Var. (édit. 5): et n'ont pas manqué
ou LES MOEURS DE CE SIÈCLE. 109
itérer que personne presque depuis trente années ne lisant plus que pour lire, il fallolt aux hommes, pour les amuser, de nouveaux chapitres et un nouveau titre ; que cette indolence avoit rempli les boutiques et peuplé le monde, depuis tout ce temps, de livres froids et ennuyeux , d'un mauvais style et de nulle ressource , sans règles et sans la moindre justesse, contraires aux mœurs et aux bienséances, écrits avec précipitation, et lus de même, seulement par leur nouveauté; et que si je ne savois qu'augmenter un livre raisonnable , le mieux que je pouvois faire étoit de me reposer. Je pris alors quelque chose de ces deux avis si opposés , et je gardai un tempérament qui les rapprochoit : je ne feignis point d'ajouter * quelques nouvelles remarques à celles qui avoient déjà grossi du double la première édition de mon ouvrage; mais afin que le public ne fût point obligé de parcourir ce qui étoit ancien pour passer à ce qu il y avoit de nouveau , et qu'il trouvât sous ses yeux ce qu'il avoit seulement envie de lire, je pris soin^ de lui désigner cette seconde augmentation par une marque particulière ';
1. Var. (édit. 5) : Je prends quelque chose de ces deux avis si opposés, et je garde un tempérament qui les rapproche : je ne feins point d'ajouter ici, — Voyez ci-dessus, p. 55, note 2.
2. Var. (édit. 5) : mais afin que le public ne soit point obligé de parcourir ce qui est ancien pour passera [ce] qu'il y a de nouveau, et qu'il trouve sous ses yeux ce qu'il a seulement envie de lire, j'ai pris soin....
3. Var. (édit. 5) : par une marque particulière et telle qu'elle se voit par apostille. — Cette marque était un pied de mouche entre de doubles parenthèses : ((^)). Elle était placée ici en marge dans la préface de la 5^ édition et des suivantes, de même que la marque dont il est parlé plus bas : voyez la note 2 de la page suivante. Un simple pied de mouche, sans parenthèses, est le signe, comme nous l'avons dit ci-dessus, p. 102, que la Bruyère avait adopté pour séparer les caractères ou les remarques. Ce signe figure donc dans toutes les éditions du dix-septième siècle, en tête de chaque morceau distinct,
iio LES CARACTÈRES
je crus aussi* qu'il ne seroit pas inutile de lui distinguer la première augmentation par une autre plus simple ^, qui servît à lui montrer le progrès de mes Caractères^ et à aider son choix dans la lecture qu'il en voudroit faire; et comme il pouvoit craindre que ce progrès n'allât à Tinfini , j'ajoutois^ à toutes ces exactitudes une promesse sincère de ne plus rien hasarder en ce genre*. Que si quelqu'un m'accuse d'avoir manqué à ma parole , en insérant dans les trois éditions qui ont suivi un assez grand nomhre de nouvelles remarques^, il verra du moins qu'en les confondant avec les anciennes par la suppression entière de ces différences qui se voient par apostille*, j'ai moins pensé à
et l'adjonction de parenthèses indique dans la 5^ les différences dont il est question ici et deux lignes plus loin.