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Il s'agit du château de Versailles

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la curiosité, T activité , sauroit peindre le mouvement. On ne les a jamais vus assis , jamais fixes et arrêtés : qui même les a vus* marcher? on les voit courir, parler en courant, et vous interroger sans attendre de réponse. Ils ne viennent d'aucun endroit , ils ne vont nulle part • ils passent et ils repassent. Ne les retardez pas dans leur course précipitée , vous démonteriez leur machine ; ne leur faites pas de questions, ou donnez-leur du moins le temps de respirer et de se ressouvenir qu'ils n'ont nulle affaire , qu'ils peuvent demeurer avec vous et longtemps , vous suivre même où il vous plaira de les emmener. Ils ne sont pas les Satellites de Jupiter^ je veux dire ceux qui pressent et qui entourent le prince , mais ils Tannoncent et le précèdent ; ils se lancent impétueusement dans la foule des courtisans; tout ce qui se trouve sur leur passage est en péril. Leur profession est d'être vus et revus, et ils ne se couchent jamais sans s'être acquittés d'un emploi si sérieux, et si utile à la république. Ils sont au reste instruits à fond de toutes les nouvelles indifférentes, et ils savent à la cour tout ce que l'on peut y ignorer; il ne leur manque aucun des talents nécessaires pour s'avancer médiocrement. Gens néanmoins éveillés et alertes sur tout ce qu'ils croient leur convenir, un peu entreprenants , légers et précipités. Le dirai -je? ils portent au vent, attelés tous deux au char de la Fortune , et tous deux fort éloignés de s'y voir assise (éd. 5.)

1. Ici le participe vu est au singulier dans toutes les éditions; à la ligne précédente , les éditions 5 et 6 sont les seules qui le fassent accorder.

2. Var. (édit. 5 et 6) : ils portent au vent, et sont comme attelés au char de la Fortune, où ils sont tous deux fort éloignés de se voir assis. — Il porte au vent y se dit d'un cheval qui porte le nez aussi l:aut que les oreilles.

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Un homme de la cour qui n a pas un assez beau nom, 20. doit rcnsevclir sous un meilleur; mais s'il l'a tel qu'il ose le porter, il doit alors insinuer qu'il est de tous les noms le plus illustre, comme sa maison de toutes les maisons la plus ancienne : il doit tenir aux princes lorrains, aux Rouans, aux Chastillons, aux Montmorencis, et, s'il se peut, aux princes du sang; ne parler que de ducs, de cardinaux et de ministres; faire entrer dans toutes les conversations ses aïeuls paternels et maternels, et y trouver place pour l'oriflamme et pour les croisades; avoir des salles parées d'arbres généalogiques, d'écussons chargés de seize quartiers, et de tableaux de ses ancêtres et des alliés de ses ancêtres ; se piquer d'avoir un ancien château à tourelles, à créneaux et à mâchecoulis; dire en toute rencontre : ma race^ ma branche^ mon nom et mes armes; dire de celui-ci qu'il n'est pas homme de qualité*; de celle-là, qu'elle n'est pas demoiselle^; ou si on lui dit qu Hj acinthe a eu le gros lot^, demander s'il est gentilhomme ' . Quelques-uns riront de ces contre-temps, mais il les laissera rire; d'autres en feront des contes, et il leur permettra de conter : il dira toujours qu'il marche après

1. Var. (édit. 4 et 5) : dire de celui-ci : il nest pas gentilhomme ; — (édit. 6 et 7) : dire de celui-ci : il nest pas homme de qualité,

2. Var. (édit. 4-7) - ^^ celle-là : elle nest pas demoiselle. — Une demoiselle était une fille ou une femme née de parents nobles; à l'époque toutefois où la Bruyère écrivait, les bourgeoises de quelque importance prenaient ce titre.

3. La loterie royale ne fut Instituée qu'en 1700; mais Louis XIV fît de grandes loteries publiques avant cette époque : voyez V Appendice. Malgré les ordonnances qui les prohibaient, les loteries particulières étaient d'ailleurs fréquentes, et de plus les hôpitaux et les communautés obtenaient souvent la permission de faire des loteries de charité : voyez le Traité de la police , par de la Mare , tome I , p. 475-477; et le Théophraste moderne, p. 682.

4. Var. (édit. 4 et 5): demander : est-il homme de qualité? — (édit. 6 et 7) : demander : est-il gentilhomme?

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la maison régnante; et à force de le dire, il sera cru,

2ï . C'est une grande simplicité que d'apporter à la cour la moindre roture, et de n'y être pas gentilhomme, (éd. 4-)

22. L'on se couche à la cour et l'on se lève sur l'intérêt : c'est ce que l'on digère le malin et le soir, le jour et la nuit; c'est ce qui fait que l'on pense, que l'on parle, que l'on se tait, que l'on agit; c'est dans cet esprit qu'on aborde les uns et qu'on néglige les autres, que l'on monte et que Ton descend; c'est sur cette règle que l'on mesure ses soins, ses complaisances, son estime, son indifférence, son mépris. Quelques pas que quelques-uns fassent par vertu vers la modération et la sagesse, un premier mobile d'ambition les emmène avec les plus avares, les plus violents dans leurs désirs et les plus ambitieux : quel moyen de demeurer immobile où tout marche, où tout se remue, et de ne pas courir où les autres courent? On croit même être responsable à soi-même de son élévation et de sa fortune : celui qui ne l'a point faite à la cour est censé ne l'avoir pas dû faire, on n'en appelle pas. Cependant s'en éloignera-t-on avant d'en avoir tiré le moindre fruit, ou persistera-t-on à y demeurer sans grâces et sans récompenses? question si épineuse, si embarrassée, et d'une si pénible décision, qu'un nombre infini de courtisans vieillissent sur le oui et sur le non, et meurent dans le doute, (éd. 6.)

23. Il n'y a rien à la cour de si méprisable et de si indigne qu'un homme qui ne peut contribuer en rien à notre fortune : je m'étonne qu'il ose se montrer, (éd. 6.)

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