‹ Œuvres de La Bruyère (volume 3)Chapitre 111 sur 373 · Var. (édit. 1-3) : pour les bains, les repas · texte numérisé non relu

Var. (édit. 1-3) : pour les bains, les repas

DISCOURS SUR THEOPHRASTE. 27

places, dans les temples, aux amphilliéâlres, sur un port, sous des portiques, et au milieu d'une ville dont ils étoieni également les maîtres. Là le peuple s'assembloit pour délibérer* des affaires publiques; ici il s'entretenoit avec les étrangers ; ailleurs les philosophes tantôt enseignoient leur doctrine, tantôt conféroient avec leurs disciples. Ces lieux étoient tout à la fois la scène des plaisirs et des affaires. Il y avoit dans ces mœurs quelque chose de simple et de populaire, et qui ressemble peu aux nôtres, je Tavoue; mais cependant quels hommes en général que les Athéniens, et quelle ville qu'Athènes! quelles lois ! quelle police ! quelle valeur ! quelle discipline ! quelle perfection dans toutes les sciences et dans tous les arts ! mais quelle politesse dans le commerce ordinaire et dans le langage ! Théophraste, le même Théophraste dont Ton vient de dire de si grandes choses, ce parleur agréable, cet homme qui s'exprimoit divinement, fut reconnu étranger et appelé de ce nom par une simple femme de qui il aclietoit des herbes au marché, et qui reconnut, par je ne sais quoi d'attique qui lui manquoit et que les Romains ont depuis appelé urbanité, qu'il n'étoit pas Athénien; et Cicéron rapporte^ que ce grand personnage demeura étonné de voir qu'ayant vieilli dans Athènes, possédant si parfaitement le langage attique et en ayant acquis l'accent par une habitude de tant d'années, il ne s'étoit pu donner ce que le simple peuple avoit naturellement et sans nulle peine ^. Que si l'on ne laisse

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