I. Fausse dévote [Note de la Bruyère
DES FEMMES. i85
jalousies, de leurs haines et de leurs amours; il les fait rompre avec leurs galants •, il les brouille et les réconcilie avec leurs maris , et il profite des interrègnes. 11 prend soin de leurs affaires, sollicite leurs procès, et voit leurs juges; il leur donne son médecin, son marchand, ses ouvriers; il s'ingère de les loger, de les meubler, et il ordonne de leur équipage*. On le voit avec elles dans leurs carrosses, dans les rues d'une ville et aux promenades, ainsi que dans leur banc à un sermon, et dans leur loge à la comédie; il fait avec elles les mêmes visites; il les accompagne au bain, aux eaux, dans les voyages; il a le plus commode appartement chez elles à la campagne. Il vieillit sans déchoir de son autorité : un peu d'esprit et beaucoup de temps à perdre lui suffit pour la conserver; les enfants, les héritiers, la bru, la nièce, les domestiques, tout en dépend. Il a commencé par se faire estimer; il finit par se faire craindre. Cet ami si ancien, si nécessaire, meurt sans qu'on le pleure; et dix femmes dont il étoit le tyran héritent par sa mort de la liberté, (éd. 4-)
Quelques femmes ont voulu cacher leur conduite sous 46les dehors de la modestie ; et tout ce que chacune a pu gagner par une continuelle affectation, et qui ne s'est jamais démentie, a été de faire dire de soi : On l'auroit prise pour une uestale, (éd. 5.)
C'est dans les femmes une violente preuve^ d'une 47 réputation bien nette et bien établie, quelle ne soit pas même effleurée par la familiarité de quelques-unes qui ne leur ressemblent point ^ ; et qu'avec toute la pente qu'on