Etude sur la Bruyère, p
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ïoo LES CARACTÈRES.
La critique du Théophraste moderne n'était pas blessante, et comment eût-elle pu l'être? l'auteur était Brillon lui-même. Attaquant les Caractères de la Bruyère dans les Scntimens 'critiques, il s'était fait l'honneur d'attaquer en même temps son propre Théophraste ; après quoi, il s'était empressé de défendre la Bruyère contre les inofTensives puérilités de l'acte d'accusation qu'il avait dressé, négligeant, comme il vient d'être dit, de plaider contre lui-même sa propre cause dans ce nouvel ouvrage anonyme.
Le secret de la supercherie où s'était exercé sans éclat, comme d'ailleurs sans méchanceté, son talent de dialectique, échappa un jour à Brillon, car au milieu des ouvrages que lui attribue le Dictionnaire historique de Moréri à partir de l'édition de 1712, nous voyons figurer la Critique de M. de la Bruyère et son Apologie : témoignage d'autant moins suspect que Brillon lui-même, dans l'article que contient sur sa propre personne son Dictionnaire des Arrêts^, nous renvoie complaisamment à l'article du continuateur de Moréri.
A défaut de cet aveu, le rapprochement des dates qui suivent permettrait encore de convaincre Brillon du double rôle quMlajoué. Le privilège de l'^/?r;/oo-;> est daté du 12 mars 1701, et limpression en a été terminée le 3o juin de la même année; mais dés le 4 octobre 1700, le manuscrit se trouvait entre les mains de Pavillon, car l'approbation porte cette date : or l'impression des Sentimens critiques, autorisée par un privilège du II mars 1700, ne devait être achevée que le 24 décembre, c'est-à-dire plus de deux mois après le jour où fut signée l'approbation de V Apologie. A moins de s'inscrire en faux contre la date de cette approbation, il faut bien reconnaître que l'auteur seul des Sentimens critiques pouvait être l'auteur de V Apologie, qui en était la réfutation page par page, ligne par ligne. Il suffit au surplus, pour rendre à Brillon ce que l'on a inexactement attribué à l'abbé de Villiers ou à d'Argonne*, de rapprocher les deux ouvrages : ils trahissent la même main.