‹ Œuvres de La Bruyère (volume 3)Chapitre 256 sur 373 · Cave^ caveau · texte numérisé non relu

Cave^ caveau

2. Dans les trois premières éditions cette réflexion est placée au chapitre du Mérite personnel.

1 . Un homme fort riche peut manger des entremets, faire peindre ses lambris et ses alcôves, jouir d'un palais à la campagne et d'un autre à la ville, avoir un grand équipage, mettre un duc dans sa famille, et faire de son fils un grand seigneur : cela est juste et de son ressort \ mais il appartient peut-être à d'autres de vivre contents.

2. Une grande naissance ou une grande fortune annonce le mérite, et le fait plus tôt remarquer.

3. Ce qui disculpe le fat ambitieux de son ambition est le soin que Ton prend, s'il a fait une grande fortune, de lui trouver un mérite qu'il n'a jamais eu, et aussi grand qu'il croit l'avoir, (éd. 4-)

4. A mesure que la faveur et les grands biens se retirent d'un homme, ils laissent voir en lui le ridicule qu'ils couvroient, et qui y étoit sans que personne s'en aperçût.

5. Si l'on ne le voyoit de ses yeux, pourroit-on jamais s'imaginer l'étrange disproportion que le plus ou le moins de pièces de monnoie met entre les hommes ?

Ce plus ou ce moins détermine à l'épée, à la robe, ou à l'Eglise : il n'y a presque point d autre vocation,

6. Deux marchands étoient voisins et faisoient le même commerce, qui ont eu dans la suite une fortune toute différente. Ils avoient chacun une fille unique ; elles ont été nourries ensemble, et ont vécu dans cette familiarité que

donnent un mcme âge et une même condition : l'une des deux, pour se tirer d'une extrême misère, cherche à se placer; elle entre au service d'une fort grande dame et l'une des premières de la cour, chez sa compagne.

Si le financier manque son coup, les courtisans disent 7. de lui : « C'est un bourgeois, un homme de rien, un malotru ', >> s'il réussit, ils lui demandent sa fille, (éd. 7.)

Quelques-uns ont fait dans leur jeunesse l'apprentis- 8. sage d'un certain métier, pour en exercer un autre, et fort différent, le reste de leur vie *. (éd. 6.)

Un homme est laid, de petite taille, et a peu d'esprit. 9. L'on me dit à l'oreille : « Il a cinquante mille livres de rente. » Cela le concerne tout seul, et il ne m'en fera jamais ni pis ni mieux ; si je commence à le regarder avec d'autres yeux, et si je ne suis pas maître de faire autrement, quelle sottise !

Un proj et assez vain seroit de vouloir tourner un homme i o . fort sot et fort riche ^ en ridicule ; les rieurs sont de son côté. (ÉD. 4-)

N**, avec un portier rustre, farouche, tirant sur le 11. Suisse, avec un vestibule et une antichambre', pour peu qu'il y fasse languir quelqu'un et se morfondre, qu'il paroisse enfin avec une mine grave et une démarche mesurée, qu'il écoute un peu et ne reconduise point : quelque subalterne qu'il soit d'ailleurs, il fera sentir de lui-

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