DE BONCHAMPS
Meliiis est nos mori in bello quàm videre mala genlis nostrœ et sanctorum.
Il vaut mieux que nous mourions les armes à la main , que de voir la ruine de notre patrie et la destruction de nos autels. 1 Machab. cli. 3, f. 59.
Monseigneur (*),
Dieu qui a créé le monde, dans sa toute-puissance, le gouverne selon les conseils de son éternelle sagesse (**). Il ne Ta point livré aux caprices d'une aveugle fortune, ni aux vains projets de l'ambition des hommes. C'est lui qui fonde, qui renverse, qui relève les empires : c'est lui qui dispense aux peuples et aux rois
0 Mgr l'évoque d'Angers.
(**) Jcréra.. chap. 10, ?. 12.
les flots de sa colère, ou la rosée de sa miséricorde. Ce qu'il y a de plus admirable dans les desseins toujours infaillibles de la Providence, c'est qu'elle fait servir à leur accomplissement les crimes même de ceux qui la méconnaissent et qui l'outragent : ainsi, elle n'a pas besoin des éclats de son tonnerre pour infliger aux nations coupables les plus terribles châtiments. Si elle cesse, un instant, de les protéger contre leur propre corruption, aussitôt les passions déchaînées deviennent les instruments de sa vengeance. Les séditieux et les rebelles ne se proposent, il est vrai, que de satisfaire leur orgueil, que de conquérir une funeste indépendance : mais ils travaillent sans s'en douter à l'exécution des jugements du Très- Haut; c'est lui qui leur livre le pouvoir dont ils abusent.
On ne peut rendre raison de la Révolution française que par l'application de ces grandes vérités. Ses succès et sa puissance sont des mystères inexplicables pour quiconque ne la regarde pas comme un fléau de Dieu; car elle a trompé tous les calculs, brisé tous les obstacles, dépassé toutes les bornes. Que dirai-je de plus? elle a courbé toutes les volontés sous son sceptre de fer, et rejeté au-delà de nos frontières les nobles résistances qui auraient pu ralentir son cours dévastateur.
À la vue de cet abaissement universel devant l'impiété et la tyrannie, on était tenté de croire que la religion et l'honneur allaient disparaître pour ton-
jours, dans un commun naufrage. C'était le but des révolutionnaires, d'anéantir jusqu'aux traces de nos anciennes vertus, dont le souvenir accusait leur sacrilège audace.
Cependant la France, qui doit être punie, ne sera point effacée du livre des nations. Ce n'est qu'un châtiment; ce n'est pas un jugement à mort. Le feu sacré qui lui donne la vie ne s'éteindra point. Il sera conservé dans la Vendée ; et lorsque la colère du Seigneur aura passé, des générations nouvelles viendront sur ses ruines apprendre à servir Dieu et à défendre le roi.
En effet, Messieurs, pendant que la rébellion triomphante se couronnait de forfaits, un peuple dont la simplicité ne demandait point la gloire et n'ambitionnait point des destinées si hautes, préparait à l'univers étonné d'admirables exemples de piété et de courage. Pénétrés d'horreur pour les entreprises des factieux, les paisibles habitants de nos campagnes se lèvent tout-à-coup comme d'autres Machabées, et répètent avec eux ce cri de la foi et de l'honneur : // vaut mieux que nous mourions les armes à la main, que de voir la ruine de notre patrie et la destruction de nos autels : Meliiis est nos mori in bello quàm t?tdere mala gentis nostrœ et sanctorum.
A leur tête marchent des chefs qui méritent d'entrer les premiers dans une sanglante et glorieuse arène. Ces chefs ont été choisis par eux; car, dans
cette armée de héros, qui oserait prétendre à l'hou rieur du commandement, s'il n'y était pas appelé par des suffrages unanimes?
Parmi les guerriers à jamais célèbres que les Vendéens environnent d'une confiance sans bornes, et qu'ils regardent comme les anges de la victoire, ils placent au premier rang l'illustre général dont l'éloge doit ajouter encore à l'éclat de cette imposante solennité.
Avant de m'acquitter d'un devoir si honorable pour moi, qu'il me soit permis de regretter avec vous, Messieurs, qu'un sujet que réclament à la fois la religion et l'éloquence, n'ait pas été confié à une voix plus digne de le célébrer. Combien mes paroles vous paraîtront froides et languissantes, à vous qui avez connu le modèle des braves, tel que sa grande âme le faisait paraître au milieu des hasards que vous partagiez avec lui; à vous surtout, noble (*) compagne de sa gloire et de ses infortunes, dont j'ose à peine interroger les souvenirs, par respect pour une douleur trop légitime.
J'essaierai du moins de le montrer tel que nos pères, vieux soldats de l'autel et du trône, se plaisent à le représenter dans ces récits si naïfs et si vrais, qui charment leurs longues souffrances et qui remplissent l'âme de leurs enfants d'attendrissement et d'émulation.
(*) Mme la marquise de Boncharaps, veuve du général.
Je dirai qu'il fut toujours fidèle à la religion et à la royauté, qu'il fut humain, généreux, modeste dans la victoire-, ferme, prudent, habile dans les revers; intrépide sur les champs de bataille, sublime à son dernier moment, digne enfin, dans sa vie et dans sa mort, de la croix qu'il portait sur sa poitrine et de l'étendard des lys qui flottait dans ses mains. L'histoire a placé son nom parmi ceux des héros chrétiens : ce double titre à notre admiration et à nos regrets sera le partage de l'éloge incomplet que je consacre à la mémoire de Messire Charles- Melchior-Àrtus, marquis de Bonchamps, général en chef de Farinée vendéenne d'Anjou.