‹ Œuvres de La Bruyère (volume 2)Chapitre 108 sur 861 · PREFACE. XI · texte numérisé non relu

PREFACE. XI

Comédie, étendu à toute pièce de théâtre ; il dit en parlant de Corneille : « Ses premières comédies (qui sont comédies en effet)...; ses dernières (qui sont des tragédies) » (I, iSg et i^o).

Concilier, non pas plusieurs entre eux, mais un seul avec lui-même : « Conciliez un auteur original, ajustez ses principes » (II, 2o3) ; le second verbe, ajuster, ne laisse pas d'être remarquable aussi dans cette phrase, et, avec un sens différent, dans la suivante : « Il n'est pas hors de sa maison, qu'il a déjà ajusté ses yeux et son visage » (I, 356).

« Comment résister à ime si forte et si générale coiij'uratio/i? » (I, 869) : au sens de coalition ; il s'agit de la ligue d'Augsbourg.

Content de, se contentant de : « Il ne donne point de servantes à sa femme, content de lui en louer quelques-unes pour l'accompagner à la ville » (I, 77),

Déchiffrer, fîgxu-ément, révéler, découvrir ce qui est secret ou resté obscur: « Ces.... pancartes (billets denterrement) qui déchiffrent les conditions, et qui souvent font rougir la veuve et les héritiers » (I, 2 5 2). Voyez, dans le Dictionnaire de F Académie, les deux locutions : « déchiffrer une affaire, » et « déchiffrer quelqu'un. »

Le dedans, [le) dehors, les affaires intérieures, les affaires extérieures : « Des citoyens s'instruisent du dedans et du dehors d'un royaume » (I, 346) ; « Une vaste capacité, qui s'étende non-seulement aux affaires de dehors..., mais qui sache aussi se renfermer au dedans » (I, Sgo).

« La raison.... refroidie et ralentie par les années..., déconcertée ensuite par le désordre de la machine, qui est dans son déclin » (II, 26) : déconcertée, troublée dans ses vues, dans l'harmonie de ses opérations.

« Le rebut de la cour est reçu à la ville dans une ruelle, où il défait le magistrajt » (I, 177) : triomphe de lui, a l'avantage sur lui; le mot est aussi à remarquer dans l'exemple suivant : « Il n'y a rien qui enlaidisse certains courtisans comme la présence du Prince Les gens fiers et superbes sont les plus défaits, car ils perdent plus du leur » (I, 3oo).

« Il porte des chemises très-déliées » (II, i54) : des chemises très-fines; et au figuré : « Le panneau le plus délié » (I, 38i) : le piège le plus fin, le plus subtil ; il nous semble bien que cet adjectif, dans le premier sens surtout, n'est plus aussi usité qu'autrefois, quoique l'Académie ait persisté jusqu'en i835 à donner, comme en 1694, les exemjiles : « étoffe déliée, toile déliée. »

c II dit qu'ils (ces vins de Rhodes et de Lesbos) ne démentoient point leur terroir » (I, 17); « Si le plus petit (de ces astres) venoit à se démentir et à rencontrer la terre, que deviendroit la terre?» (II, 265): double emploi de démentir, qui se déduit bien de ses acceptions ordinaires, car le premier est très-voisin de démentir son origine, et dans le second le sens est « cesser d'être ce qu'on est, de faire ce qu'on fait ; » mais l'un et l'autre offrent pourtant une nuance de style assez particulière.

Dernier, marquant le superlatif, le plus haut point, parfois devant des noms auxquels nous ne sommes pas habitués à le joindre : « Le dernier mépris » (I, 3io) ; « Le dernier dégoût » (I, 332) ; « C'est le dernier secret, c'est un mystère » (I, 218).

« Poussé par le jeu jusques à une déroute universelle » (I, 270). Ailleurs (I, 272, n° 81), il joint déroute, comme faisant gradation, au mot ruine ; l'Académie, qui traduit ce terme par « renversement total des affaires de quelqu'un, » ne l'accompagne, quant à l'usage, d'aucune restriction ; mais on peut dire cependant, je crois, qu'il est devenu rare, même dans la langue des lettrés.

« La ville dégoûte de la province ; la cour détrompe de la ville » (I, 337). L'Académie, dans ses cinq premières éditions, donne, sans observation. cet exemple, semblable au nôtre : « Je veux vous détromper de cet

xn LEXIQUE DE LA BRUYERE.

homme-là. » A partir de la sixième (i835), elle ajoute : « ou mieux sur le compte de cet homme-là. » N'est-ce pas critiquer une bien légitime hardiesse, et appauvrir la langue pour vouloir, sans besoin, l'éclaircir?

Echapper à, en parlant d'une chose désirable, d'un plaisir : « J'ai mené un vrai deuil d'avoir échappé au plaisir d'entendre une si belle pièce (d'éloquence) » (II, 491). Le mot ne se dit, et l'on peut ajouter ne se disait guère qu'en parlant d'une chose qui est à craindre et à fuir. Je n'ai pas besoin de faire remarquer la figure, également digne ici d'attention, et que nous relèverons ailleurs, de « mener un deuil ».

Voyez au Lexique^ à l'article Esgagesiekt, des sens divers de ce mot, presque tous passés d'usage.

Entêtement, pour engouement, sens que l'iVcadémie dit rare, et dont elle ne douue pas d'exemple où le mot désigne la personne même pour laquelle on s'engoue : « Vous étiez la coqueluche ou Y entêtement de certaines femmes » (I, îSy).

« Une physionomie embarrassée dans une épaisseur de cheveux

étrangers » (I, 328) : emploi remarquable de l'abstrait.

« Giton a {'estomac haut, la démarche ferme » (I, 272) : c'est-àdire, il a, porte la poitrine haute.

Etahlissement^ avec ou sans épithète, pour poste, fonction, état (avantageux) dans le monde : « Le mérite qui est seul et dénué de grands établissements » (I, 809) ; <( Toute association qui ne roule pas sur les établissements et sur l'intérêt)) (II, 459). Dans la phrase figurée qui suit, le mot marque un programme d'études, un plan arrêté par le maître : « Quelque nouvel établissement que je fasse au sujet des études de Monsieur le duc de Bourbon, je déménage sans peine pour aller où il plaît à Votre Altesse » (II, 478). Du sens qu'a le substantif dans nos premiers exemples, on peut rapprocher celui du participe dans cette phrase : « Quelle est la roture un peu heureuse et établie à qui il manque des armes? » (II, i65.) Établie, ayant ses affaires en bonne situation.

« Je me fais un devoir étroit de les avancer tous deux » (II, 5oo) :

un devoir rigoureux, même sens que celui de l'adverbe dans l'exemple sui^«nt : « Les choses que nous sommes étroitement obligés de faire » (II, 48).

Nous ne joignons plus l'adjectif excellent, bien que son sens paraisse devoir le permettre, à un nom quelconque de qualité, mais seulement à

quelques-uns; nous ne dirions pas : « Emlre avoit deux frères d'une

excellente beauté » (I, 196); nous ne mettrions pas non plus au superlatif ce même mot, dont le positif marque déjà ce degré : « Le plus excellent mérite » (I, i5i).

Exclure quelqu'un de, avec l'infinitif, l'empêcher, lui interdire de, lui ôter le droit de : « Il exige d'abord de petites choses.... qui ne V excluent pas d'an demander une plus grande » (I, 874).

Exécuter, exécution : voyez plus haut, p. x. Caché.

Exempt de, avec l'infinitif, dispensé de : « L'on s'est trouvé exempt de le charger (cet ouvrage) de doctes commentaires w (I, 82).

Expression, absolument : « [Ceci] demande du bon sens et de Y expression » (I, 224) : c'est-à-dire, des mots appropriés, disant bien ce qu'ils doivent dire.

« Exterminer les voleurs » (II, 189) : au sens ancien et étymologique, en purger le pays, en bannir et faire disparaître l'engeance.

« Il y a des gens.... qui ont une fade attention à ce qu'ils disent » (I, 322) : fade, insipide, sans goût, sans agrément; « rien d'heureux ne leur échappe, » ajoute la Bruyère : on voit qu'il applique à la cause l'épithète qui convient à l'effet.

Farceur, employé de façon à pouvoir signifier, soit auteur, soit acteur

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comique : « Le paysan ou l'ivrogne fournit quelques scènes à un farceur » (I, i38).

Féroce, férocité^ au sens qu'ont d'ordinaire en latin les mots correspondants, c'est-à-dire, de « farouche, âpre, humeur farouche » : « Les jeunes gens (sont) durs, féroces^ sans mœurs ni politesse » (I, Saj)-, « Il lui faut (à l'homme) une disgrâce ou une mortiflcation pour le rendre plus humain, plus traitable, moins /e'/oce, plus honnête homme » (I, 335); « II y auroit une espèce de férocité à rejeter indifféremment toute sorte de louanges » (I, 229); « La brutalité est une certaine dureté, et j'ose dire une férocité qui se rencontre dans nos manières d'agir » (I, 64).

« Un jeune adolescent qui passe de la férule à la pourpre (qui devient d'écolier juge) » (II, 187) : le signe pour la chose signifiée; double métonymie, ingénieusement élégante.

« Ils (un musicien, un maître de danse, etc.) ont un mérite fixe et des talents sûrs et connus qui amusent les grands » (II, 160) : fixe^ bien déterminé, bien établi, au sujet duquel il n'y a point de doute : les deux épithètes, sûrs et connus^ du substantif talents^ qui suit, expliquent le mot,

Foible^ neutralement, au sens de faiblesse ; « Les personnes graves

qui trouvent du faible dans un ris excessif comme dans les pleurs » (I iS?)- « La galanterie est un foihle du cœur » (I, 176) ; « Les vices, les faibles et le ridicule(I, 3o); a La dévotion vient,... aux femmes..., comme \e foible d'un certain âge » (I, i83).

Forcer^ violenter. Le mot n'a rien que d'ordinaire dans la locution « forcer la nature » (II, 18); l'Académie la cite. Il est plus remarquable dans ce passage, où l'auteur parle des hommes qui ont « tenté au delà de leur fortune, et forcé, pour ainsi dire, leur destinée » (I, ïK'S).

a II se tourne à droit, où il y a un grand monde ^ et à gauche, où il n'y a personne » (I, 35fi): un grand momle^ pour beaucoup de monde.

« [Il y a peu de] courtisans qui, par grandeur^ ou par une conGaucc qu'ils ont d'eux-mêmes, osent honorer devant le monde le mérite qui est seul » (I, Sog) : grandeur, élévation de sentiments.

o Les sept voix qui ont été pour moi, je ne les ai pas mendiées, elles sont gratuites » (II, 5i3): elles n'ont point été achetées par des sollicitations; nous dirions : « elles sont spontanées; » le sens est éclairci par pas mendiées, qui précède.

« Sentir son ixrgenX grossir dans ses coffres » (I, 258): nous emploierions bien ainsi grossir avec trésor, mais non, je pense, avec argent.

« Un extérieur simple est V habit des hommes vulgaires » (I , i56) : habit., appliqué à extérieur.

Humeur, caprice, et particulièrement caprice chagrin : a Les meilleurs

conseils [sont] rejetés d'abord par présomption et par humeur, et suivis

seulement par nécessité ou par réflexion » (II, iii). — Humeur, heureuse disposition pour composer, pour travailler, comme dit l'Académie, d'imagination et de génie : « Ceux qui écrivent par humeur, que le cœur fait parler » (I, 149)- — Humeur, penchant à la plaisanterie : « L'on dit, par belle humeur..., de ces choses froides, etc. » (I, 239.)

Idéal, n'existant que dans l'idée, abstrait : « Cette philosophie est subtile et idéale » (II, 246).

a En restituant à un si beau nom (au nom de philosophe) son idée propre et convenable » (II, 109) : son idée, son sens, sa valeur.

Impatient, désirant impatiemment; impatience, désir impatient :

« L'homme impitient de la nouveauté » (II, 249) ; « Se chercher

incessamment les unes les autres avec V impatience de ne se point rencontrer » (I, 294); « U'imputience de donner à mon livre j)lus de rondeur » (I, 108). L'Acadi'mie n'admet l'adjectif, non plus que le nom, en ce sens, qu'avec des iniinitifs pour c ' "^plémenlSj et le nom seulement après dans :

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