‹ Œuvres de L.B. PicardChapitre 29 sur 70 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Chagrin de Guillaume, — Préparatifs du mariage

d^Eugene.

vjruiLLAUME s'empressa de m'écrire pour me féliciter - sur mon mariage. Qui plus que lui devait prendre part à mon Ixmheur et à cctlui- de ipademoi^elle Laure? ce Nés le même jour, nourris du même lait, élevés^ <e ensemble , n'ayant jamais été. séparés que pendant <c quelques mois, nous étions destinés, m'écrivait Guilce laume, à ne rester jamais étrangers l'un à l'autre'; le «c bonfieur de l'un devait être une jouissance pour l'autre <c ami; car, en dépit de la vaine distance des rangs*, a me marquait -il, oui, je suis ton ami^ tu es le mien, « et crois que c'est un sentiment de ioie que j'ai éprouvé ^ en apprenant l'approche de ee mariage , prévu depuis <c si *long- temps. » Qu^t à mademoiselle Laure qui aVait été aussi nourrie par sa .mère, il avait apprécié, d^s son enfance , toutes les qualités , toutes les vertus qu'elle réunissait , et qui en faiisaient une femme accomplie. «Ah, mon .cher Eugène, que tu seras heu- « reux ave&elle! rends-la heureuse, mon cher Eugène.

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ce Mais quelle in||^re j^ te fais ! Qu liii-je besoin de te c< recommander ce qui est, je n'en doute. pas, le vœu n le plus ardent de ton cœur? Quel honime à ta place c<; ne se ferait une gloire et une jouissance délicieuse c< de contribuer au .bonheur de. mademoiselle Laure ! i>

Quelques jours après la réception de pette lettre, à laquelle j'avais déjà répondu,. j'appris de Magdeleine que le chagrin dei Guillaume s'était manifesté de nou* veau. C'est ce'^e ûiademoiselle Yictoire avait écrit à sa scEfCir, Giâltaume négligeait son travail ; il luyait ses camarades; qiland il ne pwvailf les éviter, il était morne et taciturne ayec eux ; il n'allait plus à la coihédie;,en Vain Louke et spn mari s'étaient - ils efforr ces de l^aftirer dans leur làaison ; on eût dit que 1^ tableau des heurwx qu'il- avait faits lui était insupportable. Qtielqviefois mâme il était vif et brusque avec sa tante, quwcji elle l'interrogeait et Qu'elle cherchait h deviner le sujet de sa^peine. Il est vral^qu'à l'instant i) sentait qu'il l'avait affligée et qu'il lui demandait pardon; mais il s'obstinait à ne lui rien dire*- Il la quittait d'un air sombre et mélancolique. Inquiète, elle s'était pmmis plusieurs fois de le suivre ; elle l'avait vu gagner tristeÉiént les allées les plus ^litaires du Luxembourg , ^y prràieiier,' passif, jusqu'à la nuit, et la pauvre fille était rentrée' chez elle l'ame navrée , cherchant ce qui pouvait ptèngèr". son i&eveu dans ^cette longue douleur, et tréihblant de ce qu'il méditait*

On était an mois d'août. Guillaume avait signifié à sa tante , écrit à son père , qu^l n'irait pas passer les vacances dans sa famille. Il avait pris pour prétexte que, devant coQtmeQoer à teercer l'état d'avocat à la

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rentrée , il fallait qu'il Y:estât à Paris f#ur continuer les études nécessaires, se faire d^Utiles connaissances, et s'essiiycr à la chambre des vacations.

Ce fut au milieu d'une de ses promenades solitaires qu'il rencontra notre camarade de collège , le marquis de^ Beauclair. Celui ^ ci venait, dit -11 à Guillaume, de servir de témoin à Un de ses amis engagé dans une affaire dTioïineur. Depuis qu'il était à Paris, Guillaume, au spectacle et daiis lès promenades>, s'était souvent^ trouvé à deux pas ou en face de Beauclair, et Beauclair, brillant, présomptueux^ occupé de conquêtes et de plaisirs, n'avait pas^ aperçu le simple et modeste Guillaume ; mais le père de M. te marquis aVait été récemment entraîné dans la disgrâce d'uti ministre, sa' fortune était dérangée, et, depuis la ruine du père, le fils avait meilleure vue et plus de mémoire.. Ce fut lui* qui aborda Guillaume. <x Ehf te voilà, tlK>n cher, lui « dit -il; que^diabie fais -tu à Paris?* Pourquoi ft'es-tû ' a pas venu îne voir ? T'amuses-tu toujours à cojnposer a des.tragédies ? Quand joum'a-t-on celle que tii liousr « as lue au coBége? Et mon cher Eugène, que^vfwittf il? il me néglige ; il y a un siède que je o'ai reçu< a de pe$ nouvelles, d Guillaume apprit à Beauclair que ' j'allais me marier, ic II va se marier, s'écria Beauclair! ce Déjà! pauvre Eugène! c'est s'enchaîner de bonne cr heure. J'irai à sa' noce; je £^ai le voyage tout exprès. a Je^ t'emmènerai, mon cher Guillaume. » — «Non : « je n'irai pas, répondit Guillaume^ Personne ne prend « plus d'intérêt que mot au bonheur d'Eugène, mais je c( n'irai pas à ses noces. »«!-' «Je comprends, reprit Beau- « clair; tes travatix ou qtielque tendre indination te

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a retiennent^ à Vs^s ; c'est fort bien : inais ne' crois pas « que je sois d'humeut* à te céder le pas en fait d'amitié ce pour Eugène ;. c'est un^si aimable garçon! Il est fort ce riche. J'espère ^ bien qu'il nous amènera sa petite ce femfne. £h! quand j'y pense, ilfaut qu'il me délivre if. de mes créanciers; à charge de revanche ,. quand je. <c serai en fonds. Et toi -même ne peux«*tu pas m'étre « iitilç ? Oui parbleu ! 'ITes-^tu pa^ clerc de procureur? « Demain je t'enverrai l^s petits l^iHets doux que ces a marauds -là m'adressent sur papier timbré. Tu les «promèneras, tit Surferas prendre patience. Du teste, (X dispose de moi, mon cher; je. suis à'l<M.» Comme il parlait ainsi, il fîit joint par trois ou quatre jeunes gens qui avaifttt été aussi ténfioins dans le duel de son ami , «t qui remmenèraiit déjeuner chez le Suisse du Luxembourg. . Beauclair envoyer en effet ou porta luimême à Guillaume sa correspondance avec ses créaneim*8; miais l'honnête M. 'Deschamps, après l'avoir examinée , trouva le^ moyen d'éconduire tm dient qui ne convenait pas à son étude..

Ilous Regardions Je chagrin 'de Gtûlaume comme te fruit d'une imagimition exaltée. On ne soupçonnait pas qu'il lui fut atrivé de malheur. Il en éprouva bientôt un réel ; il perdît sa ||Oime ^nte; Depuis quelques mois , la santé de mademoiselle 'Victoire déclinait ; le chagrin secret de son neveu hâta sa fin; au JBoinft Guillaume s'en accusa*t-il. Quels^ soins pieu% et tendres il eut pour elle pendant sa dernière maladie! A quelle douleur il se livra en lui rendant les derniers devoirs \ Cette perte ne contribua pas peu à redoubler sa tristesse. Sa mère le pressa vainement de venir mêler

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ses Iarme$ aux siennes* Guillaume né voulut point quitter Paris.

Ainsi le deuil était dans la famille de Guillaume, tandis que dans la mienne on s'oocupait des préparatifsde mon mariage. ïaffaç^ écrit à Guillaume une lettre de condoléance bien dincère sur la mort de sa tante ; mais le bonheur, Taisançeet la liberté que j'entrevoyais dans mon marfagë* firent une prompte diversion au chagrin que me causa là. douleur' de mon ami. . Il ne s était* pas encore pré^nté d'occasion de trmter d'une charge de conseiller; mais qu'importe, disait-on? il fallait toujours nape marier ; c'était le plus pressé : j'aurai^ bien le temps de prendre un état.' Les disperises étaient arrivée^; on allait bientôt publier le premier ban.r G^étafit monseigneur l'évâque de Goutances cpii de* vàit &ire la cérémonie dif mon' mariage , comme ii avait foût celle de mon baptéme« Les parures et les bijouac étaient Commandés. Le fils' unique de M. le baron de Senn^ville qui va se marier k la &le umque de la riche madame Louville ! C'était une afi&ire d'état pour toute la ville de Gôutances ; c'étsdt à qui aurait le ^nheur de», recevoir une invitation. Plusieurs élégantes avaient éèrit en cour, à la marchande de mddes de mademoiiselle de Jfesle ^, qui gouvernait alors les modes et le .niinistère, pour avoip les renseignements les plus exacts sur la«toilette qu'il était convenable de porter un jour de noces. Mais elles a^rptft beau faire , nous disait mon cousin le bossu , aucune d'elles n'éclipsera la mariée. •

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CHXPITBiE II.

De rapparition de Guillaume chez sa mère.

U N jour , Magdeleine Delorme filait devant sa porte ; sa fîUe Théràse Delorme , la sœur de kit de ma cousine , filait à côté d'elle j et son jeune fils Pierre jouait à quelques pas de la fermé avec des pçtks^ garçons de son âge. Magdeleine , tout en tournait machinalement son Kouet> était absorbée dans ses rêveries; elle pensait à sa pauvre sœur, qu'elle avait toujours aimée tendrement. « Chère et malheureuse fille , elle avait <c eu tant de bontés pour mon fils quand il était au « collège l «t mourir, il'étant pas encore t|ès-âgée, tf sans que j'aie eu . la bonh^iur de l'embriasser ! » Et puis, Magdeleine . pensait aux deux enfants qu'elle avait nourris « à Laure et k moi •:• du moins ceux-là vont être heureux. Ah! ^que le ciel prolonge. leur bonheur! ce serait un soulagement dans se» peines ; cak* &lle avait bien peur que ^es autres epËints w fus.sent destinés à ^oufiBcir : et ses pensées retçuibai^nt toujours sur son cher Guillaume; Quelle inquiétude lui causait ce cha* grin profond dont il était atteint ! « £t l'insensé qui « refuse de venir . chercher auprès de sa mère quelque « consolation ! . Où est-il ? Que fait-il*? A présent que « ma sœur ne vit plus , qui m'sq^endra ^e que devient ce mon GuiUanme? Quel parent , quel' ami veillera

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« près 3e lui pour m'instruire de sa jpie ou de sa triste tesse? Ah ! mon cher enfant, te revérrai-je encore? » Soudain , Pierre accoUrt : « Ma mère , . ma mère , a s'écrie-t*il , voilà mon firère. » Et en effet c'est Guîllaume. Màgdeleine se lève precipitariiment ; son rouet est renverse; elle veut parler,* sa voix expire sur ses lèvres. Guillaume soutient sa mère qui est t>rête à s^vanouir dans se& l)r$is ; il presse tendrement lamain de sa sœur , et son jeune frère est comme suspendu k la basque' de sa veste pour que Guillaume l'embrasse à'^n tour, a Cruel enfant qui ne nous préviens pas, «qui nous trompes , qui nous écris que tu ne viendras « pa»! Pierre, mon garçon, cours, cherche, amène « ton père. » •— « Arrête, Pierre, s'écrie Guillaume. « Ma mère, il faut que je vous paarle et que vous pfé- « pariez mon père à ce que je vaitf vous apprendre. « Je ne suis ici que poUr un moment; avant la nuit «f je vous aurai quittée. » — « Eh quoi ! mon fils » , ^ dit Màgdeleine , et elle examine son fils ; elle le voit pâle, défait, couvert de sueur, accablé tout à la fois par la fatigue et par le chagrin. Tremblante , eOe est rentrée dans la ferme, elle s'est assise kcôfé de son fils ; elle attend avec effroi que Guillaume lui explique son sort. « Ma* mère, kii dife^il, il est inutile de « vous cacher que je suis en proie à une noire mêlante colie. Ne m'en demandez pas le sujet , mon secret a né sortira jamais de mon sein. Que dis-je? ai-je tm « secret? Sais^-je ce que je veux, ce que je désire, ce M qui m'afïlige? Non , la cause de ma peine est obscure ((,et incertaine pour moi-même. La mort de ma tante « a mis le comble à mes maux; le séjour de Paris

«c m'est insupportable ; ici... je ne pui§ y rester ; il faut ce que je m'éloigne , il me faut de nouveaux pays. Cal-> « mez-vous, naai bonne fet tendre , mère ; vous me rea verrez^ vqus jne reverrez calme , heureux ^ oui , heu-> «c reux ; je surmonterai^ Pennui qui me dévore ; mais a ce ne peut être q^ie rouvj;ag^ du temps. Je viens a vous ^re adieu pour plus d'une année. Il y a hui^t a jours ^ je me suis engagé dan^ un régiment^i passe <c à la Martinique* »,

Magdeleine ne répondit pas ; ^e regardait son fils ; elle croyait faire un rêve pénible, et puis elle fondît èa larmes en voyant son petit Pierre qui tenait dan% ses mains le chapeau de Guillaume orné déjà d'une cocarde, Guillaume essuyait les larmes de 9ft mère, cherchait à consoler sa sœur et son jeune firère , qui s'était mis à pleurer pah:e que- sa mère pleurait.

Quel spectacle pour h père Delorme ! il aocoùrait avec mon cousin César. Celui-ci se promenait dans la campagne , son Horace à |a main. De loin U avait vu Guillaume ; il l'avait reccmnu ; il avait rencontré De- Iqt me ; il lui avait annoncé l'arrivéô de son fils , et \Y venait jpartager la joLç de ciette bonne, famille, pour laquelle toute lit nôt):e avait avec raison vld, tendrç attachement, a Malheureux! » s'éioria le pèreBelorme, en apprenant que son fils était engagé. Et, pour la première fois , .il se seraiC porté à quelque violence contre Guillaume, s'il n'avait été retenu par.Câar^ qui était naturellement faible , mais qui se sentit dans ce moment une force extraordinaire. GuillamRe répétace qu'il avait dit à , sa mère ; son père ne voulut rien entendre. Magdelehie, regardant alternativement son

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mari et SQn.fils, était palpitante de terreur, en voyant pour ainsi, dire \a malédiction errer sur les lèvres du père de Guillaume. Piierre,. Thérèse et Magdeleine étaient tombés aux genoux de Délorme, que mon- ' x^ousin César tenait toujours fortemeot.

tl $'en fallait de* beaucoup . que la philosophie de César eût desséché son afne ; elle hii avait appris à éviter bien d^s peines pour lui-même; mais il n'en prenait que plus vivement part aux peines d'autrui* Quoique profondément touché de cette scène,, il se trouvait, au milieu de cette famille désolée, le seul t{^i eût conserve quelque sang -froid. La colère et l'émotion des autres lui laissèrent le temp» de recueillir ses esprits. <c £h quoi ! père Deloi^ihe, dit-il, dès qu'il « lui (ut permis de se laire entendre, vous blâmez « Vôtre fils ! N'ave2>vous pas été soldat ? Oui t et un « brave et honnête soldat; £t après avoir combattu «* vaillamment pour votre prince et votre pays, vous «c êtes revenu épouser la femme que vous aimiez. Eh a bien ! votre fils combattra' vaillamment comme vous, « et reviendra pour être le' charme et Tappui de vos « vieujKL jours. Vous :devez pardonner à votre Guilr « laimié : moi je fais plus , je Tapprouve. Je lis mieux, « dans son ame que lui-même , j'ai deviné mieux que « }ui la source dé son chagrin. » Ici Guillaume fit un mouvement d'effroi. « Sois tranquille , Guillaume , fc continua mon cousin , je ne révélerai à personne ce « que j'ai long-temps soupçonné , ce dont je suis sûr à « présent. Mais vous, père Delorme, croyez -en un « honnête homme , 'croyez un bon et sincère ami; le ce parti que votre fils a pris est le plus sage qu'il pût

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«( prendre. Il faut que , dans quelques jours , il soit au « Havrenle-Grace ; il a voulu revoir ses parents avant a de passer les mers^ il n'a, qu'un instant, à vous donid ner ; ne le perdex pas en fureurs indignes d'un bon (( père^ en douleurs indigi\es d'un homme de courage» M Embrassez et bénissez V4>tre fils , il mérite encore a toute* vôtre tendresse. » >

Le souvenir de son ancien, métier ' de l^dat avait apaisé le père;Delorme. Il prit la main de César; son fils se jeta dans se$ bras ; le pèce et le fils se réunirent pour essayer de consoler Magdereine. <c Passer les jK mers ! répétait'^elle à chaque infant; » — « « Ëh bien , tL disait César , il nous reste encore quelques comiais<- '«: sances à la Martinique; je me suis un peu mélié de « la succession qui a enrichi M. de Senne ville et sa « sœur. J'ai reçu quelque» lettres d'un M. Moreau,^ u économe de notre parent Niôolas de Senneville ; « nous n'atvons eu tous ^'à nous louer de sa probité, oc de ses bons procédés* Je vais donner pour lui une a lettre à Guillaume. Il ^t encore , je l'espère au , « moins ; il sera Jitîie à Votre fils. Un Français qui a ce de l'instruction et .uÂe bonne donduite est avidement «* recherché dans nos colonies* Guillaume peut obtenir « son congé , faire une "grande et rapide fortune. » Déjà le bon César écrivait à Mk Morreau, et cherchait; par ces espérances, à distraire la douleur de Magdeleine. (c Eh! que m'importe qu'il soit riche, disait^etie? « Héias! qu'il reste pauvre, et qu'il vive ptès de moi. «c Eh ! s'il voulait $urmonter le chagrin dont il a honte , <c puisqu'il ne «veut pas nous dire ce qui l'a fait naître, 'c qu'aurait -«ir besoin d'aller si loin pour chercher la

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a fortune ? Ah ! Delorme , que je me repens de vous « aroir conseillé de le fakre étudier! Pourquoi ai -je « consenti à ce qu*il ne fût pas prêtre 1 *> Elle voulait que son mari partît à l'instant avec quelques effets précieux Dour. les' vendre ci rficheter son fils. JVIais Guillaume s'y opposa, et Céâar approuva le refus ^le Guillaume.

Ce pauvre Guillaume n'aviût que deux heures^, à passer dans sa fam^ille ^ il refusa de me voir , et -César l'approuva encore. Il expriàia le vœu que je fusse heureux avec mademoiselle Laure. Son père lui donna une vieille épée qu'il avait portée dans la guerre de la Succession^. GuiHaume, en la recevant, jura que jamais Delçrme n'aurait à rougir de son fils. Il prpmit à sa ntère.de lui écrire, oc Pierre>, dit-il à son jeune frèf e (et ce furent les derniers mots qu'il prononça en partant), ot je te confie nos bons ^parents. » Mon cousin César raccazûpajg;na jusqu'à la grande route, et s^ mère, debout sur la porte de la ferme, le suivit des yeux jusqu'à ce qu'elle l'eût perdu de vue.

César vint; au château^noùs apprendre l'arrivée et le départ de Guillaume. Mes parents blâmaient Guillaume et plaignaient sa mère. Maia c'était précisément le jour ^choisi pour lir^ les articles de mon contrat <}e mariage, et l'on avait à penser à bien autre ghose» Surpris, affligé, je voulais courir après Guillaume , le ramener ; mais César me retint , et au même instant pnvannonça, les notaires. s

C'est une grande matière à .discussion que 1^ articles d'un contrat de mariage. On prétend qu'on a vu quelquefois des parents qiii s'étaient réunis chez un nptaire avec la meilleure envie de marier, leurs enfants

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et de ne plus faire qu'une famille , exprimer <Fabord , trèâ - sincèrenient sans doute , le désintéressement et la générosité ,. bientôt, s'attaquer avec politesse , puis avec aigreur , |)uis s^é(;hauffer , Sr'enflammer , s'accuser d'avidité , de manœuvres , et se séparer avec autant de Jhaine les uns contre les autres^ qu'ils avaient pi'ojeté d'avoir de bonne amitié. Ici, il n'y avait qu'une seule famille ; c'étaient les uniques héritiers des deux branches qui allaient se marier. Le contrat fut bientôt fait. Mais Laure obtint que la signature' fdtt remise : elle répugnait à signer un engagement ok elle voyait sc^ bonheur , l(e jour même où la famille de Guillaume était dans la consternation. Ma mère , qui conservait toujours un petit fonds de superstition, ne put se défendre d'être de l'avis de ma cousine.

Le soir , Laure pria César et moi de l'accomps^er chez Magdeleinè. Ma cousine pleura beaucoup avec cette ma&eureusè mère. Le père Delorme aflfectmt auprès de Magdeleinè un courage qu'il n'avait pas ; et l'on voyait que ce brave homme gémissait en même temps du départ de son fils et de la douleur de sa femme.

•"-K Magdeleinè pressa mon cousin César de lui révéler ce «qu'il soupçonnait du chagrin de Guillaume; quel si grand malheur avait pu le fcM'cer à prendre une pareille résolution ? « Le temps est le seul remède à ses « maut , lui répondit César. A quoi bon vous en dire « la cause ? » Cette pauvre mère voylut paraître joyeuse de notre bonheur; mais des larmes abondantes venaient douloureusement interrompre. les efforts qu'elle faisait pour sourire. Pendant quelques jours, quoique sans Tome IX. Il

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aucua motif d espoir , e)Ie sç flatta qoe Gufllaume ne partirait pas, que soi^ régimeiit recevrait contr'ordre; mais la première lettre de Guitlaumç Jui apprit qu'en arrivant au Hayre il aVait trouvé les bâtiments qui devaient transpoJTter ^n régiment prêts à mettre à la vpile : c'était à lHN*d même qu'il écrivait à sa mère.

Le lendemain du départ de GuiDanme mcm contrat de mariage fat sjgàé^ En attendant le grand jour, il .y avait au château une suite perpétuelle de fêtes. Tous \çs soirs y Laure s'échs^pait pour aller pleurer avec Magdefeine^

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