‹ Œuvres de L.B. PicardChapitre 41 sur 70 · Tome IX;. ^ l · texte numérisé non relu

Tome IX;. ^ l

a4a EUGÈNE

« guiser la bosse dé .son Richard III ? Au surplus , si 4c le mot de bossu ne vous parqK pas assez noble , rasa surez*vous ; il n'est pas prononcé une seule fois dans ce la tragédie. Cela m'a donné beaucoup de peine; « mais, au, moyen d'adipites périphrases^ j'^prip^e « clairement ce que je veux dire. »

Par politesse, par égard pour lesl infirmités de mon cousip , on n'osa pa$ le contriedire'; on n'osa plus l'interrompre/ Il lut intrépidement et gravement tout «on premier acte, he style continuait d'être élégant et pur; les perscttinages s'exprimaient .avec noblesse et convenance; mais le souvenir du roi bossu ne permettait pas qu'on donnât à la lecture toute l'attention qu'elle méritait. Mademoiselle Gaussin fit tout ce qu'elle put pour retenir ^ éclats de rire et ceux des autres. L'un ^e -détournait , l'autre se levait ; celui-ci se couvrait la tête de ses mainls', comine pour écouter avec plus de recueillement, celui-là toussait pour étouffer l'éclat qui le pressait; et comme aucune de leurs grimaces ne m'échappait ,jp spuffrais le martyre pour .mon cousin» Le beau jeune hom^le se gênait un pet| moins que les autres ; il parlait tout bas à ses voisins ,«et* je crus en- . tendre les mots de Polichinel et de Riquet à la Houp^. * Quand il eut fini le premier acte, César, en. agitant . avec une petite cuiller l'eau sucrée qu'on avait placée devant lui , nous regarda ^ous les uns après les autres^ Puis , après quelques moments de réflexion : a Mes- « sienne, nous dit- il, je (rois voir que ma tragédie c( vous met en belle humeur. De grâce ne vous gênez ,

• * PenoniiAge des contes de fëes pses^e aiMfi U^sni qi|e Polichinel.

EJ GUILLAUajE. û/^S,

« pas , je suis homme à rire «avec yous. » Ces mots furent comme un signal que chacun attendait. Le rire éclata de toutes parts, et César se mit j^ rire^de nous voir rire. On voulut lui faire entendre que la nou^auté d'un pecsonnage tragique que l'aiiteur faisait bossu de son autorité peuvait;avoir ekcité la gaieté des auditeurs , mais qu'il n'y en avait pas moins dés beaufés.^... ^AlcL a bonne heure y dit-il, ex^ roulant .tranquillement son «manuscrit. Je vùus remercie 'de' m'épargner, par « votre gaieté , la gaieté cruelle du parterre; mais je ne « veux pas faire éprouver plus long -temps à d'hontf nâtes gens le supplice 'd'étouffer la joie que je leur « cause. » Il remercia mademoiselle Gaussin de son bon accueil et sortit; je voulus l'accompagner, il me pria de le laisser reprendre seul le chemin de son hôtel. Je rentrai dans le salon ; je vis "avec plaisir qu'on ne s^ moquait pas trop de lui ; on était fâché qu'un homme de son mérite sq fut si fort abusé.

' Le lendemain , comme je m'habillais pour aller consoler mon cousin , je le vis entrer chez moi. Il commença .par me remercier de ce que la. veille j'avais paru souffrir pour lui d^ la gaieté générale. Il me <ht qu'il avait rec^nu que sa bosse .était un obstacle .même à ses succès dramatiques. Sa.séance^hez mademoiselle Gaussin était un accident trèfi-heureux pour lui. Cette belle personne était fort polie ; mais il avait ou! dire que tous ses camarades ne lui ressen4>laient pas. A Ja lecture , ces messieurs et ces dames ^'auraient pas manqué de se moqiftr; à la représeutation, on aurait pu lui jouer le mauvais tour de demander l'auteur ; peut-être aurait-il eu la sottise de paraître. « A quelle folie la vanité ne

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€c nûUft poussèrt-elle pas^ lijouta-tril ? Elle m'a conduit « jâsqua chercher à me glorifier , de ^ma bosfte; car j« « ne saul^ais me dissimuler que si j ai fait Alexandre n bosçn, c'est par orgaeil, et pour ifie trouver un point « de ressemblance. avec lui; niais, grâce au qiel, j'en «''suis guéri. Saîs^^tu ce t[ue j'ai fait hier en feifetrant à «c mon hôtel? l'ai faiC allumer un grand fèu; j'y ai jeté «t courageusemetit mop Âlexa&dre ; et ^ comme mes én# ^ « trailles paternelles gémissaie&t de« voir mofi pauvre ce enfant dans les flammes , j'ai saisi ma flûte, qu'heuî» a reusement j'avais apportée avec moi , et je n'ai ce&sé « d'en jouer devant ma ch^ninee jusqu'à ce que l'oduvre « de mon génie fut ané^ti. »

Mon cousin Cé^t avait de l'c^érience ; il avait méiM une âssec grande connaissance du c^ur humain ; mais , ' domine Beauclair me l'avait dit , il j joignait une igiio«rance complété des usages et <}es convenait ces. CeU n'est pas si incompatible qu'on pourrak le pen^r. Les gens dte celte aortiç sont' exposés à se ttxmiffef , et même /k se tromper phis que tes autres ; mais leur erreur ne dure pajs. Une épreuve , comme celle qwe Oé^ir \emX de subir ^ sufl|t pout* les éclaira*. , *

(c N'en parlons plus, me dit-41; j'ai payé par mes « améurs malencontreu3i ma dette çux pasmo{is de la c< jèunesise ; j!ai payé par mon ambition tragique ma « dette «LUX passions ée Mge mAr ; f^e le ciel que ceUes « de là vieiltessè ne inë^^uredft f^s plus long-tempi», et tt ne me eofttent p6s plirt diet qttô lesi ^autreà ! en at- « tendant , plissé'- je l'^kirer et te iiou$tf«itie aux pastt sions ^i te tîenne&t et à celle* qui te menacent ! Je (ç répars demain matin pour Coutatices :.veiix4:u partir

ET GUILLAUME. , a4î»

« avçe moi?» Ja répondis à jCésar que je ooiiiptais eertainement retou«ier auprès de ma mère , mais qu'au? paravant je voulais visiter les grandes capitales de FEuFope. « C*est-à-dire , reprit César ^ (fae tu veux coir*- «( tinuer tes extravagances , et revenir encore plus fou k que tu ne sueras parti, Grois-^moi ; quand le bonheur (c est èneore si p^ès de toi, ne le laisse pas échapper.» Toutes les instances de César iureitt inutiles, ôr Parbleu! » me dit - il enfin en se levant , et d'un ton d'humeur , a je suis bien dupe» de Yne chagriner pour ta mère et ce pour toi de ta mauvaise conduite et de sa faiblesse. « Je ne peux pas goûter les plaisirs passagers que <c donnent aux autres leurs passions et leurs succès; et « par l'intérêt que depuis vingt-trois ans j'ai la sottise « de prendre à toi et aux tiens, je me trouve en avoir c^ éprouvé tous les tourments. C'en est fait, je ne veiflt oc plus vivre que pour moi, que pour mpi seul. Adieu, (c mon filleul. Si Lauré me consulte , je lui conseillerai (c de ne pas t'attendre. Je ne sais pas si elle sera heu- « reuse avec un autre , mais à coup sûr elle serait mal- « heureuse avec toi, »

Ainsi mon cousin César, au lieu de sif semaines, ne resta que huit jours à Paris. De retour à Côutances , persuadé qu'il devait , pour sa propre tranqufllité , jse tenir en garde contre tous les désirs , toutes les fantaisies qui pourraient lui passer paria tête, et que le meilleur moyen était qu'on lui rappelât sans cesse les infirmités quilè rejetaient du monde, il exigea, comme une preuve d'amitié de la part dé tous ceux qui avaient affaire à lui , qu'on F^appelât toujours M. 'César le bossu.

•.i./,6 EUGENE

Lui-même n'écrivit plus une seule lettre sans joindre à

âa signature sa qualité de bossu. m.

Beauclair et moi nous na. songions f\us qu'à nos grands projets de voyage. Nous comptions f»re le tour du, monde. Ma mère m avait fait passer des fonds consir dérables. Je me munis en outre de lettres de crédit sut* Vienne^ sur Londres, sur Madrid et sur Rome. C'était ta saison des eaux de Spa. Youlant commencer par l'AUeinagne , nous primes la rpute de Bruxelles.

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