‹ Œuvres de La Bruyère (volume 3)Chapitre 245 sur 373 · Var. (édit. 7) : ou des comparaisons si odieuses · texte numérisé non relu

Var. (édit. 7) : ou des comparaisons si odieuses

La Bruyère, i i5

pertinents que ceux qui vous arrêtent seulement pour vous ennuyer: ils sont peut-être moins incommodes, (éd. 4')

27- Parler et offenser, pour de certaines gens, est précisément la même chose. Ils sont piquants et amers ; leur style est mêlé de fiel et d'absinthe : la raillerie, l'injure, l'insulte leur découlent des lèvres comme leur salive. Il leur seroit utile d'être nés muets ou stupides : ce qu'ils ont de vivacité et d'esprit leur nuit davantage que ne fait à quelques autres leur sottise. Ils ne se contentent pas toujours de répliquer avec aigreur, ils attaquent souvent avec insolence ; ils frappent sur tout ce qui se trouve sous leur langue, sur les présents , sur les absents ; ils heurtent de front et de côté, comme des béliers : demande-t-on à des béliers qu'ils n'aient pas de cornes ? De même n'espère-t-on pas de réformer par cette peinture des naturels si durs, si farouches, si indociles. Ce que l'on peut faire de mieux, d'aussi loin qu'on les découvre, est de les fuir de toute sa force et sans regarder derrière soi * . (éd. 5.)

28. Il y a des gens d'une certaine étoffe ou d'un certain caractère avec qui il ne faut jamais se commettre, de qui l'on ne doit se plaindre que le moins qu'il est possible, contre qui il n'est pas même permis d'avoir raison, (éd . 5 .)

29. Entre deux personnes qui ont eu ensemble une violente querelle, dont l'un a raison et l'autre ne l'a pas, ce que la plupart de ceux qui y ont assisté ne manquent jamais de

X . La Bruyère a imité ce trait de Théophraste et emprunté les derniers mots de la phrase à sa propre traduction. Aussi lorsqu'il publia cette réflexion, qui a paru pour la première fois en 1690, pritil soin d'effacer dans sa traduction les mots qu'il trajisportait ici. Voyez ci-dessus les Caractères de Théophraste, p. 40, note 9.

faire, ou pour se dispenser de juger, ou par un tempérament qui m'a toujours paru hors de sa place, c'est de condamner tous les deux : leçon importante, motif pressant et indispensable de fuir à l'orient quand le fat est à l'occident, pour éviter de partager avec lui le même tort*. (ÉD. 5.)

Je n'aime pas un homme que je ne puis aborder le 3o. premier^, ni saluer avant qu'il me salue, sans m'avilir à ses yeux, et sans tremper dans la bonne opinion qu'il a de lui-même. Montagne diroit* : Je i^eux açoir mes coudées franches^ etestre courtois et affable à mon points sans remords ne conséquence'^ , Je ne puis du tout estriver contre mon penchant^ ^ et aller^ au rebours de mon naturel^ qui niemmeine vers celuy que je trouve a ma rencontre. Quand il m'est égal., et qu il ne ni est point ennemy., j'anticipe sur son accueil'' , je le questionne sur sa disposition et santé., je luj fais offre de mes offices sans tant marchander sur le plus ou sur le moins ^ ne estre^ comme disent aucuns., sur le qui vive. Celuy -la me

1. La 9^ édition donne : « le même ton, n faute d'impression qu'a reproduite la 10^. Dans les Sentiments critiques sur les Caractères (p. 226 et 227), Brillon a déclaré cette phrase inintelligible, et dans V Apologie de M. de la Bruyère (p. 146 et i47), il a tenté de la défendre, ne s'étant pas aperçu qu'elle était altérée dans l'édition qu'il avait sous les yeux.

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