‹ Œuvres de La Bruyère (volume 3)Chapitre 257 sur 373 · Var. (édit. 4 et 5) : et un antichambre · texte numérisé non relu

Var. (édit. 4 et 5) : et un antichambre

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même quelque chose qui approche de la considération.

12. Je vais, Clitiphon, à votre porte ; le besoin que j'ai de vous me chasse de mon lit et de ma chambre : plût aux Dieux que je ne fusse ni votre client ni votre fâcheux ! Vos esclaves me disent que vous êtes enfermé, et que vous ne pouvez m' écouter que d'une heure entière. Je reviens avant le temps qu ils m'ont marqué, et ils me disent que vous êtes sorti. Que faites-vous, Clitiphon, dans cet endroit le plus reculé de votre appartement, de si laborieux , qui vous empêche de m'entendre ? Vous enfilez quelques mémoires, vous coUationnez un registre, vous signez, vous parafez. Je n'avois qu'une chose à vous demander, et vous n'aviez qu'un mot à me répondre, oui, ou non. Voulez-vous être rare? Rendez service à ceux qui dépendent de vous ; vous le serez davantage par cette conduite que par ne vous pas laisser voir. O homme important et chargé d'affaires , qui à votre tour avez besoin de mes offices, venez dans la solitude de mon cabinet : le philosophe est accessible ; je ne vous remettrai point à un autre jour. Vous me trouverez sur les livres de Platon qui traitent de la spiritualité de l'âme et de sa distinction d'avec le corps, ou la plume à la main pour calculer les distances de Saturne et de Jupiter : j'admire Dieu dans ses ouvrages, et je cherche, par la connoissance de la vérité, à régler mon esprit et devenir meilleur. Entrez, toutes les portes vous sont ouvertes ; mon antichambre n'est pas faite pour s'y ennuyer en m'attendant; passez jusqu'à moi sans me faire avertir. Vous m'apportez quelque chose de plus précieux que l'argent et l'or, si c'est une occasion de vous obliger. Parlez, que voulez-vous que je fasse pour vous? Faut-il quitter mes livres, mes études, mon ouvrage, cette ligne qui est

commencée ? Quelle interruption heureuse pour moi que celle qui \ous est utile ! Le manieur d'argent, Fhomme d'affaires est un ours qu'on ne sauroit apprivoiser*, on ne le voit dans sa loge qu'avec peine : que dis-je ? on ne le voit point ; car d'abord on ne le voit pas encore, et bientôt on ne le voit plus. L'homme de lettres au contraire est trivial comme une borne au coin des places ; il est vu de tous, et à toute heure, et en tous états, à table, au lit, nu, habillé, sain ou malade : il ne peut être important, et il ne le veut point être \ (éd. 8.)

N'envions point à une sorte de gens leurs grandes ri- i3. chesses ; ils les ont à titre onéreux, et qui ne nous accommoderoit point : ils ont mis leur repos, leur santé, leur honneur et leur conscience pour les avoir; cela est trop cher, et il n'y a rien à gagner à un tel marché.

Les P. T. S. ^ nous font sentir toutes les passions l'une i4" après l'autre : l'on commence par le mépris, à cause de leur obscurité ; on les envie ensuite, on les hait, on les craint, on les estime quelquefois, et on les respecte; l'on vit assez pour finir à leur égard par la compassion.

Sosie de la livrée ' a passé par une petite recette à 1 5 .

1. Nous avons cité dans \2i Notice biographique la critique singulière que d'Argonne a faite de ce passage.

2. Les partisans. On appelait ainsi les financiers qui prenaient à ferme les revenus du Roi.

3. Ce n'était point là une exagération. Plus d'un laquais était devenu partisan et grand seigneur à la suite, a Mme Cornuel, écrit Mme de Sévigné le 7 octobre 1676 (tome V, p. 92), étoit l'autre jour chez Berrier, dont elle est maltraitée ; elle attendoit à lui parler dans une antichambre qui étoit pleine de laquais. Il vint une espèce d'honnête homme, qui lui dit qu'elle étoit mal dans ce lieu-là : « Hé- « lasl dit-elle, j'y suis fort bien : je ne les crains point, tant qu'ils

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une sous-ferme; et par les concussions, la violence, et l'abus qu'il a fait de ses pouvoirs, il s'est enfin, sur les ruines de plusieurs familles, élevé à quelque grade. Devenu noble par une charge, il ne lui manquoit que d'être homme de bien : une place de marguillier a fait ce prodige.

I b. Arfure chemin oit seule et à pied vers le grand portique de Saint**, entendoit de loin le sermon d'un carme ou d'un docteur qu'elle ne voyoit qu'obliquement, et dont elle perdoit bien des paroles. Sa vertu étoit obscure, et sa dévotion connue comme sa personne. Son mari est entré dans le huitième denier'^ : quelle monstrueuse fortune en moins de six années ! Elle n'arrive à l'église que dans un char ; on lui porte une lourde queue ; l'orateur s'interrompt pendant qu'elle se place ; elle le voit de front, n'en perd pas une seule parole ni le moindre geste. Il y a une brigue entre les prêtres pour la confesser ; tous veulent l'absoudre, et le curé l'emporte.

1 7 . L'on porte Crésus au cimetière : de toutes ses immenses richesses, qae^ le vol et la concussion lui avoient acquises, et qu'il a épuisées par le luxe et par la bonne chère % il ne lui est pas demeuré de quoi se faire enterrer ; il est mort insolvable, sans biens, et ainsi privé de tous les se-

« sont laquais. » — Si la Bruyère a donné à son personnage le nom de Sosie, c'est « que ce nom, nous a-t-il dit plus haut (p. 87, note i), « étoit chez les Grecs un nom de valet ou d'esclave. »

1 . C'est-à-dire dans la ferme du huitième denier. On appelait de ce nom un droit établi en 1672 , pendant la guerre de Hollande : en payant le huitième denier, les acquéreurs de biens ecclésiastiques étaient confirmés dans leur possession. — Ce n'est qu'à la 6^ édition que les mots huitième denier ont été imprimés en italique.

2. Var. (édit. 1-7) ; de toutes ces immenses richesses que, etc.

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