Celui qui voit loin derrière soi un homme de son temps
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et de sa condition, avec qui il est venu à la cour la première fois, s'il croit avoir une raison solide d'être prévenu de son propre mérite et de s'estimer davantage que cet autre qui est demeuré en chemin, ne se souvient plus de ce qu'avant sa faveur il pensoit de soi-même et de ceux qui l'avoient devancé, (éd. 4«)
C'est beaucoup tirer de notre ami, si ayant monté à au. une grande faveur, il est encore un homme de notre connoissance.
Si celui qui est en faveur ose s'en prévaloir avant 26 qu'elle lui échappe, s'il se sert d'un bon vent qui souffle pour faire son chemin , s'il a les yeux ouverts sur tout ce qui vaque , poste , abbaye , pour les demander et les obtenir, et qu'il soit muni de pensions , de brevets et de survivances , vous lui reprochez son avidité et son ambition ; vous dites que tout le tente , que tout lui est propre , aux siens , à ses créatures , et que par le nombre et la diversité des grâces dont il se trouve comblé, lui seul a fait plusieurs fortunes. Cependant qu'a-t-il dû faire? Si j'en juge moins par vos discours que par le parti que vous auriez pris vous-même en pareille situation , c'est ce qu'il a fait^ (éd. 4-)
L'on blâme les gens qui font une grande fortune pendant qu'ils en ont les occasions, parce que l'on désespère, par la médiocrité de la sienne, d'être jamais en état de faire comme eux, et de s'attirer ce reproche. Si l'on étoit à portée de leur succéder, l'on commenceroit à sentir qu'ils ont moins de tort , et l'on seroit plus
I. Var. (édit. 4-8) : c'est précisément ce qu'il a fait. — Peut-être une faute d'impression a-t-elle fait disparaître le mot précisément dans la 9e édition.
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retenu, de peur de prononcer d'avance sa condamnation*. (ÉD. 40
27. Il ne faut rien exagérer, ni dire des cours le mal qui n'y est point : l'on n'y attente rien de pis contre le vrai mérite que de le laisser quelquefois sans récompense ; on ne l'y méprise pas toujours , quand on a pu une fois le discerner*, on l'oublie, et c'est là où l'on sait parfaitement ne faire rien , ou faire très-peu de chose , pour ceux que l'on estime beaucoup, (éd. 4-)
28. Il est difficile à la cour que de toutes les pièces que l'on emploie à l'édifice de sa fortune, il n'y en ait quelqu'une qui porte à faux^ : l'un de mes amis qui a promis de parler ne parle point; l'autre parle mollement; il échappe à un troisième de parler contre mes intérêts et contre ses intentions; à celui-là manque la bonne volonté, à celui-ci l'habileté et la prudence; tous n'ont pas assez de plaisir à me voir heureux pour contribuer de tout leur pouvoir à me rendre tel. Chacun se souvient assez de tout ce que son établissement lui a coûté à faire, ainsi que des secours qui lui en ont frayé le chemin; on seroit même assez porté à justifier les services qu'on a reçus' des uns par ceux qu'en de pareils besoins on rendroit aux autres, si le premier et l'unique soin qu'on a après sa fortune faite n'étoit pas de songer à soi.
29. Les courtisans n'emploient pas ce qu'ils ont d'esprit, d'adresse et de finesse pour trouver les expédients d'o-
I. Il y a condemnation, par uu e, dans la 4' édition. a. Vab. (édit. 5-7) : quelqu'unes qui portent à faux. 3. Le participe reçu est au singulier dans les éditions du dixseptième siècle.
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bliger ceux de leurs amis qui implorent leur secours, mais seulement pour leur trouver des raisons apparentes , de spécieux prétextes , ou ce qu'ils appellent une impossibilité de le pouvoir faire; et ils se persuadent d'être quittes par là en leur endroit de tous les devoirs de l'amitié ou de la reconnoissance. (éd. 7.)
Personne à la cour ne veut entamer; on s'offre d'appuyer, parce que jugeant des autres par soi-même, on espère que nul n'entamera, et qu'on sera ainsi dispensé d'appuyer : c'est une manière douce et polie de refuser son crédit, ses offices et sa médiation à qui en a besoin. (ÉD. 6.)
Combien de gens vous étouffent de caresses dans le 3o. particulier, vous aiment et vous estiment, qui sont embarrassés de vous dans le public, et qui, au lever ou à la messe', évitent vos yeux et votre rencontre! Il n'y a qu'un petit nombre de courtisans qui par grandeur % ou par une confiance qu'ils ont d'eux-mêmes , osent honorer devant le monde le mérite qui est seul et dénué de grands établissements.
Je vois un homme entouré et suivi; mais il est en biplace. J'en vois un autre que tout le monde aborde; mais il est en faveur. Celui-ci est embrassé et caressé , même des grands; mais il est riche. Celui-là est regardé de tous avec curiosité, on le montre du doigt; mais il est savant et éloquent. J'en découvre un que personne n'oublie de saluer; mais il est méchant. Je veux un homme qui soit bon , qui ne soit rien davantage , et qui soit recherché, (éd. 4-)