vie. La charité est fondée sur la foi et sur l'espérance ; car qui croit sincèrement en Dieu, si grand et si bon, et qui espère fermement l'eflfot de ses promesses, est bien disposé à l'aimer de tout son cœur. Nous devons exercer souvent ces vertus pour les fortifier et les augmenter, particulièrement la charité , qui est la plus excellente des trois ; car la foi et l'espérance ne conviennent qu'à l'état de la vie présente. Dans le ciel nous verrons claire-

GRAND CATÉCHISBIE HISTORIQUE. 54»

ment la vérité que nous croyons ici-bas , et nous jouirons du bien que nous espérons encore. Mais nous aimerons ce bien et cette vérité , qui est Dieu môme * , beaucoup plus parfaitement que nous ne Taimons en cette vie. Ainsi la charité subsistera éternellement.

Leçon III. -^Dela Trinité.

Le Symbole est tel : a Je crois en Dieu, » etc. II contient douze articles. Le premier nous enseigne qu'il y a ti» Dieu, c'est-à-dire un souverain Seigneur de toutes choses ; et il est évident qu'étant souverain , il ne peut être qu'un. Ce grand Dieu est iout-puisaara , c'est-4-dire qu'il peut tout ce qu'il veut; et en effet, c'est lui qui atout fait, qui conserve tout et gouverne tout. On l'appelle PèrCj par rapport à ces créatures qu'il a produites et qu'il entretient ; mais , à proprement parler, ce mot Père marque en Dieu la distinction des personnes et nous apprend que Dieu a un fils. C'est de ce fils que traite le second article du Symbole et les suivants. Nous croyons donc que Dieu étant un esprit se connaît lui-même , et qu'étant très parfait il se con* naît très parfaitement. De là vient le Verbe ou la parole intérieure , par laquelle il se dit à lui-même tout ce qu'il ' est et se représente tel qu'il est. C'est pourquoi le Verbe s'appelle aussi a image et figure de la sul»tance de Dieu *. » On le nomme encore son fils, parcequ'il est produit de sa substance; et ainsi tous ces noms, le Fils, le Verbe, l'tmckge du Père, la Sagesse, ne signifient en effet que le même, c'est-à-dire la seconde personne divine ; et la première*se nomme Père, Principe, ou simplement Dieu ou Seigneur. Cela n'empêche pas que le Fils ne soit Dieu et Seigneur comme le Père; car le Fils est consubstantiel au Père , Tun et l'autre sont le même Dieu ; et quand on nomme l'un le premier et l'autre le second , ce n'est pas à dire que l'un soit plus ancien ou plus grand que l'autre. Dieu n'a jamais

» 1 Cor. XIII, 8. — » Ileb. X, 3.

«âo GBAfl» CATÉCRSBC msTongcE.

étésaMseooiBaltre: elHBeeonnajftaaasîgrmidqa'ilcst. c Le Yerlie * était €■ IMeo aa cwMncBCcmcnt , et le Verbe était DieQ. > Ainsi IVffdre qoe aoasobseiToris en nommanit les penonnes iliviiieK mutptt seaAeoieni qoe l'une procède de l'autre. Diea ne peut ee eoiraailre ansBÎ parfait qui! est sans se compMPD en luKméme et 5*»mer d'un amonr parfint; de là vient le Saimt^EspHt, noaimé ansBî Y amour de Dieu; ei comme le Fib «^ime pas mdns le Fère qae le ftre aime le Fila, le Saint-Esprit cM famonr coromni de I^on et de VmÈn et procède de tons les deux, fl est égal à tous deux , puisqu'il «*y a ri«i en eox qu'ils n'aîroent , et ii est par oeneéquent et Dteo et Seîgnenr comme eux. Il ne s'ensuit pas pour cela q«*i y -ait trois dieux , mais trois personnes «n «n seul Dieu. Car le FHs n'a rien qui ne tienne du fène, et le Saint-Esprit n'a rien qui ne tienne du Père et en Fils , et il en procède sans en sortir. Ce mystère n'a tien qui se osntrediee , puisque nous ne disons pas une peraonne , mais trois personnes , ni trois dieux , mais «n Dieu. Il est vrai qne nous ne comprenoas pas comment trois persennes distinctes sont un même Diea. n faut se oomeoler de œ ^*tl lui a plu <de nous rérdier , quoiqu'il ae omm TaH pas «xplifué évîde»meiit. Si urne sommes fidèles à pratiquer ses cornsnandemeals, it nous en donnera dans le ciel la vision parfiafte , qui sera notre félicité éternelle >eit «pii fait en attendant le sujet de notre espérance. Noos ne laissons pas de voir en noias une inmge imparfeite de la Trinité ' ; car nous sentons que neos sommes , que nous connaissons et que nous voulons ; nous savons bien qoe connaître n'est pas voul(Hr , et qne nous pouvons être sans 00Rn«ttre ou vouloir tdle ou telle chose , et nom soBiftans bien que cela est «n nous-mêmes. Mais il y a cette difR^renoe, enire autres , qu*en Dieu ce «ont des personnes distinctes, «et qu>n nous ce ne sont que

' JoAN. I. — * AuG. XI, Civit, 1, 26.

ORAIII^ CATÉCHISME HISTOftlQUE. 551

des actioQS de notre ame, <jai, avee notre corps, ne fait qD*Qiie' seule personne.

Lbçon IV. ^"^ De¥hicmmati(m du Verbe, Le second article éo Symbole nouf^ marque le mystère de rineamaCion , en disant <fae « )e Fils de Dieu est Jésus- Christ notre Seignecrr \ w Nous eroyons done que le Verbe, qui était en Dien au commencement, par qu<r toutes choses ont étéferite», qui est la vie et la lumière, que ce même Verbe s'est fait cbairet a habité avee no«3, e'est-èrdire Téritableraent homme , M qui était Dieu de toute éternité. U. a montré sur k terre qu'il était Tim et Tnitre *. Comme Dieu il feisait des mtraeies ; eonmae homme il souffrait les ijiGomauMiités de laf vie. Gomme homme ii avait faim , comme Dieu il multipliait le» pmi»; comme homme il pleurait Lazare mort, coamie Dieu il le ressuscitait. Comme homme il a été tourmenté, crucifié, foé, enseveli ; comme Dieu il fr'est ressuscité, a monté aor ciel. Or il est Dieu et botnme sans aoeone ecmfusion de» denx natures divine et bamaine ' , qui sont demeurées en lenr enlâer; Il est Dieu égal à son Père ,- et tout ensemlBle il est; homme semblable à nous,, hors le pédié. U a comme nous un corps et une sme , une chair véritabiemenl sortie d'Adam, vue ame etéée à l'image de Dieu, a^ec sa volonté propre et son entière liberté *. Quoique en Jésus-Christ tes natures soient distinctes , il n Y a: tOQtefeis> aocme diviaioft de personne : l'HauBoe^ltaE est •■; ii nY » peaideuc ffib m deux Chci^;. Jésus^Ihristcst meseule' et aiéme petsanne, qoi est te Vefbft iocanié«. Le Fils de Die» est te même que le Fils de Made, ctii esC vrai de dire qaeUmie est mère de Dieu ,. et que cet homme, qui s'appelle Jésus , a fait des Buracies. Ainsi ea dit : « Saint Pierre est dans le ciel , et saint Pierre est enterré à Rome \ » attribuant à tout l'homme

« Jo»N. I. — » ». Lbo, Ep, ad Ftavian. — * He6. IV, 15, — ♦ Cyril. Ep. ad Mon. et ad Regin. — * Joan. K, 9.

ce qui ne convient proprement qu'à Tame ou au corps. Car nous avons encore en nous une image de ce mystère: L*aaie raisonnable et le corps sont deux natures très différentes « , Tune plus excellente que Tautre , et dont chacune peut subsister séparément; et toutefois Tune et l'autre ensemble sont un homme qui est une seule personne. Le troisième article du Symbole nous montre comme s'est accompli œ mystère. « Jésus-Christ a été conçu du Saint-Esprit , » c'est-à-dire d'une manière surnaturelle, attribuée au Saint- Esprit, comme les autres miracles. Cette nature humaine, que Dieu a unie à son Fils dès le moment qu'elle a commencé d'être , a été remplie du Saint-Esprit , en sorte que la grâce lui est essentielle et que tout péché est incompatible avec lui. « Il est né de la Viei^e Marie. » Il na point •été produit à la manière ordinaire , par la volonté de la •chair ni par la volonté de l'homme ; et toutefois il a eu une véritable chair tirée de sa sainte mère, et par conséquent de David et d'Abraham. Il n'a donc point eu de père «omme homme , et sa mère a toujours été vierge , et avant qu'il naquit, et au moment de sa naissance, et après. Lbçon V. — Delà rédemption du genre humain. Le quatrième article du Symbole explique la conduite de Dieu dans la rédemption du genre humain. Dieu hait tellement le péché* qu'il n'a pas épargné son fils ; mais il l'a livré à de cruels tourmmils et à la mort la plus infâme, parcequ'il s'était chaîné de nos crimes ^ , et le Fils de Dieu nous a tant aimés qu'il s'est offert volontairement à souffrir •ces supplices et cette mort pour payer ce que nous devions à la justice de Dieu et nous racheter , au prix de son aang , de la puissance du diable et de la mort éternelle. Le premier homme par son péché avait introduit la mort dans le monde ^, se rendant sujet, lui et toute i» race, non-

» AUG. Spist. ad Volutt.^ c, II et X.— CwiT., c. 29. — > Bom, VIII, 30. — 3 ig. XIII. — 4 Rom. V, 21.

GRAin) CATÉCHISME HISTORIQUE. S53

I ^ulement à la mort du corps, mais à la mort de Tame,

I c'est-à-dire aux supplices éternels. Les hommes , depuis

I ce temps, offraient à Dieu des sacrifices d'animaux, qu'ils

tuaient et réduisaient en cendres devant lui pour montrer qu'ils se reconnaissaient dignes de mort K Mais toutes ces victimes sans raison n'étaient pas suffisantes pour apaiser la juste colère de Dieu ; il n'y avait que Jésus-Christ qui , -étant capable de souffrir comme homme, et d'un mérite infini comme Dieu, pût satisfaire pleinement à la justice de son Père, lui offrant des souffrances d'un prix infini au lieu de la peine que mérite le péché. Lui donc, qui était parfaitement innocent , a été mis à la place des hommes <X)upables ^ ; sa mort a détruit l'empire de la mort, c'està-dii*e qu'elle a efiEacé et anéanti l'obligation de mourir ^ que tous les hommes avaient contractée et leur a ouvert le chemin de la vie éternelle. Il est « « l'agneau de Dieu qui efface les péchés du monde ; » il est lui-même le sacrificateur et la victime ; il est entré dans le ciel , dont le sanctuaire était l'image, non pas avec le sang des animaux, mais avec le sien, et il a offert une fois à Dieu le sacrifice de sa mort, qui, étant un sacrifice parfait et suffisant , n'a pas besoin d'être recommencé comme ceux de l'ancienne loi ^. Le nom de Ponce Pilate sert à nous faire souvenir du temps et des ch*constances de la Passion du Fils de Dieu et du témoignage qu'il a rendu à la vérité ' comme le premier des martyrs.

Leqon YI. De la descente atix enfers et de la gloire

de Jésus-Christ.

Nous disons distinctement dans le cinquième article que

«Jésus-Christ est mort, qu'il a été enseveli, qu'il est

descendu aux enfers et qu'il est ressuscité le troisième

jour , » pour montrer qu'il est vraiment mort et non pas

ï -P*. XXXIX, 7. — neb, X, 4, 5. etc. — * ffeà. II, 14.— 3 Cohss. Il, U. — < JOAN. I, 29. — * Heb, IX, 11, etc. — 6 i xim. VI, 13.

554 GBABD CATÉCHISME HISTOftlQUE.

en appveoce , et que son toM a été réelkmenl séparée de son corps. Par les enfensyoùson ame descendit, tamOs^ que son corps était dansle sépukre , nousji'entendons pas te lieu du supplice étemel , mais le lieu où étaient conome en dépôt les aines de toss cens qm étaient morts en la grâce de Dieu dès le corameacement du monde, soil qu'ils eussent encore quelques restes de péchés à expier, soft qu'ils fussent en repos a dans le sein d^Âbraham * , » conne parle l'Écriture. Ils attendaient tous le Sauveur pour entrer dans la gloire du paradis. Quoique le corps et l'ame de Jésu&-Christ fussent séparés l'un de l'autre , ils fuient toujours unis à la personne du Fils de Dieu ; iuîHQaôiBe était dans le tombeau et descendait aux enfers. Dans le sixième article nous disons que * « Jésus est monté aux cieux et qu'il est assis k 1^ droite de Dieu I«ï Père ioolH puissant. » Ce n'est pas à dire qu'il soit toujours en mêmeposture , ni que Dieu ait une main droite et une main gauche ; mais l'Écriture parle ainsi pour nous faire entendre l'état de sa gloire. EUe dit • qu^il est assis , » pour montrer qû*rl est dans un repos parfait, ayant acberé toutes ses souffrances et tous ses travaux , et encore' poor marquer son autorité et sa qualité dto juge. Il est placé <rà la droite de Dieu, » c'est-à-dire que Jésus-Christ, comme homme , tient le premier rang entre (ootes les eréatuees et qu'il est le chef de toute TÉglise, au-dessu» non-seulement de tous les hommes , mais encore de tous tes Anges , 'Frmclpautés, Vertus, PUissanees, Trènes, Dominaiiona, de quelque ordre qu'ils soient et quelque nom qu'on leur donne. Dieu a tout mis sow» ses pieds <^, et au nom de Jésus toute créature doit fléchir le genou au ciel, en lia terre et aux enfers ; c'est la cécompense de la profonde humiTîté du fils de Dieu, par laquelle il s'est anéanti,

« 1 Pbtr. n, 16. — Luc, XVI»20. — » Mabc, XVI, 12. — * Eph^ I. li — Colosr. 18..— Philip. lï, T.

CmAND CATÉCHISME HISTORIQUE. Uft

^^renant là forme d'un esclave, c'est-à-dire la «atiira ifaumaiBe, et s'est rendu obéissaHit jusqn'à la mont , ^ à ia mort de la crois. Dans ce repos et dans cette gbine, Jésuft- CJbnst ne laisse pas d'agir contimiellenient pour TËgiise qn^l a hissée sur la terre, et pour marquer cette aolienîl est efuelquefois représenté comme debcNit. il «ondait i*Ë* gtise par les pastears ^ , les dootourset les autres BâniStreB quMl lui donne pour la perfection de son ouvrage, il se présente à Dieu comme wa. avocat ' cfui intercède pour BOUS ; il Jm porte nos prières , étant le «ouveraki pentiié selon l'ordre de NMchisededi ' , et liri offre sans «esse le sacrifice de sa mert, accompH me lois sur la croix. Lbçon Vil. — Ihijmgement derrUer, iésuB-Ghrist demeurera dans l'état de gloire oâ i est jnsqifau dernier jour « ffu'il viendra juger le monde*, » comme porte le septième artidedu Symbole. C'est lui que Bien a établi juge des vivants «t des morts. Il nous avertit hiFHaième que le dalel la terre passeront S et qu'après de grandes caOamités et des signes terribles dans le iciel 11 viendra subitement ccunme mu éclair et surprendra toot le monde , comme il arriva au temps du déluge. L« soleil et Ibl Inné seront obscunds^ les étoiles changeront de fiaoa , tonte la natore sera reworaée , et r>on verra iésus-Cbriat desoesidre du ciel sur les anées avec one grande pnissaaoe et mne gr»iée «i^sté , accompagné de tous les anges. Une trompette sonnera , tous leis morts ressusciteront et serti** mnt de leorstembeaux. Aters Jésus-Christ , conune rai de tous les honnnes , s'asflBoÊBa «r son trône ; toutes lea na* tien seront assemblées 'devant loi, ^ H les séparera, met* tavt les bons à sa droite et les méchants à sa gauche. Il dimà eevx qui senont à sa droite' : t Venez, les bénis 4e

» Acl. VII, 66. — Bpk. rV, 21. — » JOAN. II, 2. — a Heb. IV, 14. — ♦ Act, X, te. — » Matth. XKIV, 85, etc. — Luc, XXI, 25. — »6 Matth.XXV,3I.

mon Père , entrez en possession du royaume qui vous est préparé dès la création du monde. Car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger ; j*ai eu soif, et vous m'avez donné à boire ; j'étais étranger, et vous m'avez reçu ; j'étais nu, et vous m'avez vêtu ; j'étais malade, et vous m'avez visité ; j'étais en prison , et vous êtes venus me voir ; » déclarant qu'il tient fait à lui-même ce que l'on fait au moindre des siens. Puis il dira à ceux qui seront à sa gauche : « Retirez-vous de moi , maudits , et allez au feu éternel qui est préparé au diable et à ses anges. Car j'ai eu faim, et vous ne m'avez point donné à manger; j'ai eu soif, et vous ne m'avez point donné à boire, » et aiùsi du reste. Ils iront au supplice éternel, et les justes à la vie étemelle ^ Ce grand jugement fera connaître à tout le monde la sagesse et la justice de Dieu. Car, comme les méchants ne sont pas punis promptement, la plupart des hommes ne craignent point de faire le mal , et les justes même sont quelquefois ébranlés voyant la prospérité des pécheurs. Mais « le temps de toutes choses » sera à ce dernier jour « où Dieu jugera le juste et l'impie * » Alors on connaîtra que Dieu gouverne tout par sa Providence , et qu'il ne fait ni ne permet rien que par des raisons très justes, quoique souvent elles nous soient inconnues; ainsi il n'y a jù fortune ni hasard, et ces mots ne servent qu'à exprimer notre ignorance. Avant ce dernier jugement, chacun de nous sera jugé en particulier à l'heure de sa mort * , et demeurera éternellement en l'état où il aura été trouvé à ce moment, aimant Dieu o» la créature. Or, comme nous ne savons point le temps do l'un ni de l'autre jugement, il faut nous tenir continuel^ lement sur nos gardes, veiller et être toujours prêts, comme un homme qui craint les voleurs, comme des serviteurs*

» Becl. VIII, 21. — Ps, LXX, IL — » Eccl. III, 17. — 3 jSceU XII, 28.

<iui attendent leur maître, comme des vierges invitées aux noces qui attendent l'époux ^

Lbçon VIlï. — Du Saint-Esfyrit.

Le Saint-Esprit, qui est le sujet du huitième article du Symbole , est la troisième personne de la sainte Trinité, Tamour qui unit le Père et le Fils. Dieu est esprit et saint , c'est pourquoi ces noms séparés conviennent aussi au Père et au Fils ; mais quand on les joint ensemble, en disant le Saint-Esprit ^ ils signifient cet esprit qui nous sanctifie et nous inspire, étant l'amour éternel et substantiel du Père et du Fils. Le Saint-Esprit est seigneur et vivifiant ; seigneur, parcequ'il est Dieu ; vivifiant, parcequ'il nous donne la vie spirituelle qui est la grâce. « Il procède du Père et du Fils , et est adoré et glorifié avec eux, » parcequ'il est consubstantiel à l'un et à l'autre. La sanctification des hommes est particulièrement attribuée au Saint-Esprit, comme la création au Père, et la rédemption au Fils, parceque les hommes sont rendus saints par la grâce de Dieu, qui est l'effet de son amour et qui produit en eux l'amour qu'ils lui portent ; car « la charité de Dieu est répandue en nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné <, » et ce don du Saint-Esprit, celte charité est le principe nécessaire de toutes nos bonnes œuvres. Le Saint-Esprit inspire les hommes quand Dieu leur donne des connaissances surnaturelles ; car on attribue encore au Saint-Esprit ces sortes de grâces qui servent plus à faire éclater la puissance de Dieu en ceux qui les reçoivent qu'à leur propre sanctification ', comme le don des langues , le don des prophéties , le don de guérir des maladies ou de faire d'autres miracles, qui du temps des apôtres étaient ordinairement communiqués avec la grâce sanctifiante par l'imposition de leurs mains *. C'est

« Luc, XXI, 84. — a JHom. V, 9. - 3 2 Cor. XI. — * Ad. VIII, 18.

55« GRAsa> CATÉcamiE m^iomofOE.

ainsi qae le Saint-^sprK a parlé par les prophètes <, leor faisant dire ce qu'ils ne pouvaient savoir naturelleiseQt, leur donnant une forée et tm courage iavîacibles, et les contraignant même queA]oefo!& à parler malgré eux. Avec le Saint-Esprit en joint la sainte Église catholique, qai n'est KÉglise de Men que pareequ'elle est assemblée par ie Saint-Esprit.

Leçon IX. — De VtgUne.

Église signifie assemblée, et par ce nom nous entendons toute la multilode de» fidèle» q«n font professiez de servir Dieu suivant ta vraie religion que lui-même a eiK soignée, qu'ils ont apprise de leui!» père» et eosservée fidèlement sans y rien changer. 0» la divise en deux ; l'Église triomphante, c'est-à-dire les saints, tant \es hooK mes que les anges, qui jemssent déjà de la vie étemeUe^ et PËglise miïitattte qui combat ici-bas sur la terre, a£E&gée de diverses tentations et mêlée de grand nombre de méchants, d'hypocrites el ée faibles qui ne pratiquent pas ce qu'ils îxnA profession de croire. Us ne laissent pas de demeurer dans l'Église tant qu'ils confessent extérieurement sa foi et se tiennent dans sa communion, et ce ne sera qu'au jugement de Died que s'en fera le discernemène». On peut ajouter l'Église souffrante, c*est-à-Hiire les ame» qui achèvent dans le purgatoire d'expier l«s restes de leurs péchés. Oft donne encore à l'Église divers autres noms ; nous l'appelons maison de Dieu, pour montrer qœ tous les fidèle» sont ses enlàiits , qui composent une même fisrmiUe, nourrie du même pain, c'est-À-dspe de sa parole et des sacrements. Nous la nommons aassi Jérusatem ou Sion s, pour montrer que eelte sainte cité VLetÊ était que la fignre. Jéaus^Christ la nomme son troupeau, et dit qu^il en est le pasteur^ ; on dit qu'elle est soe

* ÉZKîH. H, ». — Jbrew. I, 18. XX, a. — »MA»THr XiU,a0^4O, 49> — Heb. III, 6. — 3 Gai. IVy26. — * Joan, X, 11.

épouses pour montrer comme il Taime tendrement et •comme il lui communique tous ses biens. On dit qu'elle est son corps ', pour montrer qu'elle fait avec lui un tout dont il est la partie principale, comme tous les membres du corps bumatn sont réunis sous la tête, d'où leur vient la vie et le mouvement. Mais en nommant ainsi TÉglise, on la noomie le corps mystique de Jésus-Christ, pour montrer que c'est une manière de parler Bgurée et la distinguer de son corps naturel et véritable. Les marques de la vraie Église pour la distinguer de toutes les autres sociétés qui en usurpent le nom se réduisent à quatre ; elle est a une, sainte, catholique et apostolique. )> Une, par le •temps ; car c'est la même Église qui a duré sous la loi de nature depuis Adam et Abel le juste jusqu'à Noé, depuis ^oé jusqu'à Abraham, depuis Abraham jusqu'à Moïse, de Moïse sous la loi écrite jusqu'à Jésus-Christ , de Jésus- Christ sous la loi de gr^e jusqu'à nous. L^glise est «ne par les lieux ; car c'est la même qui s'étend à l'Oricat et à l'Occident, dans les pays les plus reculés, au ciel et en la terre. Par toute la terre elle professe la même foi, use des mêmes sacrements et reconnaît un même chef, Jésus- Christ dans le ciel , et sur la terre le pape , qui est son vicaire. L'Église est sainte par sa dootrine, par ses sacrements qui donnent la grâce, par son chef et par plusieurs •de ses membres qui sont saints. Elle est catholique, c*està-dire universelle , parcequ'elle s'étend à tous les temps et à tous les lieux , à toutes les nations, les conditions et les âges. Elle est apostolique, parcequ'elle conserve la 4octrine des apôtres par une suite continuelle de pasteurs qui remonte jusqu'à eux. On ajoute romaine, pour montrer que la marque de la vraie Église est la communion avec le Saint-Siège de Rome.

* JjHK. XXI, 10, — » Bph. I, 28. — Rom. XII, 4.

560 GBAND CATÉCHISME HISTORIQUE.

Leçon X. — De la communion des saints et de la rémis^ sion des péchés, La communion des saints est la communauté, la participation, la communication de tous les biens spirituels entre tous les fidèles. C'est une suite de Tunité de TÉglise et de ce qu'elle est un même corps; car quoique les membres aient leurs fonctions séparées , tous concourent à la même fin, qui est la conservation et l'augmentation de tout le corps *. Ainsi, dans l'Église, les uns instruisent, les autres exhortent, les autres prient, les autres gouvernent, les autres servent', soit à l'administration des sacrements, soit aux œuvres de charité corporelles j mais tous ont un même but, qui est d'arriver à la vie éternelle et y faire arriver les autres, ^ous ceux qui sont dans l'Église profitent de toutes les pi^rères et les bonnes œuvres qui s'y font ; ceux qui sont en grâce y participent pleinement, et ceux qui sont en état de péché ne laissent pas d'en tirer du secours pour sortir de leur misère. On voit par là quel grand mal est l'excommunication , par laquelle on est retranché de l'Église et on perd tous les fruits de la communion des saints. Il y a communication entre l'Église triomphante et la militante. Les saints qui sont dans le ciel nous secourent de leurs suffrages auprès de Dieu, pour nous obtenir des grâces toujours fondées sur le mérite de Jésus-Christ, de qui les saints même ont tiré tout le leur. Les âmes que la justice de Dieu achève de purifier après cette vie peuvent aussi être secourues par nos prières et par celles des saints. C'est pourquoi il est utile de prier, et de faire des aumônes et d'autres bonnes œuvres pour la diminution de leurs peines. Le dixième article du Symbole est de la rémission des péchés. Jésus-Christ a prouvé , par de grands miracles , lepouvoir qu'il avait sur la terre de remettre les péchés • ;

» 1 Cor. XI, 1, 12. — a Bom. XII, 4.-3 Luc, V, 24.

ii a communiqué ce pouvoir à ses apôtres, et s'est obligé à raliûer et à confirmer tout ce qu'ils auraient fait ^ pour remettre les péchés. Des apôtres ce pouvoir a passé aux évêques et aux prêtres, et ii s'exerce en l'administration des deux sacrements de baptême et de pénitence. Or, il y a deux sortes de pécliés : le péclié originel , que nous apportons en naissant comme enfants d'Adam ; le péché actuel, que nous commettons étant venus en âge de raison, et qui est encore de deux sortes : le péché véniel, c'est-à-dire pardonnable, tel que sont ceux que commettent les plus justes, souvent par faiblesse ou par ignorance ; et le péché mortel, qui fait perdre entièrement la grâce de Dieu et rend digne de la mort éternelle. Ce dernier ne peut être remis aux baptisés que par la pénitence.

Leçon XI, — Delà résurrection de la chair, m Nous croyons la résurrection de la chair, » dit le onzième article du Symbole». Dieu n'a point fait la mort; il a fait toutes choses afin qu'elles subsistent. 11 a créé l'homme immortel, et ofest par l'envie du diable que la mort est entrée dans le monde ; car la mort, même du corps, est la peine du péché. Nous sommes composés de deux parties : d'un corps terrestre et corruptible, d'une ame spirituelle et immortelle qui est rimiige de Dieu. A la mort ces deux parties se séparent s ; le corps, qui n'est que poudre, retourne à la terre, d'où il est pris ; l'esprit retourne à Dieu qui l'a donné, et ne laisse pas de subsister quoique le corps soit corrompu ; mais cette séparation n'est que pour un temps * ; à la fin du monde, ceux qui dorment dans la poussière de la terre s'éveilleront S les uns pour la vie éternelle, les autres pour lopprobre, qu'ils verront toujours. L'heure vient où tous

ï Matth. XVIII. — » Sap. I, 33, 14. II, 23. — 3 Eçcl. XI, 7. — * D.vN. XII, 21. — 5 JoAN. V, 28.

ceux qui sont dans les tombeaux entendront la voix du Fils de Dieo et sortiront S ceux qui ont bien fait, poQr la résurrection de la vie ; ceux qui ont mal fart, pour la résurreetion du jugement. Nous ressusciterons donc tons, mais nous ne serons pas tous changés >. Les btenhenreux auront des corps glorieux, incorruptibles, phss brillants que les astres ^ et spirituels, c'est-à-dire parfaitement soiimis à l'esprit ; les damnés auront des corps qui ne serviront qu'à augmenter leur supplice éternel * ; mais les uns et les autres auront leur propre corps, la même cbair qu'ils avaient en cette vie^, et que Dieu rétablira par sa toute-puissance , lui devant qui rien n'est cadié, ni dsan» le sépulcre, ni dans la mort.

Lbçckv XII. — De la vie étemeth^ Après la résurrection suivra le dernier état des homiBtes^ qui sera éternel ; d'un côté la vie, de l'autre la norl^. La vie éternelle consiste à connaître Yt seul vrai Dieu, et Jésus-Christ qu'il a envoyé. Cette connaissaaee ne sera pas obscure comme la foi qui nous fait croire les mystères de la Trinité et de rincarnation ,moiis ne connaissons' ià Dieu que par des énigmes, nous ne le voyons que oomiBe dans un miroir ; mais alors nous le verrons faee à face et comme il est, et cette vu» nous rendra semblsdales à lui *, nous faisant ses images aussi parfaites qu'il est pessîMe. Nous ne pouvons comprendre ici-bas la grandeur de cette béatitude. L'œil n'a point vu, l'oreille n'a poiat entend»^, il n'est point Umibé ùama Tesprit de l'homme rien de c parable à ce que IMea prépare à ceQx quit aime, nous en donner une image grossière proportionnée à notM faiblesse, l'Écriture nous représente la Jérusalem céleste, c'est-à-dire l'Église triomphante ^^, comme une ville très-

ï 2 Cor. XV, 51. — a 2 Cor. XV, 21. — 3 Dan. XII, 33.-4 Job, XIX, 3. - ^ Prw. XV, 11- — 6 joAN. XVIJ, 3. — 7 l Cor. XIH, 12. — « 2 JoAN. III, 2. — 9 1 Cor. II, 9. — «• Apoc. XXi.

grande, bâtie de pierres précieuses et d'un or très pur» tcansparent comme du cristal. Elle n'a point de temple, la présence de Dieu nous suffit ; elle n'a point de soleil ni de lune, c'est Dieu et l'Agneau qui l'éclairent, c'est un jour perpétuel. Ses portes ne sont jamais fermées ; les rois de la terre et toutes les nations y viennent rendre gloire à Dieu ; rien d'impur n'y entrera \ il n'y aura plus aucune malédiction. Là est le trône de Dieu et de l'Agneau ^, qui a été tué pour nous racheter par son sang ; ses serviteurs voient sa face et lui rendent gloire continuellement, chao> tant 3 : « Amen, alléluia. Tout est accompli, louez Dieu. » C'est ainsi qu'ils régneront dans les siècles des siècles K Cependant ils verront ceux qui auront été infidèles à Dieo dans la mort éternelle, où leur ver ne mourra point ^^ et leur feu ne s'éteindra point. C'est la seconde mort, bien pire que la première, en ce que Tame sera continuellement dans un état de mort, séparée à jamais de Dieu qui est sa vie, dans une tristesse amère et une rage furieuse, de voir qu'elle s'est perdue par sa faute. C'est pourquoi Jésus-Christ dit souvent que là seront les pleurs et les grincements de dents ^. Telle sera la fin, quand Dieu aura mis tous les ennemis de Jésus-Christ sous ses pieds et que toutes choses lui seront soumises ; alors le Fils lui-même sera soumis à celui qui lui a soumis toutes choses, afin que Dieu soit tout en tous.

Leçon XIII. — Delà prière.

Sous le nom de prière ou oraison nous entendons toute sorte d'élévation d'esprit à Dieu , soit pour croire , soit pour espérer, soit pour aimer. Il y en a quatre espèces principales : la louange, la demande, l'action de grâces et l'offrande. 4^ Par la louange nous honorons Dieu simplement, en vertu de ses perfections infinies, sans raf^rt

I Apoe. XIII. — * Apoc. V, 9. — 3 Apœ, XIX, 4. — ♦ Is. LXVI, 24. — 5 Apoc. XX, 14. — 6 l Cor. XV, 14.

5fi4 GRAND CATÉCHISME HISTORIQUE,

à nous, nous réjouissant saintement de le voir si grand, si juste, si bon, si sage, si parfait, publiant et confessant ses grandeurs, et invitant toutes les créatures à le louer avec nous ; 2® par la demande nous prions Dieu de nous accorder quelque grâce temporelle ou spirituelle, oii de nous délivrer de quelque mal. Nous devons bien prendre garde de ne rien demander à Dieu qui ne soit digne de lui, c'està-dire la vie éternelle et ce qui nous y peut conduire, qui est sa grâce pour accomplir ses commandements. Tout le reste nous ne le devons demander que sous condition, s'il est expédient pour notre salut. Il en est. de même des maux dont nous prions d'être délivrés ; il n'y a que le péché dont nous devions demander absolument ou d'en être préservés, ou qu'il nous soit pardonné, s'il est commis. 30 L'action de grâces ou remercîment est pour tous les biens que nous avons reçus de Dieu, et que nous en recevons continuellement, soit spirituels, soit temporels, puisqu'il n'est pas moins l'auteur de la nature que de la grâce. 4® Par l'offrande, nous donnons à Dieu volontairement tout ce que nous avons reçu de lui, et lui consacrons nos biens, notre corps avec tous ses sens et notre ame avec toutes ses puissances, en un mot, tout ce que nous sommes, soit en lui promettant quelque chose par un vœu ou par une simple promesse, soit en lui présentant quelque bonne œuvre ou quelque souffrance, soit en agréant simplement la dépendance entière dans laquelle nous sommes à son égard, quand même n^is ne le voudrions pas, lui donnant de bon cœur la seule chose qu'il a laissée dépendre de nous, qui est notre volonté et Tusage de notre liberté. Ainsi ceux qui aiment Dieu véritablement, ne manquent jamais de matière pour s'entretenir avec lui ". Mais nous ne savions ni comment nous devions prier ni ce que nous devions dire dans la prière, si le Saint-Esprit

' nom. VIII, 19.

GRAKD CATÉCHISME HISTORIQUE. 505

ne nous l'eût enseigné. C'est pourquoi Jésus-Christ nous a donné un modèle de prière qui en renferme parfaitement toutes les espèces, et c'est l'Oraison dominicale. Nous adressons toutes nos prières à Dieu par Jésus-Christ, parceque nous n*espérons rien que par ses mérites * et ne voulons demander que ce qui est conforme à ses intentions. Quand nous prions les saints qui sont dans le ciel, ce n'est que pour leur demander leurs prières comme à ceux qui sont sur la terre.

Leçon XIV. — Des deux premières demandes du Pater. L'Oraison dominicale est telle : « Notre Père, etc. » Nous ne disons pas au singulier, « Mon Père , donnez-moi mon pain , pardonnez-moi mes fautes ; » mais au pluriel : « Notre Père, notre pain, nos fautes, » pour montrer que nous ne prions pas pour nous seuls, mais pour toute l'Église, suivant ce qui a été dit de la communion des saints. Celte oraison contient sept demandes, dont les trois premières regardent Dieu ; les quatre autres nous regardent. Nous le nommons « notre Père, » parcequ'en effet c'est de lui que nous tenons la vie, le corps j l'ame, les biens, tout ce que nous sommes et tout ce que nous avons ; il a fait nos pères et les pères de nos pères. 11 est encore notre père par adoption , c'est-à-dire par la grâce qu'il nous a faite, à nous autres chrétiens, de nous mettre au rang de ses enfants, comme frères de Jésus-Christ son fils^, nous qui ne sommes en effet que ses esclaves et ses ouvrages ; car adopter c'est prendre pour fils celui qui ne l'est pas naturellement '. Ce nom de père marque encore la confiance que nous devons avoir en le priant, telle que l'ont des enfants en priant un bon père. Nous disons « qu'il est aux cieux * ; » non qu'il ne soit présent partout, puisqu'il fait tout et soutient tout, mais parceque ce sont les

» JoAN. XVI, 13. — Et ibid. AUGUST. — > Gai. IV, 5.-3 Jqan. 111,1.— * P«. XVII.

cieux principalement qui nous déclarent sa gloire. Ete plus, c'est pour nous avertir de ne penser qu'au ciel où régne notre père, et de ne lui demander que ce qui sert à nous y conduire. Nous demandons d'abord « que son nom soit sanctifié, » que toutes les créatures lui rendent la gloire qui lui est due, que non-seulement les chrétiens, mais tous les hommes, l'honorent, Taiment et le servent comme il mérite. Or, le nom de Dieu n'est pas seulement déshonoré par les blasphèmes et les discours impies, mais par tous les péchés des chrétiens qui donnent occasion aux hérétiques et aux infidèles de mépriser la vraie reli- gion. Nous demandons ensuite « que le royaume de Dien arrive. » Ce royaume est l'état qui suivra la résurrectioa générale et le jugement, et nous ne le demandons pas sincèrement si nous avons encore quelque attachemcni à cette vie et à l'état présent du monde. La grâce nous est nécessaire pour arriver à ce royaume, et Jésus-Christ doit régner en nous dès à présent par sa grâce , pour affaiblir la concupiscence et faire que le péché ne règne pas daos notre corps mortel ; car le royaume de Jésus-Christ ne consiste point en une puissance sensible et extérieure ', comme celle des rois de la terre, mais dans un empire snr les cœurs et sur les volontés des fidèles qu'il gouverne par sa grâce. Cette seconde demande renferme donc la grâce et la gloire que nous demandons, non-seulement ponr nous, mais pour tous les hommes, afin d'étendre dès à présent le royaume de Dieu autant qu'il nous est possible. Leçon XV. — Des deux demandes suivantes. En demandant à Dieu « que sa volonté soit faite, » nous déclarons que nous ne voulons pas accomplir la nôtre si elle est contraire à la sienne; nous désavoaons et novs rejetons cette volonté, qui ne peut è^ que mauvaise, puisque le mal n'est autre chose que ce qui est contraire

« -fiow. V, 12.

6BAND CiiTÏCHJS^lE HISTORIQUE. &«7

à la Yolonié de Dieu. Le prindpe de cette mauvaise vokmté est la ooocupisoence qui nous iait faire, non p«s le ^eo qiie ncNus voulons par la droite raison ^ mais le mai qoe la droiie raison nous fei4 haïr. Par cette prière noos demandons la grâce nécessaire pour vaincre la concatipisoeooe, afin que toutes nos volontés soient conformes à ceUe de Dieu. Nous ajoutons la comparaison du ciel, poor protester que nous voulons être autant soumis à Dieu que le soBt les an^ et les hommes bienheureux. Le « pain quotidien v que nous demaudons ensuite signiGe en effet la Bourriiure et les autres choses nécessaires pour l'entretien de notre corps. Dieu veut que tous lui demandent leur pain, les riches comme les pauvres, afin que tons reconnaissent qu'ils le tiennent de lui , que c'est lui qui a donné les biens aux riches, en les faisant naître de pareRt? liches ou leur fournissant des occasions d'acquérir ; que c'est lui qui entretient les pauvres, leur donnant la forcer et l'industrie pour travailler, ou donnant aux riches de la charité poor les assister. Le mot de pain comprend tonte la iiourrUupe, mais il nous manque qisie nous devons nous passer de peu et être contents d'avoir de quoi nous nourrir et nous couvrir^, puisque nous n'avons rien apporté en ce monde etqne noussommes bienassurésde n'en rien emparter. 11 nous est dit de le demander pour a aujourd'hui % » afin de nous apprendre à nous confier à la Providence et à a'avoH' point d'inquiétude du lendemain, et afin de noas Biarquer que nous devons faire cette prière tous les jons. Le pain quotidien s'explique' ainsi : « le pain 4iui surpasse tente substance, d £n effet, sous le nom éa ce pain nous demandons la nonrriture spirituelle pour nos âmes, c'està dire la grâce qui nous est néoessaire à chaque moment : bi jparele de Dieu et le corps de Jésus^hnst qui est le pain de vie.

ï Hom, VII, 15, etc. — a 3 Tim, VI, 7. — 3 Matth. VI, ST..

Leçon XVI. — Des trois dernières demandes. Par la cinquième demande, nous nous reconnaissons véritablement pécheurs. En effet , si nous disons que nous n'avons point de péchés ', nous nous trompons nous-mêmes, et la vérité n'est poiLt en nous. Il n'y a personne qui ne commette au moins de& fautes légères et journalières dont cette prière est le principal remède. Nous reconnaissons que nous n'espérons obtenir le pardon qu'autant que nous pardonnerons aux autres, parcequ'il ne serait pas juste que nous nous fassions payer à la riguQur de ce que nous prétendons qui nous est dû par nos frères, tandis que Dieu nous remet libéralement les dettes immenses dont nous sommes chargés envers lui * ; et comme nous avons toujours besoin qu'il nous pardonne, aussi devons-nous être toujours prêts à pardonner. Par la sixième demande, nous prions Dieu de ne nous pas laisser succomber aux tentations du diable, du monde et de la chair. Le monde sont les hommes corrompus au milieu desquels nous vivons, et qui s'efforcent continuellement de nous corrompre par leurs mauvaises maximes. C'est ce monde qui n'a point voulu connaître la lumière, c'est-à-dire Jésus- Christ ' ; c'est ce monde pour lequel Jésus-Christ n'a point prié * et dont il a déclaré que ses disciples n'étaient point, non plus que lui. On le nomme aussi le siècle, et ses sectateurs, mondains ou séculiers s. La chair est notre concupiscence, cette loi que nous sentons en nos membres, qui combat contre la loi de notre raison et contre l'esprit. Les <Euvres de la chair sont l'impudicité ®, l'idolâtrie, les haines, les homicides, les excès de bouche, et tous les autres péchés qui excluent du royaume de Dieu. Par la septième demande , nous prions Dieu « de nous délivrer du mauvais, >» c'est-à-dire du démon, ou « du mal, » c'est-à-dire

' 1 JOAM. 1,8.— * MaTTH. XVIII. — 3 JOAX. I, 11. — * JOAN.

III, 19. — » JoAN. XVII, 9, 17. — 6 Rom, VII, 30. — Col, V, 17.

-de tous les maux de l'esprit ou du corps, mais principalement de tout ce qui peut nuire à notre salut. C'est principalement dans les occasions de tentation que nous devons dire TOraison dominicale avec une grande foi; et •comme c'est la plus excellente de toutes les prières, l'Église nous la met à la bouche à toute iieure, nous la faisant répéter plusieurs fois à toutes les parties de son office. En effet , nous ne pouvons faire de prière qui ne s'y rapporte, et toutes les autres ne servent qu'à exprimer en diverses façons ce qui est renfermé en abrégé dans celle-ci.

Leçon XVH. — De TAve, du Credo, du Coufiteor et de Voffice de VÉglise.

De toutes les prières qi^e nous faisons aux saints, la plus excellente est la Salutation angéiique ou VAve Maria^y pour demander l'assistance de la sainte Vierge. Elle est composée des paroles de Tange et de sainte Elisabeth^ rapportées dans l'Évangile , à quoi l'Église a ajouté une courte prière, où elle la reconnaît mère de Dieu. C'est aussi une manière de prier que de réciter le Credo y puisque c'est adorer Dieu et l'honorer que de témoigner que nous lui soumettons notre raison * et que nous captivons notre entendement sous l'obéissance de Jésus-Christ. C'est encore une excellente prière que le Confiteor , par lequel nous nous reconnaissons pécheurs devant Dieu, en présence de toute la cour céleste. Nous confessons que nous avons péché « par notre faute ; » nous le répétons trois fois, ajoutant à la dernière fois, « ma très grande faute, » pour montrer que nous ne cherchons point d'excuse , que notre regret est fondé sur ce que nous avons péché purement par notre faute , et confesser que Dieu nous donne tout le secours nécessaire pour ne point pécher. En même temps nous frappons notre poitrine, comme pour nous

« Luc, I, 28, 42. — » 2 Cor. X.

570 GBAND CATÉCHISME HKHIRIQUE.

punir nous-mêmes , et nous demandons ^rdon à Dieu , implorant l'intercession de tous les saints et des fidèlesavec lesquels nous prions. Ces quatre prières, PiUer, Ave^ Credo et Canfiteor, doivent être souvent à la bouche de& chrétiens ' ; il les faut dire tous les jours, au moins le matin et le soir, et les avoir encore plus dans le cœur que dans la bouche. Il est boa de les dire eo biim avec l'Église ; mais il faut aussi les savoir en français, et en eoftendre bien le sens. Pour prier avec pins d'élendue , les meilleures prières sont les psaumes et les autres onUques tirés de rÈcrilure sainte. Ce sont les sentiments que le Saint-Esprit a inspirés à David et aux autres prophètes, et les paroles qu'il leur a dictées. Afin de s'en entretenir le plus souvent qu'il est possible , TËglise en a composé son office, distribué de trois heures en trois heures, pour toutes les parties du jour et de la nuit. Cet office mence à Vêpres , c'estnà-dire au soir, suivant Ta loi % environ les six heures et le coudier du soleil. Trois heures après viennent les Complies, pour demander à Dleo sa protection pendant le sommeil ; à minuit les Nocturnes^ qui est la plus longue partie de l'office, pour emph»yer en prières une partie de la nuit; les IfaUneson Laud^, au chant du coq, avant le point du jour; Prime après le sck leil levé, sur les six heures du matin, pour demander à Dieu de bénir nos occupations pendant la journée; Tieroe à neuf heures, pour honorer la descente du Saint-Esprit sur les apôtres ; Sexte à midi , en mémoire du temps où Jésuâ-Christ fut à la croix; None à trois beuras appès midi, qui est l'heure de sa mort; Vêpres à l'henre qu'il fut mis dans le sépulcre. Cet office est institué pour Ums les chrétiens qui ont la commode d'y assister ou de k réciter en particulier, quoiq^ue les dercs et les moÎDes f soient particulièrement oi^gés.

« i>K Symbol. — Auo. Nom. 42 ex 60. — » LeviL XXIII, 32.

Leçon XVIII. — Des autres prières.

L'Église a reçu depuis longtemps Tusage du chapelet, ou couronae de la sainte Vierge, autrement nommé rosaire, comme étant un chapeau de fleurs spirituelles. Il fut d'abord institué pour ceux qui n'avaient pas appris les psaumes et ne savaient pas lire, afin qu'ils pussent réciter le Pater et VAve un certain nombre de fois, à chacune des heures de l'office. Les sept Psaumes de la Pénitence sont ceux dont l'usage est le plus fréquent ; ils ont été choisis pour exprimer les sentiments d'un pécheur véritablement converti', et on les récite souvent pour les morts, parceque les prières que l'on fait pour eux servent à suppléer à leur pénitence. 0& y joint les litanies, pour implorer les su|ûrages de tous les sainls,* et toutes ces pcières sont autorisées par l'usage public de TËglise. D^ puis eavirûB deux ocsts ajss, la coutume s'est introduite de soaiier trois fois le jo«r, pour avertir les fidèles de prier le matin, à midi el au soir, et réeiter ï Angélus Domini €SB mémoire du mystère de l'Incaroation. Mais lés plus saintes et les plus aollientiques de toutes les prières sont celles qui accoBkpegpent le saint sacrifîce de la messe et l'admiaistratton des sacreiaents. Tous les fidèles, méine les laïiqaes, doivent être sotgneux de les entemtre , afin de joindre ktar intenlion à celle des prêtres. Il est encore très à propos d'entendre la bénédiction de la table , l'itiaéraire, la bénédiction de l'eau qui se fait tous les dimanclbes, la bénédiction dn pain,^ des cierges, des ornements, des images, des docfaes, du lit nuptial, des femmes relevées, et toutes les autres bénédictions et prières ecclésiastiques qui se font en diverses fêtes ou en diverses oecasiooS) composées par écAgrands saints des paroles de l'Écriture, et conservées par une ancienne tradition pour sanetiâer toates nos actions et l'usage de toutes les créa? tures. La prière la plus abrégée est^le signe de la croix.

Par les paroles: « Au nom du Père, et du Fils, et du

Saint-Esprit, » nous confessons le mystère de la Trinité:

et par le geste nous exprimons la croix , c'est-à-dire le

mystère de la Rédemption et celui de Flncamation dont il

dépend.

Leçon XIX. — De Voraison mentale.

Quoique Dieu n*ait pas besoin de nos paroles pour nous entendre, elles sont utiles pour arrêter nos pensées et nous rendre plus attentifs , et pour édifier les autres avec qui nous prions. Tout l'extérieur y sert aussi ; c'est pourquoi nous devons prier dans une posture modeste et respectueuse, c'est-à-dire debout ou à genoux; les mains jointes ou étendues , les yeux élevés au ciel , ou baissés à terre, ou arrêtés sur quelque image qui nous, excite à la piété, ou sur un livre de prières , et même nous tourner au l^vanl plutôt que d'un autre côté, suivant l'ancienne tradition, en mémoire du paradis, d'où nous avons été chassés. L'oraison vocale ou prière de la voix n'est guère utile si elle n'est accompagnée des pensées et de l'affection du cœur. Au contraire, on peut fort bien prier sans parler, lorsque l'on est attentif à penser à Dieu , à s'humilier devant lui, le remercier, lui demander pardon, former de bonnes résolutions, demander le secours de sa grâce et pour soi et pour les autres. C'est ce que l'on appelle oraison mentale, c'est-à-dire prière de l'esprit. C'est encore une espèce de prière que les bonnes œuvres et les souffrances ; puisque ce sont des preuves de l'amour de Dieu, qui est l'essentiel de la prière. Et c'est ainsi qu'il est possible de prier sans cesse , comme il nous est recommandé dans rÉcriture ^, puisqu'il est possible , et même facile , quand on aime Dieu, de se tenir continuellement en sa présence, non par une contention pénible d'esprit, mais par une sainte disposition de volonté ^ Or la prière est l'état le plus heu-

* Luc, XVIII, 8. — » .1 Thess. V, 7.

reux de celte vie, puisque tant qu'il dure nous sommes •unis à Dieu autant que nous en sommes capables. Leçon XX. — De lamour de Dieu et du prochain. Toute la loi de Dieu se rapporte à ces deux coramandeoients ' : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton <cœur , de toute ton âme , de tout ton esprit. » C'est là le plus grand et le premier commandement. Le second lui est semblable : a Tu aimeras ton prochain comme loimème, » Il est bien juste d'aimer Dieu *, puisqu'il nous a tant aimés le premier. Il aime tout ce qui est , et ne hait aucun de ses ouvrages s, puisque rien ne subsiste que par son amour. Lui, à qui le ciel et la terre appartiennent, a bien daigné s'abaisser jusqu'à nous et faire alliance avec nos pères *, les délivrer et les protéger par de grands miracles ^ et les instruire par sa parole. Enfin il nous a recherchés lorsque nous étions ses ennemis ^, et quoique tous les hommes fussent dans le péché, les Juifs aussi bien que les Gentils ', et qu'il n'y en eût pas un qui fit le bien, pas mémo un seul ; Dieu a tant aimé le monde ^ qu'il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu'il ait la vie éternelle 9. Il nous a comblés de bénédictions spirituelles; il nous a choisis avant la création du monde , et nous a prédestinés pour être ses enfants d'adoplion. Nous étions morts par nos péchés, lorsque par son excessive charité il nous a donné la vie ^^, nous a ressuscites avec Jésus-Christ eft nous a fait asseoir avec lui dans lo ciel. Nos pères étant Gentils étaient éloignés de Dieu et étrangers de ses promesses ; Jésus- Christ les a rapprochés , réconciliés à Dieu par sa croiÀ et incorporés à son Église. Il nous y instruit conti-* nuellement par sa parole et nous donne tous les jours son

> Matth. XXII, 37. — » JoAN. IV, 10. — 3 Sap. XI, 25. — « Deut. X, 4. — * Pi. CrV, CV. - 6 Bom. VI , 6. III ,10.-7 Ps. XIII. — « Jo.*.N. III, 16. — 0 Eph. I, 2. — 10 Eph. II, 4.

574 GRAND CATÉCHISME fflSTORIQTÎE.

propre corps pour notre nourriture % en attendant rhéritage incorruptible qui nous est réservé dans le ciel. Nous serions bien ingrats de ne pas aimer un Dieu si bon ; mais si nous 1 aimons nous devons aimer aussi tous ses ouvrages, et particulièrement les hommes, nos frères, ses images comme nous. Celui qui n'aime point son frère ^ qu'il voit , comment aimera-t-il Dieu qu'il ne voit point? Nous devons aimer notre prachain comme nous-mêmes. Or, nous ne devons nous aimer nous-mêmes que pour Dieu , nous conformant à l'amour qu'il a pour nous *, et ne désirant autre bien que celui qu'il nous veut faire, parcequ'il n y en a ])oint d'autre qui soit notre vrai bien. C'est ainsi que nous devons aimer notre prochain, ne lui souhaiter et ne lui procurer que le vrai bien , c'est-à-dire ce gui peut lui servir pour connaître Dieu et pour l'aimer de tout son cœur *. L'ordre de la charité est donc : « Aimer Dieu sur toutes choses, ensuite aimer en nous et en notre prochain l'âme qui est faite. à son image, et enfin le corps destiné à servir i âme. « La marque de l'amour de Dieu '*, c'est de savoir ses commandements et de les observer. • Leçon XXL — Du Décalogue.

Les dix commandements que Dieu donna aux Israélites sur le mont Sinaï*, lorsqu'ils sortirent d'Egypte , contiennent en substance ce qui suit : « ^'^ Je suis le Seigneur ton Dieu ; tu n'auras point d'autres dieux devant moi ; tu ne te feras «i idole ni aucune figure pour l'adorer; 2» Tu ne prendras point le nom du Seigneur ton Dieu en vain; 3" Souviens toi de sanctifier le jour du repos; A» Honore ton père et ta mère afin que ta vives longtemps; 5» Tu ne tueras point; 6<> Tu ne comnïettras point d'adultère: 7« Tu ne déroberas point ; 8* Tu ne diras point faux témoignage contre ton prochain ; 9° Tu ne désireras point

» 1 Petr I, 4. — » 1 JoAif . IV. — » AuG. Doel. cHrUL, 1, c. 10, etc. - » AUG. Docl. chrUt., I, c. 27. — * JoMi, XIV, 2!. — « Bxod, XX.

ia femme de ton prochain; 40<> Tu ne désireras point les t)iens de ton prochain. » Pour les retenir plus aisément on les a mis en rime comme il suit : « Un seul Dieu tu adoreras, etc. » On les appelle atitrement le Décalogue, c'està-dire les dix paroles; car ce sont les paroles que Dieu prononça ^vant toot le peuple, et qu'il donna à Moïse écrites sur deux tables de pierre. On croit que la première table contenait les trois premiers commandements, • qui regardent Dieu, et la seconde les sept autres qui re- ' gardent le prochain. Il était juste de commencer par nous instruire de ee que nous devons à Dieu, qui est premièrement Tadoration, surtout le culte intérieur, en esprit et en vérité; secondement, le respect pour son nom ; en troisième lieu, l'observation des jours qu'il s'est réservés pour Pexercice de la religion. Quant au prochain, le premier devoir est à l'égard des pères et des mères, puisque personne ne nous est i^us plus proche. Il faut que la vie des hommes soH en sûreté. Il faut assurer les mariages et la naissance des enfants , les biens , la réputation. Enfin il faut régler les désirs , qui sont la source de tous les crimes. Voilà Tordre des commandements. Quoique quelques uns soient affirmatiis, conçus en forme de précepte , les autres négatif ea feprme de défense , chacun néanmoins ordooae et défend quelque ehose.

Leqdn XXIi. — Ekt premier eommcmdement.

Le prenMer oomntamdeneBt ordonne de reconnaître xm I seul Keu, Fadorer et fe servir suivant la religion qu'il a I établie. B fent donc pour s'en acquitter penser souvent à [ Dieu, fmre des aeles fréquents de foi, d'espérance et de I charité, le prier et lui rendre honneur par nos discours i et par toutes le» marques extérieures de reHgion. Les péebés; contre ce cmmiKindement sont, premièrement, l'infîdéKlé, c'est-à-dire l'exercice d'une fausse religion, comme

' l'idoJétrie, qm consiste à adorer Dieu so«s une forme

576 GRAND CATÉCHISRIË HISTORIQUE.

corporelle, croyant qu'il est tel en effet, ou à adorer la créature pour Dieu ; le judaïâme, qui fait adorer Dieu avec les mêmes cérémonies que si le Christ n'était pas encore venu; Thérésie, qui, sous le nom de christianisme, s'attache à quelque erreur condamnée par rËglise; la superstition, qui fait pratiquer sous prétexte de religion cq qui n'en est point; la magie, le sortilège, la divination, par quelque moyen que ce soit ; l'impiété, qui combat la religion sans prétendre en établir d'autre ; eniin l'irréligion, c'est-à-dire Tindifférence des libertins qui vivent comme s*il n'y avait ni Dieu ni religion. Tous ces péchés attaquent la foi. Contre l'espérance on pèche par le désespoir ou la défiance du secours de Dieu, ou par la trop grande confiance eu nous et la présomption de nos forces. Or, quoique la charité, par laquelle nous accomplissons les commandements de Dieu, suppose la foi et l'espéranee, toutefois elle les fortifie, et on ne peut aimer Dieu que l'on ne se plaise à exercer ces vertus et à méditer les vérités qui en sont les objets. On pèche contre la charité en particulier par l'attachement aux créatures, qui nous porte à la haine et au mépris de Dieu même, sans nous en apercevoir; et conAme ces péchés sont les sources de tous les autres, on peut dire qu'il n'y a point de péché qui ne viole en quelque façon ce premier commandement. L'honneur que nous rendons aux saints ou à leurs images n'a rien qui y soit contraire, non plus que celui que nous rendons au roi, à ses officiers et aux marques de leur dignité. Nous ne rendons tous ces honneurs aux créatures que par rapport à Dieu et pour l'honorer en elles. Nous honorons donc les saints comme les amis de Dieu, plus dignes d'honneur sans comparaison que tous les grands de la terre. Nous implorons leur secours et nous nous recommandons à leurs prières comme à celles des hommes vivants dont nous estimons la piété. Nous rendons grâces à Dieu de leurs victoires

qu'il a couronnées ', et nous reconnaissons que tous leurs mérites sont fondés sur le mérite infini de Jésus-Christ. Quanta leurs images, elles ne servent qu'à nous faire souvenir d'eux; les génuQexions, les révérences et les autres actions extérieures ne sont que des signes des sentiments que nous avons pour les originaux, et l'esprit dans lequel nous les faisons est suffisamment exprimé par les termes dont nous usons dans nos prières. Les images qui représentent les personnes divines sont tirées de l'Écriture sainte. Dieu s'accommodant à notre faiblesse a quelquefois apparu à ses prophètes* sous la forme d'un vénérable vieillard, pour signifier en quelque manière son éternité, et pour nous faire entendre que son Saint-Esprit est l'esprit de douceur et de paix ^ il l'a fait paraître sous la forme d'une colombe.

Leçon XXIII. — Du second commarulement.

Le second commandement nous oblige à honorer le nom de Dieu en l'invoquant et lui rendant les louanges qui lui sont dues '. Ou l'honore aussi par des vœux, qui sont des promesses que l'on fait à Dieu de faire quelque bonne œuvre à laquelle on n'est pas obligé, comme de vivre en continence ou en pauvreté. On rend encore honneur au nom de Dieu en le prenant à témoin de la vérité, par les serments qui se font avec respect et religion % comme lorsque les princes jurent des traités de paix et d'alliance, et lorsque les officiers prêtent serment à leur réception, ou que les particuliers font serment en justice. Mais les hommes méchants et menteui*s abusent souvent de ce moyen d'assurer la vérité, en assurant avec serment des faussetés, en joignant des serments à des vérités peu importantes, ou s'en servant pour marquer de la colère et pour se rendre terribles, ou les mêlant à leurs discours

' Conc. Trid. sess., 22 , c. 26. — » Dan. VII , 9. — ^poc. IV, 2. — ? Luc, III, 21. — 4 Num. XXI. — 5 Deul, X.

578 GRAND CATÉCHISME fflSTORIQUE.

sans aacon sujet. C'est pourquoi ce précepte nous défend de prendre le nom de Dieu « en vain, » c'est-à-dire de foire aucun serment que dans les occasions très importantes. Notre Seigneur ajoute dans TÉvangile : cr Et moi je vous dis de ne point jurer du tout *, » c'est-à-dire de votre autorité privée et hors les occasions publiques, comme les trois qui ont été marquées; car tout serment est une impiété, s'il n'est pas un acte de religion. Or, dans les rencontres où le serment est légitime S c'est un grand péché de jurer faussement ou ne pas accomplir ce qu'on a promis avec serment, et c'est ce qui s'appelle parjure 5^. C^est aussi un péché de promettre avec serment quelque mal, mais ce serait un second péché de l'exécuter. Un autre grand péché contre ce commandement est le blasphème; c'est à proprement parler toute parole injurieuse, à Dieu, et Ton peut mettre en ce rang tous les serments qui ne sont en usage que parmi les méchants et les insolents, et dont on ne se sert point en justice, car ces serments témoignent un mépris manifeste de Dieu. Les blasphèmes les plus criminels sont ceux qui attribuent à Dieu d'être auteur du mal, ou quelque autre qualité indigne de lui, surtout s'ils sont dits arec connaissance et réflexion. Ce sont aussi des blasphèmes mje les paroles qui attaquent la sainte Vierge ou les autripsanits, parceque les injures qu'on teur fait retournent contre Dieu même, comme les honneurs qu'on leur rend se rapportent à Dieu. On pèche à l'occasion du TCBu en plusieurs manières : en faisant vœu de quelque chose mauvaise ou légère, en vouant témérairement, en n'accomplissant pas le vœu bien fait ou le différant sans grande cause, en accompagnant le vœu de quelque superstition.

Leçon XXIV. — Du troisième commandement. « Souviens-toi de sanctiier le jour du sabbat. » Ces pa-

« Matth. V, 34. — » 2eri7. XIX, II. - ' Ps. XIV, 5.

rôles, « souviens-toi, » marquent que ce n'était pas un nouveau précepte du temps que Dieu donna la loi écrite, et qu'il s'observait dès le commencement du monde. Sabbat signiBe repos, et la sancliûcation de ce jour est ordonnée pour honorer le repos de Dieu ; car après qu'il eut créé le monde en six jours * il est dit qu'il se reposa le septième, non qu'il fût fatigué, puisqu'il avait tout fait par sa parole, ni qu'il ait alors cessé d'opérer, puisqu'il opère encore, conservant sans cesse ses ouvrages, mais pour montrer qu'il cessa de produire des créatures nouvelles 2. Sous l'ancien Testament, le jour du repos était le septième jour<, c'est-à-dire le samedi, que les Juifs observent encore. Mais sous le nouveau Testament nous honorons le huitième jour ou plutôt le premier de la création, parceque ce fut en ce jour que Jésus-Christ, après avoir uni ses travaux, commença par sa résurrection d'entrer dans son repos éternel. Nous le riommoiïs dimanche, c'est-à-dire le jour du Seigneur ». La manière de sanctifier ce jour est de le donner tout entier aux actions de religion et au service de Dieu. Tout notre temps et toutes nos actions lui sont dus comme à notre Créateur et noire Rédempteur; mais comme il a condamné les hommes au travail *, et fait que la plupart ne peuvent vivre que par le travail continuel, il a donné six jours pour les besoins du corps ^ et pour*tt| affaires temporelles^ et n'en a réservé qu'un pour son service et pour nos besoins spirituels; encore le corps emporle une bonne partie de ce jour, par le sommeil, les repas et quelque relâchement nécessaire à la santé ^. Il faut donc en donner à Dieu le plus que nous pouvons, nous occuper à la prière, à la lecture de l'Écriture sainte et des livres de piété, assister à la messe et à l'office de l'Ëglise, écouter les sermons et les autres instructions qui s'y font, penser

» Gen. II, 3. — » JoAJf . V, 17. — « Afoc. I, lu. — ♦ Gc«. III, 17. — * Exod, XXXV. — 6 AcL XX, 7.

sérieusement à notre salut et mettre ordre à notre conscience, recevoir la sainte eucharistie* ou nous y disposer, faire des aumônes, visiter les malades et les pauvres; enfin remplir cette journée d*exercices de religion, dont les plus essentiels sont les actes fréquents de foi, d'espérance et de charité. Il faut s'abstenir ce jour-là de tout ce qui est incompatible' avec ces exercices : premièrement, de tout travail corporel, pénible ou mécanique, de toute marchandise, de la poursuite et du jugement des procès, et de toutcaffaire temporelle, autant qu'il se peut; secondement, des grands divertissements, copime la chasse et les jeux qui occupent un grand temps et dissipent trop Tesprit; en troisième lieu, de l'ivrognerie, des d«inses déshonnéfes, et jrénéralement de tout ce qui est péché. Car quoiqu'il le faille éviter tous les jours, il faut en être bien plus soigneux le jour qui est consacré à Dieu et où les tentations sont plus grandes, à cause du loisir et des assemblées. L'Évangile étant une loi d*amour, nous n'observons pas ce repos avec scrupule comme les Juifs, et nous croyons pouvoir f^ire tous les travaux que demande la nécessité ou la charité s; car Jésus-Christ nous a appris qu'il est permis de faire du bien le jour du repos, et qu'il est le maître de ce jour comme des autres. Sous ce commandement est comprise l'observation des fêtes que l'Église a instituées. Leçon XXV. — Du quatrième œmmandement.

« Honore ton père et ta mère, afin que tu vives longtemps sur la terre que le Seigneur ton Dieu te donnera *. » C'est le premier commandement qui soit accompagné de promesse. Cette vie dans la terre promise est l'image de la vie éternelle, et il est juste que ceux-là vivent qui sont reconnaissants envers ceux dont ils ont reçu la vie. Chacun doit donc honorer son père et sa mère^ se souvenant qu*il

' Cor. XVI, I. — a Is. XVIII, 13. — 3 Luc, VI, 90. — * Eph. VI, 2.

ne serait pas au monde sans eux \ qu'il a coûté à sa mère de grandes douleurs, et à Tun et à Tautre beaucoup de peines et de soins pour le nourrir et l'élever. Tant qu'il est jeune et soumis à leur conduite par la loi, il doit leur obéir, écouler leurs .instructions, en profiter et souffrir leurs corrections, considérant qu'il n'est pas encore capable de se conduire lui-même. Pendant tout le reste de la vie un fils doit continuer à respecter son père et sa mère, les secourir dans tous leurs besoins, les faire subsister s'ils sont pauvres, supporter leurs infirmités s'ils sont vieux. Tous les péchés qui se peuvent commettre contre le prochain deviennent beaucoup plus grands quand ils attaquent les parents. Les pères et les mères, de leur côté, sont obligés par ce même commandement à nourrir et entretenir leurs enfants jusqu'à ce qu'ils soient en état de subsister par eux-mêmes; à les instruire principalement des devoirs de la religion ; les corriger, mais avec amour et discrétion, saDS les contrister excessivement ni leur abattre le cœur; leur donner bon exemple. La plupart des maux de l'État et de l'Église viennent du mépris de ce commandement ; les enfants mal élevés deviennent des hommes indociles et vicieux qui élèvent mal leurs enfants ; au contraire la bonne éducation se perpétue dans les familles. Sous le nom de pères sont compris tous ceux que Dieu a établis audessus de nous, les évêques et les prêtres, particulièrement les pasteurs, de qui nous avons reçu la naissance spirituelle par le baptême, et la nourriture par les autres sacrements et par la parole de Dieu % et qui veillent sur nous pour rendre compte à Dieu de nos âmes. Nous devons aussi regarder comme nos pères * les princes, les magistrats, et tous ceux qui exercent sur nous la puissance publique. Qui résiste à cette puissance résiste à l'ordre de Dieu *; et

' Eccl. III, 3, etc. VII , 109. — Tob. IV, 4. — > Heb, XIII , 17. — 3 Rom. XIII, 2, 5. — ♦ 1 Pbtr. III, 13.

il faut obéir aux lois, non seulement par la crainte de la peine, mais par obligation de conscience ^. Il en est de même des serviteurs à Tégard de leurs maîtres ; ils doivent leur obéir avec crainte et simplicité de coeur 2, non pas comme à des hommes à qui ils veuleni plaire, ne les servant bien que quand ils sont sous teurs yeux, mais du fond du cœur, comme faisant la volonté de Dieu et attendant la récompense de lui. Les aialtres, de leur côté, doivent les traiter avec justice et avec douceur, considérant qu'ils ont aussi un mattre dais le cieL

Leçon XXYl. — Du cinquième eommandement. Le cinquième commandement défend de tuer, c'est-à-; dire de procurer la mort des hommes en quelque manière que ce soit, parcequ'ils sont nos frères et les images de Dieu. On pardonne Thomieide involontaire, quoique ce soit toujours un grand mathevr, mais le meurtrier de gueCapens est digne de mort, a Vous l'airacherezde mon autel, dit Dieu ' dans la loi, pour le foire mourir. Tous ceux qui prendront le glaive, dit Jésus-Christ \ périroitt par le glaive. » 11 est toutefois permis aux juges de faire mourir, suivant les loi», cens qui ont commis de grands crimes, nfîft de mettre en sûreté les ^ens de bien-; et par la même raison il est permis de tu^ les ennemis de TËtat en guerre légitime, obéis6aB4; à son prince. Même un partieulfer étant attaqué peut tuer celui qui est prêt à lui ôter la vie, s*ii D a point d'autre moyen de se défendre ^ Mais il n*est

« Bph.\î, 6, etc. — » CWot«. 111,22.— Jt/. II, 9.— 3 Gtf». IX, 6.— Num. XXXV, e.—Deui. XIX, 3.—Exod. XXI, U.— * Matth. XXV, II.

' Bana quelques éditions on aaupprimé cette phrase, comme contraird au précepte de la chaiité, qui nous oblige de donner iiotre'vie pour le salut de nos frères; car il est certain que si nous tuons celui qui attente à notre vie, nous le privons de la grâce du salut, au lieu que nous lui en laiasom la ressource en nous abstenant de le tuer ; et en hn en laissant ainsi la ressource au péril même de notre vie, nous i noire propre salut par le martyre de la charité.

{/ioU deê anciens édilevrs.)

GRAND CATÉCHISME flfSTORIQVE. 563

jamais permis de se venger ; Dieu s'est réservé la vengeance, et iJ a établi des princes * et des magistrats pour l'exercer sur la terre. De là vient que le duel est un grand crime, parceque le particulier y cherche à se faire justice à luimêoie, et d'ailleurs il expose sa vie iémérairennent. Or, nous ne sommes pas à nous, mais à Dieu ^ ; il ne nous est point permis d'attenter contre notre vie, sous'quelque prétexte que ce soit; il Haut attendre en patience que Dieu nous retire de dessus la terre ' où il nous a mis. Ce com* mandement défend aussi tout œ qui tend à la mort, conime de blesser ou de frapper *. Il défend la haine ou la colère, qui en est la source, et tout ce qu'elles^produisent, comme les injures de paroles, les affronts, les querelles et les di&* putes trop aigres ; au contraire, il ordonne de conserver, autant qu'il nous est possible, la vie et la santé de noire prochain, même de ceux qui nous haïssent. On rapporte à ce commandement le scandale, qui est ccmime un meurtre spirituel par lequel on tue Tame du prochain, la faisant tomber dans le péché. Ainsi un ecclésiastique scandaleux est celui qui, par sa vie déréglée, donne occasion aux laïque» de vivre mal à son exemple. Ainsi ceux qui apprenn^t à des enfants le mal qu'ils ignorent, ceux -qui composent ou débitent des livres pernicieux, les femmes qui se parent pour se faire aimer, tous ceux-là donnent scandale et participent aux péchés de ceux qui le prennent. Ce péché est si grand que Jésus-Christ dit^ « qu'il vwidrat mieux être jeté avec une pierre au cou au fond de la mer que de scandaliser le moindre des Bdèteft»^

Leçon XXVII. •— Du $%xièjm wm$MmdemmU Le sijùème commandement défend aux créatures raisonnables d'imiter les bêtes sans raison, qui se mêlent indifféremment ^, et d'abuser pour le plaisir de ce que Dieu a

' iîoTO.Xir,ll.XIir, 5. - » 2 Cor. VI, 20. — - Exod. XXI,28,etc; — 4 Matth.V, 21.— '-> Matth.VIII,€.— c Tiiom.IX, 13. VI, 17. VII, 9.

sagement institué pour la multiplication du genre humain. Car Touvrage de Dieu est bon en toutes ses parties ; il n'y a rien de mauvais ni de honteux que le péché et la concupiscence ', qui nous porte à user de nos corps contre la volonté du Créateur. En défendant Tadultère * il défend aussi rinceste, la fornication et toutes les autres espèces d'.impudicités qui sont défendues nommément en divers endroits de la sainte Écriture, pour montrer combien elles sont abominables devant Dieu, mais dont il ne devrait pas même être mention parmi les chrétiens, hors la nécessité de les condamner. Il suffit de savoir que rien n'est permis, sinon dans les saintçs règles du mariage. Les plaisirs criminels sont la source de plusieurs maux très sérieux ^ : de maladies incurables, de dissipation de biens, de haines mortelles, de jalousies, de mauvais ménages entre les maris et les femmes, d'abandonnement des enfants, de suppositions de part, d'avorteroents , d'empoisonnements, de meurtres, de toutes sortes de crimes. Pour éviter la débauche Dieu défend aussi tout ce qui y mène, toutes les actions, les attouchements, les regards et les paroles déshonnêtes, même jusqu'aux pensées arrêtées et délibérées. £u cette matière * bien plus qu'en aucune autre, il faut être soigneux de fuir les occasions de péché, qui sont loisiveté, la curiosité, la compagnie des débauchés, les excès de bouche, les danses ', les assemblées profanes d'hommes et de femmes, la parure, et généralement l'amour de tous les plaisirs sensibles. Il nous est donc commandé de vivre chastement*, considérant que Dieu nous voit toujours et qu'il n'y a point de ténèbres pour lui; que nos corps sont les temples du Saint-Esprit, consacrés par

* Grec. Nrss. Or. Catech.,e. 28. — » Gen. XXVIII, 10. — Levit. XVIII. — Eph. IV, 31. — 3 Pror. II, 18, 19. V, 4, etc. VI, 32, etc. VII, 23, IX, 18. — 4 EzKCii. XVII, 49. - 5 2 Cor. V, 9. — Eph. V, 18. — Is. III, 16. — 1 Pbtr. II r, 3. — g Ps. CXXXIII, 12.

i le baptême et la confirmation, et encore plus par la sainte I eucharistie, et que nos membres sont les membres de t Jésus-Christ*. Or qu'y a-t-il de plus horrible que de faire ! <les membres de Jésus-Christ les membres d'une personne , infâme, en devenant un même corps avec elle? Pour I acquérir ou conserver la chasteté nous devons mener une , vie réglée, occupée, laborieuse «, sobre et mortifiée, et I nous souvenir qu'il faut porter notre croix tous les jours , , et que cette vie n'est pas le temps du repos et de la joie, mais du travail. Le principal moyen pour obtenir de Dieu le don de continence ' est la prière.

Leçon XXVHF. — Du septième commandement. Le septième commandement défend le vol , le larcin , l'usure , la concussion , et généralement toute usurpation du bien d'autrui , par fraude ou par violence. Car, puisque les hommes sont convenus du partage des biens et ont fait des lois pour régler les manières de les acquérir et de les conserver, comme nous en profitons pour jouir de nos biens en sûreté , il est juste d'observer ces lois , et nous en devons aussi laisser jouir les autres sans nous servir de notre force ou de notre adresse pour les en priver. Que si quelque chose nous manque, il faut nous appliquer à l'acquérir par les voies légitimes , par le travail , le trafic , le service. L'usure est le profit que l'on tire d'un prêt, se faisant rendre plus qu'on n'a prêté. La concussion est l'abus qu'une personne puissante fait de son autorité pour usurper ou retenir le bien d'autrui. Le larcin domestique est le plus criminel, à cause de la confiance qu'il est nécessaire d'avoir à ceux que l'oq tient dans sa maison , et il n'est pas permis de prendre secrètement, sous prétexte de se récompenser du tort que l'on prétend avoir souffert. II n'est pas seulement défendu de prendre, il est ordonné de restituer ce que l'on a de mal acquis, et il faut le restituer

» 1 Cor, VI, 1. — » Luc, IX, 23. — 3 Sap. VIIT, 2.

â86 GRAKD CÀTÉCHiSME HiSTOMQUE.

le plus tôt que Ton peut, paiceque ]e garder iojustemeDt est comme le prendre de nouveau. Ce commandement oblige aussi à payer exactement les journées * des pauvres mercenaires ; les retenir, c'est retenir leur sueur , leur sang et leur vie, et c'est un crime <}ui crie vengeance devant Dieu. Ce commandement oUige à payer toutes les dettes , et défend par conséquent de s'endetter , si on ne voit pas comment on pourra satisfaire. De là s'ensuit que chacun doit ménager le bien que Dien loi a donné en bénissant son travail ou celui de ses pères , et le conserver soigneusement *, a6n d'éviter l'indigence, qui est la source ordinaire de l'injustice. Mais, d*an autre côté , il iaut fuir l'avarice et le désir d'acquérir Uwyoïus sans mesure, bannir le luxe et modérer notre dépense , afin d'avoir de quoi donner; car ce commandement aous oblige encore à iaire l'aumàne à ceux qui n'ont {las le nécessaire, principalement s'ils ne peuvent ea gabier. « Que oelui qui dérobait, dit saint Paul ^ , ne dérobe plus, mais plutôt qu'il travaille , faisant de ses mains quelque obose de bon , afin qu'il ait de quoi donner à celui qui souffipe nécessité. »

Ljsçon XXIX. — De$ trais dernier» commandements.

Le huitième commandement défend premièrement le £aux témoignage porté en justice pour faire condamner un innocent. Il défend aussi toute calomnie, c'<ist-à-dire toute fausse accusation , tout discours par lequel on impose à quelqu'un ce qu'il n'a pas iait. De plus, toute médisance ou détraction par laquelle on ruine ou on diminue la réputation du prochain *, en publiant le mal qu'il a faiij. mais qui n'était pas connu , et surtout les mauvais rapports, faux ou vrais, qui tendent à mettre la division entre les parents ou les amis. Il ne nous est permis de parler du mal qu'a fait le prochain que lorsque la charité nous y

» Levit. XTX, 73. — Ps XXXTI, 21. — ' Prov. XXV. — 3 Bph^ IV, 28.-4 Lepii. KIX, 16. — Prav. XX YI, 22.

oblige ' , ou pour procurer sa correction, ou pour la sûreté de celui à qui il pourrait nuire; car nous devons plus à rinnocent qu'au coupafc^e. Il défend encore le mensonge, «'est-à-dire toute parole dite à dessein de tromper», en faisant entendre le contraire de notre pensée. Il nous est donc ordonné de dire toujours la rérité ^. Aussi sommesnous les membres les uns des autres, qui, par conséquent, devons avoir une charité réciproque, et la parole n'est instituée que pour signifier ce que nous pensons. Or nous ne devons avoir que des pensées raisonnables \ et par conséquent ne parler que quand il est à propos. La mu^ titude des paroles n*est pa» sans péché, et nous rendrons compte au jugement de Dieu de toute parole oiseuse ^ Il fottt donc aimer le silence. Nous devons encore procurer ta concorde et rimica entre tous les hommes ; car ceux qui procurent la paix , dit Jésus-Christ, sont appelés ks enfants de Dieu «. » Noms devons réparer, autant qu'il est possible , le tort que nous avons fôit an prochain par toi» ces péchés de paroles; mais eette réparation est très difficile. Enfin non& devons éviter tes jugements téméraires, qui sonit la source la plus ordinaire des médisances ^ Les deux derniers commandements condamnent les mauvais désirs; le neuvième défend de désirer ce que le sixième défend de commeltre, c'e&t--à-dire tout plaisir déshonnéte, ho«^ le seul cas du mao'iage'. «Quiconque regarde une femme pour la désirer, dit le Sauveur^, a déjà commis Fadultère dans son coeur, » Ce n'est pas seulement le desîr formé qui est péché, c'est encore la pensée, quand on s'arrête volontairement à y prendre plaisir ou que l'on néglige de s'en détourner. Il ne vous est pas même permis de désirer la femme d'autrai, dans le cas où elle pourrait

I rxod. XXIII, 7. — Basil. Ragul. bremor, 25. — » Eecl. VII, 24. — 3 jEpk. IV, 25. — 4 Phil. IV, 8. — ^ Prov. X, 19. — Mattii. XII, 36. — « MattS. y, 6. — 7 Matth. VII, 1. — » MaTTH. V, 2.

devenir la vôtre , comme sous l'ancienne loi en cas de divorce , et à présent en cas de mort , parceque , nourrissant ce désir , il serait facile d'aller plus loin et de désirer la mort du mari ou Tadultère. Le dixième commandement se rapporte au septième , et nous défend tout désir du bien d'autrui , de sa maison , de sa terre , de ses bestiaux , de ses meubles , et généralement de tout ce qu'il possède , si ce n'est pour l'acquérir par des voies légitimes et de son consentement. Nous ne devons former autres desseins sur les biens d'autrui que ceux que nous trouverions bon que les autres formassent sur nos biens.

Leçon XXX. — Des désirs.

Les deux derniers commandements assurent l'observation de tous les autres, coupant la racine de tous les péchés, qui est la concupiscence; on ne fait mal que par \e désir du plaisir , de Targent ou de l'honneur. Le désir du bien d'autrui , ou le déplaisir de sa prospérité , cause l'envie qui nous porte à la médisance et à la calomnie ; il n'y a guère de faux témoins qui ne soient gagnés par argent. Ce qui fait ordinairement attenter sur la vie du prochain , c'est que nous voulons avoir son bien ou ôter un obstacle à notre plaisir ou à notre gloire. Les mêmes raisons portent à mépriser le père et la mère , et quelquefois à les haïr ou à souhaiter leur mort. C'est le désir du gain qui fait travailler le dimanche , et c'est l'amour du plaisir qui empêche de l'employer saintement. C'est l'intérêt qui fait faire les faux serments. En6n ce ne sont que les passions déréglées qui détournent du service de Dieu et qui éteignent la charité. Ainsi ôtant de notre cœur les désirs que condamnent les deux derniers commandements, nous nous mettons en état de pratiquer facilement tous les autres. Or, nous ne desirons point les choses que nous croyons impossibles, et nous devons compter pour impossible tout ce qui est contraire a la volonté de Dieu , quoique nous ayons la li-

berté de le faire, parcequ'il est impossible au moins d'éviter ensuite sa vengeance. Mais le meilleur moyen pour éviter le péché est de tendre autant qu'il nous est possible è acquérir les vertus et la perfection chrétiennes. « Soyez parfaits, dit Jésus-Christ*, comme votre Père céleste est parfait. » Ce n'est qu'en nous humiliant profondément que nous éviterons l'orgueil et l'ambition. Il faut mépriser les plaisirs permis pour éteindre le désir des plaisirs défendus. Pour ne point désirer le bien d'autrui, le plus sûr est de n'être point attaché à celui que nous possédons légitimement, et pour arriver à ce détachement il faut penser souvent à la mort et à la vie future. « Le temps est court, dit saint Paul « ; il reste que ceux qui ont des femmes soient comme s'ils n'en avaient point; ceux qui pleurent, comme s'ils ne pleuraient point; ceux qui se réjouissent, comme s'ils ne se réjouissaient point; ceux qui achètent, comme s'ils n'acquéraient point ; ceux qui se servent de ce monde , comme s'ils ne s'en servaient point ; car la figure de ce monde passe. » Et ailleurs : « Ceux qui veulent devenir riches tombent dans les tentations et les filets du diable , et dans plusieurs désirs inutiles et nuisibles qui précipitent les hommes dans la perte et la damnation ; car l'avarice est la source de tous les maux. » Et c'est ce que Jésus-Christ dit lui-même ' , que « pour le suivre il faut renoncer à son père , à sa mère, à sa femme, à ses enfants, à tout son bien. » Non qu'il soit nécessaire de tout quitter réellement, mais parcequ'il est nécessaire d'en détacher son affection pour n'aimer que Dieu seul et les créatures suivant son ordre. Il faut donc modérer tous nos désirs, hors celui de bien faire et de plaire à Dieu , qui ne peut jamais être assez grand.

» Matth. V, 48. - a l Cor. VI. — 1 Tim. VI, 6. — 3 Luc, XIV, 16.

Leçon XXXI. — Des troi$ premiers commandements de VÉglise.

Nous sommes encore obligés à observer les commandements de rËglise , en vertu du commandement de Dieu d'honorer notre père et aoire mère ; car l'Église, la Jérusalem céleste ^ , est notre mère, et ses commandements ne sont autre chose que de saintes pratiques, reçues par une tradition continuelle depuis les temps apostoliques et conservées par l'autorité de tous les Pères et les pasteurs , dont on a enfin été obligé de faire des règles dans les derniers temps , pour marquer ce que devaient au moins faire les chrétiens. On en compte ordinairement six, que l'oq a mis en rime en cette sorte : a Les dimanches messe ouïras, etc. » Le premier est donc d'entendre la messe les dimanches et les fêtes commandées. Les chrétiens doivent prier souvent et assister aux prières publiques de VÈgUse, autant que leur commodité le permet ; mais comme la plupart sont occupés les autres jours de travaux et d'affaires qui leur laissent peu de loisir, l'Église a réduit l'obligation extérieure au dimanche et à la partie la plus essentielle de l'office, qui est la messe; et quoiqu'elle désire que l'on entende la messe haute et solennelie, elle se contente au besoin de la messe basse, pourvu qu'on l'entende avec grande attention, s'unissant, autant qu'il se peut, à l'action du prêtre et à l'int^tion de FËglise. Son second command^Bent est de confesser tous ses péchés à son propre prêtre ^ au moins une fois l'année. L'ÉgUse* sâSf" que ceux qui ne font que des péchés légers s'approchent des sacrements assez volontiers; et pour ceux qui négligent leur conscience, elle a craint avec raison, voyant la corruption des derniers siècles , qu'ils ne fussent capables de croupir dans l'état du péché mortel pendant plusieurs années. Elle a donc jugé à propos de les exciter par un

■ Gai. IV, 26. — > Conc. Laler. 1215, cap. Omnis tUriusque sex.

GRAND CATÉCfflSME HISTORTQUE. 591

commandement exprès et par la menace de l'excommunîcation. L'Église n'a point marqué de temps pour le sacrement de pénitence , parcequ'on doit chercher à se relever sitôt que Ton est tombé dans le crime, comme il est écrit: « Ne tardez point à vous convertir au Seigneur ^ , et ne différez point de jour en jour*. » Elle a ordonné de se confesser au prêtre propre, c'est-à-dire à l'évêque, au curé, ou à quelque autre commis par eux, afin que les pasteurs » puissent connaître le troupeau dont ils doivent rendre compte à Dieu. Le troisième commandement de l'Église est de recevoir le saint sacrement de rEucharistie au moins une fois Tan, vers la fête de Pâques et en sa paroisse. L'Église souhaiterait que l'es chrétiens communiassent toutes les fois qu'ils assistent à la messe*, et par conséquent au moins tous les dimanches; mais comme il ne faut s'approcher de ce sacrement qu'après s'être bien éprouvé, elle a eu égard à la tiédeur des derniers temps et ne les a obligés à s'en approcher qu'une fois Tannée ; mais elle n'a pu souffrir qu'ils s'en privassent plus longtemps , puisque Jésus-Chrrst a dit * que l'on ne peut vivre sans ce pain céleste. L'Église a choisi pour ce devoir Fes jours les plus saints après la préparation du carême , lorsque l'on fait la mémoire de la Passion de Jésus-Christ et de l'institution de ce sacrement , c'est-à-dîre depuis le dimanche des Rameaux jusqu'à l'octave de Pâques. La nécessité de recevoir •««^.sacrement en sa paroisse vient de fa même raison qui a été dite pour la pénitence, afin que chaque pasteur connaisse rétat de son troapeaa. On commence à être obligé à ces deux commandements quand on est arrivé à Vdge dk

» EccL V, 8.

* C'est ainsi que M. l'abbé Fleury a lui-même réformé ce qui , dans les premières éditions^ avait été moins exactement exprimé.

{^otê dea tuuàems ééitewrs,)

^ ConcLaier., 121&, cap^ Onmis utriutgtte sâx.-^ 4 Coiic..Trid».8eH» XXII, c. 6. — ^ JoAM. VI, 54.

discrétion y ce que Ton entend d'ordinaire entre sept ou huit ans pour la confession, et pour la communion entre douze et quatorze ans, et c'est au pasteur à en juger. Leçon XXXU. — Des fêtes de mystères.

Les trois autres commandements de l'Église regardent la distinction des jours destinés au service de Dieu , les uns pour chanter ses louanges et se réjouir spirituellement, les autres pour s'aiïliger devant lui et faire pénitence. Le quatrième commandement nous oblige à sanctifier certains jours de fête, outre les dimanches, nous abstenant d'oeuvres serviles et nous appliquant à la prière et aux bonnes œuvres. Ces fêtes sont instituées pour honorer Dieu , ou en célébrant les principaux mystères de notre religion, ou en renouvelant la mémoire des sai'hts en qui il a fait le plus éclater ses grâces; de sorte que l'occupation spirituelle propre à ces jours-là doit être de méditer le mystère ou les vertus du saint et en tirer des réflexions utiles pour la correction de nos mœurs , et par conséquent il faut être soigneux de s'en bien instruire. Les fêtes où nous honorons les mystères regardent la plupart l'incarnation du fils de Dieu et les merveilles qu'il a opérées sur la terre. Noël est le jour de sa naissance temporelle. Le huitième jour ensuite, qui se rencontre le premier jour de l'année, nous célébrons sa circoncision; puis vient la fête de Tadoralion des mages, que nous appelons les Rois. On y fait aussi la mémoire du baptême que Jésus-Christ reçut de saint Jean et de son premier miracle ; et comme ce fut en ces trois, occasions qu'il commença à paraître devant les hommes, tel qu'il était, on a nommé cette fête Epiphanie, qui signifie apparition. On représente ensuite le cours de sa vie mortelle et de sa prédication, particulièrement pendant le carême, dont les deux dernières semaines sont destinées à méditer sa Passion , principalement la semaine sainte et les trois derniers jours. Le jeudi saint est le jour qu'il

fit la cène et institua le Saint-Sacrement; le vendredi, il mourut sur la croix; le samedi, il demeura dans le sépulcre. De ces jours d'ailliction on passe tout d'un coup à la joie de la résurrection de Jésus-Christ, qui est notre Pâque. On la célèbre toujours le dimanche; on fêté aussi les deux jours suivants; on fêtait autrefois toute la semaine, et tout le temps pascal, jusqu'à la Pentecôte, est un temps du joie en l'honneur de l'état glorieux de Jésus- (uhriàt après sa résurrection. Le quarantième jour après Pâques est le jour de l'ascension de Notre-Seigneur. Ainsi, dans le cours de chaque année, l'Église* nous représente en ses offices toute la suite de la vie que le Sauveur a menée entre les hommes. Dix jours après l'Ascension nous célébrons la Pentecôte , en mémoire de la descente du Saint-Esprit ; elle est suivie de deux autres fêtes comme Pâques. Le dimanche suivant on honore particulièrement le mystère de la sainte Trinité, et le mystère de l'Eucharistie le jeudi d'après , qui est la fête du Saint-Sacrement, instituée depuis quatre cents ans avec la procession solennelle ^ pour réparer les injures faites par les hérétiques à cet auguste sacrement. Voilà comme l'Ëglise nous rend sensibles par de saintes solennités tous les mystères de la religion.

Leçon XXXIll. — Des fêtes des saints, . Les fêtes qui portent le nom des saints ne sont pas moins en l'honneur de Dieu que les autres, puisque la mémoire du saint n'est que l'occasion de nous assembler pour chanter des psaumes, lire les saintes Écritures, écouter les instructions et célébrer le saint sacrifice, comme le dimanche. Tout ce qu'il y a de plus sont les louanges des saints, qui retournent à la gloire de Dieu qui les a fiiits tels , et les prières (lue nous leur faisons aQn qu'ils prient pour nous. Le jour de la Toussaint est destiné à les honorer tous en-

« Lno. Ttp'sl. 16, adepisc. Sicil. — 2 Clément. I, De reliq. HI, 16. 11. 38

594 GRAÎfD CATÉCHTSME HISTORIQUE.

semble , principalement ceux dont noas ne faisons pas de fêtes distinctes , ou même que nous ne connaissons pas ; car, bien que nous en puissions compter plusieurs milliers, ce n'est rien en comparaison de la multitude de ceux qui nous sont inconnus. Il y a plusieurs fêtes en l'honneur de la sainte Vierge, savoir : son Assomption, qui est le jour de sa mort et de son entrée au ciel ; son Annonciation, qui est le jour où elle reçut la nouvelle qu'elle serait Mère de Dieu. On la peut compter entre les fêtes de notre Seigneur, puisqu'elle honore le mystère de Tincarnation. fl en est de même de la Purification, qui est le jour où Jésus-Christ fut présenté au temple par sa sainte Mère et reconnu pour le Messie par le saint vieillard Siméon ; et comme ce saint prit le Sauveur entre ses bras, disant qu'il était la tumière des Gentils , les fidèles portent des cier^s à la procession de cette fête, d'où lui vient le nom de Chandeleur. On fête aussi la Nativité de la sainte Vierge, et même sa Conception , pour honorer le premier moment où elle a commencé d'être. On feit une fête pour saint Michel et tous les anges ; on solennise la Nativité de saint Jean-Baptiste, au lieu que Pon célèbre la mort des autres saints , c'est-à-dire leur naissance pour la vie éternelle, et cette distinction vient de ce qui est dit dans l'Évangile *, que plusieurs se réjouiront à: la nativité de ce grand saint. Nous honorons la mémoire des apôtres, de quelques martyrs , de quelques confesseurs et de quelques vierges les plus illustres , comme saint Etienne , saint Laurent , saint Martin, sainte Madeleine, sainte Cécile, et des saints particuliers à chaque pays, conraie en France saint Louis, à Paris saint Denis , saint Marcel , àainte Geneviève ; car les fêtes des saints sont différentes selon les coutumes des Églises. Outre ces fêtes, connues de tout le peuple, parce^ qu'ellies fbnt cesser le travail , l'Église en célèbre grand

» Luc, T, 14.

G&AND CArÉ€HiSM£ HISTORIQUE. 595

nombre d'autres , comme la TransfiguraiiOQ de notre Seigneur, rinvention el l'Exaltation de la croix, la Visitation, la Présentation el la Compassion de la sainte Vierge, les fêtes d'an très-grand nombre de saints , en sorbe qu'il y a peu de jours en Tannée où l'Église n'en honore quelqu'un par son office, principalement dans Jes lieux où sont leurs reliquea.

Leçon XXXIV . — Du jeûne et de V abstinence en ^énéraL Le jeïke est utile pour nous punir des péchés déjà commis et nous fi>rtifîer contre les tentations ; nous nous punissons en nous privant des plaisirs et même d'une partie de la nourriture nécessaire, et soufiOrant la faim et la soif; nous fortifions l'esprit en mortifiant la chair et afiGaiblissant le corps, car alors l'esprit e^ mieux disposé pour la prière, la componction et les pensées sérieuses; c'est pourquoi le jeûne est toujours accompagné d'abstinence. On diminue la nourriture, et quant «u nombre de repas et 42uant à la qualité des viandes ; la règle du jeûne a toujours été de ne faire qu'on repas par jour et vers le soir, le retardant d'autant plus que le jeûne était plus rigou- TGOJL ; à présent l'usage est de manger <à midi dans tous les jours de jeûne indifiGéremment, même on permet le soir uae lég^e collation de ^pain et de £rudL Dans le jeûne on retranche les viandes g^ï sooX les |>k8 nourrissantes^ comme la viande de boucherie at la voMle ; les œufs, le& laitages , suivant la qualité des jeûnes et la coutume des pays K Ces abstinences ne sont fondées sur aucune superstition qui nous fasse estimer mauvaises les viandes dont nous nous abstenons % comme plusieurs anciens hérétiques les estiinaient, mais seulement sur le besoin de châtier nos corps et les réduire en servitude ; c'est pourquoi les repas maigres doivent être fort simples et ne pas être des festins d'une autre espèce. Le jeûne % pour -être ntHe,.

' 1 Tiwi. aV,3-— a 1 Cflr-IX, 27. — 3 ig. lYUI, ô.

doit être fait en vrai esprit de pénitence et accompagné des autres bonnes oeuvres, de la prière et de l'aumône. On devrait donner aux pauvres ce que Ton épargnerait en retranchant la nourriture. L'Eglise , pour nous inviter à prier davantage ces jours-là, en a fait les offices plus longs, afin que Ton passât une grande partie du temps à psalmodier en commun, lire rÉcriture sainte et écouter les instructions des pasteurs. Pendant les jours de jeûne on doit fuir tous les divertissements et se priver des plaisirs même permis. « Modérons-nous, dit saint Ambroise ', dans une hymne du carême, dans le boire et le manger, le sommeil, les discours, les railleries, et veillons sur nous plus exactement. » L'usage a déterminé Tâge où l'on est obligé de jeûner à vingt ans accomplis ; on dispense du jeûne les enfants, les nourrices, les femmes grosses, les malades, ceux qui gagnent leur vie à des travaux fort pénibles, en un mot, tous ceux qui ne pourraient jeûner sans ruiner leur santé ; en quoi chacun doit bien prendre garde à ne se pas flatter, puisqu'il n'y a personne qui n'ait besoin de pénitence*. Les premiers chrétiens jeûnaient souvent ; quelques-uns toute Tannée, hors les dimanches et le temps pascal, et les premiers moines se firent une règle de ce jeûne perpétuel. L'abstinence était aussi plus rigoureuse ; ils retranchaient le vin et le poisson, et plusieurs se réduisaient au pain et à l'eau. La charité commençant à se refroidir, on a obligé les chrétiens à observer au moins certains jour^ de jeûne, laissant le surplus à leur dévotion.

Leçon XXXV. — Des jours de jeûne et d'abstinence en

particulier.

Le jeûne le plus solennel est celui du carême, c'est-àdire la quarantaine. Il est d'institution apostolique, à

* Ad, uoei. ex more docli mysl. — » Cassiez. Con/. XXI , 30.

Texemple de Moïse et d'Élie*, principalement ^ de Jésus- Christ, qui passa quarante jours dans le désert sans rien manger. On a placé ce jeûne immédiatement avant la Pâque, pour nous préparer à celte grande solennité par un& sérieuse pénitence. Autrefois on jeûnait en carême jusqu'à vêpres, c'est-à-dire vers six heures du soir. Aujourd'hui, le carême n'est distingué des autres jeûnes que par l'abstinence des œufs, et en quelques pays des laitages. Le jeûne des Quatre -Temps est institué pour demander à Dieu la conservation des fruits de la terre en chacune des quatre saisons de l'année, et pour le prier de donner à son Église de bons évêques, de bons prêtres et d'autres ministres dignes de la servir ; car c'est en ces jours que se font les ordinations, et toute l'Église se met en prières, afin qu'il plaise à Dieu envoyer des ouvriers dans sa moisson. Les vigiles sont des jeûnes pour nous préparer aux fêtes les plus solennelles >. On les a nommées vigiles ou veilles, parcequ'autrefois on passait sans dormir les nuits qui précédaient ces fêtes, et on s'occupait saintement dans les églises. 11 y a des vigiles que l'on ne jeûne plus et qui ne sont distinguées que par l'office. On jeûnait aussi l'Avent, et les vendredis et les samedis, où l'abstinence est demeurée. C'est le sixième commandement de l'Église, d'observer tous les vendredis et les samedis l'abstinence de la chair, pour honorer la Passion et la sépulture de notre Seigneur et pour nous mieux préparer au dimanche. D'autres Églises observent le mercredi au lieu du samedi, et chacun doit suivre de bonne foi la coutume de son pays. Il y a encore quelques autres jours d'abstinence sans jeûne, savoir : les trois jours des Rogations, nommés autrement les grandes litanies, à cause des processions qui s'y font, et les petites litanies le jour de saint Marc. Elles ont principalement pour but la conservation

' DeuL IX, 9. — 3. Reg. XIX. — « Matth. IV. — 3 Lvc, X, 2.

s'altacher à distinguer les préceptes des conseils *, mais s'efforcer, autant qu'il est possible, de connaitre et de pratiquer ce qui lui est agréable. Jésus-Christ a renfermé l'idée de toute la perfection dans ces huit béatitudes : « Heureux * les pauvres d'esprit , parceque le royaume des cieux est à eux. Heureux ceux qui sont doux, parcequ'ils posséderont la terre. Heureux ceux qui pleurent, parcequ'ils seront consolés. Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, parcequ'ils seront rassasiés. Heureux les miséricordieux, paroequ'on leur fera miséricorde. Heureux ceux qui ont le cœur pur, parcequ'ils verront Dieu. Heureux ceux qui procurent la paix, parcequ'ils seront nommés enfants de Dieu. Heureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, parceque le royaume des cieux est à eux. »

Leçon XXXVII. — Delà grâce.

Nous ne pouvons accomplir les commandements de Dieu ni suivre ses conseils que par sa grâce >. De nous-mêmes nous ne pouvons former une bonne pensée, ni dire le Seigneur Jésus ^ que par le Saint-Esprit. Ce n'est pas que Dieu ne nous ait créés libres ^ et ne nous ait proposé dans -oa loi la vie et la mort, afin que nous choisissions la vie * ; mais notre volonté est tellement affaiblie par le péché que de nous-mêmes nous choisissons toujours le mal , et nous n'avons point de liberté pour bien faire si nous ne sommes délivrés par la vérité , qui est Jésus-Christ. Nous connaissons le bien par la lumière de la raison que Dieu a mise en nous ^, et par sa loi qu'il nous a donnée ; mais nous n'avons pas la force de l'accomplir, parceque notre concupiscence nous entraine continuellement vers le mal que nous condamnons. Cette concupiscence est T^mour

» Eccl. II, 9. — Rom. XII, 2. — JRph. V, 10. -- Phil. I, 10. — » Matth. V. — 3 2 Cor. III, 5. — ♦ 2 Cor. XII, 3.— 5 SccL XV, 14. — e Deul, XXX, 19. — 7 Jos. VIII, 32. — Jiom. VII, 15, etc.

tie nous-mêmes sans rapport à Dieu, et Tinclination au plaisir sensible, qui nous fait préférer le bien du corps à ^elui de l'ame. De là viennent les passions déréglées, l'amour sensuel , la haine , la colère , la peur ' , la tristesse , la joie. Ces passions nous font commettre toutes sortes de péchés quand elles sont plus fortes que la raisoK, et elles sont toujours plus fortes quand nous demeurons dans l'état de la nature corrompue où nous naissons tous , parcequ'en cet état il est impossible que nous prenions plaisir à autre chose qu'à ce qui flatte nos sens et qui est conforme à notre amour-propre*. C'est pour cela qu'il faut mourir au vieil homme et renaître de nouveau en Jésus-Christ, étant justifiés gratuitement par la grâce, afin de faire par amour de Dieu, et avec plaisir ^ , ce qui est conforme à sa volonté et à la lumière de la raison.

Leçon XXXVIII. — Des sacremeîits, La grâce nous étant absolument nécessaire. Dieu ne se contente pas de nous la donner, il veut bien l'accompagner de signes sensibles, proportionnés à notre faiblesse. On appelle ces signes sacrements, c'est-à-dire choses sacrées, ou mystères , c'est-à-dire choses cachées. Et en effet , ce sont des choses matérielles et des actions extérieures, qui nous signifient l'opération intérieure du Saint-Esprit, par laquelle il sanctifie nos âmes en même temps que nous pratiquons ces saintes cérémonies. Ce n'est pas que Dieu ne puisse nous communiquer sa grâce sans l'accompagner de ces signes ; mais nous n'en sommes pas alors si assurés, et ce n'est pas aussi que ces signes nous donnent une entière certitude d'avoir reçu la grâce, puisque nous avons toujours sujet de douter si nous y avons apporté les dispo-

' C'est-à-dire la crainte, metus, comme M. Fleury le dit lui-même /ians son édition latine de ce catéchisme. (I^ole des anciens éditeurs.) » lîom. III, 24. — 3 AUG. De spir, el liU.

60f GRAND) CATÉCHISME HISTORIQUE.

sitfOM néoessaires. C'est la misère inévitable en cette vie <^ de ne savoir jamais si nous sommes dignes d'amour ou de haine, ni si nous persévérerons jusqu'à la fin, et d'être obligés à travailler à notre salut avec crainte et tremblement. Toutefois , connaissant la bonté de Dieu , nous avons ^rsnd sujet de bien espérer qnniui nous nous approchons de «es sacrements avec foi ^ confiance, sincérité, humilité et eomponction. On appelle donc sacrements des signes sacrés établis de Dieu pmir a'gnifier en nous la grâce. L'ancienne loi , parmi tant de cérémonies , n'avait aucun de <ses sacrements qui donnent la grâce * , et c'est un avantage de la loi nouvelle. Cest lésus-Ghrist qui les a tous institués, afin que son sang et ses mérites infinis, plus que suffisants i30ur Iç salut de tons les hommes, fussent appliqués en particulier à chacun de ceux que Dieu aurait appelés. 11 en a marqué quelques-uns par ses paroles et par ses actions rapportées dans l'Évangile, savoir : le baptême , l'eucharistie , la pénitence et l'ordre. Les^ apôtres ont déclaré les autres en expUquant ce qull& avaient appris de lui ; car il n'était pas en leur pouvoir d'instituer des sacrements ; il n'y avait qu'un Dieu qui pût attacher à des choses sensibles l'opération du Saint-Esprit. n en a institué pour tous les besoins de la vie spirituelle : le baptême, pour y entrer et naître spirituellement; la confirmation, pour croître et se fortifier ; l'eucharistie," pour se nourrir ; la pénitence, pour guérir les maladies de l'ame et même la ressusciter après qu'elle est morte par le péché ; Textrême-onction , pour nous fortifier au moment de la mort corporelle. Les deux autres sacrements regardent l'utilité de toute l'Église ; l'ordre lui donne des ministres publics; le mariage sert à la perpétuer dans tous lessiècles. II y a donc sept sacrements ' : le baptême, la con-

« Sccl. IX, 2. — Lib. II. 12. — » Cime. Trid. mm. VII^ «m* 1. — * AuousT. De bapt. cont.Donr, IV, 14, etc.

^nnatkm , Veacharistie , la pénitence , rextrême-anction , Tordre et I^ mariage. La validité du sacrement ne dépend point du ministre; quelque indigne qu'il soit, pécheur on hérétique, il siifBt qu'il ait reçu le pouvoir dans rtglise, parceque c'est on effet lésus-Christ qui confère les sacrements. Pour bien entendre la nature des sacrements, il faut savoir les raisons des saintes cérémonies dont TÊglise les accompagne.

Leçoit XXXIX. — Du haftéme.

Le baptême est le plus nécessaire de tous les sacrements. « En vérité, ep vérité, je vous le dis, dit Jésus-Christ ' , personne ne peut entrer au royaoïne de Dieu s'il ne renaît de l'eau et du Saint-Esprit. Ce qui est né de la chair est chair , et ce qui est né cb& l'esprit est esprit. » Or ', si nous vivons selon la chair, nous mourrons, puisque la chair n'est autre chose que ramoor-propre , la concupiscenee que nous apportons au monde comme enfants d'Adam , avec le péché origine) dont elle est une suite. De là vient •que le baptême est nécessaire, même aux petits enfants, pour efliacer ce péché avec lequel ils naissent ; aux adultes, €'estr-à-dtre à ceux qm sont en âge de raison , il efface de pins tous les péchés qu'ils peuvent avoir eomnris; mais pour le recevoir ri faut qu'ils soient sciISsamment instmîtB de la doctrine chrétienne, qvCïls la croient et la professent pubtiqiBement, et déplus qa'ils sotent sincèrement convertis •et qu'ils aient un grand regret de leurs péchés passés , et «une ferme résotution d'obeerrer les commandenieBls de Dieu. Le baptême, sotant que l'on peut, doit se faire à t'égUse par les mains desprètres avee toutes 1 es cérénonies ; mais en cas de nécessité toote personne peut baptiser, pourvu que l'on verse de l'eau sur te baplisé avec l'invo^ cation de la sainte Trinité. L'eau doit être simple et naiureiie, et il faut dire : « Je te baptise au>Rom du.Père, et

du Fils, et du Saint-Esprit. » Le baptême ainsi donné ne* peut être réitéré et imprime un caractère qui ne s^efface jamais, quelque crime que le baptisé puisse commettre'. II est toujours vrai de dire qu'il a été régénéré et consacré à Dieu comme son enfant d'adoption. Si un adulte , désirant le baptême avec une charité parfaite , est surpris de la mort avant de le recevoir, il ne laisse pas d'être sauvé, et son salut est encore plus assuré s'il est baptisé dans son sang , souffrant le martyre pour la foi qu'il veut professer. Il y a donc trois baptêmes : celui de l'eau et du Saint-Esprit, celui du Saint-Esprit seul, celui du sang; mais l'eau est absolument nécessaire pour les enfants, qui ne peuvent avoir les saintes dispositions capables d'y suppléer. Leçon XL. — De la préparation au baptême. Pour bien entendre toute la cérémonie du baptême , il faut considérer celui des adultes et supposer qu'il se fait à l'un des jours solennels de la bénédiction des fonts. Il était très ordinaire dans les premiers siècles de baptiser des personnes en âge parfait , au lieu que parmi nous on ne le pratique que rarement, c'est-à-dire quand des Juifs, des mahométans ou d'autres inBdèles se convertissent. Il faut instruire avant de baptiser, suivant l'ordre que Jésus-Christ en a donné * ; c'^st pourquoi Ton commençait par faire catéchumène celui qui voulait être chrétien, pour l'instruire à loisir et pour éprouver sa vocation pendant un long temps, et c'està cette préparation que se rapportent les exorcismes et les autres prières par où commence la cérémonie du baptême, jusqu'à la récitation du Symbole et la profession de foi. Depuis qu'il est plus ordinaire de baptiser les enfants, on a joint ce qui se faisait auparavant à plusieurs fois, et ce n'est aujourd'hui que la suite d'une même cérémonie. Mais quand on baptise un adulte on ne doit pas laisser d'examiner avec soin s'il est véritablement converti , et

» Conc. Trid. sess. VJI, de Ser, 9. — » Matth. XXVIII, 19.

f s'il n'est point attiré au baptême par quelque motif tem- {. porel. On doit aussi l'instruire amplement, non-seulement j des mystères, mais des préceptes de morale et des règles de la vie chrétienne. Quand on juge à propos de le baptiser, on l'amène à l'église, où d'abord il doit demeurer à da porte en dehors sous le vestibule, ou en quelque autre lieu commode. Le prêtre lui demande son nom ' , puis il souffle sur lui et conjure le diable pour le faire retirer de cette créature dont il est en possession par le péché ; puis il lui marque le signe de la croix sur le front et sur le cœur, et fait sur lui quelques prières, afin qu'il profite des instructions et qu'il commence à vaincre ses passions et à observer les commandements de Dieu pour se rendre digne d'arriver au saint baptême ; ensuite le prêtre ayant béni le sel lui en met un peu dans la bouche, pour marquer le goût qu'il doit prendre à la doctrine chrétienne, la sagesse et l'éloignement de la corruption. Aussi Jésus- Christ a dit* : « Ayez en vous du sel. » Et saint Paul ^ : « Que vos discours soient toujours assaisonnés de sel en la grâce. » Le prêtre fait encore sur lui plusieurs exorcismes qui se faisaient autrefois à différents jours, et emploie le signe de la croix avec des paroles terribles pour chasser le démon et le contraindre à quitter la place au Dieu vivant , qui va faire son temple de cette créature ; puis , prenant un peu de salive , il en touche les narines et les oreilles du catéchumène, pour imiter ce que Jésus- Christ fit à l'aveugle-né *, et à un sourd et muet, possédé du démon * ; il récite ensuite sur lui lOraison dominicale et le Symbole, ce qui se faisait autrefois séparément, pour faire apprendre par cœur l'un et l'autre au catéchumène. Après cela le prêtre l'introduit dans l'église, et alors il le fait renoncer à Satan, à ses œuvres et â ses

■» RltuaU Paris. — * Marc, IV, 49. — 3 Coîoss. IV, 8. — * JoAN. IX, 6. — ^ Marc, VIII, 13.

pompes ; puis il lui fait des onctions sur la poitrîjie et entre les épaules avec de Thuile bénite, nommée par cette raison Thuile des catéchumènes. L'effet de ces onctions est de donner de la force contre les tentations et les attaques du démon. Tout ce qui se fait jusque-là regarde la préparation au baptême, coouae il paraît par les ornements violets.

Leçon XLI. — Du baptême soUnneL L'ancienne coutume de l'Église était de ne baptiser solennellement que deux fois Tannée ', la veille de Pâques et la veille de la Pentecôte , et de là vient que c'est encore en ces deux jours que se^fait la bénédiction de l'eau, qui doit servir au baptême toute Tannée '. La cérémonie de cette bénédiction commence par plusieurs lectures de Tancien Testament, pour remettre en mémoire aux catéchumènes^ les principaux points des instructions qu'ils ont reçues, et ces lectures sont entremêlées d'oraisons pour leur obtenir la grâce de renaître véritablement. Ensuite Tévéque ou le prêtre avec tout le clergé va en procession aux fonts, qui sont toujours à Teotrée de l'église et étaient autrefois dehors. Là il bénit l'eau par des prières magnifiques, qui marquent les mystères et les miracles que Dieu a opérés par cet élément ; il souffle dessus et y trempe le derge pascal, pour montrer par ce souffle et par ce feu bu vertu du Saint-Esprit qui descend en Teau et la rend capable d'efiacer les péchés et de purifier les âmes, comme de sa nature elle pouvait nettoyer les corps. Il y mêle enfin pour le même effet du saint ^^hrême et de Thuile des catéchumènes. L'eau étant ainsi préparée , c'est le tempsde baptiser ceux qui sont choisis. Après toutes les cérémonies qui ont été dites, le catéchumène est présenté par son parrain et sa marraine , qui doivent avoir eu soin 4e son instruction particulière. Le prêtre , revêtu de blanc ,.

» ^1»/. eccL XXX, n. 43. — » Miss. Rom, Sab, iancia.

lui demande son nooi , puis il lui fait faire sa profession de foi en récitant le Symbole ou lout entier ou en abrégé*; il lui demande s'il veut être baptisé ; enfin ri le baptise ou par immersion , le plongeant dans l'eau par trois fois , ou par infusion, lui versant de l'eau sur la tête et disant ces paroles ' : « Je le baptise au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. » Le baptême par immersion était autrefois le plus ordinaire , et en effet baptiser signifie ptonger ou baigner. Ensuite le prêtre lui fait , sur le hautî dte la tête , l'onclion du saint chrême , pour marquer qu'il' participe à l'onction spirituelle ^ d'où vient le nom de Christ et de chrétien, puis il le revêt d'une robe blanche et lui recommande de la porter sans tache devant le tribunal de Jésus-Christ, c'est-à-dire de conserver jusqu'à la mort la grâce qu'il vient de recevoir. Enfin il lui donne un cierge allumé, lui recommandant la même chose de garder son ibaptême et d'être toujours prêt d'aller aux noces de Jésus-Christ, suivant la parabole des vierges et de lieurs lampes. Le baptême étant achevé, la procession rentre dans l'église et on célèbre la messe, oii les nouveaux baptisés doivent communier. Tel est l'office entier de la veille de Pâques, qui occupait autrefois la plus grande partie de la nuit, afin que l'heure où se faisait lé baptême fit mieux entendre qu'il est l'image de l'a résurrection de Jésus- Christ. En effet , on y meurt au péché ; on s'ensevelit en •se plongeant dans l'eau , et en sortant de l'eau ^ on res- ■suscite à la grâce afin de ne plus mourir. Or, quoique -dans les derniers siècles on ait un peu changé ces céré;monies et qu'il y ait quelque diversité selon les licux^, la substance du sacrement demeure toujours la même*, et il ♦reste assez de vestiges de l'antiquité pour faire entendre Vintenfion de l'Église ; car une grande partie de roflSce du «carême regarde la préparation des catéchumènes et tout

» Jiit Rom. — a Rotn.VT, 4, etc. — Coloss. I, 3.

l'office de Toclave de Pâques est fait pour les nouveaux baptisés.

Leçon XLIl. — Du baptême des enfants.

Dès les premiers siècles de l'Église , l'usage a toujours été de baptiser les enfants quand leurs parents les présentent sans attendre Tàge de raison ', principalement s'ils se trouvent en péril de mort, aBn qu'ils ne soient pas privés de la vie éternelle, où l'on ne peut entrer sans le baptême. Et quoiqu'ils se portent bien, il leur est toujours beaucoup plus avantageux d'être lavés du péché originel incontinent après leur naissance, et de recevoir la grâce avant l'usage de la raison qui rend capable de pécher, que de croupir longtemps dans le péché et les mauvaises habitudes qui leur feraient peut-être négliger le baptême. On baptise donc les enfants et on les baptise incontinent après leur naissance, pour éviter les accidents, sans même attendre les jours solennels. Ce qui montre que l'on doit beaucoup moins retarder pour attendre un parrain ou par quelque autre considération temporelle. On observe les cérémonies du baptême des adultes; on exorcise l'enfant, parcequ il est sous la puissance du démon par le péché originel; on fait sur lui les prières qui regardent les catéchumènes, quoiqu'il ne soit encore capable ni d'être instruit ni d'être éprouvé. On n'a pas cru le devoir priver de ces prières et de ces saintes cérémonies, qui sont toujours fort utiles pour lui attirer des grâces plus abondantes; seulement on les a abrégées, et en plusieurs Églises on les observe plus exactement aux adultes. Le parrain et la marraine répondent à tout ce que l'enfant devrait dire*, et d'abord ils lui donnent un nom, qui doit être le nom de quelque saint que l'enfant prendra pour patron^ c'est-à-dire po|^ son protecteur particulier auprès de Dieu et pour le modèle de sa vie. Le parrain et la marraine se

' Cypr. Episi, 59, ad Fidum. — » Bit. Rom.

rendent caution envers Dieu par leurs réponses que l'enfant observera tout ce qu'ils lui promettent pour lui; c'est pourquoi ils doivent avoir un soin particulier de son instruction et de son éducation, et lui tenir lieu de père et de mère pour tout ce qui regarde le spirituel. Or, comme la religion chrétienne n'est point attachée aux cérémonies extérieures, on omet toutes celles du baptême en cas de nécessité, et Ton se contente de verser de l'eau sur le baptisé , en disant les paroles essentielles : « Je te baptise au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. » De là vient qu'encore que les hérétiques méprisent les saintes cérémonies de l'Église, leur baptême ne laisse pas d'être valable, pourvu qu'il soit fait avec de vraie eau et avec l'invocation de la sainte Trinité. Et en cas de nécessité, toute personne peut baptiser : un laïque, une femme, un in6dèle , pourvu qu'il ait sérieusement l'intention de faire ce que l'Église ordonne.

Leçon XLHI. — Du catéchisme et de la confirmation. C'était l'évêque d'ordinaire qui administrait le baptême solennel, et alors il con6rmait les néophytes en même temps, au sortir des fonts; ainsi étant parfaits chrétiens ils assistaient aussitôt à la messe et communiaient, ce qui se doit encore observer, autant qu'il se peut, au baptême des adultes ^ Mais quand c'était un prêtre qui avait baptisé, il fallait que l'évêque imposât les mains au néophyte pour lui donner le Saint-Esprit ^ ; car l'évêque a toujours été le ministre ordinaire de ce sacrement. Comme il est le père spirituel de tout son troupeau, il est juste que chaque ûdèle, au moins une fois en sa vie, se présente à lui et reçoive de lui la perfection du christianisme, comme de celui qui a la perfection du sacerdoce. Depuis que l'on ne baptise plus guère que des enfants, on a jugé à propos de dififérer ce sacrement jusqu'à l'âge de raison, afin qu'ils

' Rit. Rom. — * Conc. Trid., sess. VII ; sess. XXIII, 4. II. 39

reçoivent auparavant les instructions qu'ils n ont pa recevoir avant le baptême. Il faut donc que les pères et les mères aient grand soin d'instruire leurs enfants dès qu'ils commencent à entendre ce qu'on leur dit ; qu'ils leur enseignent tout ce qui est expliqué dans ce catéchisme, et toutes les autres choses qui peuvent leur être utiles pour leur salut; qu'ils leur racontent les merveilles que Dieu a faites pour Fon peuple, et avant et après l'incaniatioa de son Fils ; qu'ils leur montrentsa loi et la leur fassent aimer^; qu'ils leur expliquent les fêtes, les sacrements et toutes les saintes cérémonies de la religion ; c'est un eommaodement de Dieu souvent répété dans rËcriiure d'instruire ainsi les enfants. Les parrafins et les marraines y doivent \eiUer£i suppléer au défaut des parents. Les maitres sont à eût égard les pères de leurs serviteurs et de tous ceux c^ composent leur famille ; mais surtout les pastetirs et les prêtres s'y doivent appliquer soigneusement, avoir des heures destinées*, au moins les dimanches et les fêtes, pour instruire les enfants publiquement dans l'Église. C'est encore le devoir des maîtres et des maîtresses d'école >, et de tous ceux qui enseignent les lettres aux jeonés genç, afin que tant de personnes concourant ensemble à leur instruction , il n'y en ait point qui périsse par ignorance. Les enfants étant suffisamroenl instruits.au jugement du pasteur peuvent être présentés à :1a conêrmatioB dés rage de sopt ans. L'évêque étend ses mains sur eux et prie Dieu qui les a régénérés par l'eau et par le Saint- Esprit , et qui leur a donné la rémission de tous leiJH*s pé^ chés, d'envoyer sur eux du ciel son Saint-Esprit avec ses sept dons; puis il exprime ces sept dons, qui sont^ : « la sagesse et l'intelligence, le conseil et la force, la science, fa piété et la crainte de Dieu. » Il prend ensuite du smiA

» Deut. IV et VI, 7, XI, 19. — ^ Conc. Trid., sess. XXIV, 4.— « Pont, Rom. — 4 Jg. XI, 8.

GRAKD CATÉCHISME HISTORIQUE. 611

chrême dont il fail à chacun Fonction sur le front, le nom-^ mant par son nom et lui disant : « Je te marque du signe de la croix et je te confirme du chrême du salut, au nom du Père, etc., » et le frappe légèrement sur la joue. Le bandeau que Ton met quelquefois sur le front n'est que pour empêcher que Tonction du saint chrême ne soit profanée.

Leçon XLIV. — Du saint chrême.

Le saint chrême dont on se sert au baptême et à la confirmation est composé d*huile d'olive et de baume. L'huile sert à guérir les plaies, à fortifier le corps qui en est frotté, à éclairer quand on la brûle; ainsi elle est très propre à marquer la grâce qui nous guérit, nous fortifie et nous éclaire. Le baume représente aus^ la sainteté, parcequ'il préserve de corruption et répand une bonne odeur. De «es deux liqueurs mêlées ensemble l'évêque fait le saint chrême, qu'il consacre tous les ans le jeudi saint à la messe ', assisté de douze prêtres, de sept diacres et de sept sous-diacres. Il souffle dessus pour marquer que la vertu du Saint-Esprit se joint à cette créature matérielle , et il fait d'excellentes prières pour demander à Dieu que cette onction fasse participer les nouveaux baptisés à l'onction spirituelle dont notre Seigneur a pris le nom de Christ, dont Dieu a oint les prêtres, les rois, les prophètes et les martyrs ; que ce soit en ceux qui la recevront un sacrement de perfection ; que délivrés de la corruption de leur première naissance ils deviennent par cette onction des temples de bonne odeur par l'itmocence de leur vie ; qu^ils aient l'honneur des rois, de prêtres et de prophètes, suivant la promesse mystérieuse de Dieu. Dans la même cérémonie l'évêque bénit l'huile des malades et l'huile des catéchumènes. Le saint chrême sert encore à la consécration des évêques , à celle des églises^ des autels et des

» Pont. R<m.t qf./er, V, in Cœnâ,

vaisseaux sacrés ; mais on voit par ces prières qu'il est fait principalement pour la confirmation après le baptême, et ces mêmes prières montrent quel en est le fruit. L'eau dont on nous lave dans le baptême marque principalement le premier efifet de la grâce, qui est de nous puri6er et d'effacer nos péchés; Tonction du saint chrême marque le second, qui est rcffusion du Saint-Esprit et la grâce sanctifiante. Or, quoique Ton ait déjà reçu une onction au baptême , Timposition des mains, et Fonction sur le front qui se fait à la conBrmation est très importante pour nous rendre chrétiens parfaits , et pour nous fortifier contre les ennemis de notre salut '. Ces ennemis sont trois principalement : le diable, toujours attentif à nous surprendre; le monde *, c'est-à-dire l'exemple et la compagnie des hommes corrompus; la chair, c'est^-à-dire notre concupiscence et nos mauvaises inclinations. On nous marque sur le front avec la croix pour montrer que nous ne devons point rougir ' de ce que la religion chrétienne semble avoir de bas et de méprisable, que nous devons faire gloire d'appartenir à Jésus-Christ et d*imiter ses souffrances, et pour nous y préparer on nous frappe sur la joue. C'est donc un grand péché de négliger ce sacrement, quoiqu'il ne soit pas si absolument nécessaire que le baptême. On ne reçoit qu'une fois la confirmation non plus que le baptême , parce que l'un et l'autre impriment en l'ame un caractère qui ue s'efface jamais.

Leçon XLV. — Du sacrifice de Veucharistie, Après le baptême et la confirmation , l'eucharistie est nécessaire pour nourrir le chrétien et lui donner la force de persévérer dans la grâce; aussi Jésus-Christ a dit* : i( Si vous ne mangez la chair du Fils de l'Homme et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez point la vie en vouB. »

« Petr. V, 1. - * JoAN. XVII, 14. — Gai, IH, 17. — 3 Luc, IX, 62. — 4 JoAN. VI, 34.

Le pain et le vin, qui sont la nourriture la plus commune de nos corps, sont la matière de ce sacrement, pour montrer qu'il est la nourriture de notre ame; et comme il faut tous les jours se nourrir pour réparer les forces que l'on perd à tous moments, Tusage de ce sacrement doit être fréquent et ordinaire. On le consacre au saint sacrifice de la messe, qui est Faction la plus sainte et la plus importante de la religion ; c'est pourquoi il est nécessaire de la bien entendre '. Tous les sacrifices de fruits et d'animaux que les fidèles offraient à Dieu sous la loi de nature et sous la loi écrite n'étaient que des figures du grand sacrifice que Jésus-Christ devait accomplir sur la croix •; et ce sacrifice a seul été capable de remplir les quatre fins pour lesquelles on offrait tous les sacrifices : la première , de rendre à Dieu un honneur convenable à sa souveraine majesté; la seconde, de satisfaire sa justice pour les péchés des hommes; la troisième, d'obtenir les grâces dont ils ont besoin ; la quatrième, de le remercier de ses bienfaits. Il n'est donc plus permis d'offrir d'autre sacrifice, mais il faut continuellement renouveler la mémoire de celui de Jésus-Christ, pour obéir à Tordre qu'il nous a donné, quand il a dit ^ : a Faites ceci en mémoire de moi , « et pour nous appliquer à chacun en particulier la vertu de cet inestimable sacrifice. Avant de célébrer la messe il y a plusieurs préparations nécessaires ; le lieu doit être saint , c'est-à-dire autant qu'il se peut , une église consacrée solennellement * ou du moins un oratoire béni par l'évêque. L'autel où doit reposer le sacré corps de Jésus- Christ doit contenir quelques reliques des saints , et être consacré par plusieurs prières accompagnées d'onctions et d'encensements dans la suite d'une longue cérémonie. Les

« Conc. Trid., «««. XXIF, 10. — » Ifeb. X. — 3 Luc, XXI, I.- ♦ PonL Rom. De ecel. dedic.ydeallar.coHsecr.,de beneJ. sacer. in dom. et vasor.

6t4 GRAND CATÉCHISME HISTORIQUE.

vaisseaux sacrés et les ornements dont on se sert à l'autel ont aussi leurs bénédictionsN particulières \ afin que tout contribue à rendre plus sensible la majesté de cet auguste sacrifice. Le temps de le célébrer est régulièrement entre tierce et sexte , après avoir chanté la plus grande partie de roffice ^ Le prêtre qui doit célébrer prie en son particulier, récitant les psaumes destinés à cette préparation, et méditant la grandeur du mystère dont il va s'approcher. 11 bénit de Teau dont il asperge le peuple , pour le taire souvenir de son baptême et de la pureté avec laquelle il doit assister au sacrifice ; puis , étant accompagné d'un diacre, d'un sous-<liacre et de plusieurs acolytes portant l'encens et le luminaire , et tous revêtus des ornements convenables à leur ordre , il marche en procession vers l'autel pendant que le choeur chante l'antienne et le psaume que pour cette raison l'on nomme Introït , c'està-dire entrée. Le prêtre étant devant l'autel demeure au bas, s'incline profondément et confesse en général ses péchés, se recommandant aux prières de ses ministres et de tous les assistants, qui font aussi leur confession; cette confession est pour demander à Dieu le pardon des fautes journalières et de celles qui nous sont cachées, afin de n'approcher des mystères terribles qu'avec la conscience la plus pure qu'il est possible; et c'est pour la même raison que l'on répète plusieurs fois Kyrie eleison, c'est à-dire, en grec. Seigneur, ayez pitié de nous.

Leçon XLVI. — Suite de la messe. De Vinstruction du peuple et de V offrande.

Le prêtre monte à l'autel ', le baise par respect, faisant mention des saints dont les reliques y reposent ; il l'encense, et après avoir salué le peuple il dit une oraison où tans répondent amen^ c'est-à-dire, en hébreu, ainsi soit-il,

« Conc. Trid.^sess. XXII, 5. - » JlisL eccl. XXXVI, n. 17, etc. - ' Ordomissa,

GRAND CATÉCHISiME HISTORIQUE. ftl6

pour montrer qu'ils y joignent leur intention. Le sousdiacre fHJt alors une lecture de l'ancien ou du nouveau Testament, que Ton appelle épHre, parcequ'elle est tirée d*ordinaire des épîtres de saint Paul ou des autres apôtres*, et elle contient quelque instruction convenable à l'office du jour. Celte lecture est suivie du chant d'alkluia^ qui signifie en hébreu louez Dieu, et de quelque verset des psaumes. Cependant le diacre, à genoux, prie Dieu de le rendre digne d'annoncer son saint Évangile, et après avoir reçu la bénédiction du prêtre il marche vers le lieu destiné pour le lire, étant accompagné de tous les ministres de l'autel, avec le luminaire et l'encens. Le diacre porte le livre élevé entre les mains. Tous se lèvent sitôt que le livre de l'Évangile paraît, et demeurent debout pendant qu'on le lit, pour marquer le respect qu'ils portent à la parole de Dieu et à la sagesse incarnée dont ce livre est le signe sensible, et pour montrer qu'ils sont prêts d'accomplir ce qui y est enseigné. Ils le témoignent encore par le Symbole de Nicée que l'on récite aussitôt ' ; alors le prêtre monte en chaire et parle au peuple en langue vulgaire, afin que ceux qui n'entendent pas l'ancienne ftmgue de l'Église ne soient point privés d'instruction ; il leur fait faire des prières pour tous les ordres de l'Église, pour les vivants et pour les morts; et il leur récite le sommaire dé 1&' doctrine chrétienne, c'est-à-dire le Symbole des apôtres, rOraison dominicale, les commandements de Dieu et les sacrements : c'est ce que l'on appelle le prône *; puis il feit le sermon, leur expliquant l'évangile que l'on vient de lire, et leur en faisant l'explication pour la correction de leurs mœurs. Voilà la première partie de la messe, qui regarde pnncipalementl'inslruction des fidèles. La seconde est l'offrande; le prêtre revient à l'autel et salue le peuple encore une fois; puis il offre le pain et le vin qui sont la

« JRil. Paris. — » Conc. Trid., sess. XXI, «.

matière du sacrifice ; et cette offrande est comme un premier sacrifice que nous faisons à Dieu de ces créatures qu'il nous a données pour notre nourriture, et qui vont être détruites en son honneur. Le pain doit être sans levain *, suivant la coutume de TÊglise romaine; le vin doit être mêlé d'un peu d'eau ', pour représenter Teau qui sortit avec le sang du côté de Jésus-Christ, et pour signifier Tunion de la nature divine avec la nature humaine, et du peuple fidèle avec Jésus-Christ. Le prêtre encense Toblalion pour lui rendre honneur, et prie les anges de porter devant Dieu Todeur de ces parfums, c'est-à-dire nos prières dont elle est l'image. Alors il reçoit les offrandes du peuple; mais auparavant il fait baiser la patène, ce que l'on appelle baiser la paix^ parceque ce baiser se donne en signe de paix et de réconciliation parfaite, qui est nécessaire avant d'offrir son préseut à l'autel, suivant le commandement exprès de Jésus-Christ. Autrefois on s'embrassait effectivement, et chacun offrait le pain et le vin qu'il devait recevoir changé au corps de Jésus-Christ; de là vient le pain et le vin que Ion offre encore aux messes des morts, et le pain que le prêtre bénit pour être distribué en signe de communication ' représente l'eucharistie, comme l'eau bénite représente le baptême. On offre ensuite des cierges, de l'argent ou d'autres choses que les fidèles donnent volontairement, selon leur dévotion, pour la subsistance des clercs et des pauvres, et pour l'entretien des églises. Le prêtre, après avoir reçu l'offrande, lave ses mains, demande à Dieu la pftreté nécessaire pour lui offrir un sacrifice agréable, et se recommande aux prières des assistants. C'est la seconde partie de la messe.

Leçon XLVII. — De la consécration.' La prière secrète qui termine l'offrande se conclut par

' Cottc. Trid., êess. XXI F. — * Cvpr. Epist. 63, ad C*rciL — M ATTii. V, 23.

la préface, qui commence Taction de la consécration du sacrifice. « Élevez vos cœurs ', » dit le prèlre; le peuple répond : a Nous les avons à Dieu. » Le prèlre ajoute : « Rendons grâces à Dieu, notre Seigneur; » le peuple répond : « Il est juste et raisonnable; » ce que le prêtre répète, ajoutant dans les jours les plus solennels le sommaire du mystère, et concluant toujours par la médiation de Jésus-Christ et par l'union de nos prières avec celles des saints anges qui chantent incessamment : a Saint, saint, saint est leSeigneur, le Dieu des armées, d comme le témoigne le prophète Isaïe. Étant donc ainsi préparés, ayant élevé nos cœurs au-dessus de toutes les pensées de la terre, et nous unissant en esprit aux Iroupes célestes pour adorer avec elles la majesté du Tout-Puissant, nous attendons avec un profond respect son Fils unique, qui va descendre sur l'autel par la vertu du Saint-Esprit. Le prêtre dit tout bas les prières que l'on appelle le canon , c'est-à-dire la règle de la consécration de Teucharistic, qui ne change jamais, quelque office que Ton fasse. Ce canon consiste en cinq oraisons * ; dans la première , le prêtre prie pour toute TÉglise, nommément pour le pape, révéque et le roi, pour ceux qu'il veut recommander et pour tous les assistants. Il fait mémoire de la sainte Vierge, des apôtres et de quelques martyrs ^, dont il demande que les prières nous aident; ensuite il étend les mains sur Toblation % prononçant la seconde oraison ; puis il dit la troisième, où il récite Thistoire de Tinstitution de Tcucharistie, et la consacre en prononçant les propres paroles de Jésus-Christ ^ Par cette parole toute-puissante qui a fait le ciel et la terre, la substance du pain et du vin est changée en la substance du corps et du sang de Jésus-Christ, les espèces ou apparences demeurant les mêmes. Et quoiqu'il

« Sursum corda, etc.— » Te igitur, etc. — 3 Hane igilur, — * Qtuim oblalionem. — ^ Conc. Trid , icss. XIII, can. 1, 2.

y soit vivant et glorieux, comme il est en effet dans le ciel, toutefois la division des espèces du pain et du vin représente la séparation do son corps et de son sang sur la croix, et l'état de sa Passion ; car il est la victime immolée. Aussitôt que les paroles de la consécration sont prononcées, le prêtre adore Jésus-Christ présent et Télève à la vue du peuple, qui Tadore aussi; puis le prêtre continue la troisième oraison du canon ; il offre à Dieu, en mémoire de la Passion et de la résurrection de son Fils, a le pain de vie éternelle et le calice du salut, » c'est-à-dire le corps et le sang de ce môme Fils, priant Dieu qu'il daigne recevoir agréablement de nos mains ce sacrifice qui rappelle en mémoire et continue en quelque sorte celui de la croix, comme il a reçu autrefois celui d'Abel, celui d'Abraham, celui de Melchisedech, qui en étaient des figures, et que tous ceux qui y participeront soient remplis de grâce et de bénédiction céleste. Par la quatrième oraison, le prêtre recommande à Dieu les fidèles trépassés >, tant ceux quil veut recommander en particulier que tous en général. Par la cinquième il fait mémoire de plusieurs saints*, et demande, en frappant sa poitrine, que nous autres pécheurs nous ayons quelque part à leur gloire, par la miséricorde de Dieu. Ënfm il élève la sainte hostie sur le calice, en rendant honneur à la sainte Trinité.

Leçon XL VIII. — De la communion.

Au temps des anciens sacrifices, après que l'hostie avait été offerte et égorgée, on en brûlait une' partie; le reste était mangé par les sacrificateurs et par ceux qui l'avaient offerte ^ Ainsi la véritable hostie ayant été offerte et immolée par la consécration, il ne reste plus que de la manger, et c'est ce festin spirituel que nous appelons la communion, et qui est la dernière partie de la messe. Elle commence

» Mémento. — » Nobis quoque pecc. — 3 Lev VI, 28; VÎT, 6, 15> 16, etc.

par rOraison dominicale où nous demandons à Dieu ce pain quotidien, ce pain qui passe toute substance, ce pain qui est descendu du ciel. Ensuite le ppêtre rompt Thostie en trois parties pour imiter noire Seigneur qui rompit le pain lorsqu'il le consacra ; aussi le sacrifice s'appelait au commencement fraction du pain. Le prêtre met une de ces trois parties dans le calice, pour mieux faire voir que ce n*est qu'un seul sacrement du corps et du sang de J(^sus* Christ; on demande ensuite la paix, c'est-à-dire la con» corde et la charité parfaite pour s'approcher de l'agneau sans tache * ; et en signe de cette paix, ou bi'en l'on s'embrasse les uns les autres, ou bien l'on baise un instrument destiné à cet usage, comme on a fait avant l'offrande. La prêtre fait encore quelques prières à Jésus-Christ préseat au saint-sacrement, pour lui demander la grâce de com-munier dignement et utilement , et après avoir protesté touthaut de son indignité en se frappant la poitrine, il se communie lui-même sous les deux espèces. Il communia les assistants sous la seule espèce du pain, suivant la cou«> tume pratiquée de tout temps dans l'Église en certains cas, et reçue universellement dans les derniers siècles ^, pour éviter les irrévérences et les divers accidents. Ceux qui communient doivent être exactement à jeun, sans avoir pris même une goutte d'eau ; leur extérieur doit être propre et modeste et leur intérieur le plus pur qu'il est possible. « Quiconque mangera ce pain ou boira le calice du Seigneur indignement, dit saint Paul ', sera coupable envers le corps et le sang du Seigneur. Que chacun donc s'éprouve avant de manger ce pain et de boire ce calice ; car quiconque le prend indignement boit et mange sa condamnation, ne discernant pas le corps du Seigneur. » Il faut être vivant pour fie nourrir % c'est pourquoi ce sacrement ne profile

« Agnus Dei. — » Conc, Trid., ses^JLXI, 2. *- 3 1 Cor, XI, 27.— ♦ Can. apost. 10.

qu'à ceux qui sont en état de grâce. Dans les premiers temps, tous ceux qui assistaient au sacrifice y participaient aussi par l'offrande et par la communion ', et l'Église souhaiterait que tous communiassent encore réellement; c'est pourquoi ils doivent communier au moins spirituellement, par les saintes dispositions du cœur. On termine la messe par l'oraison qui contient l'action de grâces • ; puis le diacre congédié le peuple, et le prêtre donne la bénédiction.

Leçon XLIX. — Des messes basses et du viatique. De tout ceci il est aisé de comprendre comment on doit entendre la messe ; car le meilleur exercice que l'on y puisse faire est d'être attentif aux instructions qui sV donnent et concourir autant qu'il se peut aux actions et aux prières du prêtre. Mais il ne faut pas croire que ce soit l'entendre que d'y assister seulement de corps, ayant l'esprit ailleurs, occupé d'autre chose que de Dieu *. J'ai représenté une messe solennelle parceque toutes choses s'y font plus régulièrement ; mais l'Ëglise a aussi l'usage des messes basses, où le prêtre n'est assisté que d'un clerc, ou même d'un laïque; et le sacrifice ne laisse pas d'y être parfait, quoiqu'il n'y ait ni offrandff du peuple ni commu* nion que du prêtre, ni quelquefois autre assistant que celui qui sert la messe ; mais encore que l'essentiel s'y trouve, la majesté du sacrifice y paraît beaucoup moins ; il y a moins d'utilité pour le peuple quand il n'y a pas d'instruction, et quand il n'y a point de communiants, toutes les intentions de l'Église ne sont pas remplies. L'usage a introduit de communier souvent hors la messe avec les hosties que l'on garde dans le tabernacle et qui ne devraient être que pour les malades *, Quant aux malades lorsqu'ils sont en péril de mort, on leur doit donner le

' Con. Trid., sess.XXU, 6.— » Potf. comm. — 3 Conc. Trid., sess. XXII, 6.-4 Conc. Trid., sess. XUI, 6.

saint-sacrement comme viatique, c'est-à-dire comme provision de leur voyage ', afin qu'ils ne sortent pas de cette vie sans la protection du corps et du sang de Jésus-Christ. Comme il faut adorer Jésus-Christ partout où il est, oa rend les mêmes respects au saint-sacrement % lorsqu'on le porte ainsi dans les rues, que lorsqu'il repose dans 'gli se ou qu'on le montre à la messe. Quand le prêtre est arrivé dans la chambre du malade il y fait quelques prières avant de communier s, et si le malade est un prêtre ou un diacre, il fait sa profession de foi en récitant le Symbole. Leço.n L. — JDa sacrenunt de V eucharistie. Bien que la sainte eucharistie soit le vrai corps de Jésus-Christ, il y est toutefois d'une manière surnaturelle et divine, tout entier dans le tout et tout entier eu chaque partie *. De là vient qu'il est en même temps en plusieurs lieux, au ciel et sur la terre, dans tant d'églises, sur tant d'autels, en tant d'hosties. De !à vient encore qu1l est aussi entier dans la plus petite particule que dans la plus grande hostie, qu'en la divisant on ne le divise point, que (juand on en prend plusieurs ensemble on ne le prend point plusieurs fois, qu'il est autant sous une des espèces que sous toutes les deux ; car la séparation des espèces ne sert qu'à représenter l'état où il était sur la croix, après que tout son sang fut répandu et séparé de son corps, mais en effet le corps et le sang ne sont point divisés dans l'eucharistie, puisque le corps est vivant et animé et le même qui est glorieux au ciel. Ainsi, partout où est le corps le sang y est aussi, et partout où est le sang, le corps y est, par une suite nécessaire que l'on nomme concomitance. Ce sacrement est bien au-dessus de tous les autres, d'où vient que l'on appelle par excellence le saint-sacrement. L'eau et l'huile ne sont sacrement que dans l'usage actuel ;

» CvPR. EpUL 67. ad Corn, — * Conc. Trid., sess, XIII, 5. — 3 RU. Rom, — RU. Par, — 4 Cône. Trid., sess. Xllf, 25.

Teucbaristie Test toujours tant que Jésus-Christ y est présent, c*est-à-dire tant que les espèces subsistent. Les autres sacrements ne sont que des signes de grâce, quoique signes efficaces ; l'eucharistie contient la source des grâces, JésuS'Christ vrai Dieu et vrai homme. Elle ne laisse pas d*èlre signe en plusieurs manières ; premièrement les espèces du pain et du vin, consacrées par la parole de Jésus-Christ, sont les signes de la présence de Jésus-Christ ; secondement, ce sacrement nous fait souvenir de sa Passion ; en troisième lieu, il nous avertit que nous sommes tous un même corps *, puisque nous participons à un môme pain. Ënfm ce nous est un gage que Dieu se donnera un jour à nous à découvert, comme il se donne à présent caché sous ces apparences étrangères.

Leçon LI. — Du sacrement de pénitence. De la contrition. Les chrétiens devraient n'avoir jamais besoin d'autre sacrement que de Teucharistie pour entretenir la grâce qu'ils ont reçue au baptême et à la confirmation, et aller toujours croissant dans ta vie spirituelle. Ce sacrement a même la force d'effacer les fautes légères et journalières. Mais hélas I il n'arrive que trop souvent que les chrétiens commettent des péchés mortels qui éteignent en eux la charité et les rendent dignes de la mort éternelle ; tels sont l'impiété, l'homicide, l'adultère, et tous les crimes qui violent quelque commandement du Décalogue en matière importante. Pour sortir de cet état de mort et ressusciter spirituellement, Jésus-Christ a institué le sacrement de pénitence, qui ressemble au baptême en ce qu'il remet aussi les péchés et qu'il suppose la conversion du cœur et la résolution de changer de vie comme le baptême dans les adultes. Mais la pénitence estdifférente, en ce qu'elle ne remet point le péché originel, n'étant instituée que pour les chrétiens qui sont tombés après leur

« 1 Cor. X, 17.

baptême ^ De plus quelques crimes qu'un homme ait commis avant son baptême, en quelque quantité et quelque énormes qu'ils soient, on ne l'oblige point à les déclarer en particulier et on ne lui fait souffrir aucune peine pour les réparer. Mais on n'accorde la pénitence qu'à condition de «ouffrir quelque peine temporelle proportionnée au péché, et par conséquent il faut se confesser distinctement, et certainement il est bien raisonnable que Ton traite dif^ féremmeot ceux qui oui péché dans l'aveuglement de l'infidélité, où ils n'avaient point le puissant secours de la grâce contre leur concupiscence, et ceux qui ont été une fois illuminés au baptême, qui ont été faits participants du Saint^sprit à la confirmation >, qui ont goûté le don céleste de l'eucharistie, la beauté de la parole de Dieu, l'excellence du siècle à venir, et qui sont tombés après tant d'avantages^ crucifiant en eux-mêmes de nouveau le Fils de Dieu. Ceux-là méritent sans doute que Dieu leur fasse .acheter par des larmes et des œuvres laborieuses la grâce qu'il leur fait de les renouveler par la pénitence. C'est bien assez qu'il leur remette gratuitement la coulpe, c'est-à-dire la tache du péché, et qu'il les décharge de la peine éternelle. La pénitence a donc trois parties : la coqfarition, la confession, ta satisfactiog. La contrition, c'està-dire la douleur qui brise le cœur, doit être surnaturelle ; car il ne suffît pas d'être affligés de nos péchés par des motifs temporels, à t;ause des maux que nous sentons ou que nous craignons en cette vie. Il faut que cette douleur s(Mt fondée sur la foi, 'et qu'elle ait pour motif ou la bonté infinie de 'Dieu, ou du moins sa justice et sa puissance, qui peut récompenser et punir éternellement. Si c'est purement l'amour de Dieu qui fasse détester le péché, c'est la contrition parfaite; ai la contrition est imparfaite, étant fondée sur la considération de la laideur du péché ou sur

» Conc. Trid.y tes». V, 14; iess. XW^depom.-^ » ffeS. VI, 4.

la crainte de l'enfer, on rappelle aUrition^ . G*est une disposition sainte et utile pour le sacrement de pénitence ; mais il faut qu'elle exclue entièrement la volonté de pécher, ce qui enferme un commencement d'amour de Dieu. Leçon LII. — De la confession et de la satisfaction. Celui qui veut revenir à Dieu après avoir perdu la grâce de son baptême *, doit commencer par examiner sa conscience très soigneusement, pour connaître, autant qu'il pourra, le nombre et la qualité de ses péchés, leurs causes et Içurs suites, ses passions et ses habitudes. Il doit surtout bien sonder son cœur, si c'est tout de bon qu'il veut se convertir, s'il est bien convaincu de l'énormité du péché, qui est le seul vrai mal, qui attaque la majesté de Dieu même et qui mérite une peine éternelle; s'il est bien touché de son ingratitude envers Dieu, son Créateur, son Rédempteur, son souverain bienfaiteur, et de la perfidie avec laquelle il a violé les promesses de son baptême; s'ii déteste sa vie passée, et s'il est bien résolu d'en commencer une nouvelle, moyennant la grâce de Dieu. Qu'il allie ensuite trouver son pasteur, ou quelque autre prêtre approuvé de son évêquc et ayant pouvoir de l'absoudre, et qu'il lui fasse sa confession, lui déclarant tout au long l'état de son ame avec grande simplicité; qu'il écoute ses avis avec respect et se soumette humblement à la satisfaction

« C<mc. Trid.^ sesB. XIV, 4; sess. VI, 6. — Cet article ayant souffert quelque difficulté dans les premières éditions, M. Tahbé Fleury so détermina à y faire quelques changements, qui ont peut-être troublé ici Tordre de ses expressions et de sa phrase sans nuire au sens. Le parallèle est mieux soutenu dans la traduction latine faite par lui-même : Si puro divini amoris motu peccatum detestemur, per/ecta eontrilio esl : si propter de/ormitatem peccaii aut gekenna timorem, imper/ecla es' contritio, qua atlrilio dici solet. «« Si c'est purement Tamour de Dieu qui fasse détester le péché, c*est la contrition parfaite } si cette déte&tation n'est fondée que sur la laideur du péché ou sur la crainte de l'enfer, c'est la contrition imparfaite, qu'on appelle aitrition.

(N'oie des anciens éditeurs.)

« Cône. Trid., sess, XIV, 6.

qu'il lui impose, quelque rude qu*elle lui paraisse, puisqu*elle-sera toujours fort légère en comparaison des pénitences canoniques. Enfîn, qu'il ne murmure point si on lui diffère l'absolution, puisque ce n'est pas d lui à juger de la conduite du prêtre, qui est son juge. Le prêtre a le pouvoir de retenir les péchés, aussi bien que de les remettre, et il se charge devant Dieu de tous les péchés qu'il remet ou qu'il retient mal à propos. Il doit refuser l'absolution à celui qui ne sait pas les vérités nécessaires pour le salut, comme le Symbole et les Commandements de Dieu ; à celui qui n'est pas contrit, c'est-à-dire qui n'est pas affligé de son péché, ou ne l'est que par quelque intérêt temporel, ou ne renonce pas à toute volonté de pécher à l'avenir; à celui qui ne veut pas restituer le bien d'autrui qu'il possède, ou qui ne veut pas quitter l'occasion prochaine du piéché, ou qui retombe souvent dans les mêmes crimes, ou qui ne veut pas pardonner à son ennemi ; à celui qui ne veut pas accepter la satisfaction qui lui est imposée : en un mot, à tous ceux à qui il juge que le sacrement serait inutile par leur mauvaise disposition. Le prêtre ne peut absoudre un homme en cet état, sans se damner avec lui. Que si la disposition du pénitent est douteuse, le prêtre doit suspendre l'absolution pour l'éprouver quelque temps. Il doit imposer la pénitence la plus approchante qu'il pourra des peines canoniques, eu égard à l'âge, au sexe, à la force et à la ferveur du pénitent. Les pleines canoniques sont de plusieurs années pour les grands crimes ', comme pour un parjure ou un adultère sept ans, pour une simple fornication trois ans, et ainsi du reste.

Leçon LIIL. — De la pénitence publique. On ne peift mieux connaître quelles sont les intentions de 1 Église, dans l'administration de ce sacrement, que par

' Cone. Trid., tess. XIV, 8.

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