Var. (édit. 4) ■ dont il les voit
3. On peut rapprocher du caractère â!* Arsène le portrait de Damis dans la scène iv du II« acte du misanthrope :
Et les deux bras croisés, du haut de son esprit Il regartie en pitié tout ce que chacun dit...;
et celui des personnages « qui s'en font extrêmement accroire »
DES OUVRAGES DE L'ESPRIT. iî3
Théocrine sait des choses assez inutiles; il a des sen- 25. timenls toujours singuliers; il est moins profond que méthodique; il n'exerce que sa mémoire; il est abstrait, dédaigneux, et il semble toujours rire en lui-même de ceux qu'il croit ne le valoir pas. Le hasard fait que je lui lis mon ouvrage, il Técoute. Est-il lu, il me parle du sien. « Et du vôtre, me direz-vous, qu'en pense-t-il? » — Je vous l'ai déjà dit, il me parle du sien. (éd. 6.)
Il n'y a point d'ouvrage si accompli qui ne fondît 26. tout entier au milieu de la critique, si son auteur vouloit en croire tous les censeurs qui ôtent chacun l'endroit qui leur plaît le moins, (éd. 4-)
C'est une expérience faite que s'il se trouve dix per- 27 sonnes qui effacent d'un livre une expression ou un sentiment. Ton en fournit aisément un pareil nombre qui les réclame. Ceux-ci s'écrient : « Pourquoi supprimer cette pensée? elle est neuve, elle est belle, et le tour en est admirable; » et ceux-là affirment, au contraire, ou qu'ils auroient négligé cette pensée, ou qu'ils lui auroient donné un autre tour. « Il y a un terme, disent les uns, dans votre ouvrage , qui est rencontré et qui peint la chose au naturel ; il y a un mot , disent les autres , qui est hasardé, et qui d'ailleurs ne signifie pas assez ce que vous voulez peut-être faire entendre ; » et c'est du même trait et du même mot que tous ces gens* s'expliquent ainsi , et tous sont connoisseurs et passent pour
dans le chapitre iv des Entretiens (TArïste et d'Eugène du P. Bouhours (1671).
I. Var. (edit. 4 et 5) : que ces gens. — « J'ai ouï condamner ceUe comédie à certaines gens, par les mêmes choses que j'ai vu d'autres estimer le plus. » (Molière, la Critique de P École des femmes, scène v.)
tels. Quel autre parti pour un auteur, que d'oser pour lors être de l'avis de ceux qui l'approuvent? (éd. 40
28. Un auteur sérieux n'est pas obligé de remplir son esprit de toutes les extravagances, de toutes les saletés, de tous les mauvais mots que l'on peut dire, et de toutes les ineptes applications que Ton peut faire au sujet de quelques endroits de son ouvrage, et encore moins de les supprimer*. Il est convaincu que quelque scrupuleuse exactitude que l'on ait dans sa manière d'écrire, la raillerie froide des mauvais plaisants est un mal inévitable, et que les meilleures choses ne leur servent souvent qu'à leur faire rencontrer une sottise, (éd. 4-)
29. Si^ certains esprits vifs et décisifs étoient crus, ce seroit encore trop que les termes pour exprimer les sentiments : il faudroit leur parler par signes, ou sans parler se faire entendre. Quelque soin qu'on apporte à être serré et concis, et quelque réputation qu'on ait d'être tel, ils vous trouvent diffus. Il faut leur laisser tout à suppléer, et n'écrire que pour eux seuls. Ils conçoivent une période par le mot qui la commence, et par une période tout un chapitre : leur avez-vous lu un seul endroit de l'ouvrage, c'est assez, ils sont dans le fait et entendent l'ouvrage. Un tissu d'énigmes leur seroit une lecture divertissante; et c'est une perte pour eux que ce style estropié qui les enlève soit rare, et que peu d'écrivains s'en accommodent. Les comparaisons tirées d'un fleuve
1. Var. (édit. 4 et 5) : au sujet de quelque endroit de son ouvrage, et encore moins de le supprimer.
2. Dans la 8*^ édition, en marge de cet alinéa, se voit une main figurée, au-dessous de laquelle on lit cette note : a Marque qu'on a exigée de moi pendant le cours de cette édition. » Voyez ci-dessus, p. 96.
DES OUVRAGES DE L'ESPIUÏ. laS
dont le cours, quoique rapide, est égal et uniforme, ou d'un embrasement qui, poussé par les vents, s'épand au loin dans une foret où il consume les chênes et les pins, ne leur fournissent aucune idée de Téloquence. Montrezleur un feu grégeois* qui les surprenne, ou un éclair qui les éblouisse, ils vous quittent du bon et du beau. (éd. 8.)
Quelle prodigieuse distance entre un bel ouvrage et 3o. un ouvrage parfait ou régulier ! Je ne sais s'il s'en est encore trouvé de ce dernier genre. Il est peut-être moins difficile aux rares génies de rencontrer le grand et le sublime, que d'éviter toute sorte de fautes. Le Cid n'a eu qu'une voix pour lui à sa naissance, qui a été celle de l'admiration ; il s'est vu plus fort que l'autorité et la politique ^, qui ont tenté vainement de le détruire ; il a réuni en sa faveur des esprits toujours partagés d'opinions et de sentiments , les grands et le peuple : ils s'accordent tous à le savoir de mémoire, et à prévenir au théâtre les acteurs qui le récitent. Le Cid enfin est l'un des plus beaux poëmes que l'on puisse faire; et l'une des meilleures critiques qui ait été faite ^ sur aucun sujet est celle du Cid. (éd. 4«)
Quand une lecture vous élève l'esprit , et qu'elle vous 3 1 . inspire des sentiments nobles et courageux, ne cherchez
1. Feu grégeois n'a ici d'autre sens que celui de feu d'artifice. Scarron emploie souvent cette expression dans le même sens.