La 78 édition a très-propres , au lieu de très-proches
3. Un praticien était un avocat, un procureur; le simple officier^
de toutes les conditions, où les hommes languissent serrés et indigents, après avoir tenté au delà de leur fortune, et forcé, pour ainsi dire, leur destinée : incapables tout à la fois de ne pas vouloir être riches et de demeurer riches.
63. Dme bien, Cléarque^ soupe le soir, mets du bois au feu, achète un manteau, tapisse ta chambre : tu n'aimes poin-t ton héritier, tu ne le connois point, tu n'en as point. (ÉD. 5.)
64. Jeune, on conserve pour sa vieillesse *, vieux, on épargne pour la mort. L'héritier prodigue paye de superbes funérailles, et dévore le reste, (éd. 5.)
65. L'avare dépense plus mort en un seul jour, qu'il ne faisoit vivant en dix années \ et son héritier plus en dix mois, qu'il n'a su faire lui-même en toute sa vie. (éd. 5.)
Ç>Q. Ce que l'on prodigue, on l'ôte à son héritier; ce que l'on épargne sordidement, on se l'ôte à soi-même. Le milieu est justice pour soi et pour les autres, (éd. 5,)
^n , Les enfants peut-être seroient plus chers à leurs pères, et réciproquement les pères à leurs enfants, sans le titre d'héritiers, (éd. 5.)
68. Triste condition de l'homme, et qui dégoûte de la vie ! il faut suer, veiller, fléchir, dépendre, pour avoir un peu de fortune, ou la devoir à l'agonie de nos proches. Celui
celui qui avait une charge, un office, dans une cour inférieure; le titre de magistrat était réservé d'ordinaire, suivant le Dictionnaire de Trévoux, aux a grands officiers, » à ceux qui tenaient a im rang distingué dans l'administration de la justice. »
qui s'empêche de souhaiter que son père y passe bientôt est homme de bien. (éd. 5.)
Le caractère de celui qui veut hériter de quelqu'un 6g, rentre dans celui du complaisant : nous ne sommes point mieux flattés, mieux obéis, plus suivis, plus entourés, plus cultivés, plus ménagés, plus caressés de personne pendant notre vie S que de celui qui croit gagner à notre mort, et qui désire qu'elle arrive, (éd. 5.)
Tous les hommes, par les postes différents, par les 70. titres et par les successions, se regardent comme héritiers les uns des autres, et cultivent par cet intérêt, pendant tout le cours de leur vie, un désir secret et enveloppé de la mort d'autrui : le plus heureux dans chaque condition est celui qui a plus de choses à perdre par sa mort, et à laisser à son successeur, (éd. y.)
L'on dit du jeu qu'il égale les conditions ; mais elles se 71 trouvent quelquefois si étrangement disproportionnées, et il y a entre telle et telle condition un abîme d'intervalle si immense et si profond, que les yeux souffrent de voir de telles extrémités se rapprocher : c'est comme une musique qui détonne; ce sont comme des couleurs mal assorties, comme des paroles qui jurent et qui offensent l'oreille, comme de ces bruits ou de ces sons qui font frémir ; c'est en un mot un renversement de toutes les bienséances. Si l'on m'oppose que c'est la pratique de tout l'Occident, je réponds que c'est peut-être aussi l'une de ces choses qui nous rendent barbares à l'autre partie du monde, et que les Orientaux qui viennent jusqu'à nous
I. Var, (édit. 5-7): on n'est point mieux flatté, mieux obéi, etc.... pendant sa vie.
remportent sur leurs tablettes : je ne doute pas même que cet excès de familiarité ne les rebute davantage que nous ne sommes blessés de leur zomhaye * et de leurs autres prosternations, (éd. 6.)
7^. Une tenue d'états, ou les chambres assemblées pour une affaire très-capitale, n'offrent point aux yeux rien de si grave et de si sérieux qu'une table de gens qui jouent un grand jeu : une triste sévérité règne sur leurs visages; implacables l'un pour l'autre, et irréconciliables ennemis pendant que la séance dure, ils ne reconnoissent plus ni liaisons , ni alliance , ni naissance , ni distinctions : le hasard seul, aveugle et farouche divinité, préside au cercle, et y décide souverainement ; ils l'honorent tous par un silence profond, et par une attention dont ils sont partout ailleurs fort incapables; toutes les passions, comme suspendues , cèdent à une seule ; le courtisan alors n'est ni doux, ni flatteur, ni complaisant, ni même dévot. (ÉD. 6.)
73. L'on ne reconnoît plus en ceux que le jeu et le gain ont illustrés la moindre trace de leur première condition : ils perdent de vue leurs égaux, et atteignent les plus grands seigneurs. Il est vrai que la fortune du dé ou du lansquenet^ les remet souvent où elle les a pris.
1. Voyez les relations du royaume de Siam. [Note de la Bruyère. — Le P, Tachard, qui a minutieusement décrit, dans son Voyage de Siam (p. 2i5 et suivantes, édition de 1686), le cérémonial des audiences qu'obtenaient les ambassadeurs auprès du roi de Siam, donne le nom de zomhaye à une profonde inclination qui devait se faire à genoux. M. de Cbaumont, envoyé en ambassade auprès du roi de Siam par Louis XTV en i685, refusa de faire les prosternations ha- , bituelles, et fut le premier ambassadeur qui parut debout et l'épée au côté devant lui, et qui de plus eut la permission de s'asseoir en sa présence,
2. De la 4*^ à la 7*^ édition le mol lamguenet est imprimé en italique.
Je ne m'étonne pas qu'il y ait des brelans publics, 74. comme autant tle pièges tendus à Tavarice des hommes, comme des gouffres où Targent des parliculiers tombe et se précipite sans retour, comme d'affreux écueils où les joueurs viennent se briser et se perdre ; qu'il parte de ces lieux des émissaires pour savoir à heure marquée qui a descendu à terre avec un argent frais d'une nouvelle prise, qui a gagné un procès d'où on lui a compté une grosse somme, qui a reçu un don, qui a fait au jeu un gain considérable, quel fils de famille vient de recueillir une riche succession, ou quel commis imprudent veut hasarder sur une carte les deniers de sa caisse. C'est un sale et indigne métier, il est vrai, que de tromper ; mais c'est un métier qui est ancien, connu, pratiqué de tout temps par ce genre d'hommes que j'appelle des brelandiers*. L'enseigne est à leur porte, on y liroit presque : Ici ron trompe de bonne fol; car se voudroient-ils donner pour irréprochables ? Qui ne sait pas qu'entrer et perdre dans ces maisons est une même chose ? Qu'ils trouvent donc sous leur main autant de dupes qu'il en faut pour leur subsistance, c'est ce qui me passe, (éd. 5.)
Mille gens se ruinent au jeu, et vous disent froide- 73, ment qu'ils ne sauroient se nasser de jouer : quelle excuse! Y a-t-il une passion, quelque violente ou honteuse qu'elle soit, qui ne pût tenir ce même langage? Seroit-on reçu à dire qu'on ne peut se passer de voler, d'assassiner, de se précipiter^ ? Un jeu effroyable, continuel, sans retenue, sans bornes, où l'on n'a en vue que la ruine totale de son adversaire, où l'on est transporté du désir du gain, désespéré sur la perte, consumé par l'avarice, où