Var. (édit. 5) : des choses si rares et si précieuses
2. A^AR. (édit. 1-4) : Tu te trompes si, etc. — Cet alinéa et le suivant faisaient partie dans les quatre premières éditions du chapitre des Biens de fortune. C'est lorsqu'il les a placés à la suite de l'alinéa précédent, dans la 5^ édition, que l'auteur a introduit ici le nom de Philémon.
3. « Plus d'esprit et plus de naissance, » daus les trois premières éditions.
4. La Bruyère avait d'abord écrit, ici et aXWeuv&yd' Hollande ; à la 2« édition il lit imprimer de Hollande.
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maroquin, la calotte de même, d'un beau grain, un collet bien fait et bien empesé, les cheveux arrangés et le teint vermeil, qui avec cela se souvient de quelques distinctions métaphysiques, explique ce que c'est que la lumière de gloire, et sait précisément comment Ton voit Dieu*, cela s'appelle un docteur. Une personne humble, qui est ensevelie^ dans le cabinet, qui a médité, cherché, consulté, confronté, lu ou écrit pendant toute sa vie, est un homme docte.
Chez nous le soldat est brave, et l'homme de robe tiij, est savant; nous n'allons pas plus loin. Chez les Romains l'homme de robe étoit brave , et le soldat étoit savant : un Romain étoit tout ensemble et le soldat et l'homme de robe.
Il semble que le héros est d'un seul métier, qui est 3o. celui de la guerre, et que le grand homme est de tous les métiers, ou de la robe, ou de l'épée, ou du cabinet, ou de la cour : l'un et l'autre mis ensemble ne pèsent pas un homme de bien.
Dans la guerre, la distinction entre le héros et le 3i grand homme est délicate : toutes les vertus militaires font l'un et l'autre. Il semble néanmoins que le premier soit jeune, entreprenant, d'une haute valeur, ferme dans les périls , intrépide ; que l'autre excelle par un grand
I. « Les théologiens appellent ce lumière de gloire», lumen glor'ix, un secours que Dieu donne aux âmes des bienheureux, pour les fortifier, afin qu'elles puissent voir Dieu face à face, comme dit saint Paul, ou intuitivement, comme on parle dans l'école; car sans ce secours elles ne pourroient soutenir la présence immédiate de Dieu. » [Dictionnaire de Trévoux , au mot Lumière.)
a. Les cinq premières éditions ont enseveli^ au masculin. Voyez le Lexique.
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sens, par une vaste prévoyance, par une haute capacité, et par une longue expérience*. Peut-être qu'ALEXAiNORE n étoit qu un héros, et que César étoit un grand homme.
►2, jErnilc"^ étoit né ce que les plus grands hommes ne deviennent qu'à force de règles, de méditation et d'exercice. Il n'a eu dans ses premières années qu'à remplir des talents qui étoient naturels, et qu'à se livrer à son génie. Il a fait, il a agi, avant que de savoir, ou plutôt il a su ce qu'il n'avoit jamais apprise Dirai-je que les jeux de son enfance ont été plusieurs victoires? Une vie accompagnée d'un extrême bonheur joint à une longue expérience seroit illustre parles seules actions qu'il avoit achevées dès sa jeunesse ^ . Toutes les occasions de vaincre qui se sont depuis offertes, il les a embrassées; et celles qui n'étoient pas, sa vertu et son étoile les ont fait naître : admirable même et par les choses qu'il a faites , et par celles qu'il auroit pu faire. On Ta regardé comme un homme incapable de céder à l'ennemi, de pher sous le
1. Var. (édit. 1-5) : par un grand sens, une vaste prévoyance, une haute capacité, et une longue expérience.
2. Le grand Coudé. Ce caractère parut en ifigsi; on y retrouve l'imitation de plusieurs traits de l'oraison funèbre de Coudé, que Bossuet prouonça en 1687.
3. Voiture avait déjà dit dans une lettre qu'il avait adressée en i643 au prince de Condé, alors duc d'Engliien, au sujet de la bataille de Rocroy : « Vous avez fait voir que l'expérience n'est nécessaire qu'aux âmes ordinaires , que la vertu des héros vient par d'autres chemins, qu'elle ne monte pas par degrés, et que les ouvrages du ciel sont en leur perfection dès leurs commencements. » (Lettres de Voiture, p. 3oo, édition de 1662.) — Condé avait vingt-deux ans lorsqu'il gagna la bataille de Rocroy (i643), bientôt suivie de la victoire de Fribourg (1644), de celle de Nordlingen (i645) et de celle de Lens (1648).
4. (c C'en sevoit assez pour illustrer une autre vie que la sienne ; mais pour lui c'est le premier pas de sa course. » (Bossuet, Ora funèbre du prince de Condé.)
ison
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nombre ou sous les obstacles ; comme une âme du premier ordre, pleine de ressources et de lumières, et qui voyoit encore où personne ne voyoit plus ; comme celui qui, à la tête des légions, étoit pour elles un présage de la victoire, et qui valoit seul plusieurs légions; qui étoit grand dans la prospérité, plus grand quand la fortune lui a été contraire (la levée d'un siège, une retraite, l'ont plus ennobli* que ses triomphes ; l'on ne met qu'après les batailles gagnées et les villes prises) ; qui étoit rempli de gloire et de modestie; on lui a entendu dire : Je fuyois, avec la même grâce qu'il disoit : Nous les battiities ; un homme dévoué à l'Etat, à sa famille, au chef de sa famille; sincère pour Dieu et pour les hommes, autant admirateur du mérite que s'il lui eût été moins propre et moins familier; un homme vrai, simple, magnanime, à qui il n'a manqué que les moindres vertus, (éd. 7.)
Les enfants des Dieux ^, pour ainsi dire, se tirent des 33.
1. Toutes les éditions du dix-septième siècle, qui plus haut (p. 147, ligne 17) portent ennoblir, donnent ici, et plus loin (p. 186, ligne 26), annobli. — La Bruyère fait allusion au siège malheureux de Lérida (1647), "î^^ Condé fut obligé de lever. Bossuet avait dit en parlant de la même retraite : « Tout paroissoit sûr sous la conduite du duc d'Enghien ; et sans vouloir ici achever le jour à vous marquer seulement ses autres exploits, vous savez, parmi tant de fortes places attaquées, qu'il n'y en eut qu'une seule qui put échapper ses mains ; encore releva-t-elle la gloire du prince. L'Europe, qui admiroit la divine ardeur dont il éloit animé dans les combats, s'étonna qu'il en fût le maitre, et dès l'âge de vingt-six ans, aussi capable de ménager ses troupes que de les pousser dans les hasards, et de céder à la fortune que de la faire servir à ses desseins. » {Oraison funèbre du prince de Condc, édition originale, 1687, p. i5.)
2. Fils, petit-fils, issus de rois. [Note de la Bruyère.) — Le compliment s'adresse donc à tous les membres de la famille royale, à tous les princes du sang. Cette flatterie n'est que la répétition, sous une forme nouvelle, de la phrase qui commence le portrait d'Emile, mais cette fois les fils et petit-uls du graud Condé en prennent leur
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règles de la nature, et en sont comme Texception. Ils n'attendent presque rien du temps et des années. Le mérite chez eux devance Tâge. Ils naissent instruits, et ils sont plus tôt des hommes parfaits que le commun des hommes ne sort de l'enfance.
34. Les vues courtes, je veux dire les esprits bornés et resserrés dans leur petite sphère, ne peuvent comprendre cette universalité de talents que Ton remarque quelquefois dans un même sujet : où ils voient Fagréable, ils en excluent le solide; où ils croient découvrir les grâces du corps, l'agilité, la souplesse, la dextérité, ils ne veulent plus y admettre les dons de l'âme , la profondeur, la réflexion, la sagesse : ils ôtent de l'histoire de Socrate qu'il ait dansé, (éd. 5.)
part. — Dans la lettre que nous avons citée plus haut, p. 162, note 3, Voiture écrit encore : « Vous vérifiez bien, Monseigneur, ce qui a été dit autrefois, que la vertu vient aux Césars devant le temps, a rappelant sans doute ces vers de VJrt d'aimer d'Ovide (livre I, vers i83 et 184):
Parcîte natales, tîmïd'i, numerare Deorum : Cœsarïbus virtus contigït ante diem.
la même pensée se retrouve dans les vers que Gomberville adresse en 1646 au jeune Roi, en tête de la Doctrine des mœurs tirée de la philosophie des stoîques :
Montre qu'étant du sang des Dieux , Tu n'es point sujet à l'enfance.
La Bruyère s'est souvenu à son tour de l'adage latin ; mais que ne s'estil souvenu aussi de la phrase de Mascarille, dans les Précieuses ridicules; 0 Les gens de qualité savent tout sans avoir jamais rien appris ! » Plus tard, l'abbé de Choisy répétera dans ses Mémoires (livre VIII, p. 873, collection Petitot) l'hyperbole de la Bruyère, mais il la répétera en souriant : «Le prince de Conti eut le commandement de l'armée de Catalogne, quoiqu'il n'eût jamais servi. Les enfants des rois, comme ceux des Dieux, naissent instruits de tout. » — La Bruyère avait d'abord écrit cette réflexion dans le chapitre des Jugements; dans la seconde édition, il l'a transportée à la place qu'elle occupe.
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II n'y a guère d'homme si accompli et si nécessaire 35. anx siens, qu'il n'ait de quoi se faire moins regretter.
Un homme d'esprit et d'un caractère simple et droit 36. peut tomber dans quelque piège ; il ne pense pas que personne veuille lui en dresser, et le choisir pour être sa dupe : cette confiance le rend moins précautionné, et les mauvais plaisants l'entament par cet endroit. Il n'y a qu'à perdre pour ceux qui en viendroient à une seconde charge : il n'est trompé qu'une fois.
J'éviterai avec soin d'offenser personne, si je suis équitable; mais sur toutes choses un homme d'esprit, si j'aime le moins du monde mes intérêts.
Il n'y a rien de si délié, de si simple et de si impercep- 37. tible, où il n'entre des manières qui nous décèlent. Un sot ni n'entre, ni ne sort, ni ne s'assied, ni ne se lève, ni ne se tait, ni n'est sur ses jambes, comme un homme d'esprit.
Je connois Mopse d'une visite qu'il m'a rendue sans 38, me connoître ; il prie des gens qu'il ne connoît point de le mener chez d'autres dont il n'est pas connu ; il écrit à des femmes qu'il connoît de vue. Il s'insinue dans un cercle de personnes respectables, et qui ne savent quel il est, et là, sans attendre qu'on l'interroge, ni sans sentir qu'il interrompt, il parle, et souvent, et ridiculement. Il entre une autre fois dans une assemblée, se place où il se trouve, sans nulle attention aux autres, ni à soimême; on l'ôte d'une place destinée à un ministre, il s'assied à celle du duc et pair; il est là précisément celui dont la multitude rit, et qui seul est grave et ne rit point. Chassez un chien du fauteuil du Roi, il grimpe à la chaire du prédicateur; il regarde le monde indifféremment,
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sans embarras, sans pudeur; il n'a pas, non plus que le sot, de quoi rougir, (éd. 5.)
39. Celse est d'un rang médiocre, mais des grands le souffrent; il n'est pas savant, il a relation avec des savants ; il a peu de mérite, mais il connoît des gens qui en ont beaucoup; il n'est pas habile, mais il a une langue qui peut servir de truchement, et des pieds qui peuvent le porter d'un lieu à un autre. C'est un homme né pour les allées et venues, pour écouter des propositions et les rapporter , pour en faire d'office , pour aller plus loin que sa commission et en être désavoué, pour réconcilier des gens qui se querellent à leur première entrevue; pour réussir dans une affaire et en manquer mille , pour se donner toute la gloire de la réussite, et pour détourner sur les autres la haine d'un mauvais succès. Il sait les bruits communs, les historiettes de la ville; il ne fait rien, il dit ou il écoute ce que les autres font, il est nouvelliste; il sait même le secret des familles: il entre dans de plus hauts mystères : il vous dit pourquoi celui-ci est exilé, et pourquoi on rappelle cet autre; il connoit le fond et les causes de la brouillerie des deux frères*, et de la rupture des deux ministres^. N'a-t-il pas prédit aux premiers les tristes suites de leur mésintelligence? N'a-t-il pas dit de ceux-ci que leur union ne seroit pas longue ?
1. Allusion, si l'on en croit les clefs, à une brouillerie qui survint entre Claude le Pelletier, contrôleur général des finances de i683 à 1689, et l'un de ses frères.
2. La France devait-elle favoriser les tentatives du roi Jacques II, et l'aider à remonter sur le trône d'Angleterre? Louvois et Seignelay ne s'entendaient pas sur ce point. Le second voulait que Louis XIV envoyât des troupes eu Irlande, et le premier conseillait de ne point faire la guerre. Seignelay l'emporta, et l'expédition qui se termina parla défaite de la Boyne (10 juillet 1(190) fut décidée. C'est, dit-on, à cette querelle des deux ministres qu'il est fait allusion.