L'homme d'épée
4. Var. (édit. 5-7) . Voilà toutes les femmes en campagne pour l'avoir pour galant, et toutes les filles pour épouseur. Il tient ici contre le mortier ; là il le dispute au cavalier ou au gentilhomme ; on se l'arrache des mains ; un jeune homme fleuri, vif, enjoué, spirituel ne seroit pas souhaité plus ardemment ni mieux reçu; son char demeuroit aux portes, il entre dans les cours*, tout lui est ouvert. Combien de galants, etc.
* L'entrée des carrosses dans les cours du Louvre était réglée par l'étiquette (voyez l'iî^a? de la France, \.ome I, p. 483 et suivantes, édition de 1 710, et Tallemant des Réaux, tome IV, p. 23, note 2) . Il semble que vers l'époque ou la Bruyère écrivit ce caractère (1690), l'usage s'introduisait ailleurs d'accorder ou de refuser l'entrée des carrosses selon l'estime que l'on faisait des gens ou le respect qui leur était dîi.^« Le chancelier Boucherai, dit Saint-Simon (tomel, p. 288), dès qu'il fut dans celte grande place (c'est-à-dire dès le mois de novembre i685), ferma sa porte aux carrosses des magistrats, puis des grns de condition sans titre, enfin des prélats. Jamais chancelier n'ayoit imagmé cette distinction, et la nouveauté sembla d'autant plus étrange, que les princes du sang n'ont jamais fermé la porte de la cour à aucun carrosse. On cria, on se moqua, mais chacun eut affaire au chancelier, et comme en ces temps-ci rien ne décide plus que les besoms, on subit : cela forma F exemple, et il ne s'en parla plus. » La Bruyère supprima en 1694 ce trait de l'entrée des carrosses dans les cours.
DE LA VILLE. -lyi
Combien de galants va-t-il meltie en déroule ! quels bons partis ne fera-t-il point manquer! Pourra-t-il suffire* à tant d'héritières qui le recherchent? Ce n'est pas seulement la terreur des maris, c'est répouvantail de tous ceux qui ont envie de Tétre, et qui attendent d'un mariage à remplir le vide de leur consignation^. On devroit proscrire de tels personnages si heureux, si pécunieux, d'une ville bien policée, ou condamner le sexe, sous peine de folie ou d'indignité, à ne les traiter pas mieux que s'ils n'avoient que du mérite, (éd. 5.)
Paris, pour l'ordinaire le singe de la cour, ne sait pas i5. toujours la contrefaire; il ne l'imite en aucune manière dans ces dehors agréables et caressants que quelques courtisans, et surtout les femmes, y ont naturellement pour un homme de mérite, et qui n'a même que du mérite : elles ne s'informent ni de ses contrats ni de ses ancêtres ; elles le trouvent à la cour, cela leur suffit ; elles le souffrent, elles l'estiment ; elles ne demandent pas s'il est venu en chaise ou à pied, s'il a une charge, une terre ou un équipage : comme elles regorgent de train, de splendeur et de dignités, elles se délassent volontiers avec la philosophie ou la vertu. Une femme de ville entendelle le bruissement d'un carrosse qui s'arrête à sa porte, elle pétille de goût et de complaisance pour quiconque est dedans, sans le connoître; mais si elle a vu de sa fenêtre un bel attelage, beaucoup de livrées, et que plusieurs rangs de clous parfaitement dorés l'aient éblouie^, quelle impatience n'a-t-elle pas de voir déjà dans sa
1. Var. (édit. 5) : Pourra-t-il suffire seul. — La 6^ édition porte à la ligne suivante • héritiers^ pour héritières, faute que reproduit la y^'.