‹ Œuvres de La Bruyère (volume 3)Chapitre 192 sur 373 · Var. (édit. 3): qui en laissent désirer · texte numérisé non relu

Var. (édit. 3): qui en laissent désirer

3. Ici le théâtre signifie les décorations, ou plutôt les machines.

4. LuUi et sa famille. Le marquis de Sourdeac, qui dirigeait une académie de musique avec l'abbé de Perrin, avait perfectionné singulièrement l'art du machiniste, et fait sur son théâtre de très-belles décorations. Il se ruina. Mettant sa ruine à profit, Lulli obtint un privilège, fonda une nouvelle académie, et laissa une part moins grande aux machines et aux décorations,

5. Les éditions 4 et 5 portent où, avec un accent, ce qui ne peut guère être qu'une faute typographique.

6. Saint-Evremond était l'un de ceux qui combattaient l'engouement du public pour les machines : « J'oubliois à vous parler des machines, dit-il dans sa dissertation sur les Opéras, tant il est facile d'oublier les choses qu'on voudroit qui fussent retranchées. Les machines

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qu'un amusement d'enfants, et qui ne convient qu'aux Marionnettes*; elle augmente et embellit la fiction, soutient dans les spectateurs cette douce illusion qui est tout le plaisir du théâtre, où elle jette encore le merveilleux. Il ne faut point de vols, ni de chars, ni de changements, aux Bérénices et à Pénélope ^ : il en faut aux Opéras^ et le propre de ce spectacle est de tenir les esprits, les yeux et les oreilles dans un égal enchantement, (éd. 4«)

48, Ils ont fait le théâtre, ces empressés^, les machines,

pourront satisfaire la curiosité des gens ingénieux pour des inventions de mathématiques; mais elles ne plairont guère au théâtre à des personnes de bon goût. Plus elles surprennent, plus elles divertissent l'esprit de son attention au discours ; et plus elles sont admirables, et moins l'impression de ce merveilleux laisse à l'âme de tendresse, et du sentiment exquis dont elle a besoin pour être touchée du charme de la musique. » [OEuvres, tome III, p. 179.)

1. Le mot Marionnettes f qui a cessé d'être imprimé en italique à la 8^ édition , désigne le théâtre des Marionnettes, fondé par Pierre d'Attelin, qui n'est aujourd'hui connu que sous le nom de Brioché.

2. La Bérénice de Corneille et celle de Racine, représentées en 1670. — La Pénélope de l'abbé Genest, représentée au mois de janvier 1684, avait obtenu peu de succès , car elle n'eut que six représentations. Remise au théâtre au dix-huitième siècle, elle fut mieux accueillie. On peut s'étonner que la Bruyère ait rapproché Pénélope des pièces de Corneille et de Racine. Peut-être a-t-il pense que Bossuet et Malézieu, qui avaient une vive amitié pour l'abbé Genest, rencontreraient avec plaisir cette citation. Il est très-vraisemblable, au surplus, qu'il avait plus d'estime pour cette tragédie que n'en avait montré le public. Bossuet en avait fait l'éloge, « la trouvant si remplie de sentiments de vertu qu'il auroit, dit-il, fort approuvé la comédie, si on n'y eût jamais représenté que de tels ouvrages. » (Lettre de l'abbé d'Olivet, dans VHîstoire des membres de V Académie française par d'Alembert, tome III, p. 462.)

3. Au mois d'août 1(588, Monsieur le Prince, fils du grand Condé et père de l'élève de la Bruyère, avait offert au Dauphin, dans la terre de Chantilly, une fête qui avait duré huit jours et coûté plus de cent mille écus. « Monsieur le Prince étoit l'homme du monde qui avoit le plus de talent pour imaginer tout ce qui pouvoit la

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les ballets, les vers, la musique, tout le spectacle, jusqu^à la salle où s'est donné le spectacle, j'entends le toit et les quatre murs dès leurs fondements. Qui doute que la chasse sur Teau*, Tenchantement de la Table ^, la mer-

rendre galante et magnifique, » dit la Fare en parlant de cette fête (voyez ses Dlémo'ires, collection Petitot, tome LXV, p. aSS). « Personne, écrit Saint-Simon de son côté, xia. jamais porté si Iciii l'invention, l'exécution, l'industrie, les agréments ni les magnificences des fêtes dont il savoit surprendre et enchanter » (tome YII, p. iSg, édition Chéruel, in-S^). Tel était aussi l'avis de la Bruyère, qui crut devoir mettre à profit la publication de la 4® édition de ses Caractères (1689), pour y glisser, au milieu de ses considérations sur le théâtre, une flatterie à l'adresse de Monsieur le Prince. On ne sait au juste quels sont les a empressés » qu'il raille. Voyez V Appendice. — On peut consulter sur les détails de cette fête : la Feste de Chantilly j contenant tout ce qui s'est passé pendant le séjour que Monseigneur le Daupliin y a fait, avec une description du château et des fontaines (Paris, Mich. Guerout, 1688, in-12, seconde partie du numéro de septembre 1688 du Mercure galant); Lettre en vers à leurs Altesses Royales, Monsieur et Madame, ou relation de ce qui s'' est passé à la fête Daupliine de Chantilly, depuis le 11 août 1648 jusqu'au 3o du même mois, par le sieur 1-aurent (Paris, Rafflé, 1688, in-80 de 24pagt^s); les Mémoires àeMme àe Caylus, édition Asselineau, 1860, p. 7$, et autres Mémoires contemporains; les Cours galantes, par M. Desnoireslerres, tome II, chapitre m, etc.

1. La chasse sur l'eau se fit le sixième jour de la fête (28 août). Après une chasse où l'on avait tué cinquante ou soixante cerfs, biches ou sangliers, on jeta dans l'étang de Conielle, au son des hautbois et des trompettes, les bêtes vivantes que l'on avait prises; les dames, placées sur des bateaux couverts de feuillage, arrêtaient les cerfs au moyen de nœuds coulants et les faisaient attaclier à la barque. Lorsque, les rames levées, on avait gagné la terre à la remorque des cerfs, elles coupaient la corde et leur rendaient la liberté.

2. Rende/.-vous de chasse dans la forêt de Chantilly. {Note dj la Bruyère ) — Le dimanche, 22 août, premier jour de la fête, le Dauphin, qui avait été reçu à l'extrémité de la forêt par Monsieur le Duc, avait été amené par lui au carrefour de la Table, où les attendait Monsieur le Prince. Au milieu de ce carrefour s'élevait, sur une estrade, un édifice de verdure , au milieu duquel une magnifique corbeille d'argent contenait la collation. Après le repas et le concert, on vit passer le cerf dans l'une des allées, et la chasse commença.

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veille du Labyrinthe* ne soient encore de leur invention? J'en juge par le mouvement qu'ils se donnent, et par l'air content dont ils s'applaudissent sur tout le succès. Si je me trompe, et qu'ils n'aient contribué en rien à cette fête si superbe, si galante, si longtemps soutenue, et où un seul a suffi pour le projet et pour la dépense, j'admire deux choses : la tranquillité et le flegme de celui qui a tout remué, comme l'embarras et l'action de ceux qui n'ont rien fait. (éd. 4-)

49» Les connoisseurs , ou ceux qui se croyant tels^, se donnent voix délibérative et décisive sur les spectacles , se cantonnent aussi , et se divisent en des partis contraires , dont chacun , poussé par un tout autre intérêt que par celui du public ou de l'équité, admire un certain poëme ou une certaine musique, et siffle tout autre'. Ils nuisent également , par cette chaleur à défendre leurs préventions , et à la faction opposée et à leur propre cabale; ils découragent par mille contradictions les poëtes et les musiciens , retardent le progrès des sciences et des arts , en leur ôtant le fruit qu'ils pourroient tirer de l'émulation et de la liberté qu'auroient plusieurs ex-

1. Collation très-ingénieuse, donnée dans le Labyrinthe de Chantilly. ( Note de la Bruyère.) — La collation dans le Labyrinthe eut lieu le 29 août. Voyez à la Bibliothèque impériale, placé à sa date dans la Collection des dessins sur Phistoire de France^ le Dessin de la collation qui fut donnée à Monseigneur par M. le prince de Coudé dans le milieu du Labjrintlie a Chantilly. Ce dessin, gravé par Dolivart, est de Berain.

2. Dans les éditions Set 9 : se croient tels. — Nous adoptons le texte des éditions précédentes : la construction de la phrase, abstraction faite du sens , peut sembler meilleure dans les 8^ et 9® éditions ; mais comme, à s'en tenir au sens, la première leçon nous paraît préférable, nous nous permettons d'attribuer la variante à l'imprimeur.

3. Les éditions 8 et 9 ont seules : « toute autre, » au féminin.

cellents maîtres de faire, chacun dans leur genre et selon leur génie, de très-beaux ouvrages, (éd. 4.)

D'où vient que Ton rit si librement au théâtre , et 5o. que Ton a honte d'y pleurer? Est-il moins dans la nature de s'attendrir sur le pitoyable que d'éclater sur le ridicule? Est-ce l'altération des traits qui nous retient? Elle est plus grande dans un ris immodéré que dans la plus amère douleur, et l'on détourne son visage pour rire comme pour pleurer en la présence des grands et de tous ceux que l'on respecte. Est-ce une peine que Ton sent à laisser voir que l'on est tendre , et à marquer quelque foiblesse , surtout en un sujet faux, et dont il semble que l'on soit la dupe? Mais sans citer les personnes graves ou les esprits forts qui trouvent du foible dans un ris excessif comme dans les pleurs , et qui se les défendent* également, qu'attend -on d'une scène tragique? qu'elle fasse rire? Et d'ailleurs la vérité n'y règne-t-elle pas aussi vivement par ses images que dans le comique? l'âme ne va-t-elle pas jusqu'au vrai dans l'un et l'autre genre avant que de s'émouvoir? est-elle même si aisée à contenter? ne lui faut- il pas encore le vraisemblable? Comme donc ce n'est point une chose bizarre d'entendre s'élever de tout un amphithéâtre un ris universel sur quelque endroit d'une comédie , et que cela suppose au contraire qu'il est plaisant et très-naïvement exécuté, aussi l'extrême violence que chacun se fait à contraindre ses larmes , et le mauvais ris dont on veut les couvrir prouvent clairement que reifet naturel du grand tragique seroit de pleurer tous franchement et de concert à la vue l'un de l'autre , et sans autre embarras que d'essuyer ses larmes, outre qu'après être con-

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