ACTE I, SCÈNE tl. * i
de sa bd|||té; mais combien je me sentis ému des soins qu elle prodiguait à sa bonne graud'mère ! Sans affectation , je passai plusieurs fois dans l'allée où elles étaient assises. Elles se levèrent , je les suivis. La vieille femme s'appuyait sur le bt-as de la jeune fille. Quel échange de doux regards entre elles deux ! Dans ceux de la grand'mère, c'était.... comme une espèce de re-* • connaissance. Dans ceux de la jeune fîile, c'était de l'affection, du dévouement, une expression angélique de tendresse filiale. Depuis ce temps , je vais m'asseoir à quelque distance d'elle dans^ les promenades qu'ello^ fréquente. A l'église, derrière un pilier, j'admire sa douce et sincère piété. Au spectacle, je me place dans la galerie au - dessous de la loge qu'elle occupe ; je cherche à saisir quelques mots de son entretien avec son père ou sa*bonne maman : je remarque dans ceux qui arrivent jusqu'à moi, de l'esprit, du sens, de la bonté. Je n'ose me flatter d'en fivoir été remarqué; mai& pas un jour ne s'est passé sans que j'eusse le bon* heur de la voir. • *
CLAIRVILLE
C'est fort intéressant. Il ne faut plus vous demander pourquoi , depuis quelque temps , on vous voit si rare* mept chez monsieur Forlis.
PHILIBERT AIN^
Mademoiselle Forlis est aimable et bonne ; je suis touché de l'amitié quç son père me témoigne; mais outre que je ne suis pas* assez fat pour croire que l'on songe à moi, c'en est fait, je ne puis aimer que la fille de monsieur Duparc. Mon cher Clairville, puisje compter sur vous?
CLAIRVILLR.
Compler sur moi! Ecoutez, monsieur PhiKbert Tome VIL * . lO
i46 - LES DEUX PHILIBERT.
voilà vingt ans que je fais métier de dcmner âi^ leçons de musique; oui, vingt ans. Car je commençai imm^ diatement après la chute de mon opéra, lequel fut donné un an juste après que; j'eus remporté le grand prix de composition musicale.
PHILIBERT AINé.
Au fait de grâce.
CLAI&YÎLLE.
Je fais fort bien mes afiEaires. Outre les leçons particulières , j'ai deux collèges et trois pensionnats de ieunes personnes. Or, à quoi dpis-je mes succès? à mon talent d'abord ; quand en a formé presque tous les premiers sujets des théâtres lyriques de Paris et des départements....; mais c'est à la régularité de mes mœurs que je dois l'amitié des parents, l'estime des ipstituteurs , le respect et la reconnaissance des élèves. Je ne prétends pas avoir été plus qu'un autre à l'abri de tendres erreurs ; j'ai même eu quelques botmes fortunes assez remarquables; mais jamais parmi mes écolières. Je n'ai* fait la coyr qu'à une seule , que j'ai épousée , et qui depuis quinze ans fait mon bonheur. Aussi j'ai la jouissance de voir qu'on vante mes principes de morale presque autant que mes principes de chant et de ^lélodie.
PHILIBERT Alinîi
Je le sais^ mais....
CLAIRVILJ.E.
Ce n'est pas tout. Bien loin de consentir à me mêler d'aucune intrigue , je me suis fait une loi de ne recevoir aucune confidence d'amour , même quand les vues sont honnêtes , et je me reproche presque d'avoir entendu la vôtre. On se plaît tant à médire sur le compte des artistes! Ainsi, mon cher monsieur, je