‹ Œuvres de La Bruyère (volume 3)Chapitre 255 sur 373 · Philosophe et poëte tragique. [A^ote de la Bruyère · texte numérisé non relu

Philosophe et poëte tragique. [A^ote de la Bruyère

2. Var. (édit. 1-6) : qui inspire ordinairement le ton dogmatique.

3< ((Le secret, avait dit Mlle de Scudéry en traçant les règles de la conversation, est de parler toujours noblement des choses basses, assez simplement des choses élevées, et fort galamment des choses galantes, sans empressement, sans affectation. » (^Conversations sur divers sujets, de la Conversation, édition de 1680, Paris, CL Barbin, tome I, p. 39.)

^8, Il me semble que l'on dit les choses encore plus finement qu'on ne peut les écrire.

^g. Il n'y a guère qu'une naissance honnête, ou qu'une bonne éducation, qui rendent* les hommes capables de secret.

80. Toute confiance est dangereuse si elle n'est entière : il y a peu de conjonctures où il ne faille tout dire ou tout cacher. On a déjà trop dit de son secret à celui à qui l'on croit devoir en dérober une circonstance, (éd. 4-)

81. Des gens vous promettent le secret, et ils le révèlent eux-mêmes, et à leur insu; ils ne remuent pas les lèvres, et on les entend ; on lit sur leur front et dans leurs yeux, on voit au travers de leur poitrine, ils sont transparents. D'autres ne disent pas précisément une chose qui leur a été confiée ; mais ils parlent et agissent de manière qu'on la découvre de soi-même. Enfin quelques-uns méprisent votre secret, de quelque conséquence qu'il puisse être : Cest un mystère^ un tel ni en a fait part^ et ma défendu de le dire ; et ils le disent^, (éd. 5.)

Toute révélation d'un secret est la faute de celui qui Ta confiée (éd. 8.)

82. Nicandre s'entretient avec Elise de la manière douce et complaisante dont il a vécu avec sa femme, depuis le jour qu'il en fit le choix jusques à sa mort; il a déjà dit

1. Var. (édit. 1-8) : ou une bonne éducation, qui rende. — Dans les trois premières éditions, cette réflexion est placée au chapitre de V Homme.

2. Dans les éditions S-j cette réflexion est placée au chapitre des Grands.

3. Œ Celui qui révèle son secret à un ami indiscret est plus indiscret que l'indiscret même. » (Mlle de Scudéry, Nomclles conversations de morale^ de la Confiance, 1688, tome II, p. 760.)

qu'il regrette qu'elle ne lui ait pas laissé des enfants, et il le répèle; il parle des maisons qu'il a à la ville, et bientôt d'une terre qu'il a à la campagne : il calcule le revenu qu'elle lui rapporte , il fait le plan des bâtiments, en décrit la situation, exagère la commodité des appartements, ainsi que la richesse et la propreté des meubles \ il assure qu'il aime la bonne chère, les équipages; il se plaint que sa femme n'aimoit point assez le jeu et la société. «Vous êtes si riche, lui disoit l'un de ses amis, que n' achetez vous cette charge ? pourquoi ne pas faire cette acquisition quiétendroit votre domaine? On me croit, ajoute-t-il, plus de bien que je n'en possède. » Il n'oublie pas sou extraction et ses alliances : Monsieur le Surintendant ^ qui est mon cousin; Madame la Chancelière, qui est ma parente; voilà son style. Il raconte un fait qui prouve le mécontentement qu'il doit avoir de ses plus proches, et de ceux même qui sont ses héritiers : « Ai-je tort? dit-il à Elise ; ai-je grand sujet de leur vouloir du bien ? » et il l'en fait juge. Il insinue ensuite qu'il a une santé foible et languissante, et il parle de la cave* où il doit être enterré. Il est insinuant, flatteur, officieux à l'égard de tous ceux qu'il trouve auprès de la personne à qui il aspire. Mais Elise n'a pas le courage d'être riche en l'épousant. On annonce, au moment qu'il parle, un cavalier, qui de sa seule présence démonte la batterie de l'homme de ville : il se lève déconcerté et chagrin, et va dire ailleurs qu'il veut se remarier, (éd. 5.)

Le sage quelquefois évite le monde, de peur d'être 83» ennuyé ^ .

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