‹ Œuvres de La Bruyère (volume 2)Chapitre 91 sur 861 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

Page 6, note 6, ligne i, fin : « 1699 », Usez : « 1799 ».

Page 12, note i, lignes 1-2 : « Martin Cureau de la Chambre », lisez : « Marin Cureau de la Chambre », ainsi qu'il a été imprimé au tome II, p. 46G.

2o6 ADDITIONS ET CORRECTIONS. (Tome I.)

Page 34, ligne 4 : « mais même de toucher », supprimez «?«, qui est évidemment de trop : cette faute, qu'on a laissé par mégarde se glisser dans le texte, s'est maintenue dans toutes les éditions soit originales, soit posthumes.

Page 46. Effacez la note 5, et voyez au Lexique.

Page 78, Effacez la note i. Il n'y a point là de variante, mais l'omission d'un mot, signalée et réparée dans les « Fautes d'impression » dont le relevé termine la première édition des Caractères.

Page 93, note i, et page 100, note 2 : a Voyez ci-dessus », lisez : « Voyez au tome III, i^e paitle ».

Page II 3, note i, fin, ajoutez :

« Malebranche , dont les pensées ont si souvent inspiré celles de la Bruyère, s'était montré d'un avis tout différent dans le passage suivant, que M. Damien a rappelé dans son Etude sur la Bruyère et Malebranche (Paris, 1866, p. 6-7) : « Il n'y a point de science qui ait tant de rapport « à nous que la morale. C'est elle qui nous apprend tous nos devoirs, ce « que nous devons à Dieu, à notre prince, à nos parents, à nos amis, et « généralement à tout ce qui nous environne. Elle nous enseigne même « le chemin qu'il faut suivre pour devenir éternellement heureux; et tous « les hommes sont dans une obligation essentielle, ou plutôt dans une « nécessité indispensable de s'y appliquer uniquement. Cependant il y « a six mille ans qu'il y a des hommes, et cette science est encore fort « imparfaite. » {^Recherche de la vérité^ tome II, livre IV, chapitre 11, p. 10, « édition de 1675.) — Nous avons fait remarquer que la Bruyère assigne à la création du monde une date différente de celles qu'avaient adoptées Bossuet et le P. Labbe. Il écarte de même celle qu'il avait lue dans VHistoire du monde de Chevreau, à laquelle il a fait des emprunts (voyez ci-dessus, p. 4, note i). Dans le passage de la Recherche de la vérité que nous venons de citer, et que la Bruyère avait sans doute sous les yeux lorsqu'il écrivait la première remarque, Malebranche s'était rapproché de la date acceptée par Chevreau (5656 environ). La Bruyère lui emprunte la formule : « depuis qu'il y a des hommes, » et rejette sa chronologie. »

Page 116, note i, fin, ajoutez :

« Descartes avait écrit dans son Discours de la méthode (2° partie) : « .... Souvent il n'y a pas tant de perfection dans les ouvrages composés « de plusieurs pièces, et faits de la main de divers maîtres, qu'en ceux « auxquels un seul a travaillé. » — Ce rapprochement, fait par M. Damien dans son Étude sur la Bruyère et Malebranche (p. 19), semble démontrer que la Bruyère a simplement répété et développé dans cette remarque, où l'on a voulu woivlix. cv'iûqvie an Dictionnaire de C Académie^ une réflexion de Descartes. »

Page 126, note 8, substituez la note suivante : «Bien que le mot nouvellistes semble s'appliquer exclusivement aux colporteurs de nouvelles qui s'assemblaient soit aux jardins des Tuileries ou du Luxembourg, soit dans les cabinets, etc., nous serions tenté d'en étendre le sens aux correspondants qui, de Paris, tenaient leurs amis de province au courant des nouvelles, et même d'admettre, avec divers éditeurs, que le nouvelliste peut être un rédacteur des recueils mensuels du temps.

« Dans la clef de la traduction publiée en Angleterre en 1702 (voyez ci-dessus, p. 174, n° 3), nouvelliste est synonyme dejournaliste. Le traducteur ajoute en note : « The autlior of the JVorks of the learned of Paris, « etc. » h' Histoire des ouvrages des savants (qui ne s'imprimait pas à Paris) était sans doute la publication de ce genre la plus connue en Angleterre; H. Basnage toutefois était le journaliste dont la Bruyère avait le moins à se plaindre. »

ADDITIONS ET CORRECTIONS. (Tome I.) 207

Page 129, note i, ligne i : « Théophile Viaud, né à Clérac », lisez : « Théophile de Viau, né à Bouxières, dans l'Agenois ».

Page i32, n° 465 dernière ligne : « de sottise à l'acheter », ajoutez en note :

« La Bruyère avait d'abord écrit : « Le E*"^ G** est immédiatement « au-dessous du rien. Il y a bien d'autres livres qui lui ressemblent. Il y « a autant d'esprit à s'enrichir par un mauvais livre qu'il y a de sottise à « l'acheter ». Avant que la i''« édition fût mise en vente, il y fit insérer un carton contenant la rédaction que donne notre texte : la véritable initiale de Hermès (voyez la note 3) y est substituée à 1'^** qui avait été d'abord imprimé par distraction et sans égard pour l'esprit rude du mot grec : il a de même écrit Egés'ippe au lieu de Hégésippe (tome I, p. i53). »

Page i32, note 3, fin, ajoutez : « On peut lire dans l'article intitulé : Bibliothèque de Richelet^ que Pierre Aubert a placé en tête de Fédition de 1718 du Dictionnaire de la langue française de Richelet, la défense du Mercure galant contre la Bruyère (p. lxxxi). — Le dernier trait de la remarque de la Bruyèie rappelle ces mots de Malebranche : « .... Quoique ce « soit une faute plus grande qu'on ne s'imagine, que de composer un « méchant livre ou simplement un livre inutile, c'est une faute dont on « est plutôt récompensé qu'on n'en est puni. » (^Recherche de la vérité, tome II, livre IV, chapitre viii, p. 6^.) »

Page i33, n° 47, ligne 8 : « d'action », ajoutez en note : « Var. (éd. i, rédaction première) : c'est faute d'action, de tliéàtre ».

Page 140, ligne 8 : « l'esprit, qu'il avoit sublime, à qui il a été redevable », ajoutez en note : « Var. (édit. i, première rédaction) : auquel il a été redevable ».

Ibidem^ lignes i5 et 16: « admirable surtout », ajoutez en note : « Var. (édit. I, première rédaction) : admirable certes ».

Page i5o, n" 67, fin, ajoutez en note :

« Les auteurs des clefs ont unanimement reconnu, comme nous venons de le dire, Varillas et Maimbourg dans Dorilas et Handburg de la remarque 66 (p. 149 : voyez p. 437, xxix). Mais Amelot de la Houssaye, soit qu'il ait eu sous les yeux une clef où, par une erreur de copiste, leur nom était écrit en marge de la remarque suivante (p. i5o, n" 67), et non en marge de la remarque 66, soit qu'il ait fait de lui-même à Varillas et Maimbourg l'application de cette dernière remarque, Amelot, dis-je, commente ainsi qu'il suit la phrase : « Celui qui n^a égard en écrivant^ etc. : « Quel avantage est-il revenu à Varillas et à Maimbourg d'écrire de faus- « ses histoires accommodées avix désirs des circonstances du temps où ils « écrivoient, si ce n'est de passer dans tous les siècles pour des écrivains « vendus à leurs intérêts ou plutôt à leurs creuses visions? Maimbourg a « cru qu'en dévouant sa plume aux intérêts du Roi, la prclature seroit « sa récompense. Varillas a cru qu'en altérant certaines vérités, ses his- « toires seroient lues avec avidité et rendroient par là son nom recom- « mandable à la postérité ; mais la seule qualité de faussaire lui est restée, « jointe à celle d'un très-mauvais historien, parce que, dans un caractère « où le public se trouve intéressé, qui peccat in uno, illico fit omnium reits. »

Page 160, n° 27, second alinéa {Tu te trompes^ Philémon)^ fin, ajoutez en note :

« M. Damien rapproche ce passage de quelques lignes de Malebranche : « Le superbe est un homme riche et puissant, qui a un grand équipage, « qui mesure sa grandeur par celle de son train, et sa force par celle des

« chevaux qui tirent son carrosse Cependant notre équipage n'est pas

« nous. » {Recherche de la vérité^ tome II, livre V, chapitre vu, p. 197.) » — Voyez plus loin, p. 211, addition relative à la page 274, n» 83, une plus longue citation de ce morceau de 3Ialebranche,

2o8 ADDITIONS ET CORRECTIONS. (Tome I.)

Pages i63-i64, n° 33, fin, ajoutez en note :

« On peut rapprocher de cette remarque le passage suivant de Malebranche : « Et la dépendance où l'on est des grands, le désir de participer « à leur grandeur, et l'éclat sensible qui les environne, portent souvent « les hommes à rendre à des liommes des honneurs divins, s'il m'est perce mis de parler ainsi. Car si Dieu donne aux princes l'autorité, les liom- « mes leur donnent l'infaillibilité ; mais une infaillibilité vague et spéu cieuse qui n'est point limitée dans quelques sujets ni dans quelques ren- « contres, et qui n'est point attachée à quelques cérémonies. Les grands « savent naturellement toutes choses : ils ont toujours raison, quoi qu'ils « décident des questions desquelles ils n'ont aucune connoissance. C'est « une liberté dangereuse que de faire quelque discernement des choses « qu'ils avancent; c'est tme obstination punissable que d'en douter; c'est « enfin une rébellion criminelle, ou pour le moins un entêtement extra- « vagant que de leur résister. » {^Recherche de la vérité^ tome I, livre II, 3*5 partie, chapitre ii, p. 293.) — Aux citations diverses que nous avons faites pour montrer que ni dans le caractère d'Emile (p. 162, n» 32), ni dans la remarque sur les enfants des Dieux, les flatteries de la Bruyère ne dépassent celles de ses contemporains ou celles des écrivains de la génération précédente, joignez r£/)«V/e au Roi que Marin Cureau de la Chambre a placée en tête du Système de l'dme, 1664, in-4°. »

Page 169, n" 42, fin, ajoutez en note :

« Dans ses Pensées ingénieuses des anciens et des modernes (i68g, p. 34), le P. Bouhours fait de cette remarque le commentaire suivant : « Le pa- « négyriste de Trajan dit sur la bonté de son prince, qui se familiarisoit « avec ceux qui l'approchoient jusques à leur faire des caresses, que celui « qui tient la première place et qui ne peut monter plus haut n'a qu'une « voie pour s'élever, c'est de s'abaisser lui-même, sûr de sa grandeur; « parce que les grands n'ont rien moins à craindre que de se ravaler en « s' abaissant de la sorte. L'auteur des Caractères de ce siècle a presque la « même pensée; mais il l'étend et la développe davantage'.... »

Page 172, n" 6, aux mots : « et des boules de cire en la bouche », ajoutez en note :

a .... N'avons-nous pas vu, dit Pépinocourt, des femmes qui, pour cacher l'enfoncement de leurs joues, avoient continuellement des boules de cire dans la bouche ? Quelle espèce de folie ! » [Réflexions^ pensées et bons

mots^ p. 148.) Telle la princesse de Montauban : « Toute peinte de

« blanc, de rouge jusque sur les lèvres, de noir aux sourcils et aux pau- « pières, et des boules dans la bouche. » (Journal de Dangeau, tome VI, p. i38, note de Saint-Simon.) Conférez les Heures perdues^ 1696, p. 141, où il est question de boules d'ivoire. (Ed. Fournier, la Comédie de la Bruyère^ 2" édition, tome II, p. 616.) »

Page 172, note i, fin, ajoutez : « Sur la coiffure des femmes, qui sembloient avoir la tête au milieu du corps, conférez les OEuvres de la Monnoie, tome III, p. 171, et aussi les Réflexions^ pensées et bons mots de Péjiinocourt, ]). 16 et i3o. »

Page 180, note 4 : « Les éditions 1-6 donnent couinent », lisez : « On avait d'abord imprimé consent dans la !'"■= édition; un carton, substitué au feuillet 187-188, a donné couvent, qu'ont reproduit les éditions 2 à 6. »

Page i83, n" 42, fin, ajoutez en note :

« M. Damien rapproche de ce passage la réflexion suivante de Malebranche : « Lorsqu'il est à propos de consulter un directeur, il faut en

I Cui ni/iil ad augendumfastigium superest, hicunomndo crescere potest, sise

ipse submitliti, securus inagnitudinis suai : neque eniin ah uUo periculo Jortuna principis longius abest quant humilitatis. j> [Plinii PanegyricuSj cap. lxxi.)

ADDITIONS ET CORRECTIONS. (Tome I.) 209

n choisir un qui sache la religion^ qui respecte l'Evangile, qui connoinse « r homme; il faut prendre garde que l'air du monde ne l'ait point corce rompu, que l'amitié ne l'ait point rendu mou ni complaisant, et qu'il ne « craigne et n'espère rien de nous. « Il faut en choisir un entre mille, (c dit sainte Thérèse, qui, comme elle le rapporte elle-même, pensa se « perdre par la faute d'un directeur ignorant. » {^Recherche de la vérité^ iZ^ Éclaircissement sur les conclusions des trois premiers livres, édition de 1678, tome III, p. 3o5 ; l'Éclaircissement dont est extrait ce passage ne se trouve pas dans l'édition de 1675.) »

Page 187, i^'' alinéa, fin, ajoutez en note :

« C'est aux femmes, dit Malebranche *, à décider des modes, à juger « de la langue, à discerner le bon air et les belles manières. Elles ont « plus de science, d'habileté et de finesse que les hommes sur ces choses. « Tout ce qui dépend du goût est de leur ressort -, mais, pour l'ordi- « naire, elles sont incapables de pénétrer des vérités un peu cachées, » — « Il attribue l'insuffisance de leur esprit pour l'étude des sciences, ajoute « M. Damien, de qui nous empruntons cette citation, à la délicatesse des « fibres de leur cerveau; mais il reconnaît qu'il y a des femmes savantes, « des femmes capables de tout, et qu'il se trouve au contraire des hom- « mes incapables de rien pénétrer et de rien exécuter. » (Etude sur la Bruyère et Malebranche^ p. 18.) »

Page 189, n» 69, ligne 2 : « violent amour auquel », ajoutez en note : « Var. (édit. I, première rédaction) : violent amour à qui ».

Page 191, n° 71, fin, ajoutez en note :

« Malebranche a démontré comment « la vanité » triomphe souvent de la « paresse naturelle. » Voyez la Recherche de la vérité^ tome II, livre VI, i^e partie, chapitre m, édition de 1675, p. 267. »

Page 214, n° 82, fin, ajoutez en note :

a On peut rapprocher de cette remarque le vers ii4 du 3^ chant de VArt poétique de Boileau :

Les climats font souvent les diverses humeurs,

et un passage de Malebranche dans la Recherche de la vérité (tome I, livre II, i''8 partie, chapitre m, p. i58) :

« .... Les parties les plus subtiles de l'air que nous respirons entrent « donc dans notre cœur, et elles y entretiennent avec le sang et le chyle « le feu qui donne la vie et le mouvement à notre corps, et, selon les « différentes qualités, elles apportent de grands changements dans la ferce mentation du sang et dans les esprits animaux. On reconnoît tous les ce jours la vérité de ceci par les humeurs et les différents caractères d'esc( prit des personnes de différents pays. » Le chapitre a pour titre : (c Que l'air qu'on respire met aussi du changement dans les esprits. »

Page 218, note 2 de la page 217, lignes 5 et 6 : ce II [Ruccellai) mourut en 1627 », lisez : a II mourut en 1622 ^ ».

Page 228, n° 16, fin, ajoutez en note :

« .... Ceux qui veulent se faire aimer, et qui ont bien de l'esprit, en « doivent faire part aux autres. Qu'ils fassent si bien valoir les bonnes ce choses que les autres disent en leur présence, qu'avec eux chacun soit « content de soi-même. » (Malebranche, Traité de mjrale, 2« partie, chapitre XIII, § I.) »

Ibidem^ n° 17, fin, ajoutez en note : ce Conférez la préface des Ca-

1. Recherche de la vérité, tome I, livre II, 2"^ partie, chapitre i, § i, p. 209.

2. Voyez, au sujet de la date, souvent mal indicjuée, de la mort de Ruccellaï, les Mémoires de Bassompierre, collection l'ecitot, tome XX, p. 488.

La Bruyère, m, i 14

2IO ADDITIONS ET CORRECTIONS. (Tome I.)

actères^ cl-dessus, p. io6, et VÉtude sur la Bruyère et Malebranche de M. Damien, p. 29 et 3o. »

Page 238, n° 67, fin, ajoutez en note : « Nous rapprocherons de la remarque de la Bruyère, après M. Damien, le passage suivant, bien qu'un peu long, emprunté à Malebranche :

« La raison de ceci est que les faux savants ne sont pas les seuls

« qui veulent paroître ne rien ignorer; presque tous les hommes ont ce « défaut, principalement ceux qui ont quelque lecture et quelque étude, « ce qui fait qu'ils veulent toujours parler et expliquer leur sentiment, « sans apporter assez d'attention pour bien comprendre celui des autres. « Les plus comjîlaisants et les plus raisonnables, méprisant dans leur cœur « le sentiment des autres, montrent seulement une mine attentive, pen- « dant que l'on voit dans leurs yeux qu'ils pensent à toute autre chose a qu'à ce qu'on leur dit, et qu'ils ne sont occupés que de ce qu'ils veulent « nous prouver, sans songer à nous répondre. C'est ce qui rend souvent « les conversations très- désagréables. Car de même qu'il n'y a rien déplus « doux, et qu'on ne sauroit nous faire plus d'honneur qvie d'entrer dans « nos raisons et d'approuver nos opinions, il n'y a rien aussi de si cho- (( quant que de voir qu'on ne les comprend pas, et qu'on ne songe pas « même à les comprendre. Car enfin on ne se plaît pas à parler et à con- « verser avec des statues, mais qui ne sont statues à notre égard que parce « que ce sont des hommes qui n'ont pas beaucoup d'estime pour nous et « qui ne songent point à noxis plaire, mais seulement à se comj)laire en « eux-mêmes en tâchant de se faire valoir. Mais si les hommes savoient « bien écouter et bien répondre, les conversations seroient non-seulement « fort agréables, mais même infiniment profitables : au lieu que chacun « tâchant de paroître savant, on ne fait que s'entêter et disputer sans « s'entendre; on blesse quelquefois la charité, et l'on ne découvre pres- « que jamais la vérité.

« Mais les égarements où tombent les faux savants dans la conversation, « sont, en quelque manière, excusables. On peut dire pour eux que l'on « apporte d'ordinaire peu d'application à ce qu'on dit dans ce temps-là, « que les personnes les plus exactes y disent souvent des sottises, et « qu'ils ne prétendent pas qu'on ramasse toutes leurs paroles comme celles « de Scaliger et du cardinal du Perron.

<( 11 y a raison dans ces excuses, et l'on veut bien croire que ces sortes « de fautes sont dignes de quelque indulgence. On veut parler dans la « conversation, mais il y a des jours malheureux dans lesqviels on ren- « contre mal. On n'est pas toujours en humeur de bien penser et de « bien dire; et le temps est si court dans certaines rencontres, que le « plus petit nuage et la plus légère absence d'esprit fait malheureusement ft tomber dans des absurdités extravagantes les esprits même les plus jusce tes et les plus pénétrants. » {Recherche de la vérité, tome II, livre IV, chapitre viii, p. 62-64.)

(c Dans ce morceau sont reproduits textuellement quelques mots de la maxime cxxxix de la Rochefoucauld, que nous avons citée en note, p. 287 et 238; la maxime de la Rochefoucauld avait été publiée en i665; la Recherche de la vérité parut en 1675. »

Page 240, n" 74, fin, ajoutez en note :

« Ici encore la Bruyère s'est manifestement inspiré d'une réflexion de Malebranche : « Les histoires les plus rares et les plus anciennes, dit Ma- « lebranche en parlant des hommes qu'agite l'esprit depolymathie et qui se « sont engagés dans de fausses études^ sont celles qu'ils font gloire de savoir. « Ils ne savent pas la généalogie des princes qui régnent présentement, et « ils recherchent avec soin celle des hommes qui sont morts il y a quatre « mille ans. Ils ignorent les histoires de leur temps les plus commîmes, et

ADDITIONS ET CORRECTIONS. (Tome I.) 211

« ils tâchent de savoir exactement les fables et les fictions des poètes ; ils « ne connoissent pas même leurs propres parents ; mais, si vous le souhai- « tez, ils vous apporteront plusieurs autorités pour vous prouver qu'un ci- « toyen romain étoit allié d'un empei'eur, et d'autres choses semblables. » [Reclierc/ie de la vérité, tome II, livre IV, chajDitre vu, p. 57 et 58.) »

Page 241, n» 74, sur les noms Apronal, Hérigebal, etc., voyez ci-dessus, dans cette i^e partie du tome III, p. 4, note i.

Page 25 1, n° 18, ligne r, au nom Champagne, ajoutez en note : « Ce nom, qui ne semble pas avoir été choisi par la Bruyère en souvenir du vin dont s'enivre, ou peu s'en faut, le traitant dont il s'agit, indique l'origine du personnage, qui, comme Sosie (p. 249, n" i5), comme Chrysantlie de la N" satire de Petit, ou encore comme « le Basque » devenu « monsieur Didesque » dans la même salire {Discours satiriques, 1686, p. 49 et 52), comme Gourville et tant d'autres, avait porté les couleurs avant d'entrer dans les affaires. Champagne était un nom de laquais, ainsi que, dans la satire ci-dessus mentionnée, le rappelle cette question de Léonce à Chrjrsanthe :

Ne vous souvient-il plus d'avoir été Champagne, Laquais au pied léger comme ua genêt d'Espagne ? »

Page aSi, note 2, fin, ajoutez : « Le nom de Sjlvain convient mieux que celui de Thersite au financier qui, avant d'acheter un nouveau nom, en portait un de famille villageoise; mais la Bruyère avait une autre raison pour effacer ici, dans la 5^ édition, le nom de Thersite : c'est qu'il avait à en faire un meilleur usage dans un caractère nouveau que devait contenir cette même édition ; voyez tome I, p. 353, n" qi. »

Page 253, n" 23, fin, ajoutez en note : « Dans le Mercure galant (1679, acte I, scène m), Boursault fait une supposition du même genre; mais ceux qu'il fait revenir au monde, ce sont les pères des bourgeois qui ont « abjuré le nom de leur famille » :

Si les morts revenoient ou d'en haut ou d'en bas, Les pères et les fils ne se connoîtroient pas. »

Page 259, no 38, ligne 6, aux mots : « le hasard seul », ajoutez en note : « Amelot de la Houssaye écrit en marge : Sola fortuiiœ indulgentia. « (Tacite, Historiarum liber II.) » — Nous ne trouvons pas ces mots au livre II des Histoires de Tacite; mais l'expression : fortunx indulgentia, est deux fois au livre II de Velleius Paterculus, chapitres lxxx et cxxi. »

Page 262, n» 5o, fin, ajoutez en note : « Annotation d'Amelot de la Houssaye : Dilatœ voluptates, dissimulata luxuria,... falsx virtutes, et vitia rediiura.... (Tacite, Historiarum liber I [cap. lxxi].)»

Page 264, no 57, Cn, ajoutez en note : a Amelot de la Houssaye fait ce rapprochement : « Comme Curtius Rufus, dont parle Tacite dans ses « Annales, livre XI [chap. xxi] : adversus superiores tristi adulatione, arro- (( gans minoribus, inter pares difficilis.... ))

Page 274, n" 83, lin, ajoutez en note :

« M.Damien rapproche des Caractères de Giton et de Phédon le passage suivant de Malebranche, auquel la Bruyère a fait un emprunt plus manifeste dans sa remarque sur Philémon (tome I, p. 160) :

« Or cette haute estime que les personnes d'une imagination forte et « vive ont d'eux-mêmes et de leurs qualités, leur enfle le courage. Elle « leur fait prendre l'air dominant et décisif; ils n'écoutent les autres qu'a- « vec mépris; ils ne répondent qu'eu raillant; ils ne pensent que par rap- « port à eux. Et regardant l'attention de l'esprit, si nécessaire pour dé- « couvrir la vérité, comme une espèce de servitude, ils sont entièrement

212 ADDITIONS ET CORRECTIONS. (Tome I.)

a indisciplinables . L'orgueil, l'ignorance et l'aveuglement vont toujours « de compagnie

« Le superbe est un homme riche et puissant, qui a un grand équipage, « qui mesure sa grandeur par celle de son train, et sa force par celle « des chevaux qui tirent son carrosse. Le faux humble, ayant le même « esprit et les mêmes principes, est un misérable, pauvre, foible et lan- « guissant, et qui s'imagine qu'il n'est presque rien, parce qu'il ne pos- « sède rien. Cependant notre équipage n'est pas nous.... » (Malebranche, Recherche de la vérité, tome II, livre V, chapitre vu, p. 196 et 197.) »

Page 2^5, note 4, fin, ajoutez : a Cette pièce, mise au théâtre par M. de Boisfran, représentée pour la première fois à l'Hôtel de Bourgogne le 12 juillet 1696, a été imprimée dans le Théâtre italien de Gherardi, tome YI, p. 36 1. — M. Edouard Fournier (/a Comédie de la Bruyère, 1^^ partie, p. 112) met à la main de ces « effrontées curieuses » que signale la Bruyère un des éventails à jour qui étaient alors à la mode, et que l'on appelait des lorgnettes (voyez le Ménagiana, édition de la collection des Jiia, tome II, p. 66). Après avoir mentionné la Satyre nouvelle sur les Promenades de Paris (1699, in-S", p. 17), comme reproduisant tout ce que la Bruyère a dit siu" les bains delà Porte-Saint-Denis, et rappelé une chanson de Coulanges « sur les précieuses au quai Saint-Bernard ', » M. Fournier ajoute, au sujet de cette promenade : « Palaprat, dans le discours « qui précède sa comédie du Ballet extravagant (1691), en parle aussi, et « ne croit pas qu'il faille y voir tant de mal : « Les dames, dit-il, ne sont « pas exemptes des railleries que la malignité des hommes leur fait peutc( être injustement sur le choix de ces promenades. » (0£«cre5, i7i2,in-8'',

« tome II, p. 67.) Bayle, à l'article Lycurgue àe son Dictionnaire (édi-

« tion in-folio, tome II, p. 827), trouve que, dans ce passage de la « Bruyère, la curiosité des femmes sur la nudité du sexe est délicatement « touchée. »

Page 279, note i, lignes 4-6, « le même sans doute (// s'agit de Gomont) qui intervint, etc. », lisez : « le même probablement qui, en 1666, était chef du cabinet de Nicolas Colbert, évêque dAuxerre, frère du ministre (Archives municipales de la Charité-sur-Loire, lettre de M. de Lespinasse des Pivotins, du 27 avril 1666, aux échevins de la ville), et le même sans aucun doute qui, après avoir été le conseil du cardinal Mazarin [Jeux d esprit, par le marquis delà Châtre, p. 98, et Lettres de Gui Pa<i«, édition Réveillé-Parise, tome in,p. 160), intervint dans les affaires de sa succession comme fondé de pouvoir, etc. »

— Ibidem, note i, lignes 11 et 12, ajoutez : « Jean de Gomont ne vivait plus alors que la Bruyère lui rendait cet hommage : voyez les Jeux d'esprit de la Châtre, cités plus haut, où son nom est écrit, suivant l'orthographe la plus habituelle : de Gaumont, et où il est qualifié : « ancien avocat et consultant.» Il était le frère du Gaumont que le Roi envoya en lôSg en Italie. (Jeux d'esprit, p. 94, et lettre citée ci-dessus de Gui Patin, qui désigne ainsi Jean de Gaumont : « le célèbre avocat qui a soin des affaires particulières de Mazarin. ») »

Page 282, note 2, lignes 3 et suivantes, en remontant : .... « et Nicole, dans l'un de ses traite's, etc. », lisez : « et Nicole, dans son Éducation dun prince (1670, 2« partie, p. 65), ont également rappelé cette îinecdote. « Ce sont des fatuités de grands qu'il est bon de remarquer, » dit Nicole, après avoir cité le trait du voluj^tueux qui, étant à la chasse, demandait à ses gens : Ai-jc bien du plaisir ? »

Page a83, ligne 17 et note i, substituez à la première phrase de la note.

I. Chansons choisies de M. de Coulanges, édition de 1754» P- ^7.

ADDITIONS ET CORRECTIONS, (Tome I.) 2i3

l'indication suivante : « île Saint-Louis. » (Cette rectification a été faite au même tome I, p. 5i6, note i.)

Page 287, note i, ligne dernière, Usez : « p. 280; les Mémoires de Ckohy, collection Petitot, tome LXIII, p. 343, etc.»

Pages 292 et 293, no 18, fin, ajoutez en note : « Tout ce passage de la Bruyère, y compris le nom de Gaultier, a été mis en vers dans la Satyre nouvelle sur les Promenades de Paris^ 1699, p. 7. (Edouard P^ournier, la Comédie de la Bruyère, i'^^ partie, p. iio, note 2.) »

Page 299, n° 2, fin, ajoutez en note : « Amelot de la Houssaye cite, à côté de cette remarque, divers traits de Tacite qui ne nous semblent nullement avoir inspiré la remarque de la Bruyère : Octavia..., quamvis rudibus annis^ dolorem^ caritatem^ omnes affectus absconderc didicerat. i^Annalium liber XIII [cap. xvi].) — His adjicit complexum et oscula, factus natura et consuetudine exercitus velare odium fallacibus blanditiis. i^Ibidem^ liber XIV,

[cap. Lvi].) — Cliens hic Sorani [P. Egnatius) habita et are ad exprimen-

dam imaginem honesti exercitus^ ceterum animo perfîdiosus^ subdolus^ avaritiam ac libidinem occultons. [Ibidem, liber XVI [cap. xxxii].) »

Page 3oo, n° i3, fin, ajoutez en note : « Le panégyriste de Trajan, dit le P. Bouhours, a presque la même pensée, et tire de là une louange délicate pour son prince ; car, après avoir dit que c'est !e propre des grands astres d'obscurcir l'éclat des petits, et que les officiers perdent presque leur dignité en la présence de l'Empereur, il parle de la sorte à Trajan : « Vous étiez plus grand que tout le reste des hommes, sans que « votre grandeur rabaissât personne *, etc. » [Pensées ingénieuses des anciens et des modernes^ p. 193-194.) »

Page 3 16, no 48, avant-dernière ligne, supprimez la virgide qui suit les mots : « On le reoonnoît ».

Page 329, n» 74, fin, ajoutez en note : « M. Damien a rapproché de la dernière partie de cette remarque quelques lignes d'un passage de Malebranche déjà cité, p. 208, addition relative aux pages i63 et 164, n» 33, fin : « La dépendance où l'on est des grands, le désir de participer à leur gran- « deur, etc. »

Ibidem^ n" y 5, fin, ajoutez en note :

« A côté et à l'appui de cette remarque M. Taine recommande aux éditeurs des Caractères de citer quelques extraits de la correspondance de Mme de Maintenon : une lettre par exemple de « la triste » princesse de Montauban, inconsolable de n'avoir pas été emmenée par le Roi a Marly depuis trois mois ; une autre du maréchal de Villeroy, qui « com- « mence à voiries cieux ouverts » le jour où le Roi lui accorde une audience-, une troisième enfin du duc de Richelieu, qui prie le Roi « à « genoux » de lui permettre d'aller quelquefois lui faire sa cour : « J'aime « autant mourir, écrit-il, que d'être deux mois sans le voir. » [Nouveaux Essais de critique et de littérature, i865, p. 45.) Voyez de plus quels sont les transports de joie et l'attendrissement de Bussy Rabutin, lorsque son « adorable maître, le meilleur maître du monde, » l'autorise à le revoir [Correspondance de Bussy .^ tome V, p. 297 et suivantes). »

Page 338, n» i, fin, ajoutez en note:

« Les premiers exemplaires de la 1"'° édition portent une rédaction différente : « La prévention du peuple en faveur de ses princes est si aveuci gle, et l'entêtement pour leur geste, leur visage, leur ton de voix et leurs « manières si général, que, s'ils s'avisoient d'être bons, cela iroit à l'ido- « latrie, le seul mal sous ce règne que l'on pouvoit craindre. »

I. Est hxc natura sideribus^ ut parva et exilin valiJorum exortus obsciiret : slmiliter Imperatnris adventii legatoram dignitas inuntbratur . Tu. tamen major omnibus quidein eras, sed sine ullius deminutione major [Plinii PanegyricaSyCap. xix).

214 ADDITIONS ET CORRECTIONS. (Tome I.)

Voyez ci-dessus la Notice bibliographique, p. iSj.

Page 339, note i, fin, ajoutez : « Bouhours , dans ses Pensées ingénieuses des anciens et des modernes (p. 2Qo),et Brillon, dans ses Sentiments critiques sur les Caractères de M. de la Bruyère [p- 3ii), font remarquer l'analogie de cette remarque et du passage suivant du Panégyrique de Théodose (par Pacatus) : Quin ego, si fas piumque mortalihus œstimare cœlestia^ nullam majorem crediderim esse principum felicitatem quam fecisse feticem.... »

Page 348, note 2, fin, ajoutez : « Le vin de la Brie était, parmi les vins que l'on buvait à Paris, le plus mauvais qu'on pût citer : voyez les Réflexions de Pépinocourt, p. 40. »

Page 353, n° 41» fi"î ajoutez en note : a Annotation d'Amelot de la Houssaye : « Cetcri, modestia vel ignobilitate, ut in hello obscuri, ita prx- « miorum expertes. (Tacite, Historiariim liber I^' [cap. 11].) — Mox, ut « Othonem ac Vitellium scelestis armis res romanas raptum ire vulgatum est, ne « pênes ceteros imperii prxmia , pênes ipsos tantum servitii nécessitas esset, f réméré

« miles (His/oriariim liber II [cap. vi].) » — Malebranclie avait écrit:

« Les grands tiennent à bien plus de choses que les autres, leur escla- « vage a plus d'étendue. Un général d'armée tient à tous ses soldats, « parce que tous ses soldats le considèrent. C'est souvent cet esclavage « qui fait sa géne'rosité, et l'amour de l'estime de tous ceux à qui il est K en vue l'oblige souvent à sacrifier d'autres amours plus sensibles ou « plus raisonnables. » (^Recherche de la vérité, tome II, livre V, chapitre 11, p. i33 et 134.) »

Page 353, n» 42, lignes 3 et 4 : « le centre des meilleures choses, à qui ils rapportent », ajoutez en note: « Var. (édit. i, première rédaction) : le centre des meilleures choses, à quoi ils rapportent. »

Pages 353 et 354, note i, et passim dans les pages suivantes et dans le tome II : a Var. (édit. i et certains exemplaires de 2) », lisez : « Var. (édit. I et 2). » — Les exemplaires qui, marqués comme faisant partie de la 2*^^ édition, ne portent pas la variante indiquée, appartiennent, malgré leur titre, à la 3^ édition : voyez la Notice bibliographique, p. 140-142.

Page 355, note 2 (et p. 546-549). — Note additionnelle.

« L'assemblée du cabinet, fondée par MM. du Puy, a survécu, beaucouj) plus longtemps que nous ne l'avions supposé, à l'ambassadeur de Thou, qui mourut en 1677, et à la dispersion de sa bibliothèque, vendue en 1679. Salmon avait recueilli chez lui l'assemblée; après sa mort, son gendre, M. de Villevault, maître des requêtes, qui demeurait rue Hautefeuille, en devint le président et la reçut trois fois par semaine. Le cabinet existait donc encore en 1691, alors que la Bruyère écrivait la phrase: « Il ne fournit rien aux visites des femmes, ni au cabinet. » S'il a eu en vue en particulier tel cabinet, il a voulu parler de celui de Villevault, et l'allusion, en pareille hypothèse, serait d'autant plus certaine que l'on réservait encore à cette époque l'appellation de cabinet à l'ancienne assemblée de la bibliothèque des du Puy, devenue l'assemblée de M. de Villevault. C'est du moins ce qui semble résulter d'un passage des Mémoires de l'abbé le Gendre (p. 228), qui, après avoir dit que Jacques le Fèvre venait souvent au cabinet, où le Gendre lui-même se trouvait quelquefois, ajoute : « On « appeloit ainsi une assemblée de gens de lettres qui se tenoit trois « fois la semaine rue Hautefeuille. » L'indication de la rue Hautefeuille désigne clairement la réunion dont il s'agit -, c'est celle de M. de Villevault*.

« Il suit de là que si, avec Walckenaer, on admet comme démontré que le mot de cabinet s'applique à un Heu de réunion déterminé, ce « rendez-vous d'honnêtes gens, » aux conversations desquels l'homme

I . Parmi les savants les plus assidus, le Gendre cite le président Cousin et Nicolas Thoynard.

ADDITIONS ET CORRECTIONS. (Tome I.) ai5

de bien de la Bruyère « ne fournit rien, » peut et même doit être celui de la rue Hautefeuille. Peut-être toutefois préférera-t-on à cette interprétation celle que nous avons adoptée dans notre premier commentaire, que nous n'abandonnons pas, et suivant laquelle la remarque de la Bruyère doit être appliquée d'une manière générale à tous les cabinets. La re'union que présidèrent MM. du Puy etM. de Villevault était sans doute celle que l'on appelait d'ordinaire le cabinet ; mais sur le modèle de cette assemblée, il s'en était formé d'autres, telles que celles de MM. Bignon, premier président au grand conseil', et Hennequin, procureur général du grand conseil, qui, j^our avoir moins de renom, n'en pouvaient pas moins être qualifiées de la même manière.

« MM. Bignon et Hennequin tenaient cabinet ; de même Tabbé Dangeau et Ménage, dont l'abbé Richard cite encore les réunions dans son énumération des assemblées instituées à l'imitation de celle de MM. du Puy^.

« Les « honnêtes gens « qui s'occupaient de jiolitique ou de littérature distinguaient les cabinets, qui étaient des réunions particulières, et les conférences, qui étaient publiques et accessibles à tous. L'abbé Richard n'avait garde de les confondre, non plus que l'auteur d'im ouvrage dont nous reproduisons plus loin un passage, le Maire, qui considère l'assemblée de Ménage comme une conférence jusqu'en 1684, et comme un cabinet à partir de cette époque, où elle cessa d'être ouverte au public.

« Le degré de publicité n'était pas cependant, si je ne me trompe, le seul signe, ni même le signe principal auquel on devait reconnaître soit ime conférence soit un cabinet, tant qu'il se maintint du moins une distinction entre l'im et l'autre genre d'assemblée. A l'origine, les « honnêtes gens » qui se réunissent « pour la conversation » au cabinet sont des diplomates ou encore des nouvellistes qui viennent surtout chercher des informations sur les affaires étrangères' ; dans les conférences (et non pas seulement dans les conférences académiques, qui sont des leçons adressées à des élèves, et qu'il faut encore mettre à part), l'entretien a un caractère littéraire ou scientifique : le maître du logis professe sur des questions d'histoire, de littérature ou de sciences, prêt à répondre d'ailleurs à toutes les interrogations qui l'interrompront et à disserter avec ses visiteurs sur tel sujet que l'on voudra.

« A vrai dire, cette distinction que l'on put noter d'abord enti'e les cabinets et les conférences ne put pas se maintenir longtemps. Avec les correspondants des frères du Puy et de Bouilliau, disparut peu à peu le caractère particulier de l'assemblée dont Villevault reçut la présidence en héritage, et cette assemblée du cabinet par excellence ne demeura pas, on le verra plus loin, fidèle à ses traditions, car les nouvellistes y cédèrent le pas aux savants. D'autre part, plusieurs conférences se rapprochèrent inévitablement, à certaines hemes du moins, des habitudes du cabinet : telle l'assemblée du Luxembourg, tenue par l'abbé de Choisy, laquelle, comme on l'a vu au tome I, p. 355, note 2, accueillait les nouvelles au début et à la fin des séances ; telle encore l'assemblée de l'abbé de la Roque, dont la conférence avait lieu au bureau du Journal des Savants.

I. Thierry Bignon, fils cadet du premier Jérôme Bignon et frère cadet du second, que nous aurions pu citer en même temps que son père et son frère au tome II, p. 84> note 2. Né en 16J2, il mourut en janvier 1697.

a. Voyez, au tome I de cette édition, p. 547, ""'^ I- — Nous avons rappelé dans celte note l'annonce qu'avait faite l'abbé Richard de la publication de l'histoire de l'assemblée des du Puy, qui devait être « un des plus curieux endroits » d'un Vivre qu'il promettait et qui n'a point paru. L'abbé Nicaise a de son côté préparé une histoire de ce même cabinet, qu'il serait intéressant de retrouver. (Lettre de Lantin à Nicalse, du 14 mars 1691, dans la correspondance de ce dernier, conservée à la Bibliothèque nationale.)

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