L'on me dit tant de mal de cet homme, et j'y en vois
1. Brûlé 11 y a vingt ans. {Note de la Bruyère.) — A la place de cette note, on lit clans les deux premières éditions : « Puni pour des saletés. » Jacques Pannié , dit Fabry, accusé « de sodomie et d'impiétés exécrables » en même temps que Jacques Chausson , dit des Étangs, Manger, étudiant de Montaigu, et oc plusieurs personnes de qualité et autres, » fut jugé le 4 décembre 1661, par sentence du Châtelet. « Chausson et lui furent condamnés à faire amende honorable devant Notre-Dame, [être] conduits en grève pour être attachés à xxn poteau, avoir la langue arrachée, et [être] brûlés tout vifs avec le procès, le tout réduit en cendres, jeté au vent, )> et enfin « condamnés en seize cents livres de réparation , applicables moitié à l'Hôpital et l'autre moitié àl'Hôtel-Dieu, huit cents livres aux réparations du Châtelet, le surplus de leurs biens confisqués au Roi. » La sentence fut confirmée par arrêt du 29 décembre et l'exécution faite le même jour. L'étudiant de Montaigu, jugé séparément, fut condamné à un emprisonnement de six mois à Saint-Lazare, et il fut décrété contre les (( personnes de qualité et autres » qui étaient mêlées à cette honteuse affaire. {Journal de Mathieu Marais, année 1723 : voyez la Revue rétrospective , 2^ série, tome IX, p. ^60.) — Les noms de Rousseau et de Fabry, ainsi placés, portent contre la jeunesse de la cour une double accusation que la Bruyère répétera plus loin, p. 827, vP 74. Voyez de plus, à la fin du chapitre du Souverain, dans le portrait de Louis XIV, p. 890, la ligne 16.
2. « La Couture, lisons-nous dans les Clefs, étoit tailleur d'habits de Madame la Dauphine, lequel étoit devenu fou, et qui sur ce pied demeuroit à la cour, où il faisoit des contes fort extravagants. Il alloit souvent à la toilette de Madame la Dauphine, qui lui faisoit quelque bien. » La Couture était une « espèce de fou sérieux, » est-il dit dans un « Recueil de bons mots » que contient l'un des manuscrits conservés à la bibliothèque de l'Arsenal sous le titre de : Mémoires de Choisjr (tome I, folio 217). Dans la mascarade qui a pour titre : le Mariage de la Couture avec la grosse CatlioSy mise en musique par Philidor l'aîné et représentée devant le Dauphin en 1688, il est qualifié du titre de « prince des Petites-Maisons, » et donné comme un personnage qui s'est rendu « recommandable dans tous les cabarets de Paris. » Voyez, parmi les manuscrits de la même bibliothèque. Sciences et Arts, le n» 222.
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si peu , que je commence à soupçonner qu'il n'ait un mérite importun qui éteigne celui des autres.
Vous êtes homme de bien, vous ne songez ni à plaire 4o« ni à déplaire aux favoris, uniquement attaché à votre maître et à votre devoir : vous êtes perdu.
On n'est point effronté par choix, mais par com- ^i. plexion ; c'est un vice de l'être, mais naturel : celui qui n'est pas né tel est modeste , et ne passe pas aisément de cette extrémité à l'autre : c'est une leçon assez inutile que de lui dire : « Soyez effronté , et vous réussirez ', » une mauvaise imitation ne lui profiteroit pas , et le feroit échouer. Il ne faut rien de moins dans les cours qu'une vraie et naïve impudence pour réussir, (éd. 4«)
On cherche, on s'empresse, on brigue, on se tour- 4^. mente, on demande, on est refusé, on demande et on obtient; « mais, dit-on, sans l'avoir demandé, et dans le temps que l'on n'y pensoit pas, et que l'on songeoit même à toute autre chose : » vieux style, menterie innocente, et qui ne trompe personne, (éd. 40
On fait sa brigue pour parvenir à un grand poste , on 43, prépare toutes ses machines, toutes les mesures sont bien prises , et l'on doit être servi selon ses souhaits ; les uns doivent entamer, les autres appuyer; l'amorce est déjà conduite, et la mine prête à jouer : alors on s'éloigne de la cour. Qui oseroit soupçonner dî! Artemon qu'il ait pensé à se mettre dans une si belle place , lorsqu'on le tire de sa terre ou de son gouvernement pour l'y faire asseoir? Artifice grossier, finesses usées, et dont le courtisan s'est servi tant de fois, que si je voulois donner le change à tout le public et lui dérober mon ambi-
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tion, je me trouverois sous Tceil et sous la main du prince, pour recevoir de lui la grâce que j'aurois recherchée avec le plus d'emportement, (éd. 5.)
44» Les hommes ne veulent pas que l'on découvre les vues qu'ils ont sur leur fortune , ni que l'on pénètre qu'ils pensent à une telle dignité, parce que s'ils ne l'obtiennent point, il y a de la honte, se persuadent-ils, à être refusés *, et s'ils y parviennent, il y a plus de gloire pour eux d'en être crus dignes par celui qui la leur accorde, que de s'en juger dignes eux-mêmes par leurs brigues et par leurs cabales : ils se trouvent parés tout à la fois de leur dignité et de leur modestie, (éd. 5.)
Quelle plus grande honte y a-t-il d'être refusé d'un poste que l'on mérite, ou d'y être placé sans le mériter?
Quelques grandes difficultés qu'il y ait à se placer à la cour, il est encore plus âpre et plus difficile de se rendre digne d'être placé, (éd. 5.)
Il coûte moins à faire dire de soi : « Pourquoi a-t-il obtenu ce poste ? » qu'à faire demander : « Pourquoi ne l'a-t-il pas obtenu*? » (éd. 5.)
L'on se présente encore pour les charges de ville, l'on postule une place dans l'Académie françoise ^, l'on
I. On peut rapprocher de cette réflexion la phrase de Caton le censeur : « J'aime mieux que l'on demande pourquoi l'on n'a pas élevé de statue à Caton, que pourquoi on lui en a élevé une.» — « Conspiciens multorum erigi statuas, Malim , inquit, ut de me qusea rant homines quamobrem Catoni non sit posita statua , quam quare sit a posita : sentiens se malle res prseclaras agere, ut olim scientes illum « promeruisse statuam mirentur non esse positam. î (£>. Erasmi Apophthegmatum ex optïmis utriusque lînguse scriptoribus coUectorum librï octOf Catonis senioris apophthegmatum libriV, p. 363, Hagae, i64i.)
a. Var. (édit. S-y) : dans l'Académie. — C'est ainsi que le plus
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(lemandoit le consulat : quelle moindre raison y auroit-il de travailler les premières années de sa vie à se rendre capable d'un grand emploi, et de demander ensuite, sans nul mystère et sans nulle intrigue, mais ouvertement et avec confiance , d'y servir sa patrie , son prince *, la république ? (éd. 5.)
Je ne vois aucun courtisan à qui le prince vienne d'ac- 4^ corder un bon gouvernement, une place éminenle ou une forte pension , qui n'assure par vanité , ou pour marquer son désintéressement, qu'il est bien moins content du don que de la manière dont il lui a été fait ^. Ce qu'il y a en cela de sur et d'indubitable , c'est qu'il le dit ainsi, (éd. 4-)
C'est rusticité que de donner de mauvaise grâce : le plus fort et le plus pénible est de donner; que coùte-t-il d'y ajouter un sourire' ? (éd. 40
Il faut avouer néanmoins qu'il s'est trouvé des hommes qui refusoient plus honnêtement que d'autres ne savoient donner; qu'on a dit de quelques-uns qu'ils se faisoient si longtemps prier, qu'ils donnoient si sèchement, et chargeoient une grâce qu'on leur arrachoit de conditions si désagréables , qu'une plus grande grâce
souvent on désignait l'Académie française, la plus ancienne et la plus célèbre des académies.