‹ Œuvres de La Bruyère (volume 3)Chapitre 104 sur 373 · De interpretatione libri duo, Paris · texte numérisé non relu

De interpretatione libri duo, Paris

6. Voyez les Caractères de Théophraste, traduits par Coray, 1699, Discours préliminaire^ p. liv-lvii, et les mêmes Caractères^ traduits par Stiévenart, 1842, p. 36.

plupart des traductions de ses contemporains, à celles, par exemple, de Perrot d'Ablancourt, de Maucroix, de Charpentier, de Tourreil! Si peu littérale qu'elle soit, elle reproduit fidèlement dans leur ensemble et tout l'ouvrage deThéophraste et chacun de ses portraits. La Bruyère paraphrase souvent le texte, mais c'est en général pour plus de clarté ; s'il modifie tel trait, c'est dans la crainte de trop s'éloigner de nos usages' ; s'il omet tel autre, c'est par un sentiment tout naturel de délicatesse*; enfin il n'est presque jamais inexact que lorsqu'une raison, plus ou moins plausible, l'invite et le décide à l'être. Il s'est en quelque sorte excusé, dans son Discours sur Théophraste ^, d'avoir étendu les définitions de l'auteur grec, pour les rendre plus intelligibles ; et lorsqu'il exprime, dans le même discours, le regret que le public ne veuille pas se défaire de cette « prévention » pour ses coutumes et ses manières qui le prive de la connaissance de l'antiquité*, nous pouvons être assurés qu'il blâme à la fois et le public dont il combat la prévention, et les traducteurs infidèles qui, pour lui plaire, habillent les auteurs à la mode du jour.

Veut-on savoir, au surplus, quelle disposition d'esprit la Bruyère conseille d'apporter à la lecture des anciens auteurs? « L'étude des textes ne peut jamais être assez recommandée , dit- il dans le chapitre de Quelques usages : c'est le chemin le plus court, le plus sûr et le plus agréable pour tout genre d'érudition. Ayez les choses de la première main, puisez à la source; maniez, remaniez le texte,... songez surtout à en pénétrer le sens dans toute son étendue et dans ses circonstances,... Les premiers commentateurs se sont trouvés dans le cas où je désire que vous soyez : n'empruntez leurs lumières et ne suivez leurs vues qu'où les vôtres seroient trop courtes.... Ayez le plaisir de voir que vous n'êtes arrêté dans la lecture que par les difificultés qui sont invincibles, où les commentateurs et les scoliastes eux-mêmes demeurent courts, si fertiles d'ailleurs, si abondants et si chargés d'une vaine et fastueuse

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