‹ Œuvres de La Bruyère (volume 3)Chapitre 114 sur 373 · Var. (édit. 1-6) : comme multipliée en mille autres · texte numérisé non relu

Var. (édit. 1-6) : comme multipliée en mille autres

3o DISCOtRS SUR THÉOPHRASTE.

les divers chapitres y concluisent, par les âges, les sexes et les conditions, et par les vices , les foibles et le ridicule qui y sont attachés.

L'on s'est plus appliqué aux vices de l'esprit, aux replis du cœur et à tout l'intérieur de l'homme que n'a fait Théophraste; et l'on peut dire que, comme §es Caractères^ par mille choses extérieures qu'ils font remarquer dans l'homme, par ses actions , ses paroles et ses démarches, apprennent quel est son fond , et font remonter jusques à la source de son dérèglement, tout au contraire, les nouveaux Caractères^ déployant d'abord les pensées, les sentiments et les mouvements des hommes, découvrent le principe de leur malice et de leurs foiblesses, font que l'on prévoit aisément tout ce qu'ils sont capables de dire ou de faire , et qu'on ne s'étonne plus de mille actions vicieuses ou frivoles dont leur vie est toute remplie.

Il faut avouer que sur les titres de ces deux ouvrages* l'embarras s'est trouvé presque égal. Pour ceux qui partagent le dernier, s'ils ne plaisent point assez, l'on permet d'en suppléer d'autres ; mais à l'égard des titres des Caractères de Théophraste , la même liberté n'est pas accordée , parce qu'on n'est point maître du bien d' autrui. Il a fallu suivre l'esprit de l'auteur, et les traduire selon le sens le plus proche de la diction grecque, et en même temps selon la plus exacte conformité avec leurs chapitres; ce qui n'est pas une chose facile, parce que souvent la signification d'un terme grec , traduit eu françois mot pour mot, n'est plus la même dans notre langue : par exemple, ironie est chez nous une raillerie^ dans la conversation , ou une figure de rhétorique , et

I. C'est-à-dire sur les titres des chapitres qui composent ces deux ouvrages.

u. V AR. (édit. 1-4) ; ou une raillerie.

DISCOURS SUR THEOPHRASTE. 3i

chez Théopliraste c'est quelque chose entre la fourberie et la dissimulation, qui n'est pourtant ni l'un ni l'autre *, mais précisément ce qui est décrit dans le premier^ chapitre.

Et d'ailleurs les Grecs ont quelquefois deux ou trois termes assez difTéreiits pour exprimer des choses qui le sont aussi et que nous ne saurions guère rendre que par un seul mot : cette pauvreté emharrasse. En effet ^ l'on remarque dans cet ouvrage grec trois espèces d'avarice , deux sortes d'importuns, des flatteurs de deux manières, et autant de grands parleurs : de sorte que les caractères de ces personnes semblent rentrer les uns dans les autres, au désavantage du litre; ils ne sont pas aussi toujours suivis et parfaitement conformes , parce que Théophraste, emporté quelquefois par le dessein qu'il a de faire des portraits , se trouve déterminé à ces changements par le caractère' et les mœurs du personnage qu'il peint ou dont il fait la satire.

Les définitions qui sont au commencement de chaque chapitre ont eu leurs difficultés. Elles sont courtes et concises dans Théopliraste , selon la force du grec et le style d'Aristote, qui lui en a fourni les premières idées : on les a étendues dans la traduction pour les rendre intelligibles. Il se lit aussi dans ce traité des phrases qui ne sont pas achevées et qui forment un sens imparfait , auquel il a été facile de suppléer le véritable ; il s'y trouve de différentes leçons , quelques endroits tout à fait interrompus , et qui pouvoient recevoir diverses explications ; et pour ne point s'égarer dans ces doutes , on a suivi les meilleurs interprètes.

Enfin, comme cet ouvrage n'est qu'une simple in-

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