ACTE I, SCÈNE XL i6j
PHIcLIBEAT AINE.
On e9t venu me relancer jusqu'ici.
PHILIBERT £àP$T.
Déjà?
PHILIBEÏtr AIIHÉ.
Et j'ai payé.
PHILIBERT CADET
Tu as payé ! tu as bien fait; J'en suis enchan|^ pour ces bonnes g^s; car, suivant toute apparence, je les aurais fait attendre. Tu as payé, mon frère! voilà un trait! j'en pleure d'attendrissement et de reconnaissance. Mais je suis accoutumé à tes belles actions.
PHILIBERT AÎISÉ.
N'as-tu pas de honte de mener ainsi une vie d'aventurier? Sans i^prochf, ne devrais -je 'pas âtre las de venir à ton secours? Tu n'as pas pu rester même au ministère auquel je suis attaché. Tu crois te justifier, en disant que tu as une mauvaise tête et un bon cœur. BelU excuse ! c'est celle de tous les gens qui se conduisent mal. Tai une mauvaise tête, donc j'ai un bon cœur. Très-Aïauvaise conséquence. Oui ; tu es bon ; je le sais , moi ; mais ceux qui ne te connaissent que par tes folies, ne sont-ils pas en droit d'en douter? Que leur imix>rte , d'ailleurs , que tes fautes viennent de méchanceté ou d'étourderie?.... Mais, qu'est-ce que je fais? Ce que je te dis-là, je te l'ai dit cent fois; je devrais être bien guéri de la manie de te prêcher : je me tais.
PHILIBERT CADET
Non, parle, continue, continue, mon cher frère; tu as raison ; je ne suis ton cadet que d'un an ; et je parais plus vieux que toi ; et combien je me trouve en arrière de ta réputation et de ta fortune ! Cela me fait Tome FIL l U
rSa LES DEUX PHILIBEjaT.
honte. Combien de fois ne m'est-il pas arrivé, en me faisant annoncer quelque part, d'entendre qu'on se disait : «Monsieur Philibert; est-ce l'homme de mérite? « Non , c'est son frère.*» — Tu conviendras que c'est fort désagréable. Mais tu ne m'écoutes pas.
PHILIBERT Aliri.
Parle, parle toujours, je t'entends de reste.
{Philibert aîné se promène ^ s* assied sur un banc des^ant sa porte , écrit sur ses tablettes.)
PÇfLlBBBT CADET.
Veux- tu que je te dise ? tout le mal vient de te que j'ai été. gâté par ma qière, tandis qtie mon père te faisait élever admirablement, dans un collège de Paris. Après to||t, qes emplois que tu m'avais obtenus, je ne les ai plus : est-pe un si grancf malheur? Je ne veux plus de place. Il me faut une existence libre, active, indépendante. Je veux faire des affaires. Oui, mon ami , des affaires de courtage et de commission , mais en grand, d'^ne manière vaste et avantageuse à^mes concitoyens. J'ai déjà commencé. L'homme qtie je viens chercher dans cette rue précisément , peut m'être trèsutile}, et tiens, chez ce traiteur, hier.... c'était un petit souper de spéculation. Nous avions la maîtresse du commis d'un gros négociant... Cela nous a coûté cher, parce que ces Crames aimables.... c'est gourmand et fort exijg^nt en fait de bonne chère. Mais j'ai jeté là les fondements d'une affaire.... Tu verras, tu verras. Je ferai fortune, je serai riche, très-riche, et alors.... ah dieu ! il me serait si doux de reconnaître ce que tu as fait pour moi ! Je te dois tant ; je te dois tout. Éprouve quelque malheur seulement; j'entends que tu ne t'adresses pas à d'autre qu'à moi.