‹ Œuvres de La Bruyère (volume 3)Chapitre 258 sur 373 · Var. (édit. i-3) : par le luxe et la bonne chère · texte numérisé non relu

Var. (édit. i-3) : par le luxe et la bonne chère

DES BIENS DE FORTUNE. ^5i

cours; Ton n'a vu chez lui ni julep, ni cordiaux, ni médecins, ni le moindre docteur qui Fait assuré de son salut.

Champagne^ au sortir d'un long dîner qui lui enfle i8. l'estomac, et dans les douces fumées d'un vin d'Avenay ou deSillery*, signe un ordre qu'on lui présente, qui ôteroit le pain à toute une province si l'on n'y remédioit. II est excusable : quel moyen de comprendre, dans la première heure de hi digestion, qu'on puisse quelque part mourir de faim ?

Sfhain^ de ses deniers a acquis de la naissance et un 19. autre nom : il est seigneur de la paroisse où ses aïeuls pay oient la taille; il n'auroit pu autrefois entrer page chez Cléobule, et il est son gendre, (éd. 4-)

Dorus passe en litière par la voie Jppienne^ précédé 20. de ses affranchis et de ses esclaves, qui détournent le peuple et font faire place ; il ne lui manque que des licteurs; il entre à Rome avec ce cortège, où il semble triompher de la bassesse et de la pauvreté de son père Sanga. (éd. 4-)

On ne peut mieux user de sa fortune que fait Pcriandre : 21 elle lui donne du rang, du crédit, de l'autorité; déjà on ne le prie plus d'accorder son amjtié, on implore sa protection. Il a commencé par dire de soi-même : un homme de ma sorte; il passe à dire : un homme de ma

1. Avenay et Sillery sont en Champagne. Le vin de Champagne, très-célèbre à cette époque, n'était pas encore le yin mousseux que l'on connaît aujourd'hui sous ce nom.

2. Dans la 4® édition, Thersite, et, trois lignes plus loin, Théramène, au lieu de Sylvain et de Cléobule.

qualité; il se donne pour tel , et il n'y a personne de ceux à qui il prête de l'argent, ou qu'il reçoit à sa table, qui est délicate, qui veuille s'y opposer. Sa demeure est superbe : un dorique règne dans tous ses dehors; ce n'est pas une porte, c'est un portique : est-ce la maison d'un particulier? est-ce un temple? le peuple s'y trompe. Il est le seigneur dominant de tout le quartier*. C'est lui que l'on envie, et dont on voudroit voir la chute ; c'est lui dont la femme, par son collier de perles, s'est fait des ennemies de toutes les dames du voisinage. Tout se soutient dans cet homme; rien encore ne se dément dans cette grandeur ^ qu'il a acquise , dont il ne doit rien, qu'il a payée. Que son père, si vieux et si caduc, n'est-il mort il y a vingt ans et avant qu'il se fit dans le monde aucune mention de Périandre ! Comment pourra-t-il soutenir ces odieuses pancartes ' qui déchiffrent les conditions, et qui souvent font rougir la veuve et les héritiers ? Les supprimera-t-il aux yeux de toute une ville jalouse, maligne, clairvoyante, et aux dépens de mille gens qui veulent absolument aller tenir leur rang à des obsèques ? Veut-on d'ailleurs qu'il fasse de son père un Noble homme ^ et peut-être un Honorable homme ^ lui qui est Me^^/re * ? (éd. 5.)

22. Combien d'hommes ressemblent à ces arbres déjà forts et avancés que l'on transplante dans les jardins, où ils

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