‹ Œuvres de L.B. Picard (volume 2)Chapitre 13 sur 399 · ACTE I, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VI

tament , par lequel il m'instituait ^n- légataire' universel : je suis loin de mépriser la fortune, mais la mienne me suffit; j'éprouvais de la répugnance à me voir Thér ritier de mon ami aux dépens de ses héritiers naturels, et j'essayai sincèrement de l'engager à changer ses dispositions. Tous mes efforts furent inutiles. IV y a six mois, j'étais encore à la Guadeloupe : il tombe ma«* lade , il m'appelle aux^hevet de sou lit , il me serre dans ses bras : mon cher Doricour, me dit- il, ne tente pas d'obtenir la rçvooi^tion de mon testament; je pardonne à mes pafents , mais je ne leur dois rien , je dois tout à ton amilie , et .je m'acqujtte en assurant ina fortune à ta chère Henriette; }e n'ai ^'une grâce à te demander : par des nouvelles indirectes que j'ai reçues, j'ai appris qi^ mes deux frères n'existaieiit plus. Mon frère l'abbé ne laisse personne après luî^ mais l'autre a eu un fils. Ce'fils demeure dans ui^e terre près d'Orléans : il me serait bien doux d'emporter au tombeau Tespérance que ta fiHe épousera.mon neveu. Tu vas retourner en France ; puisse le fils de mon frère te convenir et plaire à ta fille! Remarque bien, ajoute4-il, que ce n'est pas une loi que je t'impose , c'est une prière que je t'adresse. Tu ne me l'adresSeapas en vain^m'écriai-je en pleurant ; je remplirai reKgieusement tes Volontés. Deux jours après il meprt. Je recueille et je réalise sa succession. Quoi qu'il arrive, j'en ferai bod .usage; curieux de voir la terre qu^on vient d'adieter pour moi, mais jaloux sur- tout -d'accomplir Tes denners vœux de mon ami , je pars avee ma fille et me voilà. Vous voyez maintenant quel est le but de mon voyage. ^

Oui , oui , Monsieur , je vois ; ce M. de fioulan ville ,

a8 M. DE BOtJ LAN VILLE.

notre voisin , est le neveu de votre ami , «t vous voulez en faire votre gendre.

DORIGOUR.

Cest-cela même.

Ainsi, vous allez sacrifier votre fille, la donner à un inconnu.

DORIGOUR.

' Que parlez «-vous de la sacrifier? Je suis trop bon père, pour vouloir marier mon enfent à quelqu'un qui ne la mériterait pas. Je n'ai point oublié les derniers mots de mon ami mpurant : Il faut que mon neveu te convieime et qu'il plaise à ^ta fille. •

MADAME LÉOITARD.

£h bien I à la bonne heure, monsieur; j'aime à vous entendre parler de la sorte.

'DORIGOtTR.

Les mœurs, le caractère , la bonté , avant toutes les autres convenânei^. Ce n'est pas tout \ je tiens beaucoup à la réputation ; voilàr pourquoi , avant de voir monsieur de Boulanville , je suis bien ait&.de savoir ce que les autres en pensent. Un père qni veut se choisir un gendre, esi* comme un* prince qui veut se choisir un ministre. Pour bien choisir, il faut bien connaître; pour bien connaître il faut examiner , causer , observer. \A LéonarcL) Conduis^moi vers ces deux hommes de la cotmaissanco de fidAbûiville, que tu as dans ton auberge.

LiSOKARD.

Justement, voici l'un des deux. '

MA'BAME LEONARD, CL pOTt.

Je suis curieuse de voir comment il va prendre les VdiscQ^urs de ces deux messieurs. .

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