‹ Œuvres de La Bruyère (volume 3)Chapitre 180 sur 373 · Il s'agit des approbations des censeurs · texte numérisé non relu

Il s'agit des approbations des censeurs

4. Montaigne a dit {Essais, livre II, chapitre xvii) : « On peult faire le sot par tout ailleurs, mais non en la poésie :

Mediocribus esse poetis Non Di, non homtnes, non concessere columnse *. Pieust à Dieu que cette sentence se trouvast au front des bou-

* Horace, Art poétique, vers 872 et 378.

DES OUVRAGES DE L'ESPRIT. ii5

Quel supplice cjue celui d'entendre déclamer pompeusement un froid discours, ou prononcer de médiocres vers avec * toute l'emphase d'un mauvais poëte !

Certains^ poètes sont sujets, dans le dramatique, à 8. de longues suites de vers pompeux qui semblent forts, élevés, et remplis de grands sentiments. Le peuple écoute avidement, les yeux élevés et la bouche ouverte, croit que cela lui plaît, et à mesure qu'il y comprend moins, l'admire davantage^; il n'a pas le temps de respirer, il a à peine celui de se récrier et d'applaudir. J'ai cru autrefois, et dans ma première jeunesse, que ces endroits éloient clairs et intelligibles pour les acteurs , pour le parterre et l'amphithéâtre, que leurs auteurs s'eiitendoient eux-mêmes, et qu'avec toute l'attention que je donnois à leur récit, j'avois tort de n'y rien entendre : je suis détrompé, (éd. 5.)

L'on n'a guère vu jusques à présent un chef-d'œuvre 9. d'esprit qui soit l'ouvrage de plusieurs : Homère a fait

tiques de touts nos imprimeurs, pour en deffendre l'entrée à tant de ■versificateurs! » Voyez aussi Boileau, Art jjoétirpie yChsmtlV y \ers 29 et suivants.

T. Var. (édit. 1-3) : Quel supplice que celui d'entendre prononcer de médiocres vers avec, etc.

2. Cette réflexion est la première de celles qui ont été ajoutées dans la 5'' édition; aussi est-elle, dans cette édition (et dans cette édition seule), précédée du signe ((^)) et accompagnée de cette note, qui est placée en marge : « Marque qui désigne la seconde et dernière augmentation. » Voyez ci-dessus , p. 109.

Page 1