‹ Œuvres de La Bruyère (volume 3)Chapitre 267 sur 373 · Jean Fauconnet, fermier général des domaines de France et · texte numérisé non relu

Jean Fauconnet, fermier général des domaines de France et

loin dans la postérité que Descartes, né François et mort en Suede'^ ? (éd. 5.)

57. Du même fond d'orgueil dontl'on s'élève fièrement audessus de ses inférieurs, l'on rampe vilement devant ceux qui sont au-dessus de soi. C'est le propre de ce vice, qui n'est fondé ni sur le mérite personnel ni sur la vertu, mais sur les richesses, les postes, le crédit, et sur de vaines sciences^, de nous porter également à mépriser ceux qui ont moins que nous de cette espèce de biens, et à estimer trop ceux qui en ont une mesure qui excède la nôtre.

58. Il y a des âmes sales, pétries de boue et d'ordure, éprises du gain et de l'intérêt, comme les belles âmes le sont de la gloire et de la vertu ; capables d'une seule volupté, qui est celle d'acquérir ou de ne point perdre; curieuses et avides du denier dix ; uniquement occupées de leurs débiteurs; toujours inquiètes sur le rabais ou sur le décri des monnoies ; enfoncées et comme abîmées dans les contrats, les titres et les parchemins. De telles gens ne sont ni parents, ni amis, ni citoyens, ni chrétiens, ni peut-être des hommes : ils ont de l'argent.

09. Commençons par excepter ces âmes nobles et courageuses, s'il en reste encore sur la terre, secourables, ingénieuses à faire du bien, que nuls besoins, nulle dispropor-

autres fermes unies de 1680 à 1687, avait partagé avec des sousfermiers et des arrière-fermiers les droits qu'il avait pris à bail. Il avait réuni dans ses mains plusieurs fermes jusque-là distinctes.

1. René Descartes, né en Touraine l'an iSqG. mourut en i65o à Stockholm , où l'avait appelé la reine Christine. Ses restes furent rapportés en France en 1667.

2. Var. (édit. I et certains exemplaires de 2 ) : et de vaines sciences.

tion, nuls artifices ne peuvent séparer de ceux qu'ils se sont une fois choisis pour amis; et après cette précaution, disons hardiment une chose triste et douloureuse à imaginer : il n'y a personne au monde si bien liée* avec nous de société et de bienveillance, qui nous aime, qui nous goûte, qui nous fait mille offres de services et qui nous sert quelquefois, qui n'ait en soi, par l'attachement à son intérêt, des dispositions très-proches^ à rompre avec nous, et à devenir notre ennemi, (éd. 6.)

Pendant c^'Oronte augmente, avec ses années, son 60. fonds et ses revenus, une fille naît dans quelque famille, s'élève, croît, s'embellit, et entre dans sa seizième année. Il se fait prier à cinquante ans pour l'épouser, jeune, belle, spirituelle : cet homme sans naissance, sans esprit et sans le moindre mérite, est préféré à tous ses rivaux.

Le mariage, qui devroit être à l'homme une source de 61 . tous les biens, lui est souvent, par la disposition de sa fortune, un lourd fardeau sous lequel il succombe : c'est alors qu'une femme et des enfants sont une violente tentation à la fraude, au mensonge et aux gains illicites; il se trouve entre la friponnerie et l'indigence : étrange situation !

Épouser une veuve, en bon françois, signifie faire sa fortune; il n'opère pas toujours ce qu'il signifie, (éd. 4-)

Celui qui n'a de partage avec ses frères que pour vivre 62, à Taise bon praticien, veut être oftîcier; le simple officier se fait magistrat % et le magistrat veut présider; et ainsi

1. Liée est au féminiu dans toutes les éditions du dix-septième siècle.

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