‹ Œuvres de La Bruyère (volume 3)Chapitre 193 sur 373 · I. Var. (édit. 4 et 5) : et se les défendent · texte numérisé non relu

I. Var. (édit. 4 et 5) : et se les défendent

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yenu de s'y abandonner, on éprouveroit encore qu'il y a souvent moins lieu de craindre de pleurer au théâtre que de s'y morfondre, (éd. 4-)

5 1 , Le poëme tragique vous serre le cœur dès son commencement , vous laisse à peine dans tout son progrès la liberté de respirer et le temps de vous remettre, ou s'il vous donne quelque relâche , c'est pour vous replonger dans de nouveaux abîmes et dans de nouvelles alarmes. Il vous conduit à la terreur par la pitié, ou réciproquement à la pitié par le terrible , vous mène par les larmes, par les sanglots, par l'incertitude, par l'espérance, par la crainte, par les surprises et par Thorreur jusqu'à la catastrophe. Ce n'est donc pas un tissu de jolis sentiments, de déclarations tendres, d'entretiens galants, de portraits agréables, de mots doucereux , ou quelquefois assez plaisants pour faire rire, suivi à la vérité d'une dernière scène où les mutins n'entendent aucune raison*, et où, pour la bienséance, il y a enfin du sang répandu, et quelque malheureux à qui il en coûte la vie. (éd. 6.)

Sa, Ce n'est point assez que les mœurs du théâtre ne soient point mauvaises , il faut encore qu'elles soient décentes et instructives. Il peut y avoir un ridicule si bas et si grossier, ou même si fade et si indifférent , qu'il n'est ni permis au poëte d'y faire attention , ni possible aux spectateurs de s'en divertir. Le paysan ou l'ivrogne fournit quelques scènes à un farceur; il n'entre qu'à peine dans le vrai comique : comment pourroit-il faire le fond ou l'action principale de la comédie? « Ces carac-

I . Sédition , dénouement vulgaire des tragédies. {Note de la Brujfère.) — Voyez, par exemple, dans les tragédies de Quiuault, la Mort de CjruSj Agrippa, ^strate, Pausanias. — Le mot mutins est en italique dans les éditions 6 et 7.

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tères, dit-on, sont naturels. >> Ainsi, par cette règle, on occupera bientôt tout ranipbilhéàtre d'un laquais qui siffle, d'un malade dans sa garde-robe, d'un bomme ivre qui dort ou qui vomit : y a-t-il rien de plus naturel ? C'est le propre d'un eiTéminé de se lever tard , de passer une partie du jour à sa toilette , de se voir au miroir, de se parfumer, de se mettre des moucbes, de recevoir des billets et d'y faire réponse. Mettez ce rôle sur la scène*. Plus longtemps vous le ferez durer, un acte, deux actes , plus il sera naturel et conforme à son original; mais plus aussi il sera froid et insipide, (éd. 5.)

Il semble que le roman et la comédie pourroient être 53. aussi utiles qu'ils sont nuisibles. L'on y voit de si grands exemples de constance, de vertu, de tendresse et de désintéressement , de si beaux et de si parfaits caractères, que quand une jeune personne jette de là sa vue sur tout ce qui l'entoure, ne trouvant que des sujets indignes et fort au-dessous de ce qu'elle vient d'admirer, je m'étonne qu'elle soit capable pour eux de la moindre foiblesse.

Corneille ne peut être égalé dans les endroits où il 54. excelle : il a pour lors un caractère original et inimitable; mais il est inégal. Ses premières comédies sont sècbes, languissantes, et ne laissoient pas espérer qu'il

I. Il est difficile de dire en quelle mesure les critiques qui précèdent atteignaient Molière. Argan n'est pas tout à fait un malade dans sa garde-robe ; l'ivrognerie de Sganarelle ne se montre que discrètement, et si Molière a souvent mis en scène des paysans , du moins n'a-t-il point fait d'un paysan le personnage principal d'une comédie : le bûcheron Sganarelle, qui a su le rudiment, n'est pas un vrai paysan. Mais l'alinéa se termine par une allusion très-évidente à une comédie de l'acteur Baron, à l'adresse duquel, au surplus, il est peut-être entièrement écrit. Le rôle dont il s'agit est celui qu'il avait mis sur la scène dans sa comédie L'Homme à bonnes fortunes, pièce où il avait pris plaisir à se peindre lui-même, et qui fut représentée en i686.

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dût ensuite aller si loin ; comme ses dernières font qu'on s'étonne qu'il ait pu tomber de si haut. Dans quelques-unes de ses meilleures pièces*, il y a des fautes inexcusables contre les mœurs ^, un stvle de déclamateur qui arrête Faction et la fait languir, des négligences dans les vers et dans l'expression qu'on ne peut comprendre en un si grand homme. Ce qu'il y a eu en lui de plus éminent, c'est l'esprit, qu'il avoit sublime, auquel il a été redevable de certains vers, les plus heureux qu'on ait jamais lus' ailleurs, de la conduite de son théâtre, qu'il a quelquefois hasardée contre les règles* des anciens, et enfin de ses dénouements; car il ne s'est pas toujours assujetti au goût des Grecs et à leur grande simplicité : il a aimé au contraire à charger la scène d'événements dont il est presque toujours sorti avec succès; admirable surtout par l'extrême variété et le peu de rapport qui se trouve pour le dessein entre un si giand nombre de poëmes qu'il a composés. Il semble qu'il y ait plus de ressemblance dans ceux de Racine, et qui tendent^

1. Var. (édil. 1-3) ; Ses premières comédies sont sèclies, languissantes, et ne laissoient pas espérer qu'il dût jam;ùs ensuite aller si loin. Dans quelques-unes de ses meilleures pièces, etc. — Par le mot comédies^ il faut entendre aussi bien les tragédies que les comédies de Corneille.

2. Baillet, dans les Jugements des savants sur les principaux ouvrages des auteurs (tome V, p. 33o et suivantes, édition de lySî), répète après Nicole que les comédies de Corneille, bien qu'il soit « le plus modeste et le plus retenu » de tous nos poètes comiques, sont souvent contraires à la monile. Ce n'est pas là, bien entendu, ce que veut dire la Bruyère. Il s'agit ici des mœurs et des habitudes qui appartiennent à telle époque, à telle nation, etc.

3. Le participe lu est sans accord dans toutes les éditions du dixseptième siècle.

4. Dans les éditions i et 2 : « hasardée et contre les règles. »

5. Tel est le texte de toutes les éditions qu'a données la Bruyère. Peut-être faut-il lire : « et qu'ils tendent. » Voyez cependant le Lexique, au mot Qui.

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lin peu plus à une même chose; mais il est égal, soutenu, toujours le même partout, soit pour le dessein et la conduite de ses pièces , qui sont justes , régulières, prises dans le bon sens et dans la nature, soit pour la versification*, qui est correcte, riche dans ses rimes, élégante, nombreuse, harmonieuse : exact imitateur des anciens, dont il a suivi scrupuleusement la netteté et la simplicité de l'action ; à qui le grand et le merveilleux n'ont pas même manqué , ainsi qu'à Corneille ni le touchant ni le pathétique. Quelle plus grande tendresse que celle qui est répandue dans tout le Cid^ dans Poljeucte et dans les Horaces'^7 Quelle grandeur ne se remarque point en Mithridate, en Porus et en Burrhus* ? Ces passions encore favorites des anciens, que les tragiques aimoient à exciter sur les théâtres , et qu'on nomme la terreur et la pitié, ont été connues de ces deux poëtes. Oreste, dans V Aiidromaque de Racine, et Phèdre du même auteur, comme VOEdipe et les Horaces''

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