XXII NOTICE BIOGRAPHIQUE
Ce Guillaume de la Bruyère, que nous venons de nommer, ne se glorifiait pas de sa filiation : elle a longtemps e'chappé aux recherches. Trop prudent peut-être pour acheter, sous le règne d'Henri IV, un office qui le mît en vue, il fut, dans les premières anne'es du dix-septième siècle, secrétaire ordinaire de l'évêque de Paris. Ce n'est que sous le règne de Louis XIII ou sous celui de Louis XIV qu'il acheta une charge de secrétaire de la chambre du Roi. Dès 1607, nous le voyons engagé dans des instances judiciaires, qui ne semblent pas avoir été heureuses, au sujet des terres qu'il possédait dans le Vendomois, près de Mondoubleau. Parmi les procès qui remphssent une partie de sa vie, le plus grave lui fut intenté par sa femme, Anne ou Diane de Lamarre, qu'il avait épousée en 1601, alors que son père était à Anvers ou à Bruxelles. Sa mauvaise administration compromettait la fortune des deux époux, et la séparation des biens fut prononcée entre eux, au milieu d'actes de procédure qui témoignent d'une hostilité déclarée : Diane de la Bruyère ne néghgea rien pour la défense de ses intérêts et de ceux de ses enfants *.
Guillaume de la Bruyère laissa deux fils et une fille : Louis,
thèques publiques possèdent, je crois : « RésurrectïoTi et triomphe de la Palette. Dédié à MM. les Officiers de France par le sieur de la Bruyère. » (La dédicace est signée : de la Bruière. Paris, i6i5, in-8'.) Cet opuscule contient des stances et un sonnet. — « Réplique à V Anti-malice ou Défense des femmes^ du sieur Vigoureux, autrement dict Brye-comte-Robert, où sont rejetées les fautes qu'on attribue aux hommes, à l'ignorance de l'auteur, qui ne les a pu prouver, par le sieur de la Bruyère, gentilhomme béarnois. » (Paris, 1617, in-i2.) Ce second ouvrage est l'une des répliques qui se publièrent en réponse à la Défense des femmes contre V Alphabet de leur prétendue malice et imperfection^ par le sieur Vigoureux, capitaine du château de Brie-Comte-Robert, opuscule qui était lui-même l'ime des répliques imprimées en 1617 contre V Alphabet de Vimperfection et malice des femmes^ de Jacques Olivier.
I. Guillaume de la Bruyère se défendit de son côté et garda au moins la propriété principale, celle de Romeau, que nous retrouvons plus tard dans le partage de Théritage de Jean II de la Bruyère. Il se peut que Guillaume n'ait pu empêcher la vente de deux autres terres voisines, dont la criée fut faite en même temps que celle de Romeau, et dont l'une se nommait la Georgetière et
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qui devint contrôleur général des rentes de l'Hôtel de Ville de Paris; Jean, qui acheta une charge de secrétaire du Roi; Louise, qui fut la femme d'un chirurgien ordinaire du duc d'Orléans, Martin de la Guyottière. Louis épousa, le 25 juillet 1644, Elisabeth Hamonyn, fille d'un procureur au Châtelet, et eut pour fils aîné Jean de la Bruyère, qui devait être l'auteur des Caractères ,
Au temps de la Ligue, la ftimille de la Bruyère était riche. La profession d'apothicaire, au prix où s'achetaient alors certains médicaments, exigeait une mise de fonds considérable, et nous savons d'ailleurs que la fortune du ligueur Jean de la Bruyère dépassait celle du plus grand nombre des marchands de Paris. La maison de la rue Saint-Denis, celle où se vendaient ses drogues, et que nous avons vue s'ouvrir aux assemblées générales de la faction des Seize, supporte, en 1571, une taxe extraordinaire de 1 60 livres, qui nous montre en lui un propriétaire de quelque importance^. 11 avait de plus trois domaines en Vendomois, près de Mondoubleau, et une terre et seigneu-
l'autre, je crois, les Petites-Noues : Romeau, la Georgetière et les Petites-Noues sont des noms de domaines situés sur les paroisses de Choue et de Souday, dans le Vendomois. Admis à parcourir une première fois, dans les archives de l'une des études de notaire de Paris, quelques actes relatifs à la famille de la Bruyère, nous n'avons pu, par la suite, contrôler nos souvenirs et compléter nos notes, un déménagement ayant confondu les dossiers divers de la partie des archives dont il s'agit. Nous garantissons les noms de Romeau et la Georgetière ; nous serons moins affirmatif pour le troisième.
I. Compte du don de trois cens mil livres tournois octroyé par la ville de Paris au feu roj Charles dernier decedé (Charles IX) en Vannée MV* soixante onze (i57i), Bibliothèque nationale, manuscrits français, n» 11692 : « Rue Saint-Denis devant le grand Chastellet..., de Jehan de la Briere (ailleurs, même manuscrit, de la Jiruiere)^ appoticaire, cy viii'''' (huit vingt) libvres. » Nous devons à M. Michelant l'indication de ce document. Les marchands voisins de la Bruyère, épiciers, malletiers, bonnetiers, chapeliers, payent en général de 10 à i5 livres; des marchands de soie de 20 ù 5o livres. Un chapelier, Claude de Brie, qui demeure de l'autre côté de la rue, le grand-père peut-être du romancier (voyez tome I, p. 416), n'est taxé qu'à cent sols, comme dans le faubourg Saint-Honoré (dont