XIV LEXIQUE DE LA BRUYÈRE
« être dans V Impatience de... ; » quant à l'adjectif suivi d'un nom, elle ne lui donne que la signification de : « ne pouvant supporter, » et en nomme l'emploi poétique.
« Impertinent ou diseur de rien » (I, Sg) : outre la synonymie qui fait tï" impertinent l'équivalent de diseur de rien^ il y îi encore à remarquer dans cet exemple ce singulier, qui ne s'emploierait plus ainsi, du mot rien.
« Examiner l'homme indifféremment^ sans beaucoup de méthode » (I, 29): sous les aspects divers, sans l'ordie qui peut naître de la distinction et différence des points de vue ; l'auteur parle de lui-même -, c'est ainsi, dit-il, que dans son livre il examine l'homme. « Il y a quelques livres répandus dans sa chambre indifféremment » (II, i55) : comme sans intention, avec indifférence.
Double exemple du tour informé que^ assez généralement condamné par les grammairiens : « Ils prennent soin que toute la ville soit informée qii'ûs font ces emplettes » (I, 44) \ « Je crois que Votre Altesse Sérénlssime est informée que les études de Monsieur le duc de Bourbon sont fort régulières à Fontainebleau » (II, 496).
Innocent.^ dans le sens, toujours usité, à^ irréprochable et sans méchanceté, mais avec des applications dont quelques-unes maintenant étonnent un peu : « On y remarque (dang les vers de Boileau) une critique sûre, judicieuse et innocente^ s'il est j^ermis du moins de dire de ce qui est mauvais qu'il est mauvais » (II, 461); « Un Bourdaloue..,. ne fait point de peintures du crime ni plus vives ni plus innocentes » (II, 444); « H a.... uiie raillerie innocente » (I, SaS et 3a4).
« Instance des libertins » (II, 253, note 3) : objection des incrédules.
« (Le Prince), instruit jusques où le courtisan veut lui plaire » (II, 160) : tour à noter, d'interrogation indirecte après ijistruit.
« Ils parlent yarn-ort et mystère sur de certaines femmes » (I, 28a)-, « Il n'a manqué à Molière que d'éviter le jargon » (I, 128). Dans le premier de ces exemples, yarj^on a un de ses sens ordinaires et veut dire, comme parle l'Académie (1694), « langage concerté que l'on fait pour n'être entendu que de ceux avec qui l'on a intelligence-, » dans le second exemple, si soutient cité, l'auteur paraît bien lui avoir donné cette autre acception, ordinaire aussi, de « langage du peuple, de paysans, » comme dit Furetière, qui, dans sa définition, ajoute à langage les épithètes, pas trèsjustes ici, ou qui du moins voudraient explication, àe vicieux et corrompu^ il mentionne ensuite ce « jargon (ou patois), différent de la langue des honnêtes gens, que le peuple parle par toutes les provinces. » Sachons gré à Molière d'avoir été moins délicat que la Bruyère, de n'avoir pas fait fi de ce genre de vérité, mais mieux aime copier la nature que d'y substituer le langage de ceux qu'on nommait « les honnêtes gens ».
« Ils ne lui sourioient plus, ils commencoient à ne le plus joindre » (I, 319) : à ne plus venir à lui.
« L'une et l'autre fortune (la bonne et la mauvaise) » (I, 336); « Vune et Poutre oraison (le français et le latin) » (II, 465) : deux emplois tout différents de fun et l'autre-^ au sujet du second, voyez ci-dessous, p. xv, au mot Oraison,
« Pensant mal de tout le monde, il n'en dit de personne » (I, 323) : mal passant d'une catégorie grammaticale à une autre, employé dans le premier membre comme adverbe, dans le second comme nom.
Deux emplois remarquables de manier : «Ce qu'il y a de plus beau, de plus noble et de plus impérieux dans la raison, est manié par le premier (Corneille) ; et par l'autre (Racine), ce qu'il y a de plus flatteur et de plus délicat dans la passion » (I, 142); « Manier à fond une vérité (en chaire) et l'épuiser » (II, 235).
« Sans retarder le cours de notre histoire ordinaire et qui fait la mar-