Var. (édit. 4-7) : elles ont surtout un enchaînement
5. Var. (édit. 4-8) : que d'éviter le jargon et d'écrire , etc. — Sur cette réflexion, voyez VAppendlcCf à la fin du volume.
DES OUVRAGES DE L'ESPRIT. i^jj
ment : quel feu, quelle naïveté, quelle source de la bonne plaisanterie, quelle imitation des mœurs, quelles images, et quel fléau du ridicule ! Mais quel homme on auroit pu faire de ces deux comiques! (éd. 4.)
J'ai lu Malherbe et Théophile*. Ils ont tous deux 3q. connu la nature, avec cette différence que le premier, d'un style plein et uniforme, montre tout à la fois ce qu'elle a de plus beau et de plus noble, de plus naïf et de plus simple; il en fait la peinture ou l'histoire. L'autre, sans choix, sans exactitude, d'une plume libre et inégale, tantôt charge ses descriptions, s'appesantit sur les détails :
I. Théophile Viaud, né à Clérac en iSgo, mort à Paris en 1626. Il a composé des tragédies, des élégies, des odes, des sonnets, etc. 11 est l'auteur de ces vers que Boileau devait rendre célèhres en les citant en 1701 dans la préface de ses OEnvrcs :
Ah ! voici le poignard qui du sang de son maître S'est souillé lâchement! Il en rougit, le traître!
Malherbe et Théophile ont vécu à la même époque : de là cette comparaison qui a surpris les critiques. Boileau l'avait faite plus sommairement dans sa neuvième satire (vers 173-175) ;
Tous les jours à la cour un sot de qualité
Peut juger de travers avec impunité,
A Malherbe^ à Racan, préférer Théophile
Théophile, au surplus, avait du talent, et plus d'un contemporain de Boileau parlait de ses ouvrages avec une certaine estime. L'Académie française l'avait placé en i638 parmi les poètes qu'elle devait consulter pour la préparation de son Dictionnaire : voyez Pellisson, -^Histoire de V Académie française , tome I, p. io5, édition Livet. — Il est superflu de nous étendre sur la plupart des écrivains qu'a nommés la Bruyère dans ses jugements littéraires, et il nous suffira, pour le plus grand nombre, de rappeler dès maintenant, suivant l'ordre chronologique, la date de leur naissance et celle de leur mort : Clément Marot a vécu de 1496 à i544; Rabelais, de 1488 à i553; Ronsard, de i524 à i585; Montaigne, de i533 à iSga; Amyot, de i5i3 à i593; Malherbe, de i555 à 1628; Voiture, de 1598 à 1648; Balzac, de 1694 à i654; Racan, de 1689 à 1670; Molière, de 1622 à 1678; Corneille, de 1606 à 1684 j Racine, de 1689 à 1699. La Bruyère, i n
i3o DES OUVRAGES DE L'ESPRIT.
il fait une anatomie ; tantôt il feint, il exagère, il passe îe vrai dans la nature: il en fait le roman, (éd. 5.)
4o. Ronsard et Balzac ont eu, chacun dans leur genre, assez de bon et de mauvais pour former après eux de très-grands hommes en vers et en prose, (éd. 5.)
4i. Marot , par son tour et par son style, semble avoir écrit depuis Ronsard : il n'y a guère, entre ce premier et nous, que la différence de quelques mots. (éd. 5.)
4'>.. Ronsard et les auteurs ses contemporains ont plus nui au style qu'ils ne lui ont servi : ils Font retardé dans le chemin de la perfection ; ils l'ont exposé à la manquer pour toujours et à n'y plus revenir. 11 est étonnant que les ouvrages de Marot, si naturels et si faciles, n'aient su faire de Ronsard, d'ailleurs plein de verve et d'enthousiasme, un plus grand poëte que Ronsard et que Marot; et, au contraire, que Belleau, Jodelle, et du Bartas*, aient été sitôt suivis d'un Racan et d'un Malherbe , et que notre langue, à peine corrompue, se soit vue réparée^. (ÉD. 5.)
1. Var. (édit 5-8) : que Belleau, Jodelle et Saint-Gelais. — Rémi Belleau (laaS-iSyy), l'un des poêles de la Pléiade, a traduit les odes d'Anacréon, les Phénomènes d'Aratus, VEcclésiaste, etc. Il est l'auteur d'une jolie pièce, Avrll^ qui est souvent citée. — Jodelle (iSSa-ioyS;, poëte dramatique, a composé des tragédies imitées des tragédies grecques. — Du Bartas (i544"i59o), poëte sans goût qui exagéra le faste pé dantesque de Ronsard, est l'auteur d'un poëme, jadis trèsadmiré, qui a pour titre : la Semaine ou les Sept Jours de la création. — C'est à la 9^ édition que le nom de du Bartas a pris la place de celui de Saint-Gelais. On avait sans doute fait remarquer à la Bruyère que Mellin de Saint-Gelais était de l'école de Marot, et non de celle de Ronsard. Il a vécu de 1491 à i558.
2. C'est, à peu de chose près, le jugement de Boileau (Jrt poétique, I, vers 128 et suivants), a Ronsard, avait-il dit.
Réglant tout, brouilla tout, fit un art à sn mode.
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Marot et Rabelais sont inexcusables cravoir semé 43» l'ordure dans leurs écrits : tous deux avoient assez de génie et de naturel pour pouvoir s'en passer, même à Téi^ard de ceux qui cherchent moins à admirer qu'à rire dans un auteur. Rabelais surtout est incompréhensible : son livre est une énigme, quoi qu'on veuille dire, inexplicable; c'est une chimère, c'est le visage d'une belle femme avec des pieds et une queue de serpent, ou de quelque autre béte plus difforme*; c'est un monstrueux assemblage d'une morale fine et ingénieuse, et d'une sale corruption. Où il est mauvais, il passe bien loin au delà du pire, c'est le charme de la canaille : où il est bon, il va jusques à l'exquis et à l'excellent, il peut être le mets des plus délicats, (éd. 5.)
Deux écrivains dans leurs ouvrages ont blâmé Mon- 44 TAGNE, que je ne crois pas, aussi bien qu'eux, exempt de toute sorte de blâme : il paroît que tous deux ne l'ont estimé en nulle manière. L'un ne pensoit pas assez pour goûter un auteur qui pense beaucoup; l'autre pense trop subtilement pour s'accommoder de pensées qui sont naturelles ^. (ÉD. 5.)
Et toutefois longtemps eut un heureux destin. Mais sa muse, en François parlant grec et latin, "Vit dans l'âge suivant, par un retour grotesque, Tomber de ses grands mots le faste pédantesque....
Enfin IMalherbe vint
Par ce sage écrivain la langue réparée N'offrit plus rien de rude à l'oreille épurée. »