‹ Œuvres de La Bruyère (volume 3)Chapitre 32 sur 373 · Tome II, p. 189, no · texte numérisé non relu

Tome II, p. 189, no

3. « L'intérieur des familles est souvent troublé par les défiances, par les jalousies et par Tantipathie, pendant que des dehors contents, paisibles et enjoués nous trompent et nous y font supposer une paix qui n'y est point : il y en a peu qui gagnent à être approfondies. Cette visite que vous rendez vient de suspendre une querelle domestique, qui n'attend que votre retraite pour recommencer. » (Tome I, p. 23o et aSi, n" ^o.)

SUR LA BRUYERE. lvii

assez de « fermeté et d'étendue d'esprit » pour se passer des occupations que recherche le vulgaire, « et consentir à demeurer chez soi et à ne rien faire; » il avait « assez de mérite pour jouer ce rôle avec dignité » et « assez de fond pour remphr le vide du temps. » Il a défini plus tard, en homme qui en sait le prix, la liberté et l'oisiveté du sage. Il renonça cependant, en 1684, à ce qu'il appellera le « libre usage du temps, le choix du travail et de l'exercice, » le droit d'être « seul arbitre de ce qu'on fait ou de ce qu'on ne fait point. » Dix années pour le moins se sont écoulées où il a pleinement joui de la plus absolue liberté, et une heure vient où elle lui semble « trop grande et trop étendue, telle enlin qu'elle ne sert qu'à lui faire désirer quelque chose, qui est d'avoir moins de liberté*. » Dira-t-on qu'il ne put résister à l'attrait d'une éducation princière ? Céda-t-il à un mouvement d'ambition en s'attachant à la maison de Bourbon? Un revers de fortune l'y avait-il contraint ? Quelle que soit l'explication du fait, il aliéna son indépendance, et prit place parmi les maîtres chargés d'achever l'éducation du petit-iils de Condé.

Fontenelle a dit de Bossuet qu'il « fournissoit ordinairement aux princes les gens de mérite dans les lettres dont ils avoient

I . Les réflexions qu'il semble avoir écrites en pensant à l'emploi qu'il savait faire de sa liberté, soit avant soit après les dixhuit mois qu'il a employés à l'éducation du duc de Bourbon, méritent d'être citées textuellement : « Il faut en France, dit-il dès la i"^^ édition, dans le chapitre du Mérite personnel^ beaucoup de fermeté et une grande étendue d'esprit pour se passer des charges et des emplois, et consentir ainsi à demeurer chez soi, et à ne rien faire. Personne presque n'a assez de mérite pour jouer ce rôle avec dignité, ni assez de fond pour remplir le vide du temps, sans ce que le vulgaire appelle des affaires. Il ne manque cependant à l'oisiveté du sage qu'un meilleur nom, et que méditer, parler, lire et être tranquille s'appelât travailler. » (Tome I, p. i54, n" 12.) Et en 1693, dans le chapitre des Jugements : « .... La liberté n'est pas oisiveté; c'est un usage libre du temps, c'est le choix du travail et de l'exercice ; être libre, en un mot, n'est pas ne rien faire, c'est être seul arbitre de ce qu'on fait ou de ce qu'on ne fait point. Quel bien en ce sens que la liberté! » (Tome II, p. 121, n«» 104. Conférez encore, ibidem^ p. 12a et 128, n« 109.)

La BnuYi^RE. i D

Lviii NOTICE BIOGRAPHIQUE

besoin*. » La Bruyère est le plus illustre des hommes de mérite qui entrèrent, sous les auspices de Bossuet, dans la maison de Monsieur le Prince^.

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