Var. (édit. 6 et 7) : Antiphon
2 . c Dont vous prenez conseil , pour qui vous quittez Socrate et Aristide : » membres de phrase ajoutés à la 8*^ édition.
s'ils réussissent. Blâmons le peuple où il seroit ridicnle de vouloir l'excuser. Son chagrin et sa jalousie, regardés des grands ou des puissants comme inévitables, les ont conduits insensiblement à le compter pour rien, et à négliger ses suffrages dans toutes leurs entreprises, à s'en faire même une règle de politique, (éd. 5.)
Les petits se haïssent les uns les autres lorsqu'ils se nuisent réciproquement. Les grands sont odieux aux petits par le mal qu'ils leur font, et par tout le bien qu'ils ne leur font pas : ils leur sont responsables de leur obscurité, de leur pauvreté et de leur infortune, ou du moins ils leur paroissent tels. (éd. 5.)
C'est déjà trop d'avoir avec le peuple une même reli- 23. gion et un même Dieu : quel moyen encore de s'appeler Pierre , Jean , Jacques , comme le marchand ou le laboureur? Évitons d'avoir rien de commun avec la multitude ; affectons au contraire toutes les distinctions qui nous en séparent. Qu'elle s'approprie les douze apôtres, leurs disciples, les premiers martyrs (telles gens, tels patrons); qu'elle voie avec plaisir revenir, toutes les années , ce jour particulier que chacun célèbre comme sa fête. Pour nous autres grands, ayons recours aux noms profanes; faisons-nous baptiser sous ceux â^ Annihal ^ de César et de Pompée : c'étoient de grands hommes ; sous celui de Lucrèce : c'étoit une illustre Romaine * ; sous ceux de Renaud^ de Roger ^ d'0/zV/er et de Tancrède"^ : c'étoient des paladins , et le roman n'a point de héros plus merveilleux; sous ceux d'Hector, d' Achille, d'Hercule, tous
1. VAR.(édit. 5 et 6) : c'étoit une Romaine et une illustre Romaine.
2. Héros du Roland amoureux de Boiardo (i/jqS), de celui de Berni (i54i), du Roland furieux de l'Arioste, et de la Jérusalem délivrée du Tasse.
demi-dieux ; sous ceux même de Phéhus et de Diane * ; et qui nous empêchera de nous faire nommer Jupiter ou Mercure, ou Vénus ^ ou Adonis? (éd. 5.)
24- Pendant que les grands négligent de rien connoître , je ne dis pas seulement aux intérêts des princes et aux affaires publiques, mais à leurs propres affaires; qu'ils ignorent réconomie et la science d'un père de famille, et qu'ils se louent eux-mêmes de cette ignorance; qu'ils se laissent appauvrir et maîtriser par des intendants ; qu'ils se contentent d'être gourmets ou coteaux'^ ^ d'aller chez Thaïs ou chez Phryné , de parler de la meute et de la vieille meute % de dire combien il y a de postes de Paris à Besançoo, ou à Philisbourg, des citoyens s'instruisent du dedans et du dehors d'un royaume , étudient le gouvernement , deviennent fins et politiques , savent
1. Les clefs imprimées citent à l'appui de cette réflexion les noms de César de Vendôme, Annihal d'Estrées, Hercule de Rolian, Achille de Harlay, Phébus de Foix, Diane de Cliastignier.
2 . Ce mot, que l'on retrouve dans la satire III de Boileau (vers 107), et dans une lettre de Mme de Sévigné (tome II, p. 619), était synonyme des mots gourmet et friand. Son origine, sur laquelle Ménage, Bouhours, Boileau, Saint-Évremond se sont tour à tour prononcés, a donné lieu à diverses interprétations : il a été appliqué, selon les uns, à certains délicats qui étaient partagés sur l'estime en laquelle on devait tenir les vins des coteaux delà Champagne; selon d'autres, à quelques seigneurs qui ne pouvaient boire que le vin d'un coteau ou au pkis de trois coteaux dont l'on disait les noms (Ai, Hautvilliers et Avenay). On peut consulter sur cette question Tallemant des Réaux, tome II, p. 412; les Coteaux, comédie deVilliers (i665), réimprimée dans les Contemporains de Molière, par M. V. Fournel, tome I, p. 345 et 347, scène xiri ; les OEuvres de Boileau, édition Saint-Marc, tome I, p. 60-62; les OEuvres de Saint-Évremond , tome I, p. Lxxxiv et suivantes; la Correspondance de Boileau Despréaux avec Brossette, édition Laverdet, p. 477> etc.
3. « On appelle chiens de meute les premiers chiens qu'on donne au laisser courre; et vieille meute, les seconds chiens qu'on donne après les premiers. » [Dictionnaire de Furetière^ 1690.}
le fort et le foible de tout un Etat , songent à se mieux placer, se placent, s'élèvent, deviennent puissants, soulagent le prince d'une partie des soins publics. Les îçrands, qui les dédaignoient, les révèrent : heureux s'ils deviennent leurs gendres, (éd. 7.)
Si je compare ensemble les deux conditions des 25. hommes les plus opposées, je veux dire les grands avec le peuple, ce dernier me paroît content du nécessaire, et les autres sont inquiets et pauvres avec le superflu. Un homme du peuple ne sauroit faire aucun mal ; un ii^rand ne veut faire aucun bien, et est capable de grands maux. L'un ne se forme et ne s'exerce que dans les choses qui sont utiles; l'autre y joint les pernicieuses. Là se montrent ingénument la grossièreté et la franchise ; ici se cache une sève maligne et corrompue sous l'écorce de la pohtesse. Le peuple n'a guère d'esprit, et les grands n'ont point d'àme : celui-là a un bon fond , et n'a point de dehors ; ceux-ci n'ont que des dehors et qu'une simple superficie. Faut-il opter? Je ne balance pas : je veux être peuple*, (éd. 5.)
Quelque profonds^ que soient les grands de la cour, et 26. quelque art qu'ils aient pour paroi tre ce qu'ils ne sont pas et pour ne point paroître ce qu'ils sont , ils ne peuvent cacher leur malignité , leur extrême pente à rire aux dépens d'autrui, et à jeter un ridicule souvent où il n'y en peut avoir. Ces beaux talents se découvrent en eux du premier coup d'oeil, admirables sans doute pour envelopper une dupe et rendre sot celui qui l'est déjà,
I. Comparez, non pour le sens, mais pour le tour, le Plebs eris d'Horace (livre I, épître i, vers 69). — Peuple est en italique dans les éditions 5-7.
a. a Quelques profonds, » dans les éditions 1-7. Voyez le Lexique,
mais encore plus propres à leur ôter tout le plaisir qu'ils pourroient tirer d'un homme d'esprit, qui sauroit se tourner et se plier en mille manières agréables et réjouissantes , si le dangereux caractère du courtisan ne Tengageoit pas à une fort grande retenue. Il lui oppose un caractère sérieux*, dans lequel il se retranche; et il fait si bien que les railleurs, avec des intentions si mauvaises, manquent d'occasions de se jouer de lui.
27. Les aises de la vie , l'abondance , le calme d'une grande prospérité font que les princes ont de la joie de reste pour rire d'un nain, d'un singe, d'un imbécile et d'un mauvais conte : les gens moins heureux ne rient qu'à propos.
28. Un grand aime la Champagne, abhorre la Brie ^ ; il s'enivre de meilleur vin que l'homme du peuple : seule différence que la crapule laisse entre les conditions les plus disproportionnées, entre le seigneur et l'estafier. (ÉD. 8.)
2g. Il semble d'abord qu'il entre dans les plaisirs des princes un peu de celui d'incommoder les autres. Mais non , les princes ressemblent aux hommes \ ils songent à eux-mêmes, suivent leur goût, leurs passions, leur commodité : cela est naturel.
3o. Il semble que la première règle des compagnies, des gens en place ^ ou des puissants, est de donner à ceux
1. Var. (édit. I et 2) : ne lui imposoit pas une fort grande retenue. Il ne lui reste que le caractère sérieux. — La 9*^ édition a propose, au lieu de oppose ; c'est sans doute une faute.